LE POÈME SYMPHONIQUE VOCAL (.\VI^ SIÈCLE
Clément Janequin 14.. f i5..
Nicolas Gombert 14.. f i5..
Philippe Verdelot 14.. f i566
Alessandro Striggio i535f 1601
Johann Eckhardt i553 7 161 1
Giovanni Croce i56of 1609
Adriano Banchieri iSôyf 1634
Heinrich ScHiJTz i585 f 1672
Clément JANEQUIN (i), dont on ignore les dates exactes, paraît être le plus ancien auteur de ces Chansons pittoresques mentionnées déjà à propos des Polyphonies profanes, et dont la plupart, répondant à une idée descriptive étrangère à la musique, sont de véritables Poèmes Symphoniques vocaux. .Paivmi ces ouvrages, publiés en i55q, on peut citer les suivants, dont plusieurs nous sont déjà connus :
Le Chant des Oiseaux ;
Le Caquet des Femmes \
La Bataille de Marignan ;
La Bataille de Meti ;
La Bataille de Reiuty ;
La Prise de Bouloiigne ;
Les Cris de Paris, etc.
(i) Voir I«' liv., pages igS et suiv.
3o4 LE POÈME SYMPHOMQUE ET LA FANTAISIE
Nicolas GOMBERT (i) a laissé, parmi ses Chansons polyphoniques publiées en i544 et déjà signalées, une Chasse au cerf et une Chasse au lièvre, attribuées à Janequin également, et que Ton peut ranger dans le genre descriptif.
Philippe VERDELOT (2), compositeur wallon, qui fut élève de Willaert et vécut à Florence, est aussi l'auteur d'une Chasse au lapin. parue en i56i et appartenant à la même catégorie.
Alessandro STRlGOIO.de Manioue, dont il sera question plus en détail au Troisième Livre de ce Cours, à propos de sa musique dramatique, a publié en 15S4 deux Madrigaux célèbres, dont le style est nettement imitatif, et même humoristique:// Chirolamente délie Donne al Buccato (la Dispute des Femmes à la Fontaine) et La Chasse.
Johann ECKHARDT. l'un des premiers compositeurs allemands dont on rencontre le nom dans l'histoire, en même temps que celui beaucoup plus célèbre de son contemporain Schiitz, était né en Thuringe et fut l'élève de Roland de Lassus, avant ae se fixera Konigsberg, où il passa la plus grande partie de sa vie, comme maître de chapelle du duc de Prusse. On possède de lui une pièce vocale publiée en i SSg et intitulée Le Tumulte de la place Saint-Marc, qui répond aussi au caractère du Poème Symphonique.
Giovanni CROCE, né à Chioggia, comme Zarlino dont il fut l'élève, devint plus tard maître de chapelle de l'église Saint-Marc, àVenise. Nous ne l'avons point cité parmi les auteurs de Motets, parce que ses com'positions dans cette forme sont sans personnalité ; en revanche, il a écrit des Madrigaux fort curieux et tout à fait descriptifs, notamment :
La Triacca WM5iCi.7/e (La Médecine musicale) où l'on voit apparaître l'allégorie burlesque de la « médecine ordinaire » et le « jeu de l'œuf » ;
La Chanson des Enfants ;
Le Concours de Chant entre le Rossignol et le Coucou, jugé parle Perroquet, véritable scène comique à personnages, se rapprochant déjà beaucoup des premiers essais d'Opéras : sa date est irgS.
Adriano BANCHIERI (3) doit être mentionné également, pour son
(1) Voir I" liv., p. 199.
(2) Cet auteur a été cité incidemment au Premier Livre (p. 196) comme ayant ajouté une cinquième voix à plusieurs polyphonies écrites primitivement à quatre voix, et notamment à la Bataille de Marignan de Janequin.
(3) Voir l" liv., p. 209 et II« liv., 1" partie, p. 68.
LES PIÈCES INSTRUMENTALES DESCRIPTIVES 3o5
Festino nella Sera del Gioveddi grasso (Festin du Jeudi-gras) et pour les divers cris d'animaux qu'il qualifie Coutrapunto bestiale alla mente : cette scène burlesque date de 1608.
Heinrich SCHIJTZ (i), dans ses Sinfoniae sacrae et notamment dans les Dialogues dont nous avons donné l'analyse, marque le dernier état du Poème S/tnphonique vocal, en ce sens que les personnages n'y sont pas encore individualisés : mais c'est le choeur impersonnel qui obéit à une idée extramusicale, en tant que sa collectivité est censée représenter un individu. C'est au contraire la substitution du solo au chœur qui marquera la transition entre ces derniers spécimens de « musique vocale à programme » et les premiers essais de représentation scénique, caractérisant l'avènement de la véritable « musique dramatique ». Ces deux états de la musique, si voisins l'un de l'autre, procèdent de la tendance, générale à cette époque dans tous les pays musicaux d'Europe, à dramatiser la forme, mais sans la modifier, tout en y ajoutant une intention littéraire.
4. LES PIÈCES INSTRUMENTALES DESCRIPTIVES (xVIl'' ET XVIII« SIECLES).
John Munday i5.. 7 i63o
Johann Jacob Froberger 16. . f 1667
DiETRICH BUXTEHUDE l62>-J J I 7O7
Marin Maret i656 f 1728
Johann Kuhnau 1660 7 1722
François Couperin 1668 7 1733
Johann Sébastian Bach i685 7 1750
Johann Christian Bach 1735 7 1782
John MUNDAY parait avoir été l'un des premiers à formuler l'intention descriptive de certaines de ses œuvres : il fut organiste à Windsor jusqu'à la fin de sa vie. Dans le Livre de Virginal de la reine Elisabeth, publié à Londres, on trouve une pièce intitulée Sonate pour Virginal (2), qui contient, au dire de l'auteur, « une description sur cet instrument de la pluie et du beau temps ».
Johann Jacob FROBERGER (3), l'un des premiers auteurs de Fugues, a composé des Batailles pour Clavecin, précédées d'une notice, où
(i) Voir leMiv., pages 177 et suiv.
(2) On se souvient que c'était le nom d'une variété de clavecin ou d'épinelte employée en Angleterre (Voir ci-dessus p. ii).
(3) Voir M" liv., 1" partie, p. -j'i.
Cours de composition. — t. ii, 2. 20
3o6 LE POÈME SY.MPHOMOUE El LA FANTAISIE
il se flatte, dit-il, de « décrire parfaitement non seulement les sentiments mais encore les idées et même les événements ». Dès lors, la voie est ouverte aux titres explicatifs, et nous allons voir quel usage en sera fait.
Dietrich BUXTEHUDE (i) sacrifie à la mode du jour en publiant une série de Sept Suites pour Clavecin, destinées, nous dit leur titre, à « décrire les caractères dift'érents des sept Planètes o.
Marin MARET, musicien français, plus célèbre comme violoniste que comme compositeur, est aussi l'auteur de Suites descriptives; mais les sujets de ces descriptions sont au moins inattendus : on a de lui, en effet, une série de Livres de i'iole (alto) intitulée Medica. L'une des Suites qui y sont contenues justifierait mieux encore le qualificatif « chirurgica », car elle a pour titre Tableau de l'Opération de la Taille, et les huit pièces dont elle est faite méritent de passer à la postérité, sinon pour leur musique, du moins pour la « poésie » spéciale de leur programme :