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CARACTÉRISTIQUES DU QUATUOR CLASSIQUE

Quatuors : elles consistent, en général, en une sorte d'exposition anticipée, déformée ou simplifiée, du thème principal, de Vidée-mère soit de l'œuvre entière, soit tout au moins du morceau qu'elle précède : c'est lancienne conception du rôle du Prélude dans la Suite, au temps de J. S. Bach, en tenant compte toutefois de la différence d'époque et de style qui existe entre ces deux maîtres.

5° L'accroissement du nombre des mouvements différents tend aussi, dans le Quatuor, à se rapprocher des usages de l'ancienne Suite, dont la Sonate beethovénienne, au contraire, s'est éloignée de plus en plus, puisque nous avons vu que les dernières étaient restreintes à trois et même à deux mouvements seulement. A l'inverse, les Quatuors n'ont jamais moins de quatre mouvements : douze d'entre eux observent de la sorte la tradition constante de la Symphonie ; deux autres (les Sixième et Quinzième) sont en cinq mouvements ; deux autres enfin, les Treizième et Quatorzième, qui, en dépit de leur numéro d'ordre, sont, comme nous le verrons, les derniers en date, contiennent jusqu'à six mouvements. Ce retour à l'antique forme Suite, abandonnée par la Sonate comme par la Symphonie, se manifeste nettement par divers indices dans les Quinzième et Seizième Quatuors, comme si l'auteur avait pressenti quelque voie nouvelle dans cette direction, alors « oubliée », ainsi que le sont d'ordinaire les choses que notre vanité qualifie de « nouveautés » ou d' « innovations ».

6° Cette variété ou cette liberté plus grande dans le choix des moyens purement symphoniques ou exclusivement musicaux, pour la composition des Quatuors, paraît avoir une provenance extramusicale ou simplement poétique. Par là, le Quatuor beethovénien va nous rapprocher graduellement de la Musique Dramatique, qui doit faire l'objet du Troisième Livre de ce Cours. Il est certain que le Quatuor se « dramatise », en obéissant, plus ou moins consciemment peut-être, à un programme, à une intention poétique ou allégorique, sur laquelle l'auteur ne nous renseigne qu'incomplètement et comme à regret. Quelques titres brefs comme La Malinconia pour le mouvement lent du Sixième Quatuor, Ctii^a/ma dans le Treizième, et plus spécialement la Can\ona du Quinzième, exprimant les mêmes sentiments que la Fugue finale de la Sonate pour piano, op. 1 10(1), enfin, le fameux Muss es sein? qui clôture le Seizième, peuvent parfois guider nos recherches sur les intentions du poète-symphoniste. Dans la plupart des cas, au contraire, nous en sommes réduits à conjecturer, d'après nos propres impressions, la signification profonde de ces pages, douloureuses presque toujours, sans espérer connaître jamais ce que l'auteur a voulu dire ou peindre ;

(i) Voir II* liv., \" partie, p. 365.

ai8 LE QUATUOR A CORDES

mais nous ne pouvons nous refuser à sentir qu'il a voulu dire ou peindre quelque chose.

Toutefois, à l'inverse de ce qui se passe trop souvent dans nos Poèmes Symphoniques contemporains, cette mystérieuse intention poétique, dont la présence est indéniable, ne s'exprime jamais aux dépens ou à l'encontre des lois immuables de la construction symphonique : les principes d'équilibre tonal ou rj'thmique suffisent toujours à légitimer la forme donnée à l'œuvre, quelle que soit la part réservée à l'émotion intime ou tragique qui l'anime.

Il n'en sera plus de même, lorsque la solide armature classique donnée par Beethoven à la forme Quatuor se désagrégera peu à peu, d'abord sous la poussée romantique, puis, de nos jours, sous l'influence nettement anarchique qui tend à confondre tous les genres. Cet appel à la poésie et au drame, toujours soumis chez Beethoven aux normes de la facture musicale, des lois tonales, en un mot, de l'architecture, deviendra bientôt un simple appel au désordre, un prétexte dit « d'originalité », servant tout juste à voiler l'ignorance de l'auteur ou son indigence Imaginative. Seuls émergeront encore, dans cette décadence d'une forme que les dernières œuvres du maître classique avaient élevée aux plus hauts sommets, ceux qui n'ont point dédaigné de suivre la voie féconde qu'il leur avait ouverte, tout en y donnant carrière parfois à des dons d'évocation pittoresque ou descriptive hors de pair.

C'est cette sorte d'empiétement progressif des éléments dramatiques ou descriptifs, extérieurs à la musique, qui semble devoir faire subir au Quatuor à Cordes contemporain une destinée assez corrélative de son origine : petite Symphonie pour archets à sa naissance, il ne sera plus guère à son déclin qu'un petit Poème Symphonique pour archets, avec les mêmes qualités — et aussi les mêmes défauts ^ que ce genre, bien « moderne », a introduits dans notre art instrumental contemporain.

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