JN J^
Il a quit-té la ville.
Deux accents logiques. — Pas d'accent pathétiqua.
la phrase est prononcée recto tono, avec une nuance égale d'intensité sur les syllabes accentuées des deux mots importants : quitté, pille.
B) Interrogation :
Il a quit- té la ville ?...
(Accent tonique.) (Accent pathétique.
la phrase se précipite, le mot ville prend l'accent pathétique ; son intonation monte.
C) Affirmation :
Il a quit-té la ville.
(Accent pathétique.) (Accent tonique.)
LA MÉLODIE 3
la phrase se ralentit; le mot quitté reçoit l'accent principal : son intonation monte légèrement ; le mot ville prend une forme concluante . son intonation descend.
Ainsi, sous l'influence de sentiments divers, cette phrase, d'abord indifférente, inerte, oîi l'on distinguait à peine un rythme, devient vivante par l'effet de Vaccent f i).
Plus rapides ou plus lentes, plus fortes ou plus faibles, plus aiguës ou plus graves, les syllabes semblent, pour ainsi dire, se musicaliser. Que leur manque-t-il encore pour devenir mélodie? Une détermination précise dans leurs rapports d'intonation.
LA MÉLODIE
La jnélodie n'est donc autre chose qu'une succession de scîis déter^ miués, différant entre eux à la fois par leur durée ^ par leur intensité et par leur intonation (gravité, acuité).
La mélodie suppose le rythme et ne saurait exister sans lui ; il suffit en effet que deux sons, émis successivement, diffèrent par une seule de leurs qualités intrinsèques (durée, intensité, acuité) pour constituer le rythme. La mélodie, au contraire, suppose l'émission de sons successifs, différant, non plus par une seule de leurs qualités, mais par toutes les trois.
Il faut donc ajouter au minimum rythmique que nous avons figuré par
Temps léger Temps lourd
des signes y déterminant les relations de durée, d'intensité et d'intonation, pour représenter la mélodie élémentaire, le minimum mélodique. Telle sera, par exemple, la formule :
Temps legeriTemps lourd
1° Sa relation de durée (ou agogique) est figurée par
Temps léger I Temps lourd (précipitation rythmique du temps léger sur le temps lourd
2° Sa relation d'intensité {ou dynamique) est figurée par
Temps léger \ Temps lourd (accentuation du temps léger.)
(i) Accentus anima vocis : L'accent est l'âme de la voix.
LA MÉLODIE
30 Sa relation d'intonation (ou purement mélodique) est figurée par :
Temps léger i Temps lourd (abaissement mélodique du temps léger vers le temps lourd).
L'exemple que nous venons d'examiner, sous ses trois aspects différents constitue une sorte de cellule ou de rythme mélodique.
On appelle g^^oupe mélodique une succession de ces sortes de rythmes, et mélodie musicale, une succession de groupes mélodiques soumis à certaines lois d'accentuatioji, de mouvement, de repos et de tonalité.
C'est ici tout simplement une adaptation plus large aux groupes, des principes appliqués aux sons, dans notre première définition; cai Vaccentuation n'est qu'une forme de Vintensité ; le mouvement et le repos sont des manifestations de la durée ; la tonalité est une conception plus complexe de Vintonation.
PLACE DE l'accent TONIQUE DANS LE GROUPE MÉLODIQUE
De même que dans les mots du langage, la désinence masculine ou féminine des rythmes mélodiques modifie la place de Vaccent tonique.
Dans un rythme masculin (v. chap. i, p. 26) l'accent tonique se place sur le temps léger; le temps lourd (chute) n'est que la conséquence de l'accent.
Ainsi, par exemple, la cellule ou rythme mélodique que nous venons d'examiner porte l'accent tonique sur sa première note :
Rythme masculin • ^;i^^p=:ç.
