PÉRIODE DU MADRIGAL ACCOMPAGNÉ ET DU MADRIGAL DRAMATIQUE
Orazio Vecchi. .
Matteo Asola. .
LucA Marenzio. .
Giovanni Gabrieli.
Felice Anerio. .
Adriano Banchieri.
Thomas Morley. .
Hans Léo Hassler
vers i56o -f- i6ob
vers i55o + 1399
vers iSôy f 1634
Orazio Vecchi, né à Modène, fut prêtre et chanoine de Correggio ce xDui ne l'empêcha point de mener une vie des plus mouvementées ; sa biographie est remplie d'incidents bizarres, tels qu'organisation de danses
(I) Ibid. (a« tascicule, page 126).
(a) Ibid. (3« fascicule, page io3).
(3) Ibid. (3« fascicule, page 25).
»oS LA CHANSON ET LE MADRIGAL
et de mascarades, rixes dans les églises, coltellate et coups de stylet. Bien qu'il ait écrit une célèbre messe à huit voix, In resurrectione Domini, il n'en demeure pas moins le véritable précurseur de Vopera buffa.
Vecchi fut, sinon le premier, du moins l'un des plus anciens et des plus importants promoteurs d'une forme d'art qu'on peut rattacher à la fois, par l'écriture, au style du poème sjmphonique, tel qu'au xix" siècle le comprirent Liszt et Berlioz, et, par la réalisation expressive, au drame musical.
Nous aurons à revenir longuement sur ce compositeur dans le troisième livre de cet ouvrage, nous nous contenterons donc d'énumérer ici ses œuvres principales, qui méritent toutes d'être lues attentivement.
a , I 590. — La Selva di varia ricrea'{ione (i), cioè madrigali, cappricci, balli, arie, justiniam, canionette, fantasie, serenate, dialoghi, un lotto amoroso, con una battaglia a 10 nel fine, suite un peu incohérente de madrigaux, de trois à dix voix, où l'on peut trouver, comme l'auteur le dit lui-même dans sa préface, « toutes les herbes et les plantes mêlées, ainsi que dans une forêt. »
b) 1 597. — // Convito musicale (2), madrigaux de trois à huit voix pour « tous les goûts ».
^) 1^97. — L'Amfiparnasso, commedia armonica, sorte de comédie madrigalesque, consistant en quatorze morceaux à quatre et cinq voix, dialogues pour la plupart.
d) 1 604. — Le Veglie di Siena, overo i vai^ii hwnori délia musica moderna (3) ; dans cet ouvrage, divisé en deux parties, la première badine [piacevole], la seconde sérieuse {grave), tous les genres de musique exécutables par une pol3'phonie ont été réalisés.
Giovanni Matteo Asola (4) publia, en 1587 et 1596, deux livres de madrigaux.
LucA Marenzio, né à Coccaglio, près Brescia, fut maître de chapelle du cardinal d'Esté, puis de Sigismond III, roi de Pologne, et mourut d'un chagrin d'amour, à Rome, oij il était organiste de la chapelle pontificale.
(i) La forêt d'amusements variés où se trouvent : madrigaux, caprices, ballets, airs, justiniennes, chansonnettes, fantaisies, sérénades, dialogues, un devis amoureux avec une bataille à dix (voix) pour finir.
(2) Le Banquet musical.
(3) Les Veillées de Sienne ou les divers caractères de la musique moderne.
(4) V. chap. X, page 176.
LA CHANSON ET LE MADRIGAL aog
Marenzio se fit une spécialité du chromatique comme moyen expressif. On a de lui, imprimés chez les Gardane, de Venise, vingt-trois livres de madrigaux très prisés par ses contemporains, qui le surnommèrent il phi dolce cigno.
Giovanni Gabrieli, neveu d'Andréa Gabrieli (i), fut premier organiste à l'église Saint-Marc de Venise et compta Heinrich Schiitz au nombre de ses disciples. Il écrivit une assez grande quantité de madrigaux accompagnés (six livres), de quatre jusqu'à vingt-deux voix, ces derniers en trois chœurs. Gabrieli fut l'un des maîtres les plus renommés de la dernière école de Venise.
