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LE RYTHME ET LA MESURE

Temps lourd

Les expressions temps léger, temps lourd, dont nous -«' -"^n^" .ervis à dessein, ne sont nullement équivalentes a celles de temps faible et de temps fort, qu'on emploie dans tous les traites de solfège^

Les temps rrMm,î»a., auxquels nous appliquons les q-lifica„fs de légers ou de lourds, ne coïncident pas nécessairement avec les temps dfla mesure, entre lesquels les professeurs de musique distinguent a tort des « temps forts » et des « temps faibles ».

Le rythme ne coïncide pas davantage avec la mesure, qu on est beaucoup trop souvent tenté de confondre avec lui.

La mesure est une figuration fort imparfaite du rythme. Elle aide à rendre plus saisissables certains rythmes étroits et serviles, mais elle oblige au contraire à représenter les rythmes libres d'une façon compliquée, qui les rend moins apparents, et en paralyse fréquemment l'exécution.

Battre la mesure et rythmer une phrase musicale sont deux opérations complètement différentes, souvent opposées. Les nécessités de l'exécution d'ensemble obligent à discerner par le geste les temps de la mesure; mais le premier temps qu'on appelle frappé est tout à fait indépendant de V accentuation rythmique^ ainsi que nous le verrons dans l'étude de la mélodie (chap. 11).

La coïncidence du rythme et de la mesure est un cas tout à fait particulier, qu'on a malencontreusement voulu généraliser, en propageant cette erreur que « le premier temps de la mesure est toujours fort » (i).

Cette identification du rythme avec la mesure a eu pour la musique des conséquences déplorables ; c'est même une des plus fâcheuses innovations que nous ait léguées le xvii* siècle, si fertile en fausses théories. Sous prétexte de reconstituer l'ancienne Métrique^ à l'aide de quelques vieux documents plus ou moins bien interprétés, on a complètement perdu de vue, à cette époque, les lois plus larges et pourtant tout aussi anciennes de la Rythmique, seules compatibles avec l'art véritable.

Ainsi le rythme, soumis aux exigences restrictives de la mesure, s'est appauvri rapidement, jusqu'à la plusdésolante platitude : telle, dans un arbre, une branche qui. comprimée fortement par une ligature, s'étiole et s'atrophie, tandis que ses voisines absorbent toute la sève.

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