‹ Cours de construction des pontsChapitre 20 sur 44 · NATURE DES DIVERS TERRAINS · texte numérisé non relu

NATURE DES DIVERS TERRAINS

tance particulière. Ainsi à Redon, où le chemin de fer a été établi sur des terrains vaseux d*une grande profondeur, on avait construit sur le sol plusieurs massifs de maçonnerie donnant par mètre carré une charge double de celle que devaient produire les remblais. Ces massifs ont peu tassé, tandis que les remblais pratiqués plus tard se sont enfoncés très profondément: cette circonstance a tenu à ce que la couche supérieure du terrain était beaucoup plus ferme que la partie intérieure, de sorte qu'il fallait une charge absolue considérable pour rompre cette couche. Pour que l'expérience fût concluante, il aurait donc fallu avoir soin d'enlever préalablement la couche résistante.

Il est extrêmement important que les Ingénieurs s'attachent à acquérir de Texpérience pour l'appréciation des diverses natures de terrain et, à cet égard, on ne saurait trop leur recommander de s'enquérir avec le plus grand soin, dans leurs tournées et leurs voyages, des procédés employés et des résultats obtenus pour fondations dans les terrains qu'ils rencontrent successivement : les définitions données dans les livres ne peuvent en effet jamais suppléer à la vue des terrains eux-mêmes. Les Ingénieurs doivent naturellement se renseigner d'une manière toute spéciale sur les dispositions adoptées pour les ouvrages construits dans la région où ils auront à travailler, ainsi que sur le régime des cours d'eau pour la traversée desquels ils auront à établir des ouvrages.

Les moyens à employer doivent nécessairement varier avec la nature des terrains, mais en outre ils ne doivent pas être toujours les mêmes pour une nature délerminée et on est souvent obligé d'en modifier l'emploi suivant la profondeur des fondations ou l'importance des ouvrages. Il importe donc d'étudier d'abord successivement et en détail les procédés dont les Ingénieurs peuvent disposer à notre époque pour exécuter des fondations de ponts. Quand nous aurons décrit ces procédés, il restera à indiquer dans quelles circonstances on doit employer de préférence chacun d'eux.

Les fondations à sec ou par épuiseraent sont incontestablement les plus satisfaisantes, parce qu'elles permettent de reconnaître très exactement la nature du sol inférieur, de le déraser, de le nettoyer et de construire les maçonneries dans les meilleures conditions, avec tous les soins et toutes les facilités de surveillance que comporte l'exécution à Tair libre. 11 faut donc s'attacher à employer autant que possible ce mode de fondation. Malheureusement cette possibilité fait souvent défaut d'une manière absolue, et dans beaucoup d'autres circonstances les fondations par épuisement exigeraient des dépenses trop considérables.

Fondations & l'abri des eaux courantes.

Considérons d'abord le cas où la fondation doit être établie à l'abri des eaux courantes, soit sur un atterrissement, soit sur le bord d'une rivière, soit enfin à remplacement d'un pont sur route ou chemin, comme on construit si fréquemment pour les chemins de fer.

Fouilles ordinaires.

Lorsque le terrain est asse% consistant, on ouvre une fouille à l'air libre, d'abord avec des talus doux pour être à l'abri des éboulements, et l'on pousse cette

fouille jusqu'à la rencontre des eaux

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d'infiltration (i). A ce niveau on réserve une banquette de 1 à 2 mètres de lar» geur, puis on installe une ou plusieurs pompes et on continue le déblai, en raidissant le talus autant que le permet la nature du terrain et en épuisant les eaux à mesure qu'elles arrivent dans la fouille. Pour que les ouvriers travaillent à sec autant que possible, on a soin de conduire la fouille régulièrement, de telle sorte que les eaux parviennent directement aux puisards où plongent les tuyaux des pompes.

Quand on est arrivé à une couche de terrain dont la résistance paraît suffi-

FOiNDATIONS PAR ÉPUISEMENT. 251

santé («), on arrête momentanément le travail de la fouille et on fait pratiquer un ou deux sondages, afin d'apprécier si la couche se maintient assez solide et si l'on n'am'ait pas avantage à descendre un peu plus bas. D'après le résultat de ces sondages on continue un peu la fouille ou on l'arrête définitivement. Si le terrain où la fouille est pratiquée est exposé à être envahi par les eaux d'une rivière voisine, on se met à l'abri des crues par de petites digues telles que D, D.

Lorsque la résistance du terrain n'est pas uniforme, on dresse la fouille par gradins dans le sens de la longueur (2) et

il n'en résulte pas d'inconvénient, pourvu ^î;^ ^^

que le fond des divers gradins soit égale- '^'^ '^^

ment solide ; mais pour les piles, il convient en général de ne pas pratiquer de redans dans le sens de la largeur, parce que l'économie sur les maçonneries aurait peu d'importance et qu'on serait exposé à voir la pile se fendre par suite de tassements inégaux.

On construit ensuite le massif de fondation, soit en béton, soit en maçonnerie ordinaire, suivant les circonstances. Depuis quelques années, il existe une tendance à employer exclusivement la maçonnerie quand le massif peut être construit à sec, mais cette prévention contre l'emploi du béton n'est réellement motivée que quand la fondation peut être exposée à des courants d'eau. Lorsque cette éventualité n'existe pas, l'emploi du béton est plus avantageux, non seulement si son prix est inférieur à celui des maçonneries, mais parce qu'il donne des massifs plus homogènes et tout à fait incompressibles, tandis que la maçonnerie ordinaire peut éprouver des tassements quand la hauteur des massifs est considérable. Ces principes étaient ceux d'un Ingénieur en chef très habile et très expérimenté, M. Beaudemoulin. Ils ont été également appliqués par M. Morandière: ainsi pour la fondation d'une pile de grand viaduc, dans

(a) Pour les ouvrages peu importants, cette résistance n'est que relative et doit seulement être proportionnée à la pression à supporter : c'est pour ce motif que l'expression de fonder sur le solide n'est pas suffisamment exacte et qu'il faut se rendre compte du degré de soliditci

une fouille où le rocher présentait une chute verticale très profonde, cet Inspecteur Général a tenu à ce que la partie basse de la fouille fût remplie en béton plutôt qu'en maçonnerie, afin d'éviter dans cette partie toute chance de tassement, parce qu'il en serait résulté une disjonction dans les maçonneries de la pile. On doit d'ailleurs avoir soin de conduire par gradins l'emploi du béton, comme l'indique le croquis (5). Chaque gradin est successivement prolongé d'une manière assez rapide pour que la prise du rang inférieur n'ait pas encore eu lieu avant qu'un autre rang vienne se poser au-dessus; le béton est fortement battu à la dame plate et les massifs ainsi construits ne forment qu'un seul corps : ils sont bien préférables à ceux formés par couches horizontales. Si les talus de la fouille ont pu être tenus raides. on remplit ordinairement cette fouille à plein {4); sinon on la comble seulement dans la partie basse et on établit ensuite des talus au-dessus (5).

Enfin, quand on emploie des maçonneries,

le cube est un peu moins fort, mais il faut

avoir soin de donner à la fondation un fruit

assez i)rononcé qui, dans tous les cas, soit

au moins égal à celui de la pile (c).

Nous donnons ces détails de construction parce que les fondations de cette nature se rencontrent à chaque instant dans la pratique et qu'il existe uu intérêt réel aies exécuter le mieux possible.

touiuei blindée» LoTsque Ic teiTatit est peu consistant et que la profondeur dépasse 2 ou 3 mètres, iirofoodeur rwireinie, il y a presque toujours avantagc à blinder la fouille: on évite ainsi d'avoir à lui donner trop d'amplitude et de s'exposer à des éboulements. Ces blindages peuvent être pratiqués de deux manières :

FONDATIÛNS PAR ÉPUISEMENT.

Coupe vcrlicalc.

Plan.

l'* Si le terrain permet d'y enfoncer des palplanches verticales, on Commencé par en effectuer le battage autour de la fondation et ensuite, à mesure qu'on déblaye la fouille, on a soin de maintenir l'enceinte par des cadres horizontaux suffisamment étrésillonnés (7); d'après la nature du sol, on emploie des palplanches plus ou moins épaisses : on les écarte, ou on les rapproche jusqu'à les rendre jointives, suivant les besoins; les cadres aussi sont plus ou moins rapprochés et la force des étrésillons varie avec les circonstances, de sorte que cette disposition présente le grand avantage de se prêter à des

consoUdations successives à mesure que la nécessité s'en fait sentir et, par conséquent, de ne pas exiger d'avance de trop grands moyens. Ainsi, dans le cas où l'on reconnaît que les palplanches sont trop espacées, rien n'est plus facile que d'en intercaler d'autres; si les cadres sont trop éloignés entre eux, oïl en introduit d'intermédiaires ; si les étrésillons ne sont pas assez nombreux, on les multiplie, mais on agit toujours d'après un plan régulier, ort rie fait pas dé fausse manœuvre et la fouille est toujours parfaitement en ordre.

Coupe vcrlicale.

Plan.

2^ Quand le terrain est plus consistant, de telle sorte que l'on ne puisse pas facilement y battre des palplanches , on emploie pour blinder la fouille des madriers horizontaux dont l'écartement est maintenu par des étrésillons appuyés sur des montants verticaux (s). Ce mode âe blindage est celui que l'on emploie généralement pour les fouilles de fondations de maison ou la construction des égouts. On trouve avantage à opérer ainsi quand il s'agit d'un terrain bien connu

et on évite les embarras auxquels donnerait lieu le battage de palplanches dans des espaces très restreints ou sur les voies publiques; hiâis on a une enceinte formée de parties indépendantes, on est moins protégé contre lés ébou-

lements et on éprouverait plus de difficultés à renforcer le blindage s'il en était besoin.

Enfin, si dans Tun ou l'autre système on procède sans plan arrêté et en disposant les bois d'une manière irrégulière, comme on le voit trop fréquemment sur les chantiers, on emploie nécessairement plus de bois, on gêne le travail, on s'expose à des accidents et finalement on dépense plus de temps et d'argent. 11 convient donc de procéder d'avance d'après un plan bien arrêté, après avoir suffisamment étudié la nature du terrain, et la première des deux dispositions ci-dessus est la meilleure à adopter, quand la nature du terrain et les circonstances le permettent.

Fouilles blindées très profondes.

Lm'sque la profondeur est considérable^ il y a lieu de procéder encore à Taide d'une enceinte formée de pièces verticales maintenues par des cadres horizontaux, à la seule condition de renforcer l'enceinte suffisamment- Ainsi, dans la construction du viaduc d'Auray, pour le chemin de fer de Nantes à Brest, les piles 2 et 3 devaient être établies sur un atterrissement en dehors de la rivière et, après s'être mis à l'abri des hautes marées par un léger batardeau, on a établi les fondations dans des enceintes blindées (9).

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Comme l'épaisseur de vase était considérable, car elle atteignait H^.IS à la pile 3, on a battu à l'emplacement de cette pile une enceinte de pieux équarris deO^.25 de côté, intercalés par séries entre des pieux principaux de 0".35 espacés de 1".50 à 2".00* On a fouillé ensuite à l'intérieur, en plaçant successi-

vement contre les pieux, à mesure que l'on desœndait, des cadres horizontaux solidement élrésillonnés, espacés de 2 mètres à la partie supérieure et se rapprochant jusqu'à i mètre vers le bas où s'exerçaient les plus grandes pressions. Ces pressions étaient considérables; aussi, quoique l'enceinte fût très forte, quelques bois se sont brisés dans le bas; il a fallu renforcer les cadres et doubler les étrésillons vers les angles. La vase était d'ailleurs très étanche; les épuisemenls, effectués à l'aide de pompes mues par une locomobile, étaient principalement motivés par les filtrations du terrain supérieur et n'ont donné lieu qu'à une dépense minime. Cet exemple montre que dans la vase compacte on peut, sans accident, descendre des fouilles à de grandes profondeurs, mais qu'il est indispensable de les blinder fortement.

Pour les piles entièrement situées en rivière, la hauteur de vase était moins grande et on rencontrait, en arrivant vers le fond, une couche de sable qui rendait les épuisements très difficiles. M. l'Ingénieur Sevène conçut alors l'heureuse idée d'établir sur la rivière, en aval du viaduc, un barrage avec pertuis à clapets, de

/ + 3"-20 Hautes mers

., , ... j V . i + '■•'^ Hautes mers

manière a empêcher les eaux des hautes mers ) {mone e.u).

d arriver jusqu au chantier, tout en donnant 1 o-^o Basses r

s mers

écoulement aux eaux douces dans les mo- f (.'nn ^f"^'

1 — u".au Basses mers

ments de basse mer. Le régime de la rivière

(H) dans cette partie, et qui est indiqué ci-contre (io), montre que dans les vives eaux l'amplilude de la marée atteint 4 mètres et qu'elle se réduit à 2 mètres dans les mortes eaux. D'un autre côté, comme le débit de la rivière proprement dite ne dépasse pas 4 mètres par seconde, l'exhaussement dû à la fermeture du barrage pendant la haute mer ne devait pas dépasser 0". 87 au-dessus du zéro; en réalité il n'a môme jamais atteint cette cote.

Le barrage était placé, conformément au croquis {«), dansune partie rétrécie du lit et les maçonneries du pertuis étaient très solidement assises sur le rocher,

de manière à rendre tout affouillement impossible. Ces dispositions ont parfaitement réussi et cet exemple montre comment un Ingénieur habile peut savoir profiter des circonstances locales pour diminuer notablement les difficultés que présente l'exécution d'une fondation à de grandes profondeurs. Dans le cas dont il s'agit, on est parvenu ainsi à fonder par épuisement, avec des dépenses très modérées, jusqu'à 9".60 en contre-bas des hautes mers.

Blindages ^^^^ coustr u irc près de Tours des arches de décharge, destinées à Técoule-

avec rails et traTerses. j^^j^j. ^^ ^^^^ d'inondaliou sur la Hvc gauchc dc la Loire, au-dessous du

chemin de fer de Paris à Bordeaux, sans interrompre la circulation sur cette ligne très fréquentée, M. Ratel, Ingénieur de la Compagnie d'Orléans, a employé avec succès des blindages constitués au moyen de rails et de traverses. Les terres des remblais, coupées verticalement, étaient soutenues par des madriers contre lesquels appuyaient des traverses sabotées ; dans les coussinets de ces traverses étaient engagés des rails verticaux; l'écartement de ces dernières pièces était maintenu par plusieurs cours d'autres rails placés horizontalement et reliés avec les premiers au moyen d'éclisses et de boulons. Ce système a parfaitement réussi, mais il ne peut convenir qu'à une Compagnie ayant à sa disposition beaucoup de rails et des ouvriers habitués à les manier. Autrement la dépense par ce procédé serait devenue plus considérable et il aurait fallu recourir à d'autres dispositions.

Blindages ^' Vigouroux, Ingénieur en chef, chargé de diriger l'exécution de plusieurs

avec cadres mobiles, jjgjj^g j^ chemius dc fcr dans le midi de la France, a employé avec succès,

pour des fondations de ponts, des batardeaux ou des blindage^ avec cadres mobiles.

Pour opérer en pleine rivière, lorsque le terrain qui recouvre le sol de fondation est perméable, on commence par draguer ce terrain et on construit ensuite les batardeaux dont l'ossature est constituée par des pieux en fer rond de 0".07 de diamètre, des moises en sapin de^^j^et des palplanches en môme bois de 0". 10 d'épaisseur (12) et (is). Avant la mise en place, les pieux sont chauffés légèrement et enduits de coaltar bouillant, ce qui les préserve de

l'oxydation et en facilite l'enfoncement. Les moises sont réunies par des boulons et assemblées avec soin

autour des pieux d'angle :

• le rang inférieur descend jusqu'au niveau du terrain et les autres rangs sont placés à des intervalles de 1"°.50 à 2 mètres.

L'intérieur du batardeau est contre-bouté par des étançons, armésà chacune de leurs extrémités de fourchettes en fer, qui embrassent des pieux en fer adossés à l'enceinte et maintiennent par suite l'écartement de celle-ci. La distance des étançons entre eux est maintenue tant horizontalement que verticalement par des pièces intermédiaires fortement coincées et soutenues à leurs extrémités par des plaques, ainsi que l'indiquent les divers assemblages (i4) et (is). Après l'achèvement de la fondation, les batardeaux sont facilement démontés , les pieux peuvent être réemployés presque indéfiniment, et les moises, ainsi que les étançons, peuvent servir plus de dix fois, quand les dimensions ne varient pas. Toutefois, comme on est souvent obligé de faire des recoupes et d'abandonner les moises

ra

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Foudotioas D pleim riTière.

de fond , on peut admettre que les mêmes bois sont utilisés cinq fois en moyenne. Ce type de batardeaux a été employé à plusieurs ponts sur l'Aude, pour des profondeurs de 6 mètres au maximum en contre-bas de l'éliage.

