PRINCIPE DU MOUVEMENT : LA PÉRIODE
Le mouvement mélodique consiste en une suite ininterrompue de groupes, partant du point initial pour aboutir au point Jînal delà période.
Toute portion mélodique comprise entre le point où commence le mouvement et celui où il s'arrête constitue une période, laquelle se
LA MÉLODIE
comporte, vis-à-vis de ses groupes, comme les groupes eux-mêmes visà-vis de leurs rythmes constitutifs.
La fin de la période se détermine par un art-êt du mouvement, mais cet arrêt n'est jamais que momentané, et ne peut constituer un état de repos qu'après la dernière période d'une phrase. Il est caractérisé musicalement par la demi-cadence^ lorsqu'il se produit sur une note n'émanant pas directement du sentiment de la tonique.
Le nombre des groupes dont se compose la période n'est pas limité.
Nous donnons ci-dessous quatre exemples de périodes mélodiques comprenant des groupes de nombre et de genres différents :
1er groupe (masculin)
2e groupe (féminin)
Accents toniques
Accents expressifs
— ^— J.-S. Bach
( T'ï T— (Pastorale pour orgue)
lourd
Cette période est composée de deux groupes de genre différent, dont les accents toniques et expressifs coïncident ; l'arrêt se produit sur le sentiment de la tonique et n'amène, conséquemment, point de demicadence.
' ,er groupe 2e groupe 3e groupe •^egr'^VP'
(férSinin) (féminin) (fem.mn) (féminin)
Accents toniques ■ \ -A A **
Ace. expr. .=- .
Eg^iEg
Beethoven
(Adagio du
VII* quatuor.
op. 5q)
Cette période, composée de quatre groupes féminins, est, de ce fait, parfaitement symétrique, et ne doit son effet douloureux qu'à la place des accents expressifs, qui viennent contrebalancer le rythme monotone des accents toniques.
ler gr.
(masculin)
2e gr.
(masculin)
Accents toniques, /y an. exprimée
Weber ±::| (Euryanth*
Accents expr.
LA MÉLODIE
Cette longue période, formée de six groupes, présente une particularité assez fréquente, celle de Vélision de la fraction lourde d'un groupe masculin (le quatrième) dans la fraction légère d'un groupe féminin (le cinquième). La fusion de ces deux fractions non accentuées en une seule produit une sorte de rebondissement mélodique presque toujours caractérisé par l'appel d'un accent expressif plus intense. Dans ce cas, notre métrique moderne exige un allongement du dernier accent avant 'l'arrêt, pour que la mélodie redevienne symétrique, ainsi que nous l'observons dans ce même exemple, où le sixième groupe est d'une valeur plus longue que les précédents.
1er gr.
(masculin)
2e gr.
(féminin)
Accents toniques. . A an. s.-ent.
R. Wagner {Meistersinger
Accents expressif:
Ici la période ne comprend que deux groupes de genre différent aboutissant, comme dans les deux exemples précédents, à une demi-cadetice qui constitue le terme de la période.
Nous avons appliquédans tousces exemples les règlesde la rythmique basées sur l'accentuation, et non celles de la métrique usuelle, notablement différentes, comme on peut le voir.
Si Ton examine une mélodie mesurée, il sera facile de se convaincre du caractère anacrousique de certaines mesures, par rapport aux autres mesures de la même mélodie.
Cette observation nous révèle l'existence, dans la musique mesurée, de mesures fortes et de mesures faibles, et nous en tirerons cette conséquence qu'il convient souvent de dédoubler la mesure pour retrouver le véritable rythme.
On pourrait écrire ainsi, par exemple, le thème du finale de la IX' symphonie de Beethoven :
mesure anacrousique
Accents toniques
Accents expressifs.
mesure forte
mesure faible
La première mesure est une véritable anacrouse ; c'est d'autant plus certain que l'accent tonique et l'accent expressif tombent sur la même note ; mais le défaut de coïncidence entre les deux sortes d'accent n'y
LA MÉLODIE
changerait absolument rien, comme on peut le voir dans cet autre exemple :
mesure anacrousique
mesure forte
mesure faible
Accents toniques
Beethoven
(AnJante du trio, op. 97)
Accents expressifs .
L'accent tonique, qui détermine le temps louî'd dans le rythme féminin, est ici à la seconde mesure : la première est donc anacrousique (i), et l'accent expressif qui s'y trouve affecte un temps léger, non accentué en rythme féminin ; cette circonstance, nous l'avons expliqué, ne l'empêche nullement de l'emporter dans l'interprétation sur l'accent tonique.
Bach et les auteurs de son époque employaient volontiers cette disposition en grandes mesures, contenant deux ou même quatre de nos mesures actuelles; la facilité de lecture y perdait peut-être, mais la représentation rythmique y gagnait certainement ; on pouvait mieux suivre, de la sorte, le mouvement de la période mélodique.