‹ Cours de composition musicaleChapitre 83 sur 119 · HISTOIRE DU MOTET · texte numérisé non relu

HISTOIRE DU MOTET

L'art du motet, comme celui du décham, paraît avoir pris naissance en Flandre et dans le nord de la France, vers le xv« siècle ; on le retrouve un peu plus tard en Italie, avec l'admirable école palestrinienne, dom la puissante Earaison s'étend jusqu'en Espagne au milieu du xvi^ siècle. A la fin de ce même siècle, l'art du motet passe, par Vemse, en Allemagne, où il disparaît bientôt pour faire place aux formes sympho-

niques (i).

Cet art venu du Nord, semble donc y être retourne pour y mourir, après avoir atteim une rapide et absolue perfection dans les contrées méridionales; aussi peut-on diviser l'histoire du motet en trois périodes distinctes qui correspondem à la fois à ses émigrations et aux évolutions de sa forme; nous les nommerons:

i"" Période franco-flamande; 2» Période italo-espagnole ; 30 Période italo-allemande.

,n Au :cvii- siècle, le nom de motet fut appliqué à un genre de composition qui tient le mlueu entre U cant'ate et l'oratorio, mais qui n'a plus aucun rapport avec le motet propre-

ment dit.

LE MOTET

PÉRIODE FRANCO-FLAMANDE (l)

Guillaume Dufay

Jakob Hobrecht .

Jan de Okeghem

JOSQUIN DePRÈS .

Heinrich Isaak .

J EAN Mouton . .

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•M "iy -

tixt^

^Vu*^i

Jean Richafort . . .

Claudin de Sermizy Heinrich Finck .

, Jakob Clemens non papa , LuDWiG Senfl . . .

Claude Goudimel .

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Guillaume Dufay, flamand, fut chanteur de la chapelle pontificale en 1428, puis maître de chapelle du duc de Bourgogne Philippe le Bon en 1437; il mourut en 1474, chanoine de Cambrai. Il fut l'un des principaux réformateurs de l'écriture musicale.

Jakob Hobrecht ou Obrecht, né à Utrecht, oij il fut maître de chapelle en 1465, et d'où il passa en 1492 à la cathédrale d'Anvers. On connaît de lui douze messes et un grand nombre de motets. Hobrecht fut, dit-on, le maître de musique d'Erasme de Rotterdam.

Jan de Okeghem, néerlandais, probablement élève de Dufay vers 1450, premier chapelain et compositeur du roi Charles VH de France en 1454, vécut constamment à Paris, et fut même chargé de plusieurs missions diplomatiques. Il écrivit au moins dix-sept messes et sept motets, plus un Deo gt^atias à trente-six voix (à neuf canons). On a attribué à Okeghem l'invention ou du moins la régularisation du ca?i07î,

JosQuiN Deprès, flamand, surnommé par ses contemporains le a prince de la musique », fut élève d'Okeghem, et vécut longtemps à Rome et en Italie. Ses principales œuvres sont trente-deux messes imprimées de 1 5o5 à 1 5 1 6 et un certain nombre de motets, parmi lesquels les suivants méritent principalement d'être étudiés.

(i) Ce cours de composition n'étant pas un livre d'érudition historique, l'auteur n'a entendu citer dans chaque genre que les noms des compositeurs les plus importants, ceux seulement qu'il n'est pas permis d'ignorer, renvoyant pour le surplus aux ouvrages qui traitent spécialement des questions historiques.

LE MOTET

a) Ave Christe immolate (Anthologie des Maîtres religieux, vol. I, p. 41), en deux parties, à quatre voix.

b) Ave verum corpus (Anthol. vol. II, p. 61), à deux et trois voix. Le deuxième verset est la reproduction du premier, avec adjonction d'une troisième partie mélodique.

c) Miserere mei Deus, psaume à cinq voix, en trois parties (Anthol.

vol. I, p. 122).

Ce psaume est particulièrement à étudier en ce qu'il offre une preuve convaincante de l'emploi de la résonnance harmonique inférieure appliquée à la gamme.