Le même système de blindages a été également utilisé avec avantage pour ■ des fondations par épuisement en dehors des eaux courantes, avec suppression du batardeau lorsque l'on peut maintenir la fouille à sec avec une ou deux

pompes à vapeur. Dans ce cas, on n'emploie à chaque étage qu'un seul rang de moises doubles et les palplanches sont placées à l'extérieur (le) et (i?).

L'enfoncement des pieux et des palplanches est effectué au fur et à mesure du déblaiement de Tenceinle ; la pose des étançons est également faite peu à peu, par gradins, suivant que le permet l'avancement du travail de la fouille. A mesure que l'on arrive au sol de fondation pour une-partie de la fouille, il faut se hâter d'y construire les maçonneries, en ayant soin d'y laisser des arrachements pour que les diverses parties soient parfaitement reliées entre elles. C'est ainsi qu'ont été fondées plusieurs piles de viaducs, notamment l'une de celles du viaduc de TYssanka, à 7 mètres de profondeur sous l'eau, à travers une couche de 4 mètres d'épaisseur de déjections rocheuses.

(<8) m Lorsque, pour une fon-

dation en pleine rivière, le fond est imperméable et la hauteur d'eau faible, il suffit d'entourer l'emplacement de la fouille de petits batardeaux formés de gazons (i8) ou de massifs de terres bien compactes, pilonnés avec soin et pro-

tégés contre le courant par des enrochements (19). Quand la hauteur est un peu plus grande, on applique les terres contre des panneaux mi vannages en planches de 0".027 d'épaisseur, disposées horizontalement et reliées entre elles par d'autres planches ou dossfô verticales.

Ces vannages sont eux-mêmes appuyés contre de gros piquets de 0".10 à 0".i5 enfoncés solidement dans le terrain {20). La paroi extérieure est défendue par des enrochements si le courant est sensible , et un léger revêtement est fait à l'intérieur du batardeau si l'on peut craindre que les terres soient entraînées par les eaux, lorsque celles-ci baisseront par l'effet de l'épuisement.

Quand la hauteur dépasse deux mètres et même quelquefois avec une hauteur moins grande, lorsque le courant prend de la force et que l'on peut craindre des mouvements dans le sol inférieur^ on emploie deux Aies de piquets et de panneaux; puis successivement, à mesure que les difficultés augmentent, on arrive à des enceintes de pieux et palplanches, pour lesquelles les pieux sont généralement espacés de 2 mètres en 2 mètres et enfin on a recours au besoin à des pieux jointifs.

Les deux enceintes sont toujours reliées entre elles au sommet par des liemes ou des moïses boulonnées. On en em- (ai)

ploie fréquemment plus bas, maisc'est toujours une cause de filtra tiens parce que les terres tassent au-dessous de ces pièces : les boulons valent mieux que les moises ou les liernes, parce que leur surface est moins grande,

mais ils donnent encore lieu à des fuites et en général il faut s'efforcer de n'avoir recours qu'à des conlre-boutements en dehors du batardeau ; ils sont alors effectués avec des enrochements du côté extérieur et avec des étrésillons du côté intérieur. Ceux-ci sont placés tantôt horizontalement, suivant les lignes pointillées du croquis {21), tantôt obliquement suivant les lignes pleines.

Pour constituer le corps du batardeau, il faut employer de l'argile compacte, de la terre argileuse ou même de la terre franche, en ayant soin d'enlever toutes pierres, racines, bois, etc. On mouille ensuite la terre et on la corroie avec soin, puis on fait des boules que Ton met successivement en place et que Ton pousse à mesure le plus possible avec des dames ou des pilons. Il faut se rappeler que la moindre précaution négligée peut amener des accidents graves et on doit, à notre avis, éviter d'employer en batardeau de la glaise ou argile molle qui devient fluente et qui alors, non seulement ne forme pas massif contre la poussée de l'eau, mais presse trop fortement contre la paroi intérieure du batardeau et parfois la fait renverser.

Avant de mettre les terres à l'intérieur des enceintes, il faut avoir bien soin de draguer le sable, le gravier et les cailloux qui peuvent recouvrir le fond du lit, jusqu'à ce qu'on soit arrivé à des couches sinon complètement imperméables au moins très compactes.

Il suffit de donner au batardeau 1".20 à 1".60 d'épaisseur, de telle sorte qu'on puisse y faire descendre facilement des ouvriers pour des réparations. Au delà de ces limites l'excédent d'épaisseur donné à un batardeau ne fait guère qu'en augmenter les difficultés et les dépenses ; mais il faut qu'il soit consolidé très fortement, de manière à ne pas éprouver le moindre mouvement qui amènerait des disjonctions et par suite des voies d'eau. Nous verrons plus loin que des épuisements ont très bien réussi avec des batardeaux extrêmement minces, mais très solidement contre-boutés. Dans tous les cas, il importe de disposer toujours les charpentes avec beaucoup de régularité et d'après un plan qui permette de consolider successivement les diverses parties des enceintes.

On a quelquefois remplacé le remplissage des batardeaux en terre argileuse par du béton immergé, en le disposant de manière qu'il servît à défendre le massif de fondation ou même qu'il pût en faire partie. Cette disposition a bien réussi dans certaines occasions, mais les circonstances où elle est applicable sont rares. Dans tous les cas, il faudrait être bien assuré que le béton repose sur un terrain tout à fait imperméable, car autrement on éprouverait de très grandes difficultés à aveugler les sources et souvent on ne pourrait pas du tout

par N. Laoteirès.

FONBATIONS PAR ÉPUISEMENT. 261

y arriver. Nous en citerons plus loin un exemple au sujet des fondations d'une pile du pont de Madame sur TAude.

A la suite de la crue de juin 1875, quia causé tant de désastres dans la Baiardcaux employés vallée de la Garonne, M. l'Ingénieur en chef Lanteirès a été chargé de reconstruire plusieurs piles qui avaient été détruites, en amont de Toulouse, aux ponts de Muret et de Cazères. Le tuf qui forme le fond du Ut, sur cette partie de la Garonne, est incompressible ; mais il est affouillable dans une certaine mesure. En outre il se brise facilement sous l'action du battage des pieux, de sorte que les premiers batardeaux construits, avant que M. Lanteirès fût chargé de ce service, ont été soulevés par les petites craes, qui se produisent d'une manière incessante à une aussi faible distance des montagnes, et que trois de ces batardeaux ont été emportés tout à fait. Les massifs de fondation devaient être descendus jusqu'à 4 et 5 mètres au-dessous de l'étiage, de telle sorte que les maçonneries fussent encastrées d'au moins i mètre dans le tuf.

Pour empêcher les nouveaux batardeaux d'être soulevés, M. Lanteirès a employé principalement des pieux en fer de 0".06 de diamètre, dont la pénétration dans le sol ne pouvait pas faire éclater le tuf; les pieux en bois, qu'il a jugé nécessaire de conserver aux angles et dans le milieu des grands panneaux des batardeaux, ont été armés de sabots terminés par une tige en pointe barbelée de 0".50 de longueur ; en outre on a pris la précaution de faire forer préalablement, avec des tarières de 0™.25 de diamètre, les trous dans lesquels devait s'engager la base des pieux. Pour que ce forage pût être effectué à l'abri des graviers que charrie la rivière, on échouait à remplacement de chaque pieu une demi-barrique sans fond fortement lestée ; un plongeur la mettait en place, nettoyait avec soin l'intérieur, puis y introduisait la tarière et quand le trou était prêt, on n'avait plus qu'à y battre le pieu avec son sabot à tige barbelée. On plaçait ensuite successivement les deux rangs de moises, on les boulonnait sur les pieux en bois, on battait les pieux en fer avec une fiche de 2 mètres en moyenne dans le tuf, puis les panneaux de palplanches et enfin on opérait le moisage transversal autour des têtes des pieux. Les dispositions adoptées sont figurées sur la coupe transversale (22). Avant de mettre en place

Baurdetui

l'argile du batardeau, on a enlevé avec des dragues à main tout le gravier contenu dans les enceintes, puis le nettoyage a été achevé avec le plus grand

soin par des plongeurs qui ont , également placé des couvre-joints

contre les parois; enfin l'argile, préalablement battue, triée et malaxée , a été introduite dans la forme, d'abord par pains rectangulaires de 0".40 de côté surO".15 de hauteur, que les plongeurs posaient par assises comme des briques. Après trois assises semblables, le remplissage était continué à la pelle et pilonné par couches de 0'.30 au maximum.

A mesure que l'on effectuait Tépuisement, on avait soin d'étançonner les batardeaux, comme l'indique le croquis, et grâce à toutes ces précautions l'enceinte, qui cubait environ 500 mètres, a pu être tenue à sec avec une simple pompe à bras. Seulement, par suite de l'insuffisance d'épaisseur des palplanches, quelques-unes d'entre elles se sont brisées et il en est résulté des interruptions dans le travaiL Elles avaient Q-.IO d'épaisseur et ont généralement résisté, puisque trois seulement sm- quatre-vingt ont cédé; néanmoins, M. Lan teirès pense que dans l'enceinle intérieure, qui travaille beaucoup plus que l'autre, il conviendrait de fixer l'épaisseur par la formule e = 0.04 + 0.02 xh, h étant la profondeur du fond solide au-dessous de la crête du batardeau. Les maçonneries de fondation ont été encastrées avec soin dans le tuf, ainsi qu'il résulte du croquis, et on leur a donné beaucoup d'empattement. Les dépenses pour fondation d'une pile, à 5 mètres au-dessous de l'étiage, se sont élevées à 28 000 francs.

Pour reconstruire et consolider d'autres ponts détruits ou ébranlés également par la crue de 1875, dans la même partie de la Garonne, les Ingénieurs de la Compagnie du chemin de fer du Midi ont eu recours à des batardeaux avec vieux rails. Les enceintes étaient formées de ces rails, reliés par des clayon-

nages, et dont une extrémité était affûtée en pointe ; ils ont été battus verticalement et de manière à présenter au courant leur plus grande dimension transversale, car ils offriraient trop de prise si on les plaçait dans l'autre sens ; ils étaient en outre contre-bontés par d'autres rails placés obliquement. Pour le pont du Foure, auquel s'applique le croquis (as), on a commencé par établir un premier batardeau en gravier, qui avait pour but de rompre la vitesse du courant et de permettre d'employer avec succès un remplissage en argile bien corroyée dans le batardeau proprement dit. Ces batardeaux étaient submersibles :

par suite, dès qu'on était prévenu par dépêche de l'arrivée prochaine

d'une crue, on avait soin de retirer la machine à vapeur ainsi que les pompes et on prenait les précautions nécessaires pour garantir autant que possible les batardeaux sur lesquels la crue devait passer. On a pu descendre ainsi des fondations jusqu'à 6 mètres au-dessous de l'étiage.

Le système était bien combiné, mais il convient surtout à une Compagnie qui dispose d'une grande quantité de vieux rails et qui a des ouvriers habitués à les manier.

Loi-squ'une fouille pour fondation doit être pratiquée en rivière, dans une Dawrdeaunppuïés

sur des

enceinte blindée, il convient généralement d'en profiter pour y appuyer le wiceiQU» de fooiUM. batardeau, puisque l'enceinte de la pile constitue par elle-même une paroi très solide. C'est ainsi que l'on a procédé au viaduc d'Henuebont, mais surtout dans la partie centrale du lit, l'exécution a présenté de très grandes difficultés ; les conditions se trouvaient en effet beaucoup plus défavorables qu'à Auray. L'amplitude des marées était plus grande et la masse d'eau beaucoup plus considérable, ce qui donnait lieu à de très forts courants de jusant, la couche de vase était très peu épaisse et moins compacte ; enfin au lieu de reposer sur le rocher,

comme avaient paru l'indiquer les sondages, cette vase était seulement appuyée sur un terrain très compact composé de gravier, de galets, d'argile dure et de blocs de rocher, sur lequel s'était arrêtée la pointe des pieux. Ce terrain, d'une épaisseur d'environ 2 mètres, était très difficile à fouiller, mais en même temps perméable dans une certaine mesure.

L'enceinte extérieure du batardeau (ai) se composait seulement de grands panneaux appuyés sur des pieux espacés de 2 mètres en 2 mètres qui, sous l'action des courants, laissaient à chaque marée l'eau entraîner une partie du remplissage intérieur, bien que, pour diminuer la charge sur les parties basses, on eût pris soin de revêtir d'un bordage li^l^l^i^s^^^Stl^ip^^qjHBfl*^ calfaté, jusqu'au niveau des basses mers, les enceintes des piles. Pour améliorer le batardeau , on a battu au milieu de sa largeur une enceinte jointive de palplanches et on a remplacé la vase par de l'argile ; mais les épuisements étaient encore fort difficiles : de nombreuses avaries ont en outre été occasionnées par des chocs de bateaux. Pour diminuer la hauleurd'épuisement, on avait placé les pompes sur des bateaux qui suivaient le niveau de la marée, et on avait installé un clapet d'évacuation pour empêcher la charge d'eau d'être trop forte quand la mer baissait. Enfin, après un grand nombre de péripéties pendant lesquelles on avait installé des dragues verticales pour achever au besoin la fouille par ce procédé dont les étrésillonnements intérieurs gênaient beaucoup le fonctionnement, on est arrivé à creuser le terrain jusqu'à 2 mètres en contre-bas de la tête des pieux, à mettre le rocher parfaitement à sec et à y construire une fondation excellente. Mais il a fallu de la part du personnel, principalement de M. l'Ingénieur Dubreil, beaucoup de persistance et d'énergie pour arriver à ce résultat qui, en ce qui concerne la pile 3, n'a pu être obtenu qu'après neuf mois de travail.

Pour maintenir exactement sans déformations l'enceinte de fondation de la pile, sous des charges d'eau allant jusqu'à plus de 9 mètres de hauteur, on a

FONDATIONS PAIt Él'UlSEMENT. 265

dû employer un mode d'élrésillonnage très solide, indiqué par le croquis (ss). Sur la rive droite du Scorff à Lorient.

à la suite du grand pont métallique, ou a établi un viaduc en maçonnerie dont les fondations, pour une partie des piles, étaient découvertes à marée basse et, pour les autres, n'étaient noyées â basse mer que sur une faible bauteur. On a employé dans l'un et l'autre cas des batardeaux extrêmement minces, composés de poteaux carrés de 0'".25, espacés de mètre en mètre et reliés par plusieurs coure de moïses entre lesquelles on avait fixé des panneaux en plancbes parfaitement calfatés. Le remplissage était en vase pure compacte, et ces batardeaux, de 0".25 seulement d'épaisseur, se sont montrés complètement étanches. Parmi les croquis (9«)i A donne le détail d'un

de ces batardeaux, B indique que dans les parties où le rocher découvrait à basse mer, on y pratiquait une petite rainure et on y encastrait le bas du batardeau dans un petit massif en maçonnerie de ciment. Enfin C s'applique au cas où le rocher ne découvrait pas et oîi, par suite, il a fallu disposer du côté extérieur des panneaux appuyés par des enrochements et soutenant un petit massif en argile. Dans l'un et l'autre cas, les batardeaux étaient fortement maintenus par des contrefiches et par des enrochements du côté intérieur. Le succès obtenu à Lorient pour ce genre de batardeaux proposé et exécuté par M. le chef de section GuiUemain, montre que l'épaisseur d'un batardeau est

sans importance, pourvu qu'on pu^se assui'er son étanchéité et empêcher tout déversement.

cdsMn MHS fond Lss batardeaux dont l'emploi donne fréquemment lieu à beaucoup de difficultés et d'accidents, peuvent souvent être remplacés avec avantage par des caissons en charpente sans fond.

La première application en a été faite au pont de Port-de-Pile, sur la Creuse, d'après les indications et sous la direction supérieure de M. l'ingénieur en chef Beaudemoulin. Le lit se compose d'une couche de sable et de gravier recouvrant une argile dure schisteuse, dont les parties supérieures étaient un peu affouillables. On ne pouvait pas enlever ce terrain à la drague, et comme il était prudent d'y faire pénétrer les fondations d'environ 2 mètres, M. Beaudemoulin résolut de draguer la couche de sable et gravier, de descendre sur la surface de l'argile un caisson sans fond destiné à servir de batardeau et muni à cet effet d'un bordage extérieur bien calfaté ; d'épuiser dans l'enceinte ainsi formée, de creuser à sec la fouille de fondation, de la remplir de béton, de construire au-dessus les maçonneries de la pile et d'enlever ensuite la charpente du caisson.

