‹ Cours de composition musicaleChapitre 37 sur 119 · HYPOTHÈSE DU CYCLE GREGORIEN · texte numérisé non relu

HYPOTHÈSE DU CYCLE GREGORIEN

Les trois genres ou, si l'on veut, les trois états de la cantilène monodique nous apparaîtraient de la sorte comme les phases d'une évolution lente, partie du syllabismepsalmodique des pièces primitives, pour aboutir 2.usfllabisme métrique à^s^^ïhces populaires, en passant par toutes les TtcYi^vchts décoratives et symboliques des pièces ornementales.

LA CANTILÈNE MONODIQUE Mais la question de savoir si ces trois états sont vraiment apparus successivement, dans cet ordre déterminé, est encore très controversée, et de savants travaux sur la date de nos chants liturgiques sembleraient

même infirmer cette opinion. ,

Quoi qu'il en soit, notre hypothèse d'une sorte de cycle grégorien n a rien d'inadmissible. Elle serait même tout à fait conforme à 1 évolution du génie humain, laquelle repasse d'ordinaire, après des périodes plus ou moins longues, par un point voisin de son point d'origine,mais ,ama,s par ce point lui-même : telles les orbites planétaires dans leurs révolutions successives à travers l'espace.

LE CAR*Ct4rE expressif de la CANTILÈNE MONODIQOE MÉDIÉVALE

On a contesté, nié même, le caractère éminemment expressif au chant grégorien, chant admirable entre tous, par son émotion na/ive, sincère, et sf profondément humaine. Il est cependant hors de doute que les créateurs de la caMilène monodique ont eu la préoccupation de traduire musicalemem, dans leur ensemble, sinon dans le détail des mots, les sentiments exprimés par les textes sacrés.

Comment, du reste, pourrait-il en être autrement, alors que, dans tous les autres arts florissant au moyen âge, cette préoccupation expressive est tout à fait flagrante ?

La Musique seule serait donc déshéritée ?

Si les formules mélodiques composées de neumes sont bien, comme nous l'avons démontré, de véritables mots musicaux, en tout point comparables aux mote *, /.«â-^g-e, on peut se demander pourquoi ces formules n'auraient pas été appliquées intentionnellement aux paroles du

texte.

Si la seule raison d'être de ces mots musicaux n'était pas, au contraire

dans les mots du langage, l'adjonction de la musique a";^ P-»'- -^'^ tout à fait inutile et dénuée d'intérêt. Une pareille anomalie, bien peu probable en vérité, n'eût pas manqué de nuire singulièrement à immense propagation du plain-chant, et à sa popularité plusieurs fois se-

'"oins notre art musical dramatique comemporain, ne voyons-nous i

pas les périodes et les phrases mélodiques, assimilables, el es aussi, aux |

mot et aux membres Se phrases parlées, se conformer plus ou moin aro tement au sens des paroles? Ce serait une erreur de croire que cette app ÙaTon de la musique au texte est toute d'invention moderne, et qu e'chant grégorien, père de notre musique dramatique, «t ;pourvu de ce caractère expressif, qui fait, au contraire, son principal attrait.

LA CANTILÉNE MONODIQUE ?!>

Les arguments qu'on invoque en faveur de cette étrange opinion ne sont pas du reste tout à fait péremptoires.

On cite notamment le texte du chapitre xv du Micrologue de Gui d'Arezzo, intitulé : Decotnmoda componenda modulatione.

Les paragraphes 3 et 5 de ce chapitre s'étendent longuement sur la façon dont les groupes mélodiques, qui composent les mots musicaux, doivent se correspondre entre eux, comme de véritables rimes ou formules symétriques de cadences.

Mais ces rimes ne nuisent pas plus à l'expression des sentiments que les rimes poétiques ne nuisent au sens du vers.

,Le paragraphe 1 1 recommande de proportionner la longueur des neumes à la quantité prosodique des syllabes correspondantes : conseil parfaitement logique et nullement contraire au caractère expressif de la monodie.

Enfin, le paragraphe 12 dit en propres termes que « l'effet du « chant doit chercher à imiter les événements racontés par les pa- « rôles ; que les neumes graves doivent être réservés aux circonstances « tristes, les neumes gracieux aux choses tranquilles, les neumes exul- « tants aux idées de prospérité « etc.. (i).

Ce texte, contemporain de la floraison du plain-chant, ne pose-t il pas le principe de l'expression, c'est-à-dire la correspondance entre le sentiment des paroles et le style de la monodie ?

Sans doute, on ne rencontre pas toujours dans la cantilène grégorienne notre adaptation dramatique, toute moderne, de chaque mot important à une formule qui letraduit musicalement. Dans bien des pièces, surtout du genre orné, l'expression résulte de la forme générale, de l'ossature mélodique, de la construction rythmique, plutôt que du dessin lui-même (2). Celui-ci, purement ornemental, n'a qu'un but décoratif, tout à fait comparable aux enluminures et aux arabesques plus ou moins compliquées qui ornent les majuscules des manuscrits médiévaux, et surchargent plus ou moins leurs contours primitifs, sans les faire jamais disparaître complètement.

(0 Micrologue de Gui d'Arezzo, chapitre xv : , . ,

6 1 1 - Iten ut in unum terminentur partes et distirtctiones atque verborum nec ténor longus in quibusdam brevibus syllabis, aut brevis in iongis s,t, quia obscœnitatem pant , quod

Xamen raro opus erit curare. §12 -Itemutrerumeventussiccantionts imitetur effectus , ut in trtstibus rébus graves

,int neumœ, in tranquillis rébus jucundœ, in prosperis exsultantes, et rel. ^„. ,^„^

(2) La grande vocalise purement ornementale que nous rencontrons dans .le quintette dcsMeJersinger,d.\V.Qn,r, empdche-t-elle cette scène d'dtre expressive et dramatique ?

LA CANTILÈNE MONODIQUE

ÉTATS CORRÉLATIFS DE l'ORNEMEXT DANS LA MONODIK ET DANS LA GRAPHIQUE MÉDIFIvALES

Les transformations successives de l'art de la miniature et de l'ornement des documems écrits présentem d'ailleurs un parallélisme des plus curieux et des plus suggestifs, avec les évolutions de la cantilene

"récoricnne. • , , ^

Si Ton compare les types graphiques des majuscules, du vi au xv^ siècle avec les types monodiques correspondants, on retrouve exactement la même progression, comme on peut s'en rendre compte par les spécimens reproduits ci-apres.

VI» siècle.

VI» siècle.

X" siècle

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