‹ Cours de composition musicaleChapitre 41 sur 119 · C. — vocalise sur delecteniur · texte numérisé non relu

C. — vocalise sur delecteniur

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8o LA CANTILÈNE MONODIQUE

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Sans doute, les adaptations d'un même timbre n*ont pas toujours été aussi soigneusement faites ; on en rencontre même qui sont assez défectueuses (i). Tel timbre, composé pour une pièce liturgique spéciale, y est excellent ; appliqué maladroitement à une autre, il est moins bon, mauvais peut-être. Ces cas sont plutôt rares : on doit les déplorer, mais non point en tirer un argument contre le caractère expressif de la cantilène grégorienne.

En dépit de ces fâcheuses exceptions, on ne saurait étendre au timbre liturgique les caractères du timbre dans la chanson populaire, ou dans le vaudeville (2). Celui-ci ne change jamais avec les paroles : c'est une simple formule cadencée et symétrique, invariablement répétée, qui tire son origine de la danse, et n'a pour ainsi dire aucun rapport avec l'expression dramatique d'un sentiment. Le timbre du plain-chant, au contraire, représente dans la musique la tradition^ cette tradition dont l'influence se retrouve dans toute espèce d'art au moyen âge (3),

(i) On cite souvent, comme exemple de mauvaise adaptation d'un même timbre, le graduel de la messe de mariage [L. Gr., 2^ éd p. [126]) et le graduel de la messe des morts (ibid.p. [i3i]).

Ce timbre, qui très certainement a été fait pour les paroles de la messe des morts Requiem ceternam dona eis, Domine..., est évidemment moins bon pour les paroles de la messe de mariage Uxoi- tua sicut vitis abundans..., mais cette adaptation n'est pas aussi fautive qu'on pourrait le croire. Au point de vue du sentiment général, il n'y a pas entre ces deux circonstances l'incompatibilité qu'on veut bien y voir. Il ne faut pas oublier que l'Eglise n'attache aucune idée de tristesse à la mort, entrée des âmes dans la vie éternelle, comme le mariage représente l'entrée dans la vie d'époux, dans la vie commune terrestre. Quant à ce qui est de la musique elle-même, il y a entre ces deux pièces des différences capitales, motivées par la nécessité de l'expression différente des deux textes.

(2) Ce timbre populaire, devenu le couplet, a aussi son intérêt : c'est lui, en effet, qui servira, comme nous le verrons plus loin, de transition entre l'état antique de la danse et l'art symphonique moderne.

(3) La tradition impérieuse qui fait mettre, dans toutes les sculptures représentant le jugement dernier, l'enfer à gauche et les âmes des justes à droite, n'est pas autre chose que le timbre.

De même, les canons étroits qui règlent minutieusement dans la peinture l'attitude traditionnelle des personnages sacrés.

Ces traditions, ces canons, — ces timbres — empêchent-ils la sculpture et la peinture médiévales d'être expressives, et d& vivre d'une v/e intense, infiniment plus humaine que la vie factice et conventionnelle issue des faux principes de la Renaissance ?

F.A CANTILÈNE MONODIQUE 81

comme le fait remarquer fort à propos M. Emile Mâle, dans son si remarquable ouvrage : Vart religieux du xiiie siècle en France.

« La tradition écrite, dit-il (p. 3o5), n'est pas tout dans l'Art du « moyen âge ; il faut tenir le plr.s srand compte de ce qu'on peut appe- « 1er la tradition artistique...

« Un geste, un regard, une attitude, telle fut la part d'invention de « nos graves artistes. Ils exprimaient sobrement, tout en restant fidèles « aux règles, Vémotion qu'ils ressentaient à la lecture de l'Évangile et des « livres saints. »

N'est-ce point là l'éternelle recherche du «sentiment humain » dans son expression artistique, le « moyen de vie pour l'àme », la préoccupation de « communiquer aux autres nos impressions » ?

Et les créateurs de la cantilène monodique, — comme les peintres et les sculpteurs, — ont-ils fait autre chose que d'exprimer sobrement, tout en restant fidèles aux timorés traditionneis, leur sincère et naïve émotion ?

Cours de compositiow.

LA CHANSON POPULAIRE

Le chant populaire profane. — Origine des monodies populaires. — Le rythme populaire. Le couplet. — Les trois états successifs du couplet. — Le refrain : son rôle dans la musique symphonique.

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