Les trois parties sont régies par un thème unique, le cantus Jirmus :

Mi- se- re- re me- i De- us.

Ce thème est perpétuellement confié à la cinquième voix, quintus ou varans (i), qui l'expose après chaque verset, sur un degré différent de

la gamme. . , . 1

Dans la première partie du psaume, composée de huit versets, les expositions successives du cantus Jirmus se font en descendant, sur tous les degrés de la gamme mineure, telle qu'elle résulte de la résonnance inférieure, en partant delà note prime aiguë. (V. chapitre vi, p. 101.)

Dans la seconde partie, en huit versets également, le vagajis parcourt en montant les huit degrés de la même gamme ;

Enfin, dans la troisième partie, composée seulement de cinq versets, le vagans redescend par les mêmes degrés qu'au début, mais il s'arrête &u cinquième, c'est-à-dire à la tonique:

lr\ La cinquième voix prenait la dénomination de vagarts (voix errante), parce qu'elle était écrite tîntôT au soprano, tantôt à l'alto, au ténor ou à la basse. Le cak:er de la voix de ;£" errait donc littéralement d'une partie à l'autre, suivant la pièce interprétée, d ou le nom de vagans.

LE MOTET

d) Ave Maria gratta plena (Anthol. vol. I, p. 9^), motet k quatre voix dont nous donnons ci-dessous l'analyse complète.

Ce motet, d'un style très pur directement issu du chant grégorien, peut se diviser en trois parties. La construction en est édifiée de telle sorte que chacune de ces trois parties, sans éveiller aucune idée de symétrie, est cependant corrélative des deux autres, et forme avec elles un triptyque du plus harmonieux effet.

Voici, d'après le texte, la disposition de l'ossature mélodique qui comprend sept phrases :

Ave M«ria, \

Grati» plena, / '* phrase

Dominus tecum, ( (ternaire)

Virgo serena. /

Ave cœlorum domina, \ Maria plena gratia, / j. p^^ase Cœlestia.terrestr.a. ? (^„^^,e) Mundum replens lae- \ [titia. '

Are cujus Nativita»

Nostra fuit solemnitas, | Ut lucifer, lux oriens Verum solem prasve- [niens.

Ave pia humilitas, Sine viro fecunditas, Cujus Annuntiatio Nostra fuit salvatio.

Ave vera virginitas, Immaculata castitas, Cujus Purificatio Nostra fuit purgatio.

3' phrase (binaire)

4« phrase (ternaire)

Ave praeclara omnibus \ g, pi,rase Angelicis virtutibus, / Cujus fuitAssumptio l (ternaire) Nostra glorificatio. j

O Mater Dei, Mémento mei.

Amen(i).

\ 7* phrase [ (binaire) /Invocation

N5* phrase / (ternaire)

(point culminant /de la pièce

21 pér.

M ^ Salut Marie pleine de grâce, le Seigneur est avec toi. Vierge sereine.

siut re nedTs ciLx, Mar.e pleine de grâce.qui remplis dejoie le ciel la terre le monde enner

Salut, celle dont la Nativité'^fut notre solennité, lumière précédant le soleil '^«"^"^^J^^^^'J^^

Salut, pieuse humilité, fécondité sans tache, dont l'Annonciation fut notre rédemption. Salut vraie virginité, chasteté immaculée, dont la Purification fut notre absolution Salut, brillante de toutes les vertus angéliques. dont l'Assomption fut notre glorification. O Mère de Dieu, souviens-toi de moi. Ainsi soit-il.

LE MOTET

-tas nos

2!: pér

ut Lu -ci -fer lux o . n - ens,

ve.rum So.lem pras ve . m ens.

VS per.

IL* pér. (bis)-

A^fhr.s.:\^^=j'r^

Si ne vi ro

fe-Giin - di tas, eu- jusAn-nun -

3? pér. ornement final.

t! a ti

nos- tra fu it pur.ga - ti o.

r." pér.

