PREFACE
Le Cours auquel s'applique la présente publication est celui que nous professons depuis dix ans à l'École des Ponts et Chaussées; mais nous avons eu soin de le reviser et de le compléter chaque année par des additions nouvelles , de manière à le tenir aussi exactement que possible au courant des progrès constamment réalisés dans cette partie de l'art des constructions. Ces progrès sont rapides et incessants, car, à aucune époque antérieure à celle-ci, un semblable développement n'avait été imprimé aux travaux publics en tous pays, et les Ingénieurs ont été naturellement conduits à rechercher avec ardeur de nouvelles solutions, ainsi qu'à rendre les moyens d'exécution plus prompts et plus efficaces. La création des chemins de fer, auxquels une si grande impulsion a été donnée, surtout dans les trente dernières années, a principalement nécessité la construction d'un nombre immense d'ouvrages d'art, dont les dimensions, par suite des sujétions inhérentes à cette nature spéciale de voies de communication, surpassent généralement, comme importance, celles des travaux de même nature exécutés jusqu'alors. En ce qui concerne spécialement les ponts en maçonnerie, on n'a pas dépassé beaucoup les hauteurs précédemment atteintes et on est même resté un peu au-dessous de la limite d'ouverture déjà réalisée; mais on a construit un nombre bien plus considérable de grands ouvrages, on a multiplié dans une très forte proportion les viaducs, dont il existait antérieurement à peine quelques exemples, on est arrivé à varier beaucoup les types, et enfin on a perfectionné les
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procédés de construction de telle sorte que la durée d'exécution et le prix de revient ont diminué dans une proportion très forte. En ce qui concerne les ouvrages en métal, l'introduction de la tôle rivée a beaucoup facilité la construction, en permettant d'admettre de très faibles hauteurs pour des ouvertures ordinaires et d'atteindre, pour les grands ponts, des portées auxquelles on ne croyait pouvoir jamais arriver. Presque en même temps, l'emploi de l'air comprimé est venu rendre d'une application facile et certaine l'exécution de fondations très profondes, que l'on n'aurait pu aborder précédemment qu'avec des dépenses considérables et une grande incertitude pour le succès. Enfîn, pendant que les ponts suspendus perdaient toute faveur en Europe, les perfectionnements apportés par les Américains sont de nature à faire revenir, dans bien des cas, à cette solution relativement économique.
Ces progrès, dont nous venons de rappeler seulement les principaux, continuent à se produire incessamment, et nous avons dû, par suite, nous attacher avec le plus grand soin, surtout en ce qui concerne notre Cours, à être renseigné aussi exactement que possible sur les projets et l'exécution des nouveaux ouvrages d'art qui s'y appliquent d'une manière spéciale. Dans ce but, nous avons cherché constamment à nous procurer, au sujet des ponts et viaducs d'exécution récente, des dessins et des documents authentiques, soit d'après des comptes rendus publiés, soit d'après des renseignements pris auprès des Ingénieurs français ou étrangers, soit enfin, pour un assez grand nombre d'exemples, en allant nous-même visiter les ouvrages les plus remarquables dans divers pays.
Le Cours dont nous présentons actuellement la rédaction ne constitue pas, comme celui de M. Morandière, un traité très étendu, accompagné de la plus riche collection de planches qui ait été présentée jusqu'à présent au sujet de la construction des ponts : notre publication actuelle n'est pas aussi développée, surtout en ce qui concerne les planches, et, bien que traitant à peu près les mêmes questions, dans un ordre presque semblable, elle a été conçue sur un plan tout différent. La rédaction est plus condensée, les considérations théoriques y sont invoquées davantage, les descriptions y sont, au contraire, notablement réduites et les dessins, quoique très nombreux encore, y sont beaucoup moins étendus. Ainsi, au lieu de représenter d'une manière complète les travaux d'art décrits ou mentionnés dans le texte, nous n'avons donné qu'une partie très restreinte de chaque grand pont, souvent môme une seule arche, par exemple, de manière à réduire le dessin à ce qui est indispensable pour donner une idée de l'ouvrage et permettre d'en apprécier les principales dispositions.
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Toutes les figures relatives aux dispositions générales des travaux sont d'ailleurs présentées à la même échelle de 0".001 par mètre, afin de rendre les comparaisons plus faciles et plus exactes ; en outre elles sont classées par époques, à chacune desquelles correspondent au moins deux planches qui s'appliquent, soit à des pays différents, soit à des genres distincts de ponts, pour que Ton puisse ainsi se rendre plus facilement compte des caractères spéciaux qui se révèlent dans chacune de ces catégories. Les 21 premières planches de l'atlas sont affectées à ce genre de dessins : 14 d'entre elles s'appliquent aux ponts en maçonnerie, 6 aux ouvrages métalliques et 1 aux ponts suspendus ^^K Sur les 24 autres planches de cet atlas, 4 sont affectées à des séries de courbes qui représentent comparativement les valeurs des poussées horizontales des voûtes et les épaisseurs des culées à diverses hauteurs; 6 se rapportent à des exemples comparatifs de couronnements de ponts et de cintres en charpente, puis 43 sont consacrées à donner, avec des échelles plus grandes, mais toujours rigoureusement concordantes , les parties les plus essentielles des principaux ponts métalliques. Enfin la dernière planche contient une courbe faisant connaître, d'après les relevés faits sur un très grand nombre d'exemples, le poids, par mètre linéaire, des superstructures des ponts métalliques d'ouvertures graduées, en ce qui concerne exclusivement les chemins de fer.
Indépendamment de ces planches, l'ouvrage comprend, dans les pages du texte, environ H 00 figures ou croquis gravés sur bois, qui se rapportent tant à la représentation de divers ponts dont les dessins n'ont pas pu trouver place dans les planches, qu'à la reproduction d'un très grand nombre de parties d'ouvrages à plus grande échelle, ainsi que de détails de construction dont la seule vue rend le texte beaucoup plus clair et a permis d'y réduire notablement les. explications.
Nous avons donné au Précis historique beaucoup plus de développements que n'en comporte le Cours oral, parce que ces renseignements, dont les détails seraient difficiles à retenir, peuvent être, dans l'occasion, fort utiles à consulter et faire épargner des recherches presque toujours très longues. Il est d'ailleurs nécessaire de connaître ce qui a été fait par nos devanciers, aussi bien que par nos contemporains : les comparaisons qui en résultent sont très utiles pour mûrir le jugement d'un ingénieur, et.
(a) La désignation de principaux ouvrages qui figure sur les titres de quelques-unes des planches, ne s'applique pas seulement à ceux qui sont remarquables par leurs grandes dimensions, attendu que dans ce cas on aurait été conduit à reproduire fréquemment les mêmes types, mais elle s'applique aussi à tous les ponts de dimensions restreintes sur lesquels il a paru utile d'appeler Tattention d'une manière spéciale.