Celui-ci était formé, comme le montre la 1 coupe transversale ('i?), d'une forte semelle et ^ de deux coui-s de moises horizontales embrassant des poteaux espacés d'environ 1°'.75 d'axe en axe, consolidés par des jambes de force et contre lesquels était cloué le bordage calfaté. Le caisson a élé descendu, au moyen de treuils supportés par des bateaux , dans la fouille qui lui avait été préparée, et la semelle est venue reposer sur le banc d'argile destiné à la recevoir.

ÏjCS vides existant entre ce banc et la semelle, par suite de quelques irrégularités de la surface de l'argile, ont élé fermés au moyen d'un bourrelet en forte toile rempli de terre glaise bien corroyée, et en outre une petite couche d'argile mélangée de fumier a été pilonnée au-dessus du bourrelet et consolidée par des enrochetnentsi Le travail s'est opéré avec une très grande régularité } les épni'

FONDATIONS PAR ÉPllISKMENT. 267

sements ont été très peu considérables et les maçonneries ont été construites à sec sans aucune diFTiculté.

Au pont sur le ScorfT, à Lorient, comme la fondation de la pile-culée rive £•!»»">

emido]4 Rur le ScorfT.

droite devait être effectuée jusqu'à 8"". 25 en contre-bas des bautes mers et comme le rocber présentait de grandes irrégularités, on a été obligé d'apporter des modifications importantes au type de caisson employé à Port-de-Pile. Il a fallu renoncer à l'emploi d'une semelle horizontale et par suite le caisson s'est trouvé seulement comprendre quatre cours de moises, dont la plus basse élait supérieure aux plus fortes saillies du rocher. Entre ces cours, on a fait glisser des palplanches verticales dont chacune était enfoncée jusqu à ce qu'elle s appuyât sur le rocher ; enfin un bordafçe calfaté a été posé sur tout le pourtour du caisson à partir du dessus de la moise la plus basse (as). Avec ce mode de constniction, il était évident que l'eau passerait facilement entre les interstices des palplanches verticales, mais on espérait pouvoir étancher cette base des parois au

moyen d'un bourrelet extérieur recouvrant un sac rempli d'argile comme à la Creuse. Cette éventualité ne s'est pas réalisée, parce que les courants, dont la vitesse était très grande, emportaient les bourrelets extérieurs, malgré les divers moyens essayés pour les consolider, et l'on a dû recourir à de petits batardeaux intérieurs en béton qui ont ensuite été compris dans le massif de fondation. Les épuisements ont été assez considérables, parce que la mise en place du béton a été beaucoup gênée par le rang inférieur d'étrésillons disposés en plan suivant le croquis {vt) ; mais en supprimant ce dernier rang, comme on l'aurait

Caissoni emploïta viaduc de Quimperlé.

certainement fait si l'emploi des balardenux inlôrleiirs avait è\é décidé dès l'origine, on aurait pu épuiser bien plus facilement, et cette solution est de nature à rendre des semées lorsqu'on est obligé d'opérer an milieu de très forts courants.

Une autre disposition, employée aux fondations du viaduc de (Juimperlé, ponr lesquelles la profondeur était moins grande qu'à Lorient, mais où les courants étaient également très forts, a consisté à employer des caissons de dimensions

notablement supérieures à celles

des piles , afin que l'on pût employer à l'intérieur des batardeaux en argile (30). La paroi intérieure de ces batardeaux était constituée par des panneaux en planches appuyés sur des liges en fer passant dans des anneaux fixés à un cadre intérieur a,h,c,d (31). Celte disposition exige des dimensions plus grandes qu'avec des batardeaux en béton, mais les caissons peuvent être réemployés plusieurs fois; leurs parois étaient verticales, afin de ne pas trop augmenter l'empattement à la base, et le béton du batardeau était ainsi plus facile à bien employer.

L'yl

Une application encore plus considérable du système de caissons, dans lequel on emploie à la fois des bordages horizontaux pour les parties supérieures et des palplanches pour la partie basse, a été effectuée avec un très grand succès par M. l'Ingénieur Auguste Arnoux, pour les fondations des piles en rivière du viaduc sur l'Aulne à Port-Launay.

Dans la partie où ce viaduc a été établi, la rivière est sujette à des marées qui s'élèvent jusqu'à 5"". 20 au-dessus du niveau moyen, et un peu en aval de ce viaduc se trouve un barrage éclnsé qui maintient les eaux à la cote S-.âO. Le

FONDATrONS PAR ÉPUISEMENT. 269

fond du lit est à la cote — 2"". 50, soit à 7"'. 50 au-dessous des plus hautes mers. Enfin les dimensions de chaque caisson étaient à la base de 22". 75 sur IC.eO ; la superficie atteignait 226°" et le poids 75,000 kilogrammes (32). Les dispositions générales étaient les mêmes que celles des caissons de Lorient et de Quimperlé, mais on avait en outre pris la précaution de clouer, à l'extérieur des parois . le bord supérieur d'une toile dont le bord inférieur était momentanément relevé, de manière à pouvoir se rabattre plus tard sur le bourrelet

destiné à élancher à la base. Pour mettre le caisson en place, M. Arnoux a profité, de la manière la plus heureuse, de la faculté qu'il avait de faire baisser momentanément le niveau des eaux par les perluis du barrage. En efiet, le caisson, après avoir été préparé d'abord sur la rive, a été assemblé ensuite au-dessus de son emplacement définitif en faisant reposer le rang inférieur de moises sur des béqnil-

les (A) soutenues par 8 bateaux (55) . Des rails, empilés sur le bord des bateaux opposé aux béquilles, formaient contrepoids. Quand tout a été prêt, on a fait baisser une première fois le niveau des eaux et les béquilles sont venues reposer sur le lit de la rivière; en laissant le niveau diminuer encore un peu, les bateaux se sont trouvés dégagés; puis, lorsque l'eau a remonté, le caisson s'est mis à flotter el l'on a pu enlever les béquilles. On s'en est servi de nouveau pour saisir le caisson au niveau du troisième rang de moises, et alors,

par un nouvel abaissement des eaux, on est arrivé à déposer le caisson sur la surface même dn rocher préalablement mis à nu autant que possible. On a placé alors les palplanches verticales, puis, après avoir établi au pourtour du caisson un petit hatardeau en argile appuyé contre un coffrage (B), on a rabattu par-dessus la forte toile préalablement réservée à cet effet et qui empêchait toute dégradation par les eaux. Le succès obtenu à la suite de ces précautions a été complet, car sous une charge de 6 à 7 mètres d'eau, ce grand caisson s'est trouvé tellement étanche qu'une seule pompe, fonctionnant pendant deux ou trois heures par jour, suffisait à le tenir parfaitement à sec.

On en a profité pour décaper le rocher jusqu'au vif, ce qui était d'autant plus utile que ce schiste, dont les feuillets étaient inclinés à 45", présentait beaucoup

Caisson m

d'inégalités. Les étrésillonnements du caisson {54) ont été faits très solidement, afin d'éviter toute déformation qui aurait pu occasionner des voies d'eau.

Au grand pont de Nogent-sur-Marne, pour le chemin de fer de Paris A deToSs«''r-Ei('- Mulhouse, M. l'Ingénieur Pluyette a employé, pour une des piles des grandes arches de 50 mètres d'ouverture, un caisson en tôle sans fond. Cette pile était à établir en pleine rivière, à 7 mètres de profondeur au-dessous de l'étiage, sur une couche de gravier compact, recouvert par des alternances de sable et d'argile. Le caisson avait 23 mètres de longueur sur i \ ".20 de laideur

FONDATIONS SUU BÉTON IMMEUGÉ. 271

et présentait ainsi une superficie de 258 mètres carrés, un peu plus grande que celle des caissons de Port-Launay ; sa hauteur était de 9 mètres, afin que la fondation fût protégée contre les crues d'été, et ses parois étaient consolidées à l'intérieur au moyen de cornières en tôle et de cadres provisoires en bois.

Le caisson fut assemblé par zones horizontales et descendu peu à peu dans l'eau au moyen d'un bâti en charpente établi sur deux grands bateaux. Quand il eut été déposé, après dragage préalable, à la profondeur définitive, on immergea, sur 3 mètres de hauteur, un massif de béton qui fut bien appuyé contre les parois en tôle; puis, lorsque ce massif eut fait prise, on épuisa dans l'intérieur pour construire les maçonneries.

Ce procédé a réussi, mais il a dû être très coûteux, car l'enveloppe en tôle pesait environ 70 000 kilogrammes ; il parait de plus que malgré la forte épaisseur du béton, les épuisements ont été très considérables. Enfin, si le fond avait été inégal, l'emploi de la tôle ne se serait pas prêté, comme celui du bois, à racheter les diftérences de profondeur ; la mise en place elle-même a dû être beaucoup plus difficile et coûteuse, puisque le fer ne perd dans l'eau qu'une faible partie de son poids. Nous pensons donc, avec M. Morandière, que cette innovation n'est pas à imiter et qu'il conviendrait de revenir, en pareille circonstance, à l'emploi de caissons en bois.

ê 3. - FONDATIONS SOR BÉTON IMMERGÉ

Lorsque le terrain à travei*ser pour atteindre le sol incompressible est per- conditions dappiicaiio

pL dfi réussite

méable sur une grande épaisseur, les fondations par épuisement deviennent du procédé. très coûteuses, et on peut souvent se contenter de fonder sur des massifs de béton immergé. Mais pour que ce procédé réussisse d'une manière durable, il faut : 1^ que la couche de fondation soit incompressible et que cette couche puisse être» préservée contre les affouillements ; S'' que les pressions restent

modérées ; 3^ que le courant soit peu rapide et que l'eau ne soit pas vaseuse ; 4^ qu'enfin l'exécution soit faite avec beaucoup de précautions et de soin.

Ce mode de fondation n'a reçu d'applications que depuis les découvertes de M. Vicat, car l'emploi de bon mortier hydraulique est indispensable, et c'est cet Ingénieur éminent qui a fait connaître les moyens de s'en procurer facilement sur la plus grande partie du pays ; c'est lui également qui a fait au pont de Souillac, sur la Dordogne, la première application du béton immergé. x\ntérieurement, on ne connaissait réellement que deux modes de fondations, épuisements et pilotis.

Le béton immergé peut être employé soit dans des enceintes, soit dans des caissons sans fond.

Béton immergé Los cuceintes doivont être composées de pieux et palplanches, ou bien de

es encem . ^j^^^ jolutifs, et même, dans ce dernier cas, on emploie généralement deux

équarrissages, l'un pour les pieux principaux, l'autre pour les pieux intermédiaires : il convient généralement d'en déterminer les dimensions d'après les formules suivantes, dans lesquelles e représente le côté du pieu ou l'épaisseur de la palplanche et h la hauteur entre l'étiage et le sol de fondation :

Pieux principaux ^ = 0.10 + 0.025 x/^

Pieux intermédiaires ou palplanches. . . 6^=0.05 + 0.025 X/t

Cette dernière formule diffère peu de celle de M. Lantcirès, 6=0.04-+-0.02 xA, déjà citée au sujet des batardeaux (page 262), et il convient de remarquer que dans celle-là, h s'applique à toute la hauteur du batardeau au-dessus du sol de fondation.

On a fréquemment, surtout pour des ponts exécutés par des concessionnaires, employé des enceintes beaucoup plus légères, en se contentant d'appliquer sur les pieux principaux des panneaux formés de planches horizontales fixées sur des dosses placées verticalement et qui sont appuyées à l'extérieur par des enrochements. Mais ce mode d'enceinte, qui, au reste, a donné lieu à beaucoup d'accidents, doit être complètement repoussé; d'abord, parce que si le béton est en avance ou en retard sur l'enrochement, la paroi peut être déplacée dans

FONDATIONS SUR BÉTON IMMERGfi. 275

un sens ou dans l'autre, et qu'il en résulte des disjonctions dans le massif; ensuite, parce que si une crue survient et enlève les enrochements avant que le béton soit devenu très dur, la chute du pont peut en résulter. Il faut considérer surtout que ce système d'enceinte est tout à fait incapable de résister à des crues successives, avant la dernière desquelles on n'aurait pas la possibilité de rétablir l'enrochement entraîné par la première, ainsi qu'on en a constaté de nombreux exemples.

Le dragage du terrain perméable peut être fait soit après le battage, soit auparavant. Dans le premier cas, le cube à enlever est beaucoup moins considérable, mais le dragage et le battage des pieux sont souvent alors longs et difficiles. Il vaut généralement mieux pratiquer un dragage préalable à gueule bée, au moins jusqu'à la profondeur où les machines ordinaires cessent de fonctionner avec avantage : le dragage s'applique dans ce second cas à un cube plus considérable, mais comme il est bien plus facile à exécuter, la dépense n'est ordinairement pas plus forte et le battage des pieux demande beaucoup moins de temps et d'argent. Il ne reste plus après l'achèvement des enceintes qu'à creuser ou nettoyer le fond et à enlever les petites quantités de sable qui ont pu rentrer pendant la période du battage.

On doit touiours commencer la conslruction des encemtes par l'amont, et d convient de les protéger contre les apports de sables soit p»r de petites digues en fer à cheval (i), soit par des digues se ^1^fe%-s?éil^ rattachant à la rive {2). Suivant la proton- ° " " " ^ 1

deur, on construit ces digues avec de sim- ° ° pies enrochements ou avec des écrans >. n formés de pieux et de panneaux. " ■■

S'il s'agit de travaux considérables, il est indispensable d'avoir à sa disposition une ou plusieurs dragues à vapeur; des sonnettes à vapeur peuvent également être employées avec avantage quand on a beaucoup de pieux à battre ; mais leur utilité est moins générale et dépend beaucoup de la fiche que les pieux doivent prendre dans le terrain.

Pour former une enceinte, on commence par battre les pieux d'angle, puis quelques autres pieux principaux, et on les relie le plus promptement possible

par des moises provisoires qui guident pour le battage des autres pieux ou des palplanches :

il convient d'avoir autant que possible deux rangs de moises, dont l'un est placé soit à l'étiage , soit très près de ce niveau.

Les enceintes peuvent être terminées en plan suivant les trois formes ci-contre (4). La disposition (B) est la moins bonne, parce que les assemblages des moises sont moins solides; (A) donne plus d'empattement et ne coûte pas sensiblement plus cher : c'est la disposition la plus fréquemment adoptée sur les rivières à régime calme : mais (C) doit être incontestablement préféré sur les rivières à coiu-ant rapide.

Dans tous les cas, il convient d'élever l'enceinte jusqu'au niveau des crues ordinaires d'été et de lui donner en dehors des socles une saillie de 1 mètre au moins, pour permettre l'établissement des petits batardeaux qui sont nécessaires pour la construction des premières maçonneries au-dessus du massif de fondation. Ces batardeaux, figurés sur le croquis {3), ont des parois intérieures légèrement inclinées, qui se composent de petits panneaux en planches appuyées sur les tiges en fer, pénétrant dans le béton de fondation, et le remplissage des batardeaux est fait en béton (in énergique : on pourrait diminuer leur épaisseur en clouant des toiles goudronnées contre les pieux ou en appliquant sur ces pieux un bordage calfaté, descendu assez profondément au-dessous de la surface du massif et relié avec celte surface par un bourrelet en béton de ciment.

Mais en général il vaut mieux se donner la largeur nécessaire pour établir solidement les petits batardeaux supérieurs.

Même avec des enceintes solides, des enrochements sont indispensables pour contre-balancer l'effet de la poussée du béton, ainsi que pour préserver les charpentes contre l'action des corps flottants, au moins pendant les premières années, jusqu'à ce que les bétons aient pris une grande dureté. Seulement, pendant l'exécution, il faut avoir soin de faire déposer à la main, jusque dans l'eau, les enrochements près des parois des enceintes, parce qu'autrement le batillage de l'eau délaverait les morliers à travers les vides laissés entre les pieux, par suite des irrégularités du battage.

