LA PERCEPTION ARTISTIQUE
Nous avons vu par la définition subjective de l'Art (Tolstoï) que la communication aux autres des sentiments éprouvés par l'artiste s'opère au moyen de signes extérieurs.
Ces signes varient avec les diverses formes d'art, et se perçoivent de deux manières différentes.
Dans certains arts, architecture, sculpture, peinture., l'ensemble apparaît avant le détail : l'assimilation de l'œuvre se produit du général au particulier.
Dans les autres, au contraire, littérature, musique, le détail frappe d'abord et conduit à l'appréciation de l'ensemble : l'assimilation se produit du particulier au général.
Pour mieux faire comprendre la différence dans la réception des impressions artistiques, examinons la cathédrale^ par exemple Notre-Dame de Paris.
Un magnifique ensemble, une ligne générale harmonisée en beauté, un aspect de majesté dans la proportion : voilà ce qui nous frappe tout d'abord ; puis, en analysant, nous découvrons petit à petit tous les détails d'architecture, colonnes, piliers, portails, vitraux et ces admirables statues des galeries extérieures, à peine visibles du parvis, tout cela concourant à l'impression d'ensemble primitive.
Écoutons maintenant une s/mphonie, la V^ de Beethoven, par exemple. Que percevons-nous en premier lieu? ^j^' j ^^^ un détail, un dessin particulier et précis auquel notre esprit s'attache, une idée que nous suivons avec intérêt à travers tous ses développements jusqu'à son épanouissement final. La mémoire, constamment en jeu dans ce travail d'assimilation, nous rappelle l'idée principale chaque fois qu'elle reparaît sous un aspect nouveau, et nous nous élevons ainsi progressivement à l'impression synthétique d'ensemble, par la perception successive des détails (i).
Les arts sont donc de deux sortes : les uns que l'on pourrait appeler
(i) On voit par là, l'importance de Vidée musicale dans la construction de l'œuvre : il importe qu'elle soit très claire et très précise, pour que la mémoire la puisse saisir rapidement et retrouver sans trop d'cflort.
,g INTRODUCTION. - LE RYTHME DANS L'ART
arts d'essence plastique ou de dessin, se rattachent à l'idée d'Espace; les autres, arts d'essence successive, dérivent de l'idée de Temps. Dans l'Espace comme dans le Temps, des lois communes d'ordre et de proportion régissent tous les arts.
L'Ordî-e et la Proportion dans VEspace et dans le Temps: telle est la définition du Rythme.
Le Rythme est donc un élément premier commun à toutes les sortes d'art; c'est lui qui engendre la bonne ordonnance des lignes, des formes, des couleurs et des sons.
Il n'est pas surprenant, dès lors, que le Rythme ait occupé une si grande place dans les premières classifications des arts.