Enterrement de Jacob
Le titre complet de cette œuvre, parue en 1700, est ainsi libellé : Représentation musicale de quelques histoires bibliques ; Pièces pour
(1) Voir H'iiv., I" partie, p. 7?.
(2) Voir U« liv., l''^ partie, p. 144.
LES PIÈCES INSTRUMENTALES DESCRIPTIVES 3o7
clavecin, que les amateurs joueront avec plaisir. Et l'auteur avait, dit-on, l'intention de poursuivre ainsi l'adaptation musicale de toute l'Histoire Sainte. Le souci puéril de reproduire jusqu'au plus infime détail ne le cède en rien aux descriptions, tout aussi enfantines, que nous rencontrerons jusque dans les plus solennels Poèmes orchestraux de nos meilleurs Romantiques : c'est vraiment là l'un des caractères spécifiques du genre.
Voici, à titre de spécimen, l'analyse sommaire des deux premières de ces Sonates :
Première sonate biblique : Combat de David et de Goliath ; divisée en huit pièces, comme une sorte de Suite :
1. Les Bravades de Goliath, représentées par un thème d'allure pesante ;
2. La Terreur des Israélites et leur Prière : cette « prière » sera tout simplement le Choral Aus tiefer Noth, extrait des dernières œuvres de J. S. Bach ; on distingue assez bien les lamentations du peuple, et les harmonies ont un peu plus de relief que dans la première pièce ;
3. Courage de David impuissant devant les bravades de Goliath. Il met sa confiance en Dieu : c'est un simple Allegretto, sans particularité ;
4. Le Combat: on y reconnaît assez bien les motifs affectés à chacun des combattants : David agile ; Goliath lourd; l'imitation de \a fronde, qui tournoie et lance la pierre est plutôt comique, mais assez réussie ;
i. Fuite des Philistins massacrés par /ei /^raè/i'/ei ; c'est une pièce d'allure très vive, bien enfantine ;
6. La Joie des Israélites. Leur Victoire : ici nous retrouvons nettement la construction binaire de la Suite.
7. Concert de Musique donné par les dames en l'honneur de David : pièce un peu niaise, comme son titre, où l'on entend des imitations de trompettes et de timbales.
8. Jubilation générale. Ballet du peuple, lequel consiste en un Menuet des plus ordinaires.
Deuxième sonate biblique : La Folie de Saiil : en trois pièces ;
1. La Mélancolie de Saiil guérie par la Musique : on entend une sorte de récitatif [{sl tristesse de Saûl, sans doute) entrecoupé de /rai'w rapides (sa folie) : puis une entrée fuguée sur un thème plus intéressant qui se combine avec les traits de la folie de SaiU ; et pour finir le récitatif du début (i) ;
2. Chanson rafraîchissante de la harpe de David : on ne peut pas dire que la musique de cette chanson soit très « rafraîchissante » : elle est plutôt ennuyeuse, peut-être afin d'endormir Saiil ?
3. L'âme tranquille et contente de Saiil : petit air assez plat et enfantin.
Il semble bien que ces Histoires bibliques aient été, dans la pensée de l'auteur, destinées aux enfants et traitées en plaisanteries. Mais, même de ce point de vue, elles sont assez inégales et un peu longues :
(1) Il y a même ici un passage contenant d'assez belles « quintes » : serait-ce une autre allusion à la folie ? \
3o8 LE POÈME SYMPHONIQUE ET LA FANTAISIE
le conflit entre la recherche descriptive et la structure musicale y apparaît déjà très clairement ; il ne fera que s'aggraver par la suite.
François COUPERIN (i), dans ses Suites qu'il qualihe « Ordres », ne manque pas de se conformer à la mode des « titres-programmes » ; souvent ces titres n'ont pas grand rapport avec la musique ; mais il faut citer ici une exception, dans laquelle l'intention descriptive de la musique est indéniable : nous voulons parler de la série intitulée Les Folies Françaises ou Les Domiuos, qui contient dou^e pièces dont les désignations ne laissent aucun doute :