Le bélon doit toujours être immergé avec beaucoup de soin, en évitant qu'il soit délavé et en veillant constamment à l'enlèvement des laitances. On doit, pour cette immersion, procéder de l'amont à l'aval, comme l'indique le croquis (s), en conduisant l'opération de manière à former un seul massif présentant un talus à gradins sur lequel les laitances glissent. L'immersion par couches horizontales s'étendant sur toute la surface de la pile doit être prohibée complètement, parce que dans ce cas les laitances se déposeraient au-dessus de ces couches et pourraient plus tard occasionner soit des tassements, soit des disjonctions dans le massif. Il importe donc à un très haut degré de les faire glisser successivement jusqu'à la partie aval de la fouille, d'où on les fait sortir, soit en les chassant à l'extérieur par quelques intervalles ménagés à cet effet dans le côté aval de l'enceinte, soit en les draguant avec soin. Il est utile de presser successivement les divers gradins du béton, afin de les tasser et d'en faire sortir les laitances; mais il faut faire cette opération avec des plateaux en bois assez larges, chargés par des bandes de fer et non en frappant avec des pilons en fonte ou en bois de faible diamètre qui formeraient des trous et dé-

trairaient la cohésion. Enfin, quand on se sert de balais pour faire glisser les laitances, il faut qu'ils soient extrêmement doux.

Le massif de béton doit toujours être élevé un peu plus haut que le plan inférieur des maçonneries, afin que la couche supérieure, presque toujours un peu irrégulière et imparfaite, soit décapée de manière à donner aux maçonneries une assiette très solide. On pose alors l'assise de socle, à laquelle on donne généralement 0".40 à O^.SO d'épaisseur et on élève ensuite rapidement les maçonneries jusqu'au-dessus du niveau des enceintes.

Le nombre d'ouvrages fondés sur béton immergé dans des enceintes, est très considérable : on peut citer notamment les ponts de Montlouis, de Plessislez-Tours, de Cinq-Mars, de Port-Boulet et de Chalonnes sur la Loire, ainsi que ceux qui ont été construits sur le Cher, sur l'Indre et sur la Vienne pour diverses lignes de chemins de fer.

Béton immergé Lorsquc Ic sol sur lequcl on doit asseoir les fondations est formé d'un rocher dans des caissons. ^^^^^ ^^^ ^^^^ q^^jj ^^j^. ^j^j^j^ji^ ^'y f^[j^Q pénétrer suffisamment les sabots des

pieux, il y a lieu de recourir à l'emploi de caissons sans fond. Une première application de ce procédé avait été faite dans le principe par M. Vicat pour la fondation du pont de Souillac ; mais les dispositions eu ont été plus tard perfectionnées et rendues plus pratiques par M. Beaudemoulin, au moment de la fondation des ponts sur le Cher et sur la Vienne pour le chemin de fer de Tours à Bordeaux ; le type employé pour ces ouvrages a été très fréquemment reproduit depuis lors et est encore le meilleur.

L'ossature de ces caissons est formée de montants espacés d'environ 2 mètres d'axe en axe, présentant un fruit et reliés entre eux par plusieurs cours de moises, entre lesquelles, pour achever de former l'enveloppe, on fait glisser des palplanches verticales (e). La partie supérieure peut recevoir à Tintérieur, un bordage calfaté, afin d'éviter l'emploi de petils batardeaux intérieurs et c'est ainsi que l'on a procédé au pont sur la Vienne : la manière dont ce bordage était fixé est indiquée en (B); seulement, dans ce cas, il faut avoir soin de faire descendre le bordage assez bas et, en conséquence, de placer le second rang de moises au moins a 0"'.75 au-dessous de la surface du béton.

Pendant que Ton prépare un caisson sur le chantier, on a soin de draguer le sable ou gravier et de nettoyer ensuite avec un très grand soin le rocher à l'emplacement de la (oj

pile; puis on assem- '■'^'

ble les pièces du caisson au-dessus d'un plancher supporté par des bateaux qui servent à le conduire en place. On mesure alors exactement la profondeur à l'aplomb de chaque montant, et on recèpe la base d'après les résultais de ces sondages : cette condition est indispensable pour que, après l'immersion, le caisson ne prenne pas d'inclinaison et que les moïses restent horizontales.

On fait descendre ensuite le caisson au moyen de chèvres ou de treuils et, dès que les montants reposent sur le fond, on se hâte de compléter l'enceinte en faisant glisser entre les moises des palplanches verticales ; 'on les bat légèrement à la masse, puis on les arrête définitivement contre !a moise supérieure au moyen de coins en bois, et on consolide la position du caisson par des enrochemenls. On immerge ensuite le béton avec toutes les précautions déjà décrites ci-dessus pour les fondations dans les enceintes. En outre, si on ne fait pas de petits batardeaux à la partie supérieure, il faut avoir soin de relier la surface du béton au bordage calfaté au moyen d'un bourrelet en béton de ciment.

Dans l'application qui a été faite au pont sur la Vienne, la profondeur du rocher au-dessous de l'étiage était de 4 à 5 mètres; les rangs de moises étaient au nombre de trois, leur équarrissage de ^^, et celui des montants de f^: les palplanches n'avaient que O-.OS d'épaisseur, et avant de les mettre en place on avait eu soin de laisser entre elles de légers intervalles au lieu de les placer jointives, afin de faciliter l'évacuation des laitances : il était très facile de régulariser les intervalles en clouant de petits tasseaux d'égale épaisseur sur la tranche de chaque palplanche.

Le fruit des montants était de Vs à ce pont, et M. Beaudemoulin y avait tenu, parce que le massif de béton présente alors beaucoup d'empattement et de stabilité. Depuis lors on a souvent diminué ce fruit et on Ta même quelquefois supprimé tout à fait : on y trouve l'avantage de pouvoir ainsi, sans accroissement de dépense, augmenter à la surface du béton l'espace nécessaire pour la pose du socle et des premières maçonneries. Mais on est moins sûr de la solidité du massif de béton quand ses parements extérieurs sont verticaux, et par suite on est porté à en augmenter la force. Nous pensons donc que dans la pratique il convient de donner généralement aux parois des caissons Vio au moins de fruit.

Les fondations effectuées par ce procédé sur le Cher et sur la Vienne n'ont donné lieu qu'à des dépenses très modérées : on doit remarquer qu'en effet on peut employer, pour les caissons, des bois moins forts que pour les enceintes, puisqu'ils sont contenus entre plusieurs rangs de moises horizontales assemblées d'avance avec toute la précision désirable : ainsi, pour 5 mètres de hauteur, il aurait fallu donner 0".17 d'épaisseur aux palplanches d'une enceinte ordinaire ; l'enveloppe du caisson, beaucoup plus légère, est ainsi rendue suffisamment solide, et le cube des enrochements peut sans inconvénient élre diminué. Enfin l'exécution est plus rapide, puisqu'on n'a pas de battages à effectuer.

Mais, par contre, les montants des caissons ne pénètrent pas dans le sol comme les pieux, et, par suite, il est indispensable que le terrain sur lequel on asseoit la fondation soit complètement inaffouillable. En résumé, les deux procédés, enceintes et caissons, doivent êlre employés judicieusement suivant les circonstances, mais Pusage des caissons est toujours le plus économique et, par suite, doit être employé de préférence, toutes les fois qu'il n'y a pas d'affouillements à redouter.

Les caissons en charpente sans fond avec béton immergé ont reçu depuis cette époque un très grand nombre d'applications, notamment à plusieurs ouvrages importants tels que les ponts au Change, Saint-Michel, Louis-Philippe et Solferino, à Paris même, ainsi qu'au grand pont du Point-du-Jour, à Auteuil.

L'emploi du béton immergé, soit dans des enceintes, soit dans des caissons, constitue un mode de fondation qui est à la fois rapide et économique; mais de nombreux accidents survenus à la suite des crues de 1875 ont fsiit reconnaître que ce procédé était loin de présenter, dans certaines circonstances, les garanties nécessaires.

Ainsi, notamment au pont de Pinsaguel, sur la Garonne, qui sert au passage de la route nationale n^ 20, à 10 kilomètres en amont de Toulouse, et qui se composait de neuf arches en plein cintre de 10 mètres d'ouverture, quatre sont tombées pendant la crue, et une cinquième, attenante à la rive gauche, est tombée quelques jours plus tard : des fissures très prononcées existaient à gauche de la clef, depuis la chute des autres arches, et indiquaient que la pile avait déjà éprouvé un petit mouvement (7); l'abaissement qui s'est produit plus tard dans le niveau des eaux a fait augmenter la poussée et, par suite, a déterminé la chute W.

Le pont construit à 100 mètres environ en amont, pour le chemin de fer de Toulouse à Foix, a bien résisté; mais un petit pont sous rails , situé un peu plus loin , a été emporté par la violence des eaux débordées dans une légère dépression de terrain où se trouvait l'ouvrage. Cette même levée a été également sur le point d'être coupée immédiatement après la culée du grand pont par la formation d'un tourbillon ou remous circulaire , entamant d'abord le talus et ensuite le corps du remblai, par des ondes successives, suivant la forme d'un cône renversé (s) : c'est un exemple remarquable de la manière dont Teau agit dans de semblables circonstances. Les deux ponts de Pinsaguel étaient l'un et l'autre fondés sur le tuf, à 3 ou 4 mètres

Accidents causés par l^s cruçB 4e i87Sf.

(a) Les arches tombées ont été remplacées par des travées métalliques, parce que Ton a cru pouvoir gagner ainsi du temps pour le rétablissement des communications ; mais en réalité la construction en métal a éprouvé beaucoup de retards, tandis qu'avec les conditions faciles où se trouvaient les fondations, on aurait pu reconstruire au moins aussi vite les arches en maçonnerie. C'est un exemple des inconvénients qu'entraîne souvent le désir d'aller trop vite.

au-dessous de l'étiage, mais on avait pris plus de précautions pour le pont du chemin de fer, et c'est ce qui l'a sauvé.

Le grave accident arrivé à l'un des ponts d'Empalot, sur la Garonne, situés à 2 ou 3 kilomètres en amont de Toulouse, présente des circonstances très caractéristiques.

Ce pont (9) est celui du petit bras, et les fondations avaient été établies sur

béton immergé, à 4 mètres environ au-dessous de l'étiage, pour les piles et pour la partie attenante à la rivière de la culée rive gauche (A) ; mais par économie on avait fondé plus haut et par redans le reste de cette culée, comme l'indique la partie de coupe en long (B), de sorte que toute la partie postérieure de cette culée reposait seulement sur du sable et du gravier. Les eaux, après avoir coupé le remblai en B, immédiatement en arrière de la culée, et s'étant frayé par là une brèche, ont affouillé le terrain sur lequel reposaient la petite arche et une partie de la culée : celleci a fait d'abord un mouvement en arrière par suite de la poussée de la voûte, puis est revenue s'incliner vers la rivière, après la chute de la partie centrale de l'arche, ainsi que l'ont constaté des photographies. En outre, l'angle d'amont de la culée s'est enfoncé de 0"'.40 dans le sol par rapport à l'angle d'aval. La chute n'aurait probablement pas eu lieu, si l'on avait descendu jusqu'au tuf le massif de la culée, et celte précaution devait être prise dans tous les cas, car l'économie réalisée était insignifiante. Elle n'aurait toutefois peutêtre pas suffit pour sauver le pont, parce que l'expérience a prouvé que la surface de ce tuf est fréquemment affouillable et que le courant y a été très violent.

Le pont a été entièrement reconstruit depuis lors en remplaçant les voûtes en maçonnerie par des travées métalliques, et les observations faites sur les fondations des piles ont prouvé que le béton était dans des conditions très inégales : certaines parties ne contenaient que du gravier, et dans d'autres la laitance dominait. L'exécution avait été évidemment défectueuse et les variations du niveau des eaux de la rivière pendant la construction devaient y avoir beaucoup contribué, ainsi que nous allons l'expliquer au sujet du pont de Madame.

lies piles du pont construit sur l'Aude, près de Madame, pour le chemin de pom de Madame, fer de Carcassonne à Quillan, ont été fondées en 1873, sur béton immergé dans des caissons. Ce pont comprend 5 travées métalliques reposant sur des piles et culées en maçonnerie. A la pile n° 1, quelques montants, laissés un peu trop longs par suite d'erreur dans les mesurages, furent enfoncés dans le terrain de fondation avec une sonnette (ce qui indiquait peu de dureté pour ce terrain); une crue survenue immédiatement à la suite d'une visite, dans laquelle l'Ingénieur avait reconnu que la fouille était en état de recevoir le béton, y amena une couche de sable vaseux, dont le Conducteur évalua l'épaisseur à 0".10 seulement et qui fut enlevée en partie avec des dragues à main; on procéda immédiatement après à l'immersion du béton. Lors de l'épuisement pour la pose des socles, des flltrations abondantes se manifestèrent à travers le massif de fondation ; néanmoins les travaux furent terminés et de nombreux trains de ballastage circulèrent même sur le pont sans occasionner de tassement.

Mais pendant la crue du 23 juin 1875, cette pile éprouva un affaissement de 0".40 à l'amont et de 0".43 à l'aval ; il se produisit en même temps un peu de rotation et un léger déversement latéral. Dès que les eaux eurent repris leur niveau normal, on constata que le massif de béton était brisé et qu'il offrait plusieurs larges fentes. On décida qu'il fallait reconstruire la pile sans interrompre le passage des trains, ce qui rendait l'opération difficile.

Pour arriver à ce résultat, on commença par supporter cette partie de la superstructure par de très fortes palées en chaiT)ente au-dessous desquelles

passait le batardeau (lo). On avait donné à celui-ci 2 mètres de largeur, en (jdj l'éloignant de 1".20 de l'ancien

caisson; puis, pour le défendre contre l'action du courant, on eut soin de battre tout autour une nouvelle enceinte extérieure. Le batardeau avait été rempli en bélon de chaux du Teil au lieu de terre argileuse, pour qu'il présentât plus de masse et pour lui donner, à ce que Ton croyait, plus d'efficacité.

Les travaux, commencés le 15 septembre 1875, furent interrompus à plusieurs reprises par le froid et par des crues : celle du 1" avril 1876 détruisit tout ce qui existait aloi-s ; une nouvelle crue amena un grave bouleversement le 19 mai; enfin, en chargeant beaucoup les bois pour les empêcher d'être soulevés, on parvint à assurer la stabilité du batardeau; mais les voies d'eau qui se formèrent des passages sous le béton furent très considérables, parce que la couche prise pour du rocher, même par les plongeurs, consistait seulement en cailloux agglutinés. Pour triompher de cette grave difficulté, on fut obligé de construire un contre-batardeau en argile, à l'aide duquel on parvint enfin à mettre la fouille à sec.

On constata, après l'épuisement, que le béton de l'ancienne fondation était

divisé en un grand nombre de blocs dont les interstices étaient remplis par

(ij) des cailloux délavés, du sable et même de

Coupe» tmiavamiM j^ ^^^ ^^^j ^^ béton , quolque Immcrgé

/ A ^\ depuis près de quatre ans, était peu con-

j'^"V*^r=««4 P-^*^-:-^^ sistant. Sur aucun point l'ancienne fonda-

coupe longitudmsie tîou u'avalt atteint le rocher, et le béton

Kï^ \ y^ reposait seulement sur des galets et de l'ar-

__\, ^~~^=^ — \ \ gile dure. Il était évidemment nécessaire

de descendre la fondation plus bas, et en effet elle fut approfondie d'environ G". 60. La première assise de maçonnerie

fut posée le 17 janvier 1877 : les travaux de reconstruction ont duré quatorze mois et la dépense s*est élevée à 153,000 francs.

Nous nous sommes étendu sur la description de ces travaux parce que dans des ouvrages de ce genre on a très rarement occasion de constater après coup quelle est la vraie nature du sol de fondation et ce qu'est devenu le béton du massif. Cet exemple montre d'abord combien il est difficile de reconnaître d'avance la nature exacte du fond ; souvent, en effet, une couche de cailloux ou de gravier, agglutinée par de l'argile ou de la vase dure, offre une certaine résistance qui la fait prendre pour du rocher, et au-dessous de laquelle on trouve quelquefois un terrain encore moins ferme dans lequel ih est indispensable de s'enfoncer jusqu'à une couche tout à fait compacte. D'un autre côté, le battage des pieux et palplanches offre beaucoup d'incertitude sur la nature du terrain, car de gros galets suffisent souvent pour les arrêter : dans des conditions de ce genre, il convient d'avoir recours à des pieux en fer.

Il est prouvé par cet exemple que dans les rivières torrentielles et traversant des terrains tels que ceux où coule l'Aude supérieure, le béton fait prise très lentement, puisque, avec de la chaux du Teil, la prise était encore incomplète après trois ans dans le caisson et après six mois dans le batardeau, quoiqu'on eût apporté les plus grands soins à la fabrication et à l'emploi du béton dans les travaux de réparation. Cette lenleur extrême dans la prise doit, à notre avis, être atlribuée à la qualité du sable, ou plutôt à l'argile que les eaux amènent en suspension à chaque crue et qui se dépose sur le béton : chaque petite couche amenée par des crues incessantes détermine nécessairement des solutions de continuité dans le massif.