Temps léger i Temps lourd
Dans un rythme /eVnmm, au contraire (v. chap. i, p. 26), l'accent tonique affecte le temps lourd de manière que la désinence féminme devient pour ainsi dire, un rebondissemem de l'accent. Si nous féminisons l'exemple précédent, l'accent tonique changera de place :
Rythme féminin
(I) Ce principe est le seul qui puisse expliquer les accents nécessaires de la syncope et de Yappoggiature, que prescrivent les traités de solfège sans en donner la vraie raison. . A . A
La syncope :
V=^ est un rythme masculin, et porte, en conséquence, ^ A A
T. légeqT. lourd «
l'accent tonique sur le temps léger, tandis que l'appoggiature : ^z^i^^^^ =i
T. lég.iT. lourd produisant un rythme féminin, entraîne naturellement l'appui sur le lemps lourd.
LA MÉLODIE
Ce que nous disons ici du rythme mélodique s'étend au groupe qui n'est qu'une succession de rythmes, et nous lirons de cette extension la règle suivante :
Dans tout groupe masculin, la place de l'accent tonique est sur la
fraction légère du groupe.
Accent tonique
Exemple :
Beethovon (.V^'Symphonie)
Il est facile en effet de ramener ce fragment de mélodie à un schème rythmique masculin :
Rythme masculin :
Temps léger
T. lourd
Dans tout groupe /t?m/;?/», l'accent tonique sera naturellement placé sur la fraction lourde du groupe, qui contient la désinence.
Exemple
Beethoven (VI' Symphonie)
Le schème rythmique de ce fragment est évidemment féminin : Rythme féminin : fe :
Temps léger
Temps lourd
Nous arrivons ainsi à déterminer dans la mélodie le principe de V accentuation.
PRINCIPE DE l'accentuation '. LA RYTHMIQUE MÉLODIQUE
A) La place de l'accent tonique varie suivant la forme, masculine ou féminine, du groupe mélodique.
L'accentuation tient à l'essence même de la mélodie ; elle lui donne sa signification en y déterminant la rythmique mélodique. Dans la musique pure, aussi bien que dans le chant, un simple changement d'accentuation modifie à la fois le sens rythmique et la signification musicale.
Cours dk composition '
LA MÉLODIE
Dans la fraction légère du groupe féminin que nous venons d'examiner (p. 33) par exemple, le premier rythme est masculin ; ii perdrait tout son caractère si on l'accentuait comme un rythme féminin (i) :
I Rythme masculin )
I Rythme féminin |
Accent
toniqne
Accent tonique
Temps léger |T<^mps lourd
Temps léger jTemps lourd
De même, les deux périodes mélodiques ci-dessous, presque identiques en apparence, surtout lorsqu'on les transcrit dans la même tonalité et avec les mêmes valeurs de notes, comme nous le faisons ici, sont, en raison de leur accentuation, très différentes à l'audition (2) :
1er groupe mascu
Accents toniques
a) Période masculine (jk^-^^^f— jg
fr. légère
lin I ^°^' 2e groupe masculin |
"" I crouse ' " :
fr. lourde
fr. légère
Beethoven
(Quintette,
op. 16)
fr. lourde
ler groupe féminin | anacr. ., 1 2e groupe féminin |
Accents toniques
b) Période féminine
Mozart [Don Juan)
En effet, la première est plutôt masculine, malgré les petites notes -^*^= J^=R^^= qui occupent la fraction
ornementales ht=M
lourde de chaque groupe, et qui sont trop peu importantes pour en
modifier le genre. Quant à la seconde, elle est nettement /e«nwi«e.
B) Il n'est point de mélodie qui commence sur un tefnps lourd. On remarquera que ces deux périodes commencent par leur frac-
(0 II est curieux de constater que cette période initiale de lf,-5>'^^''«"';f;^';,''f, "l;,'" plus souvent, interprétée avec l'accentuation la plus fausse qu'il soit possible de lui donner,
celle-ci :
^= triste résultat de la tyrannie de la barre de mesure et de
renseignement antirythmique du solfège.
