Les Flatteries des Amis : morceau de forme Suite
2. Les Amis représentent au partant les d.mgers du voyage : les modulations de cette pièce [sol, ut, fa, si i>, mi b, J-A b), procédant par assombrissementprogressif dans l'ordre des sous-dominantes, seraient invraisemblables
(i) Voir 11'^ liv., l" partie, p. i?;.
(2) Cette pièce est particulièrement intéressante par le mélange de mesures différentes et de rythmes qui décrit très spirituellement la coquetterie, {lî) Voir U" liv., I"= partie,' pages 76 et suiv.
LES FANTAISIES A LA FIN DU XVIII» SIÈCLE Sog
sous la plume de Bach, s'il ne s'agissait que de musique : le poème seul (ou le « caprice ») les explique, ainsi que la conclusion sur la dominante de FA, Aucun exemple analogue ne se rencontre dans l'œuvre immense du maître ;
3. Lamentations des Amis, en fa : c'est une sorte de Passacaille avec basse obstinée, à la fois très poétique et de très belle tenue musicale ;
4. Départ des Amis : pièce très courte, modulant de MI ^ a LA, contrairement à tous les usages de l'auteur;
5. Le Postillon sonne du Cornet : on entend deux appels successifs imitant le Cornet de poste ;
b. Fugue : jeu de mots sans doute sur la « fuite » [fuga) du partant, ou plutôt de la poste, car c'est l'appel du Cornet qui sert de sujet à cette Fugue, tout à fait « fantaisiste » elle aussi, en dépit de quelques strettes assez intéressantes.
Cette analyse succincte suffit à montrer qu'entre les deux pièces extrêmes (Allemande et Fugue) assez régulières comme forme, nous sommes en pleine fantaisie, en plein caprice, ainsi que l'auteur nous en a avertis.
Johann Christian BACH (i) allait s'autoriser à son tour de l'exemple paternel en nous donnant une Bataille de Rosbach, où l'on entend, nous dit le véritable programme de l'œuvre, « le feu des canons, des détonations de mousquetterie, une attaque de la cavalerie et les lamentations des blessés ». Cette pièce se joue sans interruption, et n'ajoute rien à la gloire de la famille du Cantorde Leipzig.
Mais, tandis que les batailles instrumentales vont faire rage, comme il est naturel pour des batailles, remplaçant sans avantage aucun les antiques batailles vocales des Janequin et consorts, tandis qu'au siècle suivant des noms aussi disparates que Dussek et Beethoven voisineront dans cette variété de la Fantaisie (ou du Poème S/mphoniqite, comme on voudra), nous allons voir de quelle autre façon un autre fils du vieux Cantor, Charles Philippe Emmanuel, avait compris et réalisé cette musique « qui échappe aux lois normales de la composition ».