LKS FANTAISIES A LA FIN DU XVIIl"? SIÈCLE
Karl Philu' Emanuel Bach . . . . 17147 1788 WoLFGANG Amadeus Mozart. . . . 1756 f 1791 LuDwiG VAN Beethoven 1770 f 1827
Les noms de ces trois illustres compositeurs sont rapprochés ici en
(i) Voir II» liv.. I'« partie, p. 2o5.
3io LE POÈME SVMPHOMQUE ET LA FANTAISIE
tant que représentatifs d'une petite catégorie d'œuvres aussi indéterminées comme forme symphonique que comme poème : l'explication de leur désordre apparent ne nous est fournie que par leur seul titre, Fantaisies. On pourrait donc les qualifier tout aussi bien : Poèmes S)-mphouiques sans poèmes. Le mot Fantaisie a été appliqué à tant de compositions disparates qu'il ne faut pas s'étonner de le rencontrer, par exception, sous la plume de musiciens sérieux : cette exception ne devait point durer longtemps, car aussitôt après les tentatives de Beethoven, la pauvre « Fantaisie » n'allait pas tarder à recevoir les plus fâcheuses applications, tandis que Beethoven lui-même, avec sa Bataille de Vittoria, revenait au caractère explicitement descriptif du vrai Poème Symphonique.
Karl Philip Emanuel BACH (i) était bien l'homme des tentatives nouvelles : nous lui devons d'abord l'évasion complète des rigueurs du style contrepointé, auquel il préfère le « style galant », puis la création de la Sonate,^ et enfin trois ouvrages pour clavecin, divisés immuablement en trois parties dont la première et la dernière sont écrites sans barres de 77Zd5f<re,par une véritable insurrection contre les usages de son temps, ce qui l'amena sans doute à choisir comme excuse le titre Fantaisie.
Première fantaisie, en MI b (1776) :
I. Un grand trait, sans mesure, suivi d'une partie très expressive, tout à fait dans le style de Beethoven, contenant des recherclies harmoniques extrêmement audacieuses pour leur époque;
II. Adagio, mesuré, au tonde LA naturel m.ijeur, qui réalise le maximum d'éloignement possible dans l'ordre des quintes, et n"a aucune affini • té avec le ton de Ml \> ; il faut noter combien le style de l'auteur est en avance sur celui de son contemporain Mozart ;
III. Partie symétrique de la première et au ton principal, mais de caractère plus agogique, et écrite s.ins mesure également.
Deuxième fantaisie, en LA (un peu postérieure à l'autre) :
I. Un grand trait libre, sans mesure, assez beethovénien d'allure ;
II. Anijnte mesuré, sur un rythme persistant de' groupes réguliers de cinq doubles croches ;
m. Partie symétrique de la première, avec traits et arpèges du même style.
Troisième faxtaisie, en UT {1780) :
I. Par exception, quelques mesures écrites sont intercalées dans les passages s::ns mesure : certains changements de mouvements, avec des modulations tout à fait inusitées a cette époque, sont du style que Liszt reprendra plus tard dans ses Rapsodies Hongroises ; une sorte de grand récit, écrit en mesure, dans un style déplus en plus beethovénien, complète cette première partie ;
(i) Voir II* liv., 1" partie, p. loB.
LES FANTAISIES A LA FIN DU XVIIie SIECLE 3ii
ir. Andante trus expressif, en mi, avec dialogue et imitations des parties ; il semble s'effacer progressivement, pour se relier à la suite ; III. Véritable retour à la première partie, présentée avec de nouvelles modulations, différentes des précédentes, mais tout aussi « avancées ».
On le voit, nous sommes en présence d'une construction nette {a. b, c) qui s'apparente à la forme lied : l'enchaînement insolite des tonalités, des harmonies et des phrases nous suggère inévitablement l'idée de quelque « programme » poétique et descriptif, que l'auteur ne nous a pas fait connaître, mais qui est de l'ordre du Poème Sj-mplionique. Les étonnantes recherches harmoniques que l'on rencontre dans ces Fantaisies sont restées le seul exemple de ce genre, pendant de longues années, avant que l'on ose les imiter et les utiliser.
MOZART (i) est l'auteur de deux Fantaisies, qui sont loin d'offrir le même intérêt que celles de Ph. Emm. Bach, surtout la première, en ré, sorte de morceau de Sonate incomplet, où le thème reparaît à la tyo;;n'7/ti///e, comme au temps de la Sonate monothématique : plusieurs reprises textuelles de petits fragments n'y ajoutent rien qui en accroisse la valeur.
La deuxième, dite Grande Fantaisie, en nt. que l'on se croit obligé de publier en tète de la dernière Sonate pour piano, avec laquelle elle n'a pas d'autre rapport que sa tonalité, est notablement meilleure : on y distingue six divisions :
I. Adagio : exposition du thème principal, en forme suspensive, d'ut à siii ; II. Thème lent, avec reprises, en RÉ ;
III. Allegro fornié d'une transition agogique en la, pour amener un nouveau thèm.e en LA ;
IV. Andantino , autre thème en SI b se développant sur lui-même, sans conclure ;
V. Pi» Allegro, en sol, formant transition modulante et ralentissant vers la fin pour la rentrée :