(.) Nous avons choisi intentionnellement ces deux exem-ples.dans ^--^^-\'^^J"' ^^^^^ sure divise les groupes selon le rythme, disposition qui n'est pas toujours observée, même par les compositeurs de géni'C.
LA MELODIE
tion légère : on peut donc les réduire aux deux schèmes rythmiques suivants :
a) Rythme masculin : fe> F
b) Rythme féminin
T. Ié£
T. léger
T. lourd||T. léger A
r. lourd A
T. lourd
:T. lourd|| T. léger:
La place respective des temps légers et lourds est identique dans la plus grande partie des mélodies; aussi, Hugo Riemann (voir chap. ix) a-t-il formulé d'une façon absolue cette règle d'accentuation, qui ne comporte guère d'exceptions :
« Il n'est point de mélodie qui commence par un temps lourd. »
Comme complément h cette règle de Riemann, nous pouvons dire :
« Toute mélodie commence par une anacrouse exprimée ou souseH tendue, d
On appelle anacrouse la préparation de l'accent : en effet, le premier groupe d'une mélodie commence le plus souvent par une ou plusieurs notes accessoires formant une sorte d'entrée en matière. Si le groupe est masculin, ces notes ont pour effet de préparer immédiatement le premier accent tonique et constituent une anacrouse.
Si le groupe est féminin, la préparation du premier accent est faite par toute la fraction légère du groupe; en ce cas, les notes accessoires du début (ou, si l'on veut, l'entrée en matière) ayantpour effet d'allonger cette fraction légère (ou anacrouse), contribuent au renforcement du premier accent tonique ; car celui-ci sera d'autant plus marqué que la chute sur la fraction lourde aura tardé davantage à s'opérer.
Mais cette anacrouse, exprimée la plupart du temps, comme dans l'exemple ^, ci-dessus p. 34 (i), est parfois sous-entendue ou élidée, comme dans l'exemple a. Dans ce dernier cas, et dans presque tous ceux du même genre, le deuxième groupe de la période donne l'indication de ce qu'aurait pu être l'anacrouse élidée du premier groupe.
Ainsi, dans l'exemple dont il s'agit {a, p. 34), le second groupe :
doit être considéré comme issu du groupe initial :
(1) Voyez aussi l'anacrouse nettement exprimée au début de la période initiale Je l'andante de la V^ symphonie de Beethoven, ci-dessus p. 33.
3g LA MÉLODIE
dont les deux premières notes {la, si^) ont été élidées et remplacées par une simple respiration :
C) V accent expressif remporte toujours en intensité sur l'accent tonique.
La musique étant, nous l'avons dit, un art où le sentiment pi end un rôle prépondérant, l'accent expressif, dont on peut constater les effets quasi musicaux dans le langage parlé lui-même (voir les exemples page 3o), exerce une influence autocratique sur la rythmique musicale, à tel point que devant lui tout accent tonique s'atténue ou même disparaît.
L'accent expressif découle d'ordinaire du mouvement général de la phrase mélodique ; néanmoins il trouve aussi son application dans le groupe simple, notamment lorsque deux notes placées sur le même degré se suivent immédiatement. Dans ce cas, l'une des deux est généralement affectée de l'accent expressif.
Prenons pour exemple le groupe féminin :
Accent tonique.
Accent expressif. .
fraction légère \ fr. lourde
L'accentuation du second fa # (note expressive) prend une telle importance que c'est à peine si l'appoggiature [mi, ré) doit être marquée, et l'interprète qui ne tiendrait compte ici que du seul accent tonique commettrait un crime de lèse-rythmique.
Nous voyons donc, par tout ce qui précède, que \t groupe mélodique, véritable mot musical, est affecté par l'accent de la même manière que le mot du langage usuel, et contribue, au même titre que ce dernier, à l'intelligence du discours musical, au moyen de V accentuation, qui nous donne la clef de la rythmique.