En résumé, ce mode de fondation, qu'il serait très regrettable de prohiber d'une manière générale, attendu que dans un très grand nombre d'exemples il a donné d'excellents résultats, ne doit être appliqué, à notre avis, qu'avec un fond de rocher très compact, pouvant être mis à nu facilement, ou de gravier incompressible, avec des enceintes descendues très bas et dans des eaux claire^i. 11 faut l'écarter quand la dureté du sol inféneur est variable, quand ce sol est affouillable au-dessous des jneuœ, et enfin lorsque le cours d'eau est rapide, torrentiel, et que ses eaux apportent de la vase ou de Y argile à la moindre crue.

Précautions k prnndr In •n'ouilIcoieDia.

Les fondations que nous venons de décrire ont été souvent pratiquées avec succès dans des terrains affouillables, mais alors il est indispensable de prendre des précautions pour les préserver. Nous allons décrire successivement les divers moyens mis en œuvre dans ce but.

De simples enrochements constituent le moyen de défense le plus ordinaire, car en môme temps qu'ils servent à consolider les enceintes, ils empêchent les affouillements de descendre jusqu'au sol de fondation. Mais pour la réussite de ce procédé, il est indispensable que les enceintes descendent au moins jusqu'à 2 mètres au-dessous de la limite des plus forts affouillements connus dans le lieu où l'on opère. Il convient en outre que les enrochements soient d'un poids assez considérable pour résister à l'action du courant. On leur donne généralement la section ci-conire (12), c'est-à-dire (I2J qu'on les appuie sur le talus de la touille pra-

tiquée dans le dragage, et qu'ils sont terminés à la partie supérieure par le talus qu'ils prennent naturellement ; le sable vient ensuite combler promptement les vides du triangle a, b, c. Mais dans les crues, si le sable ou gravier sur lequel s'appuie l'enrochement est enlevé, celuici s'ébranle et se détache de l'enceinte sur une partie de la hauteur; puis, si les pierres elles-mêmes sont entraînées par la violence du courant, la fondation reste sans défense. Il faut donc, après chaque crue, et même pendant la crue toutes les fois que c'est possible, faire sonder l'état des enrochements et se hâter de les rétablir, car une nouvelle crue, survenant avant celte réparation, pourrait amener la ruine de l'ouvrage. On emploie souvent, en cas d'urgence, des sacs en toile remplis de béton, de chaux et môme de sable, quand on n'a pas à sa disposition des pierres suffisamment grosses.

Pour les anciens ponts, principalement quand ils étaient fondés sur pilotis, on employait fréquemment des crèches formées d'un rang de pieux ou pal-

planches, reliés par des moises à la fondation même et formant ainsi des

cases qui étaient remplies d'enrochements (13). Ces enrochements étaient

beaucoup moins mobiles que ceux à pierres .^.,

perdues employés contre les parois d'une fouille k, ■ ■ -^^

de fondation; seulement, quand on les élevait -^ ^ / 'uX;ri^

jusqu'au niveau de la plate-forme, suivant la

disposition (A), l'angle de la crèche était exposé

au choc des bateaux et des corps flottants. Il

est bien préférable de recéper plus bas les

pieux de la crèche comme en (B) : le système

de protection devient alors réellement très

efficace.

Au pont de Tarascon, sur le Rhône, où les affouillements atteignent quelquefois 12 à 14 mèti'es de profondeur, des enrochements ordinaires auraient été complètement insunisants, et d'ailleurs la vitesse des eaux ne permettait pas de faire un dragage à gueule bée. On a pris le parti de battre deux enceintes parallèles, espacées de S". 10, on a dragué dans l'intervalle et on y a déposé 4 assises de grosses pierres débrulies ayant 3 mètres de longueur et cubant chacune environ 2". 50 (a). Puis on a complété les enrochements avec de gros moellons ordinaires, tant entre les deux lignes d'enceinte que du côté extérieur, et enfin on a dragué à l'intérieur

jusqu'à 8"°.50 de profondeur et rempli en béton immergé la fouille ainsi préparée. La dépense a été considérable, mais les fondations ont bien résisté.

On a essayé dans le Midi l'emploi d'une résille en fer rond, articulée à tous les assemblages, fixée d'un côté aux maçonneries par des ancrages et terminée

Résille Chiubard.

de l'autre par des poids qui, en l'obligeant à s'appliquer contre les enrochements, rendent solidaires les différentes parties du massif (k). Les fers employés ont des diamètres de 6 à 40 milli-

mèti-es : la dimension la plus ordinaire est celle de 0".016, mais quand le diamètre est faible , le fer est usé très rapidement par les gros cailloux ou les fragments de rocher que roulent les rivières à courant rapide; tandis qu'avec de forts diamètres, le système deviendrait dispendieux. En outre les assemblages ne paraissent pas être suffisamment solides. Pour recevoir des applications efficaces, ce système aurait besoin d'être beaucoup perfectionné.

Un mode de défense bien préférable consiste à entourer la base du massif de fondation avec de gros blocs artificiels en maçonnerie que l'on descend avec précaution au pied de l'enceinte, en prenant soin de bien entre-croiserles joints et de donner aux blocs une assiette très stable. On a rarement besoin d'en .,g, mettre autant que l'indique le croquis (le) :

2 rangs, ou 3 à la rigueur, suffisent généralement. Cette disposition est excellente et ne saurait être trop recommandée, d'abord parce que les blocs, en raison de leur forme, de leurs dimensions et de la profondeur à laquelle on les pose, sont très difficiles à déplat^r et ensuite, parce qu'ils n'empiètent presque pas sur le lit de la rivière ; tandis que les enrochements ordinaires diminuent beaucoup la section d'écoulement, surtout quand l'ouverture des arches est faible, et augmentent par suite, d'une manière très notable la vitesse du courant.

Les Hollandais appliquent un autre procédé, qui convient d'une manière toute spéciale à leur pays où les pierres sont très rares, mais dont on pourrait aussi faire ailleurs des applications avantageuses. II consiste à tapisser le lit,

sur une grande largeur autour de la pile, avec des plates-formes en fascines sur lesquelles reposent des enrochement s. Les fascines sont formées avec des branches flexibles de saules, aulnes, peupliers, etc., et ont en moyenne 0".125 de diamètre. On en forme d'abord de longs saucissons avec lesquels on constitue le cadre inférieur dont les cases ont 0-.90 à l-.OO de côté (n) j on le recouvre avec un autre cadre semblable, disposé à angles droits sur le premier et on relie coui» ir*Dsveruie. les intersections par des cordes goudronnées dont les bouts sont provisoirement relevés sur des piquets; puis on place, au-dessus du premier cadre, un rang de fascines jointives affleurant le second cadre ; on recouvre la surface ainsi formée par un ou deux rangs de fascines jointives et on termine par un dernier rang de saucissons dont les intersections sont reliées avec les cordes goudronnées dont il a déjà été

fait mention. On enfonce alors des piquets dans ces intersections ou dans une partie d'entre elles seulement, suivant que l'on veut avoir des cases plus ou moins grandes pour retenir les enrochements ; on entoure les piquets de clayonnages, et quand la plate-forme est ainsi préparée, on la lance à l'eau, on la conduit au lieu d'emploi et on la fait enfoncer jusque sur le sol du lit de la rivière, en chargeant d'enrochements les cases précédemment formées.

Ces plates-formes, avec les enrochements qui les recouvrent, ont généralement O^.SO d'épaisseur : on les emploie principalement en Hollande à des défenses de rives ou à la construction de jetées et de barrages; dans ces diverses circonstances on leur donne souvent de très grandes superficies, 2000 ou 2400 mètres par exemple. Mais on les utilise aussi dans ce pays pour la défense des piles de ponts (is). On les dispose dans ce cas sur le fond de la rivière, tout autour de la pile, en leur donnant une largeur proportionnée à la profondeur que peuvent atteindre les affouillements., Lorsque ceux-ci se produisent, la plate-forme se replie de manière à en épouser la forme, en passant par exemple de la position (A) à la position (B), et la fondation de la pile reste

toujours parfaitement protégée, non seulement parce que raffouiliement

n'arrive pas jusqu'à elle, mais encore parce que les cases du clayonnage retiennent la plus grande partie de l'enrochement. Ces plates-formes ont une flexibilité extrême : il en existe qui se sont repliées jusqu'à 20 mètres de profondeur au pied du bari rage du Scheur, près de l'embouciiure de la Meuse. 11 serait très

désirable de voir faire en France des applications de ce mode de défense

pour les fondations des piles de ponts et aussi, dans bien des cas, pour la

défense des rives.

Les radiers généraux peuvent être considérés à deux points de vue : i' Comme répartissant le poids de l'ouvrage sur une grande surface. 2" Comme servant de protection contre les afTouillements. Sous le premier rapport, ils présentent dans les terrains compressibles des avantages incontestables. Toutefois, leur efficacité, au point de vue de la pression sur le sol, ne s'étend que sur une certaine distance de part et d'autre des supports. Ainsi, par exemple, pour un petit pont tel que (lo A) on peut admettre

que la pression se répartit

— sur toute la base bb'. Mais

si l'ouverture dépasse dans une forte proportion l'épaisseur des supports, comme dans le croquis {i» B), il est évident que la plus grande partie a a' du radier, au-dessous de la partie centrale de l'arche, ne peut pas, à moins que les épaisseurs ne soient très fortes, être considérée comme aidant directement à supporter l'ouvrage : cette partie centrale pourrait tout au plus, dans certains cas, présenter quelque utilité pour maintenir l'écartement des piles dans un terrain vaseux.

Coupa lransT«ru1a.

Sous le second rapport, celui de la protection contre des affouilleraents, les radiers sont souvent utiles pour les petits ouvrages en empêchant les eaux de raviner le sol et par suite de déchausser les fonda- ,20)

lions des culées; seulement il est indispensable que le radier soit terminé à ses deux extrémités par des murs de garde tels que C {20), dont la fondation descende au moins aussi bas que les culées ellesmêmes. Cette disposition permet même quelquefois de fonder les culées moins profondément qu'on le ferait sans cela ; elle ne coûte pas cher, parce que, pour un petit ouvrage, la distance entre les culées est faible et elle ne présente pas de danger tant que les eaux ne sont ni très abondantes, ni très rapides.

En ce qui concerne les grands ponts, l'exemple du pont de Moulins sur l'Allier, construit par M. de Régemorte au siècle dernier et qui a parfaitement résisté dans un emplacement où deux ponts avaient été successivement emportés par les crues, a porté à attribuer à l'emploi d'un radier général le succès obtenu. Conformément à la coupe ci-contre, la largeur du radier proprement dit est de 20 mètres, mais avec les risbermes de défense elle s'étend jusqu'à 33 mètres (ai). Ce radier, dont le niveau est arasé à i mètre sous l'étiage, présenle une épaisseur de 1".60 de maçonnerie et repose sur ^-kune très faible couche de l terre argileuse recouverte f par un plancher. Cette cou- *^ che a été employée pour permettre d'épuiser au-dessus du sable lin qui constitue, sur une très grande profondeur, le lit de la rivière, et des précautions spéciales ont été prises pour qu'elle fût d'égale épaisseur sur toute la surface, afin de ne pas occasionner de tassements inégaux. Les défenses du radier contre les affouillements consistent en 5 rangs de palplanches de 7 mètres de fiche dont 2 en amont et 3 en aval. Les palplanches étaient assemblées à grain d'orge et fortifiées par des pieux de distance en distance ; tous les bois étaient d'ailleurs solidement moisés et reliés entre eux : c'est à ces précautions, qui ren-

daient solidaires toutes les parties de la fondation, à la grande largeur du radier et à l'excès de fiche des palplanches sur les affouillements de 5 à 6 mètres précédemment constatés, que le succès doit être attribué. Sur les dessins de Touvrage de M. de Régemorte, rien n'indique qu'on ait mis des enrochements à l'extérieur des files extrêmes de palplanches, mais on en a ajouté plus tard avec raison.

On a conclu de ce succès que tous les ponts à construire sur l'Allier devaient être fondés sur radier général, et M. l'Ingénieur en chef JuUien en a fait une nouvelle application au pont-canal construit sur cette même rivière, au Guétin,

près du confluent de la Loire (22).

Le radier a 1°.65 d'épaisseur sous le pont proprement dit et présente en outre, tant en amont qu'en aval, deux murs de garde de S^.SO de profondeur et 2 mètres de largeur.

Les palplanches descendent jusqu'à

5 mètres en contre-bas de la surface supérieure du radier dont la largeur est

de 22 mètres, en y comprenant les murs de garde. M. l'Ingénieur en chef A. Boucaumont a fait construire plus tard, un peu en

amont du pont-canal, un pont destiné au passage du chemin de fer du Centre.

Cet ouvrage a été fondé d'après les mômes principes ; seulement la forme du

radier diffère un peu (23). Sa lar-

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geur totale est de 20 mètres et il a seulement 1 mètre d'épaissem^ au-dessous du pont; mais cette épaisseur est portée à 3 mètres dans le mur de garde d'amont et à 4 mètres dans celui d'aval : ces

murs sont défendus chacun par une seule file de pieux et palplanches, contre

laquelle s'appuient des enrochements.

Dans ces divers exemples, on a donné plus de résistance à l'aval qu'à l'amont,

parce que l'on croyait alors que les affouillements tendaient surtout à se pro-

duire du côté d'aval. M. l'Inspecteur général Mary a émis Topinion contraire et Ta justifiée par de nombreux exemples qui ont ensuite été corroborés par les effets des crues de 1856. Il est donc maintenant bien certain que les fondations des ponts doivent être protégées à Tamont au moins autant qu'à l'aval.

Les accidents de 1856 ont prouvé également que l'emploi des radiers généraux, appliqués à de grands ouvrages et sur des rivières à fond mobile, était très dangereux lorsque la vitesse des eaux est considérable. On comprend en effet qu'avec un régime torrentiel, d'après lequel le volume des eaux augmente en quelques heures dans une énorme proportion, il y ait danger à opposer à la rivière un seuil fixe qui empêche les eaux de creuser le lit entre les piles et qui, en privant le pont de ce supplément de débouché, accroît nécessairement beaucoup la hauteur de chute. Sans doute un radier présente l'avantage d'empêcher les affouillements sous les arches mômes, mais il ne s'oppose nullement à ce qu'il s'en forme en amont et en aval d'où ils s'étendent rapidement au reste de l'ouvrage ; tandis qu'il les favorise au contraire par l'obstacle qu'il apporte à l'écoulement et par l'augmentation de hauteur de chute qui en est infailliblement la conséquence. Enfin, les radiers généraux coûtent fort cher et il est facile de se rendre compte qu'avec de grandes arches on emploierait bien moins de maçonnerie et on ferait moins de dépenses pour approfondir les fondations des piles que pour établir un large radier sur toute l'étendue de l'ouvrage. En effet, si on prend pour base de comparaison le pont du chemin de fer au Guétin, dont les arches ont seulement 20 mètres d'ouverture, on trouve que la dépense aurait été sensiblement la même, en faisant reposer les voûtes sur des piles isolées dont on aurait descendu les fondations jusqu'à 8 [mètres sous l'étiage, qu'en employant la fondation sur radier général qui a été exécutée et dont les murs de garde n'ont été descendus que jusqu'à 3 mètres en amont et 4 mètres en aval. Il en résulte évidemment que, dans cette même situation et avec des arches plus grandes, l'emploi de piles isolées aurait produit une économie notable, tout en amenant une diminution importante dans le remous et par suite en accroissant beaucoup les conditions de stabilité. Le système employé au Guétin a réussi, parce que dans cette partie, où l'Allier va se réunir à la Loire, les affouillements n'atteignent pas de grandes profondeurs, mais

il a au cunlraire entraîné aur d'autres points la chute de plusieui-s ponts importants.

En résumé, la disposition qui consiste à fonder sur piles isolées, à de grandes profondeurs, en laissant aux eaux la faculté de creuser leur lit autant que le permet la nature du terrain, doit incontestablement être adoptée de préférence pour les grands ouvrages et devient impérieusement nécessaire lorsque le régime de la rivière est torrentiel. Cette solution, justifiée par l'expérience, a été recommandée par plusieurs Ingénieurs éminents, notamment par M. l'Inspecteur général Lefort.

Quelquefois, au lieu de radiers généraux, on s'est contenté d'employer, pour protéger un pont, des estacades en charpente ; il en a notamment été construit uneàOrléansen 1701 par Perronet et une autre a été établie à Amboise en i820.

