LE RYTHME DE LA PAROLE ET LE RYTHME DU GESTE
Dans l'antiquité, on accordait au rythme la place prépondérante qu'il doit occuper dans l'Art. Appliquées à là parole récitée ou chantée, aussi bien qu'aux mouvements du corps, à la déclamation et à la musique comme à la mimique et à la danse, les lois rythmiques régissaient ensemble le Temps et l'Espace, car, seules peut-être parmi les arts, la da7ise et la mimique sont à la fois des arts successifs et plastiques, des arts du Temps et de l'Espace : aussi étaient-ils considérés par les Anciens comme des arts sacrés, qu'on réservait le plus souvent aux cérémonies religieuses.
Sous l'influence du christianisme, qui proclame la suprématie de
fi) On pourrait même avancer que, /« ;»/iij 50uven<, le premier temps delà mesure est rythmiquement un temps faible ; l'adoption de ce principe éviterait bien des erreurs et bien des fautes d'interprétation.
j8 le rythme
l'âme sur le corps, ces deux arts sont, dès le début du moyen âge. exclus du culte divin, en tant que manifestations artistiques.
Ainsi s'oblitère et disparaît progressivement le rythme qui réglait les belles attitudes du corps, tandis que le rythme de la parole chantée s'affine et se conserve, en raison même de l'idée religieuse, comme on le constatera dans l'étude de la cantilène grégorienne.
Exclue de l'église, la danse antique subsiste seulement dans le peuple, mais elle s'y transforme, s'y vulgarise, et perd en grande partie son caractère artistique.
Ces derniers vestiges de l'ancien rythme du corps se retrouvent à peu près exclusivement dans la chanson populaire, différant du chant religieux par ses périodes mélodiques plus symétriquement cadencées, parce qu'elles sont destinées à la danse.
Ainsi, au cours des deux premières époques de l'histoire musicale (époque rythmo-monodique et époque polyphonique)., l'art de la parole rythmée se retrouve dans la musique re%iew5e, tandis que l'art au geste rythmé est passé presque exclusivement dans la musique profane.
Dans la troisième époque, au contraire (époque métrique), les lois de l'ancienne rythmique, paralysées par la prépondérance de la barre de mesureront perdu toute influence apparente ?>Vii\a. musique ; mais elles n'en conservent pas moins un rôle occulte dont le double effet provient toujours de la distinction première entre le rythme de Xo. parole et le rythme du geste.
Celui-ci, en effet, après avoir accompli son évolution populaire, a donné naissance à notre genre instrumental ou purement symphonique, tandis que notre musique drajnatique contemporaine a pour point de départ le rythme de la parole récitée et chantée .
La mystérieuse puissance du rythme n'a donc jamais cessé d'agir sur les destinées de l'art, et il n'est pas déraisonnable de penser que, libre dans l'avenir comme il le fut dans le passé, le rythme régnera de nouveau sur la musique, et la libérera de l'asservissement où l'a tenue, pendant près de trois siècles, la domination usurpatrice et déprimantede \a.mesure mal comprise.
LA MÉLODIE