O Ma tcr De- i, mémento me . i. A men.

LE MOTET

Chacune des parties correspond, nous l'avons dit, aux autres, non seulement par la construction, mais encore par le procédé employé dans l'exposition de ses phrases mélodiques.

Chaque partie de ce motet commence en effet par des entrées successives des voix, soit individuellement, soit deux à deux, l'une étant employée comme contre-sujet,

A la fin de la première phrase de chaque division du motet, les voix se réunissent sur la cadence; dans la dernière phrase, au contraire, elles se font entendre chaque fois sous forme d'agrégation harmonique, et cette forme contribue puissamment à l'effet si varié que produit cette

belle pièce.

Nous citons ici les deux passages harmoniques qui terminent les deux premières parties, passages absolument remarquables par le rôle tout spécialement mélodique et expressif que joue la voix de ténor.

eq'^phrase (32 pér.)

Sup

Alt.

Ten.

Bass.

cœ - les - ti

ter - ras tri

mun - dum

plens lœ . ti - ti a, lœ

LE MOTET r a lient. .

Nos . tra

fu . it pur - ga-ti

LE MOTET

He,nr,ch Isaak, en italien Arrhigius, ou Arrhigo Tedesco néerlandais, contemporain de Josquin, fut organiste à la cour de Laurent de Médicis, de ,477 à .489, P"i^ ^hef des .. symphonistes „ de 1 empereur Maximilien I". On connaît de cet auteur environ vmgt messes et plusieurs livres de motets.

Jean Mouton, né aux environs de Metz, étudia sous Josquin et fut maître de WiUaert, le célèbre compositeur de madrigaux. Il fit partie de la chapelle de Louis XII et de François I", et mourut à Saint- Ouemin. Son style a grand rapport avec celui de Josqum Depres, et Ton a parfois attribué à l'un des œuvres de l'autre. Il écrivit neuf messes et une quarantaine de motets ; les plus connues de ces œuvres sont : la messe « Dittes-moy toutes vos pensées », celle mtitulee Sme cadentia, et le motet Nesciens mater, quadruple canon a huit voix.

Jean Richafort, égalemem élève de Josquin et maître de chapelle à Bruges, de .543 à ,547, est l'auteur, entre autres choses, du motet : Chrltus resurgens ex mortuis, à quatre voix, en deux parties tAnthol. vol. II, p. 35).

Claudin de Sermizy, français, maître de chapelle de François l" et Henri II, de ,53o à .56o. ili.^ .i-'-f^"*"- vx«xA.*vuW

Heinrich FiNCK, allemand, fut au service des rois de Pologne, de ,49. à i5o6. On ne connaît encore que peu d'œuvres de ce compositeur.

Jakob Clemens non papa, néerlandais, maître de chapelle de Charles- Ouint, dont nous citerons les motets : Tu es Petrus (Anthol. vol. I, p. 7) et Errapi sicut ovis [ibid. vol. II, p. .0), divisés en deux parties l'un et Tautre.

LuDWiG Senfl, né aux environs de Bâle, succéda à son maître Isaak comme maître de chapelle de la cour de Vienne, et mourut a Munich en i555 ; dans la bibliothèque de cette ville sont conservées la plupart de ses œuvres encore manuscrites.

Claude Goudimel, français, né k Besançon, arriva dès i535 àRome ^ où il devint le fondateur de l'école romaine qu'illustrèrent ses élevés Palestrina, Animuccia, Nanini et tant d'autres.

Goudimel est surtout connu par son œuvre la moins importante, la réalisation en chorals des psaumes calvinistes de Clément Marot et Th. de Bèze(i565), travail qui fut peut-être la cause de sa mort, car U fut tué à Lyon en 1572, parce qu'on le croyait huguenot.

l.E MOTET «6!

Ses messes et motets reposent encore, manuscrits en grande partie, dans les archives du Vatican et de Santa Maria in Vaticella, à Rome. 11 écrivait le plus souvent à cinq voix.

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