C'est à cette dernière que s'applique

n.n. Coupe. le croquis (24). Elles étaient l'une et

l'autre établies en aval des ponts et ont suffi pour leur destination. Mais le succès est dû à ce que les affouillements n'ont pas été assez forts pour déchausser les pieux et il ne faudrait pas y compter d'une manière générale ; toutefois des estacades indépendantes sont moins dangereuses que les radiers sur de larges rivières.

tondutions ewcuiécs Ou a employé en Hollande, il y a quelques années, pour des fondations avec

en Uol lande

aveccuTeiageseufoiiie. béton immergé dans des caissons, une disposition suivant laquelle les caissons, au lieu d'être descendus de suite à leur position définitive après dragage en grand, sont d'abord posés seulement sur le fond du lit et abaissés ensuite graduellement à l'aide d'un dragage intérieur. Cette disposition est surtout utile pour les fondations à établir à de grandes profondeurs, sur une couche solide recouverte de vases ou terres assez fluentes pour qu'une fouille préalable à gueule-bée y soit presque impossible à pratiquer- Les caissons consistent en cuvelages formés d'une série de zones horizontales

FONDATIONS SlIK BÉTON IMMERGÉ.

en plaques de fonte avec nervures réunies par des boulons : ces nervures sont combinées non seulement pour servir aux assemblages des nombreuses plaques de l'enveloppe, mais aussi de manière à donner aux parois loule la solidité nécessaire pour résister aux pressions extérieures. Par suite, elles présentent des saillies variables dont le maximum correspond aux parties oii la courbure de l'enveloppe est la plus faible. La section horizontale de l'ensemble du cuvelage est une sorte d'ellipse plus ou moins allongée.

Ainsi pour un pont sur le canal du Nordzée (25), les piles |inlermédiaires (A) avaient 12 mètres de longueur sur 4"'.30 de largeur et la pile centrale (B), destinée à servir de pivot pour la travée tournante, avait 7 mètres sur 5"".50; la hauteur du cuvelage était dans l'un et l'autre cas de 11 mètres; les zones horizontales avaient l^.SO de hauteur dans la partie basse et 0°'.75 seulement sur le reste. Enfin la zone inférieure présentait un tranchant (C) et les assemblages des diverses

parties de l'enveloppe sont figurés horizontalement par (D) et verticalement par{E).

Pour mettre un caisson en place, on commençait par établir autour de l'emplacement de la pile un échafaudage supporté par des pieux et sur lequel on assemblait les premières zones, puis on les saisissait à l'intérieur des nervures par des tiges en fer à crochets, terminées au sommet par des vis de rappel et on les faisait descendre ainsi jusqu'au fonjl du lit. On installait ensuite à l'intériem* une drague verticale à godets, avec laquelle on effectuait la fouille en ayant soin de travailler principalement dans la partie centrale pour éviter que le terrain ne s'éboulât trop brusquement sous les parois : le caisson était dirigé dans sa descente par des guides fixés aux pieux de l'échafaudage. Quand la fouille était parvenue à une couche suffisamment résistante, on remplissait l'enceinte

en béton immergé sur 6 mètres de hauteur ; puis, après avoir pris soin d'étançonner les parois à Tintérieur, on épuisait et on construisait ainsi facilement le reste des maçonneries.

M. ringénieur en chef Van Prehn a exécuté de cette manière, sur les canaux du Nord-Holland et du Nordzée, pour le chemin de fer de Nieuwe-Diep à Amsterdam, des ponts dont les fondations atteignaient 10, 11 et 12 mètres sous Teau. Ces résultats remarquables auraient été fort difficiles ou plus dispendieux à obtenir par d'autrea moyens, et par conséquent, bien que plusieurs accidents se soient produits et notamment que quelques ruptures aient eu lieu en cours d'exécution dans les cuvelages, on doit reconnaître que ce mode de fondation peut être très utile dans des conditions analogues à celles qui viennent d'être indiquées. 11 n'est pas certain que Ton eût mieux réussi en employant la tôle au lieu de fonte, et certainement on aurait plus de difficultés en se servant de caissons en bois ordinaires, à cause des étrésillonnements intérieurs qui auraient été indispensables pour maintenir les parois ; mais peut-être aurait-on trouvé avantage à se servir du bois en employant, sur une échelle restreinte, des dispositions analogues à celles qui ont été appliquées pour le pont de Poughkeepsie aux États-Unis et dont nous allons donner la description.

Fondauons Cc pout ost uu ouvragc colossal qui comprend 5 travées de 160 mètres d'ou-

dePo^hke^p^e. vcrturo chacuno, placées à 62 mètrçs de hauteur au-dessus des eaux de

l'Hudson. La profondeur du lit est de 15 à 18 mètres, et il a fallu aller chercher jusqu'à 30 et 38 mètres au-dessous des basses mers, un terrain suffisamment résistant pour que l'on pût y faire reposer les fondations. Ce terrain consiste en rocher pour les culées et en gravier compact pour les piles : au*dessus de ce gravier on trouve des couches successives de sable, d'argile bleue et de vase, comme l'indiquent les croquis (26).

On a employé pour les fondations des piles des caissons de 50"* 72 de longueur sur 18"*. 48 de largeur et qui sont entièrement construits en pièces de bois de pin, ayant 0"'.30 d*équarrissage. Chacun des caissons est divisé, par 4 cloisons longitudinales et 7 cloisons transversales, de manière à former en plan 40 cases (C). A chacune de ces cases correspond un compartiment ou tuyau

ÎK

rectangulaire sur toute la hauteur du caisson (A et B) ; seulement les 12 cases marquées v sur le plan restent vides, tandis que les 28 autres se terminent par des parties inclinées en forme de trémie et ont été remplies graduellement de béton, de [manière à déterminer l'immersion, en la réglant d'après

Coap« loagltnd Mil

Coups IranirerMle ht cd.

la hauteur des eaux. Chacune des parois des compartiments est formée soit de 5, soit de 2 pièces de bois placées horizontalement, juxtaposées dans chaque assise et croisées d'une assise à l'autre (D). Les compartiments à remplir de béton sont terminés à la base en biseau, soit par un seul tranchant pour les cases extrêmes, soit i deux tranchants pour les cases centrales (E) ; ces

biseaux sont les uns et les autres armés en fer. Les 12 cases vides contenaient des dragues verticales au moyen desquelles avait lieu l'enlèvement des déblais et on envoyait au besoin dans le fond des plongeurs munis de scaphandres, soit pour dégager les obstacles qui s'opposaient à la descente, soit pour régler le sol de fondation quand on y était arrivé.

Le cube des bois employés pour une pile s'esl élevé à 5900 mètres et le poids des fers à 550 000 kilogrammes. Les caissons ont été combinés avec une habileté remarquable et offrent un aspect de solidité tout à fait rassurant.

Ce procédé présente sur tous les précédents Tavanlage de s'appliquer à des profondeurs presque indéfinies et certainement plus grandes que toutes celles atteintes jusqu'à présent, puisqu'une pression d'air comprimé correspondant à une hauteur d'eau de 36 mètres ne paraît pas pouvoir être supportée par l'organisation humaine ; toutefois il faut remarquer qu'au delà de cette profondeur on devrait renoncer à l'emploi des scaphandres et se contenter de travailler à la drague, ce qui exigerait que le terrain ne présentât aucun obstacle de nature à arrêter la descente du caisson.

Fondauons ^cs enrochemeuts sur fondations ou grillages, fort usités autrefois, s'applî-

ou*^r^em^ts. qucut au cas où le terrain, tout en présentant dans son ensemble une résistance

suffisante pour supporter la construction, n'est pas d'une nature homogène et par suite pourrait donner lieu à des tassements dans certaines parties des maçonneries. Les grillages sont composés de fortes pièces de bois assemblées ensemble de manière à former des cadres ; souvent ces cadres sont recouverts d'un plancher, de sorte que la base de la fondation est dans ce cas une grande plaie-forme qui sert à répartir la pression sur toute la partie du sol à laquelle elle correspond ; d'autres fois on s'est borné à remplir par des enrochements bien battus à la hie les vides compris entre les cadres et on formait ainsi un massif sur lequel la charge se trouvait encore assez bien répartie.

Enfin la fondation sur enrochements seuls consiste à en recouvrir le sol et à les battre fortement en augmentant leur épaisseur dans les parties les moins résistantes.

Mais ces moyens de répartir la pression sont beaucoup moins sûrs que celui

qui résulte de remploi d*un massif en bélon, parce qu'à moins de donner de très fortes épaisseure aux pièces du grillage, celles-ci peuvent fléchir sous la charge et que d'ailleurs les bois ne se conservent bien dans le sol qu'à la condition d'être noyés. On comprend qu'autrefois, quand les chaux hydrauliques étaient rares et quand on ne faisait pas usage de béton, les fondations sur grillages et enrochements aient reçu des applications nombreuses; mais aujourd'hui il convient de n'y avoir recours que rarement, pour de petits ouvrages et lorsqu'il doit en résulter une grande économie. Ce sont donc les massifs en béton qu'il faut employer principalement quand le sol de fondation n'est pas suffisamment homogène ; seulement on doit avoir soin de donner au massif une épaisseur en rapport avec son étendue et avec la charge quMl doit supporter. On en voit quelquefois faire ou projeter des applications qui ne peuvent pas inspirer confiance. Pour s'en rendre compte, il suffit presque toiijom's de considérer le massif comme une large dalle et de se demander si l'épaisseur de cette dalle est en rapport avec ses autres dimensions, ainsi qu'avec la charge qu'elle doit supporter.

g 4. - FONDATIOiNS SUR PILOTIS L'emploi des pilotis pour fondations a été beaucoup réduit depuis l'inlro- couaiiions générale»

, . ,, • . r T^T » • *^® remploi des pilotis.

duction des procèdes par béton immerge et par 1 air comprimé. Néanmoins il est généralement économique, pour de petits ouvrages, dès que la profondeur de fondation atteint 4 ou 5 mètres, et même pour des ouvrages importants, lorsque le sol de fondation est placé très bas ; enfin il devient indispensable lorsque, par suite de la nature indéfiniment compressible du sol, on est obUgé de compter seulement sur le frottement latéral.

D'une manière générale ce mode de fondation consiste : 1' à battre des pieux en nombre suffisant pour qu'ils puissent supporter avec sécurité le poids de la construction; 2^ à recéper ces pieux dans un môme plan et à relier solidement leurs têtes entre elles; 5' à établir au-dessus d'eux des

plates-formes assez solides pour qu'on puisse y faire reposer avec confiance l'ouvrage proprement dit : ces pintes-formes peuvent elles-mêmes être constituées soit par des planchers très résistants, soit par des massifs de béton.

Charges pratiques dans Lorsque Ic sol inférieur sur lequel doit reposer la base des pieux est incom-

les terr&iiis

incompressibles prcssiblo et qu'ou luêmc temps le terrain à traverser offre latéralement assez

de consistance pour que ces pieux ne soient pas exposés à fléchir, on peut facilement les charger d'une manière permanente de 30 à 35 kilogrammes par centimètre carré de section : ainsi, pour un pieu carré de 0".30 de côté on adopte ordinairement une charge de 30,000 kilogrammes (ce qui correspond à 33 kilogrammes par centimètre carré), et pour un pieu carré de 0".25 on admet en général 20,000 kilogrammes (soit 32 kilogrammes par centimètre superficiel). Mais quand on est fondé à compter d'une manière absolue sur la résistance latérale du terrain, la charge peut être notablement augmentée. Ainsi, au pont de Neuilly, les pieux de fondation de 0'".325 de côté ont été chargés par Perronet de 52,000 kilogrammes chacun, ce qui correspond à environ 50 kilogrammes par centimètre carré, et les fondations de ce célèbre ouvrage n'ont pas éprouvé le moindre tassement. Des charges aussi considérables doivent évidemment être regardées comme une limite supérieure, et il convient de ne les adopter qu'avec des bois d'excellente qualité , après avoir acquis la certitude que les pieux seront maintenus dans le sol sans aucune flexion : dans des circonstances plus habituelles, nous pensons que Ton pourrait sans inconvénient porter la charge par centimètre carré à 35 ou 40 kilogrammes.

Dans les fondations ordinaires, les pieux sont généralement espacés de 0*".80 à 1"'.20 d'axe en axe. Il en résulte qu'avec l'espacement de 0".80, la charge de 30,000 kilogrammes reposant sur un pieu carré de O^.SO de côté correspondrait seulement à -g-^Q(p = 4*^.67 par centimètre carré de plateforme, et qu'en portant cette charge à 40,000 kilogrammes, on n'arriverait encore qu'à 6*^.25 ; or, des pieux de 0'".30, espacés d'axe en axe de O^.SO seulement» sont très rapprochés, ce qui montre qu'en général les fondations sur pilotis ne peuvent pas supporter avec sécurité des ouvrages à la base desquels la

pression dépasserait 6 kilogrammes par cenlimèlre. Cette pression correspond à la limite ordinairement admise pour les ouvrages placés dans des conditions ordinaires de construction, de sorte qu'à moias de précautions ou de circonstances toutes spéciales, l'emploi des pilotis ne doit pas être admis pour la fondation d'ouvrages fortement chargés.

Les pieux n'arrivent presque jamais à un refus absolu, et il serait même umiies de refus. dangereux de chercher à l'atteindre, parce que Ton s'exposerait à briser le bois. On doit donc se borner à une résistance relalivc, et Ton considère en général qu'un pieu est parvenu à un refus suffisant lorsqu'il ne s'enfonce plus que de 3 à 4 millimètres par coup, sous le choc d'un mouton pesant 600 kilogrammes et tombant de 4 mètres de hauteur.

Ainsi, au pont de Neuilly, pour des pieux dont la charge devait atteindre 50 kilogrammes par centimètre carré, on s'est contenté du refus de 4""".5 par volée de 25 coups d'un mouton de 600 kilogrammes, avec une sonnette à tiraudes. A Bordeaux, où les pieux portent chacun 22,000 kilogrammes, le refus était limité à 5 millimètres par coup d'un mouton de 550 kilogrammes tombant d'une hauteur de 4 à 5 mètres. Enfln, à Rouen, on a exigé un refus plus rigoureux, car il était de 1 millimètre par coup d'un mouton de 600 kilo* grammes dont la hauteur de chute était, il est vrai, réduite à 3°.50.

C'est avec des refus compris dans les limites ci-dessus que l'on peut faire porter avec sécurité aux pieux les charges précédemment mentionnées, ainsi que l'on pourrait en compléter la justification par des exemples déduits d'un grand nombre d'autres ouvrages. Il en résulte que quand ces refus sont atteints, la base des pieux doit être considérée comme parvenue jusqu'au terrain incompressible.

Mais lorsqu'il s'agit de terrains indéfiniment compressibles, ceux où les charges pratiques dan^ pieux ne sont presque exclusivement retenus que par le frottement latéral, indéfiniment compi^ on ne peut pas en général déterminer d'avance le refus auquel doit arriver chaque pieu, et par suite on est obligé de faire varier les charges d'après les enfoncements constatés. Les Hollandais, dont le sol est presque partout

forme de terrains de celte nature , emploient la formule suivante pour calculer le poids que Ton peut faire porter avec sécurité à un pieu, d'après renfoncement moyen obteuu sous les derniers coups de mouton :

BII B

Dans cette formule, R représente le poids à faire supporter par le pieu, H la hauteur de chute du mouton, B le poids de ce mouton, P le poids du pieu (déduction faite de la perte due û la partie immergée) et e la pénétration effectuée par le dernier coup de mouton.

Par application de cette formule, on a admis, pour la fondation des écluses du Zuiderzée, près d'Amsterdam, que les pieux qui ne pénétraient que de 11 centimètres sous les dix derniers coups d'-un mouton de 800 kilogrammes tombant de 4 mètres de hauteur, pourraient porter chacun 34,000 kilogrammes, et que ceux qui, dans les mêmes conditions, s'enfonçaient de 77 centimètres, ne pourraient porter que 5,000 kilogrammes.

Le premier de ces refus, qui revient à 0"*.011 par coup pour une charge de 34,000 kilogrammes, est bien moins rigoureux que celui de O'^.OOS exigé à Bordeaux pour une charge de 22,000 kilogrammes seulement.

La formule ci-dessus pourrait également servir pour calculer le refus à exiger pour une charge déterminée, mais il faut alors limiter la charge à une faible valeur, car autrement on se trouverait conduit à un refus dont la réalisation serait impossible.