Felice Anerio (2) écrivit plusieurs livres de madrigaux, de quatre à six voix.
Adriano Banchieri, moine olivétain, organiste de Saint-Michel de Bologne, fut un digne continuateur de l'art d'Orazio Vecchi, tout en exagérant la manière de celui-ci jusqu'aux dernières limites du comique populaire. Banchieri fit plusieurs livres de madrigaux accompagnés, et aussi d'intéressants ouvrages théoriques, tels que : Cartella musicale sulcantofigiirato et VOrgano suonarino (161 1); mais ses plus importants ouvrages sont les recueils de madrigaux dramatiques intitulés :
a) I metamorfosi musicali, en quatre livres ;
b) Il iabaionemusicale,ànventione boscareccia, à cinq voix;
c) Barca di Venetia per Padova, en deux livres ;
d) Festino nella sera del giovedi grasso, en trois livres. Dans ce « festin du jeudi gras » se trouve un bizarre assemblage polyphonique à huit voix, ainsi présenté :
I" chœur : Deux amoureux chantent une caji^onetta, tandis que la tante Bernardine raconte une histoire et qu'un vieux docteur radote en latin.
2« chœur : Le chien aboie (bubhau)^ Le coucou fait kuku, Le chat miaule (gnao), Le choucas chante {chiu) ; tout cela en contrepoint à huit parties solidement constitue. Ce madrigal est intitulé : // contrapunto bestiale alla mente i:^) (1608). e) Tirsi, Fili e Clori, six livres de Canionette à trois voix (1614).
(i) V. chap. X, page i6z.
I3Î Ont!t qu'ornommait : conUapunto alla mente l'ancien déckant ou chant sur le livre (voir chap. x, page 144).
aïo
LA. CHANSON ET LE MADRIGAL
f) Enfin, une œuvre vraiment dramatique en deux parties intitulées Pallia senile (i) et Savie^a giovenile (2) (iBgS), souvent réimprimée jusqu'en 1628, sorte d'imitation non déguisée de VAmfiparnasso de Vecchi, pour voix, instruments, etc., avec intermèdes. Cette œuvre sera examinée en détail au début de notre étude sur l'art dramatique (troisième livre).
Thomas Morley, élève du célèbre organiste anglais William Byrd et chantre de la chapelle royale, fu: un compositeur de chansons et de madrigaux des plus féconds ; on connaît de lui un grand nombre de madrigaux accompagnés, oij figurent déjà des instruments tels que treble lute (luth aigu), pandora, cisterne, base-viol, flûte, treble-viol (violon) ; un recueil de Ballets à cinq voix (danses chantées) et trois livres de Canionets, de trois à six voix.
Hans Leo Hassler (3) composa des madrigaux accompagnés sous les titres : Newe teutsche Gesang nach Art der welschen Madrigalie^i und Kanionetten (4) (iBgô), Lustgarten neiver deustcher Gesang (5), Balletti, Gagliarden und Intraden mit 4-8 Stimmen{i6oi).
Après avoir survécu encore quelque temps au xvii* siècle en Angleterre, l'art madrigalesque tomba, nous l'avons dit, dans une complète déchéance, pour faire place à la suite instrumentale et à la musique de chambre (concert, etc.), dont il fut le véritable précurseur vocal, comme on le verra dans le deuxième livre de cet ouvrage.
'1) La folie sénile.
(2) La sagesse juvénile.
(3) V. chap. X, page 176.
(4) Nouveau chant allemand, suivant la manière des madrigaux et chansonnettes flamands. (b) Le Jardin d'agrément du nouveau chant allemand.
Le moyen âge. — Epoque rythmo-monodique : art intérieur. — Epoque polyphonique : art extérieur. — Epoque métrique: art personnel. La Renaissance. — Effets de la Renaissance sur la musique.