IX
en si.
op.
•48 LA SYMPHONIE
La plupart de ces Symphonies sont écrites dans la forme traditionnelle ; trois d'entre elles portent la trace d'intentions spéciales qui les apparentent au Poème Symphonique.
La IVe a pour titre général : La Consécration de la Musique {die Weihe der Tbnen). Elle est en quatre mouvements^ dont le premier représente « la Musique dans l'Antiquité » à l'aide de thèmes soi-disant antérieurs à notre ère ; le deuxième, un Andante, évoque sans beaucoup plus de fidélité « la Musique du moyen âge » ; le troisième est qualifié « Musique moderne », au sens que ce mot pouvait avoir pour un compositeur du début du xix^ siècle; et le quatrième pourrait nous apprendre pareillement comment l'auteur concevait « la Musique de l'Avenir» : imprudente c anticipation » (i).
La Vile Symphonie est écrite pour deux orchestres, avec le titre : Le terrestre et le divin dans la Vie des Hommes {Erdisches und Gôttisches im Menschenleben). Dans ces deux Symphonies, la forme traditionnelle est gravement altérée en raison du « programme poétique », phénomène dont nous constaterons souvent par la suite les déplorables conséquences.
La IX« Symphonie, reprenant l'antique allégorie des quatre Saisons {die Jahres:{eiten) représentée par ses quatre mouvements, n'a guère de romantique que son titre.
Franz SCHUBERT (2), l'auteur de ces impérissables Lieder dont la beauté défie les années, s'est montré dans la Symphonie ce qu'il fut dans la Sonate, ce qu'il sera dans la Musique de Chambre : le génial créateur de thèmes dont il ne peut réussir à faire une œuvre. Des huit Symphonies qu'il a laissées, les six premières ne sont que des esquisses de jeunesse, dont il devait se désintéresser lui-même en avançant en âge ; la Vlle^ en ut, figure encore parfois dans nos programmes, ainsi que la Ville en si, demeurée inachevée, non pas, comme on l'a trop laissé croire, parce que la Parque impitoyable aurait tranché prématurément le fil des jours de l'auteur, mais plus prosaïquement parce que celui-ci, sans illusion sur sa propre impéritie, avait renoncé à continuer une œuvre qu'il se sentait incapable de mener à bien. En dépit de ses thèmes charmants et d'un orchestre par instants très poétique, l'inexistence d'un plan tonal et de développements ordonnés montre trop bien en quoi l'auteur eut raison d'abandonner sa tentative.
(i) Aux temps lointains où l'auteur de ce Cours occupait les modestes fonctions de timbalier à l'Orchestre Colonne, il se souvient d'une lecture de cette Symphonie qui ne donna pas grande satisfaction aux lecteurs.
(î) Voir II" liv., l" partie, p. 402
LES ROMANTIQUES lig
Franz LACHNER, connu comme organiste^ comme chef d'orchestre et surtout comme ami intime de Schubert, ne peut vraiment être quahtié « élève )) d'un musicien aussi dénué de toute aptitude à l'enseignement. Compositeur très fécond^ il n'a pas laissé moins de cent quatre-vingt-dix œuvres, parmi lesquelles on trouve huit Sj^mphonies, dont la meilleure est l'op. 52, dite Sinfonia appassionata : ni l'orchestre ni la forme n'offrent de particularités à signaler.
Il faut noter aussi, du même auteur, sept Suites instrumentales, où il tente de rajeunir la forme Suite classique en l'adaptant à l'orchestre. Le style de Lachner n'est pas sans quelque analogie avec celui de Schumann.
Félix MENDELSSOHN (i) est l'auteur de cinq Symphonies, dont la forme tout à fait classique ne porte aucune trace de recherche nouvelle : leur construction est très soignée ; l'orchestre, identique à celui de Beethoven mais toujours élégamment traité, recouvre d'un voile souvent agréable une impersonnalité d'idées à peu près constante :
V^ Symphonie, enw/,op. ii ;
Ile — en SI b, op. 52, intitulée Lobgesang et dite en français
Symphonie- Cantate, en raison des Chœurs qui y sont adjoints : cette Symphonie est en cinq mouvements ; m» — en /j,op. 5o, dite Écossaise ;
IV" — en LA, op. 90, dite Italienne ;
V« — en RÉ, op. 107, dite Réformation-Symphonie, en raison de
l'emploi des Chorals de Luther qui y sont cités.
Robert SCHUMANN (2), dans les quatre Symphonies qu'il nous a laissées, témoigne au contraire d'un effort notable pour en modifier la forme; mais cet effort, très intéressant en lui-même, est desservi, tant par une connaissance insuffisante des principes de la constructionthématique et tonale, que par une inhabileté dans l'écriture orchestrale, dont il était d'ailleurs parfaitement conscient : son humble déférence à l'égard de Mendelssohn en cette matière en fait foi. On sait en effet que le manuscrit du mouvement initial de sa I^^ Symphonie est hérissé de retouches à l'encre rouge, qui sont de la main de l'auteur de la Symphonie Italienne, en qui Schumann avait la plus grande confiance. Et les améliorations qui rehaussent l'instrumentation de ce mouvement, par rapport aux trois autres, donnent à penser que cette confiance était pleinement justifiée.
La V^ Symphonie, en s/b, op. 38, fut écrite entre iSSy et 1840,
(i) Voir II" liv.. Impartie, p. 406.
(2) Voir II* liv., l" partie, p. 411.
LA SYMPHONIE
c'est-à-dire à peu près en même temps que la IVe, dont la composition remonte à 1841, bien qu'elle ne dût paraître que dix ans plus tard.
La II» Symphonie, en ut, op. 61, s'éloigne déjà notablement de la forme traditionnelle ; mais on peut se demander si cette tentative est très consciente chez l'auteur : quant à l'effet obtenu, on doit reconnaître qu'il n'est pas très satisfaisant.
La III^ Symphonie^ en mi\), op. 97, dite Symphonie Rhénane, est donc la dernière en date comme composition : elle comporte cinq mouvements au lieu de quatre, renouvelant en ceci la tentative de Spohr, mais avec plus de bonheur. Un important épisode en mi b, dit « des trombones », y marque une intention descriptive suggérée par l'assistance à la cérémonie d'un sacre d'évêques dans la cathédrale de Cologne; il est intercalé entre le mouvement lent et le Final. Cette page magistrale, qui procède des anciens Chorals variés de Bach, est assurément parmi les plus riches et les plus émouvantes que nous ait laissées l'immortel auteur des Lieder.
La IVe Symphonie, en ré, op. 120, orchestrée et terminée en i85i, est en réalité, comme nous l'avons vu, antérieure de dix ans, et remonte à l'époque de la I^^^ comme composition tout au moins. L'intention d'y réaliser une tentative de construction cyclique est évidente ; cet effort, alors entièrement nouveau, mérite d'être signalé, encore que le résultat en soit assez défectueux, les aptitudes constructives de l'auteur n'étant malheureusement pas à la hauteur de son dessein. Quatre motifs conducteurs, que nous désignons suivant notre usage par les dernières lettres de l'alphabet (/', .v, k, ■{), circulent dans toute l'œuvre.
Le thème v, exposé au début, reparaîtra dans le mouvement lent et dans le Scherzo :
Le thème x fournit l'idée à peu près unique sur laquelle repose tout le mouvement initial, et reparaît dans le Final comme dessin d'accompagnement :
, 1 ffn
li^nP
Les trois accords j', exposés d'abord dans un ton éloigné, au cours du développement du mouvement initial, feront le fond du Scherzo et reparaîtront dans le Final également :