Baiiageou enfoncement Le battage dcs picux cst toujours Opéré avec des sonnettes, soit à tiraudes,

des pilotis.

soit à déclic ; les premières suffisent pour les petits ouvrages, lorsque la profondeur de fiche à atteindre est peu considérable et que le terrain à traverser ne présente pas une grande résistance. Pour les ouvrages importants, il faut employer des sonnettes à déclic et môme des sonnettes à vapeur, lorsque le nombre de pieux à battre est considérable. Dans tous les cas, le battage doit être surveillé avec un très grand soin : il faut en faire tenir très régulièrement des carnets sur lesquels sont notés pour chaque pieu le nombre de coups, le

poids du mouton, la hauteur de chute, la fiche obtenue, le refus auquel on s'est arrêté, etc. ; les résultats doivent être comparés attentivement, afin que s'ils présentent des anomalies on en recherche la cause ; enfin on doit s'assurer, d'une part, que tous les pieux arrivent au refus prescrit, d*autre part, que le battage n'a pas été poussé à outrance, au point de les briser ou de les affaiblir.

Les sabots dont la pointe des pieux doit nécessairement être armée, sont actuellement presque toujours en tôle et du système Camuzat; leur poids est ordinairement de 8 kilogrammes, mais en augmentant leur épaisseur on petit arriver à des résultats remarquables. Ainsi M. Lechalas, actuellement Inspecteur général, ayant à faire reconstruire en 1861 le pont de la Belle-Croix wSur un des bras de la Loire à Nantes, a été obligé de faire battre des pieux à travers des massifs d'enrochements des anciennes palées et y est parvenu en portant à 18 kilogrammes le poids des sabots et en employant des moutons de 700 à 1000 kilogrammes avec des hauteurs de chute de 3 mètres au maximum pour les premiers et 2".20 pour les seconds. Avec ces précautions, il est parvenu à effectuer le battage, sans rupture de pieux, jusqu'à près de 20 mètres au-dessous de Tétiage. Comme on aurait éprouvé des difficultés à se procurer un grand nombre de pièces de bois aussi longues, M. Lechalas a pris le parti d'employer des pieux en deux morceaux réunis par des manchons en tôle : à leur point de jonction les pièces ont été coupées carrément et frettées ; l'une d'elles était garnie d'une plaque horizontale en tôle; et elles se trouvaient reliées au centre par un goujon en fer de 0".30 de longueur, tandis qu'elles étaient serrées à l'extérieur, sur une longueur de 0".70, par le manchon formé de 4 plaques assemblées entre elles par des cornières. Ce système d'entures très simple a parfaitement réussi.

Dans les sables fins et humides qui constituent principalement les plages de la mer du Nord, le battage des pieux pratiqué avec les dispositions ordinaires présente des difficultés sérieuses et surtout demande beaucoup de temps. M. l'Ingénieur en chef Stœcklin et M. l'Ingénieur ordinaire Vetillard ayant appris que le fonçage des colonnes métalliques avait été beaucoup facilité en faisant passer dans leur intérieur un tube qui lançait un jet d'eau, ont appliqué la même

idée à l'enfoncement des pieux en plaçant à côté du pieu à battre deux très faibles pompes dont chacune refoulait Teau dans un tuyau en caoutchouc terminé par un petit tube formant lance et que Ton faisait descendre constamment à 0".20 ou 0".30 au-dessous de la pointe du pieu. Le sable se trouve ainsi désagrégé dans la partie de terrain où le pieii doit pénétrer et l'avantage obtenu a été tel qu'avec le nouveau système le battage d'un panneau pour une pile de 2". 50 à 3 mètres n'a exigé en moyenne que 1 h. 9 minutes au lieu des 8 h. 36 minutes que nécessitait l'ancien battage ordinaire. MM. Stœcklin et Vét illard estiment qu'avec un outillage convenablement approprié on arriverait à des résultats encore beaucoup plus avantageux {Annales de janvier 1878). Ce procédé, extrêmement simple, paraît appelé à rendre de grands services dans les teiTains dont il s'agit.

Plates-formes en charpente.

Lorsque les plates-formes peuvent être établies directement sur la tête des pieux, soit à l'aide d'épuisements, soit dans une très faible profondeur d'eau, on commence par recéper les pieux dans un plan exactement horizontal, puis on relève avec précision leurs positions, on les rapporte sur une feuille de dessin (i) et l'on recherche avec soin quelles sont les meilleures lignes de compensation à adopter pour tenir compte das déviations amenées par le battage. On pose ensuite, d'après ces lignes de compensation, les pièces qui doivent reposer immédiatement siu* la tête des pieux.

Les plates-formes comprenaient ordinairement' autrefois deux séries de pièces, les chapeaux ou traversines et les racinaux ou longrines qui les croisaient à angle droit ; puis au-dessus de ces dernières pièces on posait le plancher, conformément au croquis (2). Mais plus tard on a supprimé les longrines, soit en totalité, soit en grande partie. Ainsi au pont d'Ivry les pieux sont recouverts par des chapeaux sur lesquels des racinaux sont assemblés seulement au-dessus des files extrêmes de pieux (5) et pour d'autres ponts, notamment celui sur le Bas-

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FONDATIONS SUR PILOIfS.

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Brivet près de Pontchâteau, on a remplacé les racinaux des files extrêmes par des moises doubles qui sont bien préférables (4).

Au pont d'Ivry, ainsi que le montre le croquis (3), les chapeaux n'étaient pas assemblés sur les pieux en ce qui concerne les culées : on admettait que dans cette position la charge des maçonneries suffirait pour établir une légère pénétration de nature à empêcher les déplacements qui étaient peu à craindre , car on opérait dans un terrain consistant. Mais au pont sur le Bas-Brivet, comme on travaillait dans un terrain vaseux, .on a jugé nécessaire que les chapeaux fussent assemblés à tenons et chevillés sur les pieux, et c'est pour le même motif que l'on a eu soin de remplacer les racinaux extrêmes par des moises.

Pour les piles en rivière, il importe de faire commencer les maçonneries le plus bas possible et par suite, si Ton ne peut pas faire descendre le plan de recépage jusqu'au fond du lit, il convient de remblayer avec de forts enrochements le vide qui subsisterait au-dessous de ce plan de recépage, afin de s'assurer qu'aucun courant de nature à déchausser les pieux ne viendra s'établir audessous des maçonneries. Lorsque la profondeur du lit n'est pas grande et que le fond en est étanche, il est encore préférable d'établir des batardeaux, d'épuiser, de recéper ensuite les pieux le plus bas possible et de construire au-dessus de leurs têtes un plancher comme précédemment. C'est ainsi qu'ont été fondées notamment les piles du pont de Neuilly.

Enfin, comme nous le verrons plus loin, on est souvent conduit à faire autour de la fondation des enceintes complètes et à en remplir l'intérieur, entre les pieux, îivec du bélon sur des épaisseurs quelquefois considérables.

Loi'sque pour des fondations l'épuisement n'est pas possible, ou qu'il entraînerait des dépenses très considérables, on a eu très fréquemment, et on a quelquefois encore de nos jours, recours à des caissons foncési Les premières applications en ont été faites d'abord en Angleterre au pont de Westminster et

Emploi des caissons foncés*

504 hONDA'l'lOWS.

uti peu plus tard en France au pont de Saumur, où M. de Gessarl a noIaJblemeiil uinélioré ce procédé. Le fond de ces caissons doit être très solide et les panneaux des parois verticales doivent être combinés de telle sorte qu'on puisse les relever facilement après la construction des maçonneries.

Au pont d'lvi7, les caissons employés pour les piles étaient disposés comme l'indique In partie de coupe longitudinale (s). Les traversines maîtresses avaient 0".40 de largeur sur 0".35 d'épaisseur; celle des intermédiaires était seulement de 0".225 et celle du plancher de 0''.i25. Les parois étaient formées de montants et de panneaux qui se trouvaient les uns et les autres engagés par des rainures dans le cadre inférieur, ainsi que dans le cadre supérieur qui se trouvait relié au précédent par des crochets et des tire-fonds. Tous les joints étaient parfaitement calfatés et les parois étaient très facilement démonlées après la construction dos maçonneries. A ce pont, les pieux ont été seulement contre-butés et défendus par des massifs d'em-ochements.

Mais au pont d'Iéna, dont l'importance était beaucoup plus considérable, où la profondeur était plus grande et dont les piles ont été également fondées au moyen de caissons foncés, chaque pile a été entourée par une enceinte de pieux et palplancbes; puis toute la partie comprise dans cette enceinte a été remplie de béton entre les pieux (e) : les enrochements n'ont été employés qu'à l'extérieur. Cet emploi du béton est constaté dans un mémoire de M. l'Inspecteur général Lamandé (Annales, 1838).

Au pont de Rouen, construit également par cet habile Ingénieur, des précautions spéciales ont été prises en raison de la profondeur du Ut et de l'action des marées. Non seulement l'enceinte de la fondation proprement dite a été remplie de béton comme précédemment , mais de plus on a formé une première enceinte extérieure sur toute la hauteur de la pile, puis établi une crèche basse pour défendre le pied des fondations à une profondeur de 6 mètres au-dessous des basses mers (7). A cette profondeur la crèche était complètement à l'abri des corps flottants ainsi que des glaces et l'eau ne pouvait elle-même avoir

que de faibles vitesses. Ces dispositions appliquées au pont de Rouen ont parfaitement réussi, sont effectivement excellentes et méritent d'être spécialement signalées à l'attention des Ingénieurs.

Pour le pont de Bordeaux, dont l'exécution a été terminée en 1822, M. Tins- pont de BordMUï. pecteur général Deschamps a fait envelopper les pieux dans de très forts massifs d'enrochements dont les pierres ont été rapidement agglutinées entre elles par les vases de la Garonne. Ces pieux avaient été préalablement rendus solidaires, au-dessous du plan de recépage, par un châssis en charpente dont les pièces formaient des cases et s'opiwsaient ainsi aux déversements (s). Les caissons avaient eux-mêmes une forme pvramidale sur 1".!^ à partir du fond , leurs dimensions à la base étaient de 23 mètres sur 7"". 40 et

leur hauteur de 6 mètres (9). Ils ont été maintenus !■ — -^ ^ ]

flottants pendant la pose des premières assises, puis

quand il est devenu nécessaire de les fixer et de les empêcher d'être soidevés

par raction de la marée, on a eu soin d'y faire rentrer de l'eau par des robinets au moment du flot et de la faire évacuer par des clapets pendant le jusant. La manœuvre de ces grands caissons a été difdcile et l'ensemble de cet important ouvrage, dont la construction avait été pendant longtemps considérée comme presque impossible, a donné lieu, de la part de M. Deschamps, à la découverte et à l'application de plusieurs procédés très ingénieux.

On a employé récemment à Rouen, pom* la reconstruction du quai de la Bourse qui est fondé sur pilotis, ainsi que l'indique la coupe générale (lo), des

séries de caissons foncés qui ont 20 mètres de longueur, S^.eS de largeur et 3".80 de hauteur (n).

Les parois sont mobiles et servent plusieurs fois successivement. Les chapeaux sont reliés à la base ou plate-forme inférieure I '"*'"° 1K" par des écrous et la paroi

I ,;j,îi;^ du côté de la rivière est

retenue par des goujons d'arrêt, comme le montrent les figures de détail (is). Dès que les maçonneries sont terminées dans un des caissons, on détache très rapidement les parois verticales, les entretoisements et les chapeaux, de sorte que la plate-forme inférieiu-e reste seule à demeure. Cette plate-forme coûte 1440 francs et les parties mobiles, qui peuvent servir plusieurs fois, exigent une dépense de 5400 francs; en admettant qu'elles servent seulement

(H) Coupe traimerule da ci

trois fois, la dépense totale d'un caisson ne s'élèverait qu'à 3240 francs, prix très modéré. On continue actuellement, pour les nouveaux quais de Rouen, l'application de ce système qui a bien réussi.

Ces dispositions pourraient évidemment être appliquées à des fondations de ponts, et, en admettant des arches d'ouverture moyenne (20 mètres par exemple), le caisson nécessaire pour une pile pourrait être assimilé à un de ceux ci-dessus, parce que la longueur serait moins grande, mais la largeur devrait être augmentée ; seulement il faudrait défendre très solidement les fondations par des enceintes et bétonnages analogues à ceux du pont construit par M. Lamandé.

Pour la construction des quais de la Fosse à Nantes, qui 'a été entreprise à oud. de sanu». peu près en même temps que celle des quais de Rouen, on ne rencontre le rocher qu'à 20 mètres environ au-dessous de Tétiage et pour diminuer le prix des fondations, que cette profondeur aurait rendu très considérable si Ton avait

Conpt sur l'aie d'one tdAIs.

liUiULilL

employé un massif continu, on a construit une série de voûtes surbaissées de 11 mètres d'ouverture (is); les piles sont fondées sur pilotis en consolidant les parties supérieures de ceux-ci par un massif de béton de 3 mèfares de

hauteur, contenu dans une enceinte, et en les enveloppant en outre d'enrochements sur 2 mètres de hauteur en contre-bas du béton (i^). Les maçonneries reposent directement sur une plate-forme en charpente fixée sur le sommet des pieux. Dans le sens noi-mal à la rive les voûtes ont une largeur de 12".30, afin que la poussée des remblais reposant sur un terrain très compressible ne puisse pas faire déverser les pieux vers le fleuve (is). Ces dispositions ont bien réussi : elles sont plus dispendieuses que celles employées pour les quais de Rouen; mais à Nantes la nature du terrain est plus mauvaise et l'épaisseur de ce terrain au-dessus du rocher est plus considérable ; c'est donc avec raison que dans ce cas on a employé des voûtes et compris la partie supérieure des pieux dans un massif de béton de 3 mètres d'épaisseur. Pour une pile de pont, qui se trouverait beaucoup plus exposée à l'action du courant, il serait nécessaire de fortifier encore davantage les fondations et notamment d'y ajouter des crèches basses.

Dans les exemples précédents, le béton était seulement employé pour relier les pieux entre eux et les maçonneries étaient toujours supportées par des plates-formes en charpente. Actuellement on se sert très fréquemment du béton pour remplacer la plate-forme elle-même, en tout ou en partie; on fait disparaître ainsi les inconvénients qui résultent du porte-à-faux des caissons et on empêche les pieux de s'incliner au-dessous de la plate-forme, comme cela est arrivé quelquefois.

Au pont sur l'Elorn à Landerneau, pour le passage du chemin de fer de

Nantes à Brest, les pieux ont été encore recouverts d'un

-V V -s^ grillage, mais on a diminué le nombre des longrines audessus des chapeaux et on a supprimé complètement les

f ^^iv^'^H^i niadriers formant plancher. Les têtes des pieux et le gril-

lage ont été enveloppés dans un massif de béton de S^.SO d'épaisseur (le). Pour cette fondation on a cru devoir conserver le grillage de crainte que le béton ne fût exposé à glisser- le long des pieux sous l'influence de la charge.

Mais réellement cette éventualité n'est pas à craindre, car les Ingénieurs

Hollandais, qui ont une grande expérience de ce genre de fondations, suppriment maintenant les plates-formes d'une manière complète et enchâssent seulement les têtes des pieux dans le bas des massifs de béton sur 0".50 à C-TS de hauteur. Ainsi, par exemple, au pont sur la nouvelle Meuse à Rotterdam, les pieux intérieurs, qui sont très rapprochés, car leur espacement d'axe en axe est seulement de 0-.75 dans un sens et

de 0".80 dans l'autre , sont cjjntenus pour chaque pile dans une enceinte de pieux jointifs qui sert d'enveloppe à un massif de béton de S^.SO d'épaisseur, dans lequel les têtes des pieux sont engagées sur 0".70 de hauteur (n). Ces pieux ont environ 20 mètres de longueur i et l'empattement est considérable, car

la superficie du massif s'élève à 210 mètres et la pression doit être très modérée, bien que ces piles supportent des travées métalliques de 90 mètres d'ouverture.

