GRAND LIED (LL), .'/ED-SONATE (LS), LIED VARIÉ (LV
En raison même de son caractère d'expansion mélodique plus intense, la pièce lente offre, chez Beethoven comme chez ses devanciers, une moins grande rigueur de forme, et il ne serait pas possible de ramener tous les mouvements lents de ses Sonates à un type unique. Cependant le type Lied{\S), tel qu'il nous est apparu au temps de Haydn (voir ci-dessus p. i65 et suiv.), demeure le principal modèle du morceau lent et, surtout, de sa phrase initiale. Quelle que soit la forme adoptée par la pièce lente, cette phrase est constituée soit en deux périodes, soit plus généralement en trois : c'est alors un véritable petit lied à trois éléments, dont l'un est souvent répété deux fois et donne ainsi à cette phrase lied l'aspect d'une phrase dite carrée (2).
La phrase lied joue dans le mouvement lent le rôle d'un véritable personnage agissant seul. C'est cette unité du personnage thématique qui doit être considérée, selon nous, comme la caractéristique spéciale du type L. On conçoit, dès lors, qu'une idée musicale apte à être traitée dans cette forme doive être essentiellement différente des deux thèmes
(i) On pourrait avec quelque raison refuser à ces trois œuvres la qualification de Sonates proprement dites, si les autres pièces qui lescomposent n'étaient absolument conformes aux trois autre» types traditionnels (L.M. R.).
(2) Voir I" liv., chap. 11, p. 41 ei 42.
Cours de composition. — t. u, i. If
ago LA SONATE DE BEETHOVEN
antagonistes destinés au type Sonate. Par sa longueur et sa subdivision ternaire^ le thème de lied se dift'érencie déjà d'une première idée ; mais cette subdivision elle-même ne permet pas davantage de le confondre avec une seconde idée, car sa troisiètne période est très souvent une reproduction de la première avec un changement d'orientation tonale, et ces périodes, appelées à constituer toujours une seule phrase de longue haleine, sont liées les unes aux autres par une symétrie de forme bien plus étroite et plus tangible que la simple parenté virtuelle unissant les trois phrases, toujours distinctes et parfois même contrastantes, d'une seconde idée du type S.
Certes, nous ne voulons pas dire que l'image de la lutte inséparable de l'être vivant soit incompatible avec la forme du mouvement lent : mais cette lutte, lorsque lutte il y a, ressemble bien plus à un conflit de sentiments divers ou opposés affectant tour à tour le personnage unique, qu'à cette domination violente ou persuasive d'un personnage par l'autre, dont le type S contient, en général, la traduction musicale.
Les thèmes accessoires, dans le type L, seront donc traités comme des éléments d'impression ou de décor, se modifiant successivement et réagissant sur le personnage vivant qui les éprouve ou les traverse plus ou moins, mais qui garde toujours sa physionomie propre et sa tonalité unique. Il n'y a pas, en effet, à proprement parler, de conflit de tonalités dans une pièce lente : la modulation, lorsqu'elle intervient (généralement au milieu), n'affecte presque jamais le thème principal ; elle interrompt la monotonie par des impressions accidentelles ou passagères, et renforce ainsi l'effet du retour final au ton, agissant en cela dans le même sens que le pont dans la réexposition du type S.
Toutefois, entre un pont modulant (i) et un fragment modulant intercalé entre deux expositions tonales du thème de lied, il y a une différence importante qui provient de la nature même de ces fragments ou de ces sections [i) composant la forme Lied. Ces sections, en effet, lorsqu'elles ne contiennent pas le thème lui-même, en sont totalement indépendantes, tant par leurs dessins que par leurs attaches : c'est-à-dire que chaque section affecte l'aspect d'un compartiment séparé se suffisant à lui-même, sans communiquer aucunement avec ses voisins. L'enchaînement des sectio?ts les unes aux autres n'offre, lorsqu'il existe, aucun caractère de nécessité : dans bien des cas, au contraire, ces comparti-
(i) Certaines variétés du type L, la orme Licd-Sonate ou Sonate sans développement qui sera étudiée ci-après, p. 296, par exemple, peuvent contenir de véritables ponts modulants ; mais ceux-ci ne constituent plus, en ce cas, des fragments séparés.
(2) Le mot partie ayant, en musique, une acception spéciale (partie mélodique, partie intermédiaire, ;jjr/i> grave ou basse, etc.), nous serons obligés d'appeler sections ou compartiments ces véritables parties constitutives du Lied et de certaines autres formes.
LE iMOUVEMENT LENT (L)
ments pourraient être joués isolément, ou même supprimés, sans détruire l'équilibre de la pièce à laquelle ils appartiennent. Rien de seniblable ne pourrait être pratiqué sur un fragment quelconque d'un morceau de forme Sonate.
Ces caractères généraux sont à peu près constants dans les mouvements lents des Sonates de Beethoven, mais il n'en est pas de même de la structure : celle-ci, quoique assez variable, peut néanmoins être ramenée à trois types principaux que nous qualifierons respectivement de Lied proprement dit, simple (L) ou développé {LL) \ de Lied-Sonate (LS) et de Lied Varié {LV).
Lied simple (L) ou développé (LL). — Le Lied ternaire à phrase ternaire, grande trilogie contenant dans chacune de ses sections l'image réduite du tout, demeure, ainsi que nous venons de le dire, le type primordial restreint du morceau lent ; cependant, dans cette forme à trois sections, semblable à celle que nous avons analysée au chapitre précédent (p. 167 et suiv.), il ne se retrouve pas plus de quatre ou cinq fois dans les Sonates de piano.
Beethoven semble lui préférer, dès ses premières oeuvres (op. 2 n° 2), une forme plus ample, dans laquelle le thème revient trois fois, chacune de ses réexpositions étant séparée de la précédente par une section distincte modulante . le nombre total des sections composant cette forme nouvelle est ainsi porté à cijîq, ce qui la rapproche un peu de la forme Rondeau (R), par le retour périodique du thème aux sections de rang impair (i, m, v), comme une sorte de refrain.
La Sonate, op. 2 n° 2, contient un exemple assez complet de cette forme, dite Lied développé :
La i" section de ce Largo appassionato contient le thème, véritable phrase /zW à /row périodes (fl, Z', a') exposées sur la Ionique, la dominante et la tonique., et formant un tout complet, sans liaison nécessaire avec la u^ section :
[l] EXPOSITION du Thèrilf
^-^ Largo appassionato
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LA SONATE DE BEETHOVEN
Cette première période (a) est tout entière sur la fonction de tonique du ton principal HE [i).
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