Au grand pont de 14 travées de 100 mètres d'ouvertlire construit sur le Hollandsch Diep près Moerdyck, les {igj

pieux étaient un peu plus espacés, 0".94 dans un sens et 1 mètre dans l'autre; mais l'épaisseur des massifs de

béton a été portée à S^.SO e1 descend ,^

jusqu'à 7 mètres au-dessous du niveau moyen des marées (is). La tète des pieux est engagée de 0".75 dans le

béton ; la superficie du massif de fon- *^,

dation est de 180 mètres pour une seule voie. La fondation de chaque pile

est enveloppée par une enceinte de pieux débités à la scie, ayant 14 mètres de longueur et battus à 12 mètres environ au-dessous du zéro; ces pieux ont été assemblés à languettes et étaient assujettis à rester jointifs jusqu'à 8 mètres

de profondeur : c'est seulement plus bas qu'ils pouvaient être dénaaigris. Les dimensions de ces pieux étaient de ^^ pour les angles et de ^^ pour les intermédiaires. La partie de l'enceinte dépassant le niveau supérieur du béton formait batardeau et le recépage a été fait à la cote - 6" .25 ; de sorte que dans les moments de haute mer, il a dû quelquefois être opéré jusqu'à 9 mètres au-dessous de la surface des eaux. 11 était exécuté au moyen d'une scie circulaire à vapeur qui donnait d'excellents résultats. A Amsterdam on a effectué des recépages semblables à une profondeur de 7 mètres au moyen d'une simple scie circulaire à bras, et on en était également très satisfait.

Il résulte de ces exemples que l'on peut facilement recéper les pieux à de grandes profondeurs, et dans ces conditions l'emploi du béton est bien préférable à celui des caissons dont les plates-formes portent presque toujours sur les pieux d'une manière incomplète.

Aux deux ponts que nous venons de citer, les fondations sont très efficacement défendues à l'extérieur par des plates-formes en fascines et des enrochements.

TitdDc diautenum. Pour établir à Amsterdam une gare centrale où les chemins de fer soient en

communication immédiate avec le port, on a eu à construire un viaduc de

541 mètres de longueur. La fondation de cet ouvrage a été faite sur un radier

général (a), non pour (m

éviter les affouille-

ments, car il n'existe

que très peu de cou-

:; rant sur les parties de

canaux traversées ou suivies par le viaduc, mais pour répartir aussi également que possible la pression sur un sol éminemment vaseux. Dans de semblable cù> constances, l'emploi d'un radier général est parfaitement justifié. Pour diminuer la dépense, on a remplacé le béton par du sable dans la partie centrale

du massif en conservant seulement un mur de garde sur chaque tête ; en réalité le massif a une épaisseur de 3".55, mais dans la partie comprise entre les murs de garde, Tépaisseur du béton atteint seulement l^.ao.

Dans les parties de viaducs établies sur des terre-pleins, les murs de garde ont été supprimés et l'épaisseur totale du radier a été réduite à 2".20 dont 1 mètre en béton et le reste en sable.

Le terrain sur lequel repose le viaduc, présentait des résistances très inégales; ainsi l'Ingénieur en chef, M. Van Prehn, nous a cité qu'entre des pieux espacés de 1 mètre seulement, il y avait quelquefois des différences de fiche allant jusqu'à 4 mètres et que ce fait ne constituait pas une exception ; qu'enfin il était très rare qu'une dizaine de pieux voisins atteignissent à peu près la môme profondeur : leur longueur était généralement de 14 à 18 mètres.

Pour construire à ce viaduc les premières assises de maçonnerie au-dessus du radier, on a épuisé dans l'enceinte formée par les pieux jointifs extérieurs, comme au pont de Moerdyck, Mais au pont construit devant les écluses du Dock de l'Est, où il était nécessaire de conserver une grande profondeur et où le béton a été descendu jusqu'à la cote - 8". 50, on a remplacé le batardeau en pieux jointifs par une enveloppe en fonte, analogue aux cuvelages précédenmient décrits au sujet de fondations sur le canal du Nord-HoUand et du Nord-Zée. Ces enveloppes engagées de 1 mètre dans les massifs de béton ont formé des batardeaux parfaitement étanches.

Les fondations sur pilotis ont donné lieu à divers accidents contre lesquels il Accidents aarvenus

dans des

importe de se prémunir. fondations sur puous.

Ainsi au pont d'Orléans sur la Loire, construit au siècle dernier, une pile a tassé de 0"*.50 peu de temps après la construction. Cette circonstance doit tenir à ce que le banc de calcaire sur lequel s'était arrêtée la pointe des pieux, n'avait pas assez d'épaisseur et s'est brisé sous la charge : on ne peut pas l'attribuer à une compression du terrain, car dans ce cas le mouvement aurait continué et se serait probablement étendu à d'autres piles. Cet accident montre combien il est nécessaire de faire pénétrer les sondages jusqu'à une certaine profondeur au-dessous de la surface du terrain résistant.

Pont de Toars.

Les accidents survenus au pont de Tours ont été beaucoup plus graves; ainsi en 1777 une pile a tassé subitement d'environ 1".50, probablement parce que les pieux, dont on avait omis de garnir les intervalles, se sont renversés. En 1789, à la suite d'une débâcle de glaces, les 3 piles les plus rapprochées de la rive droite sont tombées : la chute en a été attribuée à des affouillements contre lesquels les fondations de ces piles n'étaient pas suffisamment défendues. Enfin, en 1835, des tassements importants ont eu lieu dans trois des piles fondées au moyen de caissons foncés et pour lesquelles les intervalles entre les pieux étaient restés vides. M. l'Ingénieur en chef Beaudemoulin a arrêté ces tassements en remplissant ces vides par des injections de mortier et de chaux effectuées au moyen de forages pratiqués à travers les maçonneries des piles. Ce procédé a parfaitement réussi, et depuis cette époque aucun mouve^ ment ne s'est manifesté dans les maçonneries du pont de Tours.

Pont de Tonnaj-Gharente.

Au pont de Tonnay-Charente, fondé sur pilotis dans un terrain vaseux, des tassements considérables ont eu lieu, bien que la charge sur les pieux fût très faible et que dans ce but les maçonneries eussent été élégies autant que possible.

Pont sur l'Elorn.

Vju^

ArgSê oûmpa^ee

D'autres tassements de moindre importance se sont produits pour les fondations du pont sur FElorn, déjà cité page 308; le terrain se présentait suivant

la coupe (20), et comme les pressions devaient être très modérées, on avait cru pouvoir se borner à donner aux pieux 7 mètres de longueur, ce qui les engageait de 4 mètres dans le banc d'argile compacte qui pouvait être considéré comme incompressible. Mais des tassements se sont produits dans ce banc , de 0".012 seulement à la culée gauche et de 0°.122 à la culée droite; les piles ont tassé proportionnellement et le pont s'est comporté comme un seul massif, sans qu'aucune disjonction se soit produite, malgré l'inclinaison qu'il a prise. C'est probablement le sable vaseux qui s'est un peu affaissé sous la

Sa^ vasear

charge, de sorte que pour éviter tout mouvement il aurait fallu employer des pieux de 47 mètres.

Pendant que l'on terminait la construction du pont de T Aima à Paris, il s'est ront de rxima. produit des tassements assez considérables, qui augmentaient progressivement d'une manière inquiétante; on a cherché à les arrêter en démolissant une partie du remplissage entre les tympans et en le remplaçant par des voûtes de décharge; puis, comme pendant une crue le mouvement de tassement s'était arrêté tout à fait, on en a déduit, d'après la perle de poids due h l'immersion, qu'il fallait décharger chaque pile de 400 tonnes. On a porté en réalité cette diminution à 600 tonnes, afin de se mettre en garde contre toute éventualité, et en effet depuis lors le pont n'a plus éprouvé aucun tassement.

Le pont de Tarbes sur TAdour avait été construit en 1740 et se composait Pom de Tarbes. de 5 arches en anse de panier, ayant des ouvertures de 18 à 32 mètres, non compris 2 petites arches de 6". 66 chacune sous les levées aux abords; il était fondé sur des pilotis très courts. Une première grande crue, celle de 1855, avait affouillé, sans en entraîner la chute, les deux piles rive droite, dont, après la crue, les pilotis furent noyés dans un massif de béton pour toute la partie laissée à sec par Taffouillement; en outre une risberme en béton fut construite autour de toutes les piles.

Mais le lit trop large permettait aux eaux de changer de direction, ce qui donnait lieu à des courants obliques et à des vitesses très ditîérentes. Il en est résulté que pendant la crue de 4875 les eaux, au lieu de se porter comme en 1855 sur la rive droite, où la vitesse n'a atteint que 2 mètres par seconde, se sont rejetées très violemment vers la rive gauche avec des vitesses de 6 à 7 mètres et ont affouillé complètement les 2 piles de ce côté, qui sont tombées vers l'amont en entraînant la chute de 3 arches. Les fondations étaient évidemment insuffisantes, les pieux se trouvaient beaucoup trop courts et enfin les eaux n'étaient pas dirigées convenablement aux abords du pont. Cet ouvrage a été reconstruit depuis lors dans des conditions bien différentes, mais l'exemple de l'ancien pont est utile à citer, parce qu'il donne de nouvelles preuves de

la nécessilé des guideaux et de la prédominance des affouillements par l'amont.

poiit dei iniriiidcs. Enfin au pont des Invalides, à Paris, les plates-formes des piles n'avaient pas été placées assez bas ou bien les intervalles entre les pieux n'avaient pas été garnis d'une manière assez solide j de sorte que des mouvements ont eu lieu et que leurs effets, compliqués par les différences de pression des voûtes, ont nécessité en 1879 et 1880 la reconstruction de plusieurs arches.

Effet prownaot L'actiou dcs romblais sur les culées des ouvrages fondés sur pilotis se mani-

dela

pression des rcnibuis. festc dc doux manières :

D'une part, les maçonneries des culées sont nécessairement poussées par les remblais qui viennent s'appuyer sur elles et, si elles sont fondées sur des pieux élevés, si de plus le terrain offre peu de résistance latérale, les culées tendent à être renversées à l'intérieur dœ arches ou travées {21).

D'autre part, si le terrain

(îl) (M)

naturel, sur lequel s'appuient les remblais, est compressible, ceux-ci font refluer vers l'intérieur des arches une partie de ce terrain, qui exerce alors sur les pieux une action tendant à les déplacer par la base et en conséquence à renverser la culée vers le remblai {22). Ce second effet est beaucoup plus dangereux et plus difficile à combattre que le premier.

Enfin, dans les terrains tout à fait vaseux, les actions produites sont très

variables suivant la hauteur où agit la résultante, et un déplacement entier de

l'ouvrage peut même se produire si les poussées sur les deux culées ont des

intensités très différentes.

.Mais, en général, toutes les fois que les ouvrages peuvent être construits en

dehore du Ut d'un cours d'eau, soit sur une dérivation, soit sur un chemin, on peut, au moyen d'un remblai préalable, se mettre à l'abri des accidents que nous venons de signaler. En effet, si en pratiquant d'avance le remblai à remplacement de l'ouvrage, on a produit sur le terrain inférieur toute la compression qu'il aurait pu recevoir plus tard, les pieux, battus en partie dans le remblai déjà enfoncé, en partie dans le terrain inférieur comprimé, possèdent une grande fixité et n'ont pas à supporter plus tard les poussées latérales qui se seraient produites sans cette précaution.

Ce procédé très peu coûteux, car la partie des remblais qui reste au-desstis du sol est utilisée ultérieurement, a élé l'objet de nombreuses applications en Bretagne; il réussit parfaitement toutes les fois que le terrain inférieur prend avant la construction de l'ouvrage tout le tassement qu'il aurait seulement acquis plus tard. Ainsi, au pont sur le Brivct près Pontchàteau, le sol se composait d'une couche de tourbe de O-.SO recouvrant une épaisse couche de vase compacte s'étendant jusqu'au rocher, à 7 mètres environ au-dessous de la surface naturelle du terrain. Le remblai, dont la hauteur était de 4"". 60, a produit l'effet indiqué cidessus (35). La compression a donc

été forte, les pieux enfoncés dans un terrain ainsi comprimé sont restés parfaitement fixés et le succès du procédé s'est trouvé complet.

Au pont de la prairie Saint-Nicolas près Redon, le rocher n'était rencontré qu'à une profondeur beaucoup f^

plus grande, 10 ou 12 mètres au-dessous du sol naturel {2t).

Le terrain à traverser par les pieux se composait de vase compacte sur 2 mètres d'épaisseur, de vase molle sur

8 mètres, et enfin d'une couche inférieure de tourbe avec débris de bois. La pénétration du remblai a atteint 8 mètres environ et par suite le terrain infé-

rieur était extrêmement comprimé. Aussi la fondation a bien réussi ; cependant, par surcroît de précautions, on a conire-bulé les culées entre elles au moyen d'un radier en cbarpente.

Mais quelquefois les tassements du sol sous les remblais ne s'effectuent que lentement et d'une manière incomplète. Ainsi, à l'emplacement du pont sur rOust, qui a été établi dans une dérivation de cette rivière, mais pour lequel le chargement en remblais a été beaucoup retardé par des circonstances

défavorables, le tassement n'avait atteint que 5 mètres environ sur une épaisseur totale de 12 à 15 mètres et sous une charge de remblais de 4 mètres (25). Par suite le sol inférieur n'était pas suffisamment comprimé et il en est résulté que pendant le travail des fouilles à pratiquer jusqu'au niveau des plates-formes de fondation, le terrain, chassé par la pression des remblais voisins, remontait de telle sorte que souvent, après la nuit, on se trouvait avoir perdu tout l'effet du travail de la journée précédente et que les première pieux battus se sont trouvés déplacés. Peu à peu les remblais voisins se sont enfoncés jusqu'à 3 ou 4 mètres du rocher et ont pris ainsi une position stable ; mais on a néanmoins reconnu nécessaire de contrebuter les diverses parties de la fondation par un radier en charpente très solide (a») et (27). Cette charpente forme des cadres complels qui offrent dans tous les sens une grande résistance à la flexion, et cette disposition mérite d'être recommandée pour des circonstances analogues. Par excès de précautions on a fait remplir en béton les intervalles des bois, mais le châssis en charpente nous parait devoir suffire prescjue toujours. Le béton ne serait

utile en réalité que si les bois éprouvaient un retrait et laissaient ainsi quelque latitude aux mouvements, mais cet effet ne peut pas tendre à se produire lorsque les bois restent noyés.

En résumé, les accidents qui peuvent se produire dans une fondation sur aasscmem

des accidents

pilotis et dont nous venons de donner successivement plusieurs exemples, suivant lem- nature. peuvent être rapportés à 4 catégories :

1' Tassements verticaux provenant de ce que le battage est incomplet, ou de ce que les pieux sont trop chargés par rapport à la nature du sol inférieur ;

2"* Tassements ou déversements provenant de ce que les pieux ne sont pas suffisamment entom*és latéralement ;

5° Déplacements ou déversements provenant de la poussée des remblais ;

4'* Affouillements.

En ce qui concerne la première catégorie d'accidents, on peut être certain ^oî^»»^«"iîoycr d'éviter les tassements verticaux si Ton amène les pieux à reposer sur un sol ^'■^''^""* ^"^ accidents incompressible et à condition de s'être assuré, par des sondages préalables, que le banc sur lequel s'arrêtent les pieux a une épaisseur suffisante pour ne pas être brisé sous la charge de l'ouvrage. 11 faut se rendre exactement compte de la valeur de cette charge et employer un nombre de pieux suffisant pour qu'ils se trouvent dans les conditions de résistance précédemment indiquées.

Si le sol est compressible sur une épaisseur indéterminée, on ne peut pas avoir la certitude d'éviter tout tassement. Mais on peut en réduire beaucoup les éventualités en donnant un large empattement à la fondation, en ne faisant supporter aux pieux que de faibles charges et en les employant très longs afin d'augmenter autant que possible leur frottement latéral.

Au sujet des accidents de la deuxième catégorie on peut, pour empêcher la flexion ou le déversement des pieux, employer soit des enrochements, soit des remplissages en béton, soit des crèches basses comme au pont de Rouen. Il faut proportionner ces moyens aux défauts de résistance que présente latéralement le terrain, ainsi qu'à la largeur suivant laquelle lee pieux traversent des couches

peu solides : il faut d'ailleurs diminuer d'autant plus les charges que la tendance à la flexion se prononce davantage. Mais comme en général le terrain devient plus compact à une certaine profondeur, on peut considérer que les éventualités de flexion ou de déversement sont presque toujours annulées quand on fait les recépages A 6 ou 7 mètres de profondeur, comme en Hollande, et qu'on enchâsse ainsi les têtes des pieux dans des massifs de béton descendus très bas.

Pour les déplacements ou déversements provenant de la pression des remblais, le moyen le plus économique consiste à remblayer préalablement l'emplacement de l'ouvrage et à battre les pieux dans le terrain ainsi comprimé. Lorsque l'application de ce procédé n'est pas possible ou lorsque le tassement du sol est resté incomplet, il faut contre-buter fortement entre elles les différentes parties de la fondation, soit par des châssis en charpente, soit par des radiers en maçonnerie ou en béton. Ces moyens de contre-butement doivent être descendus assez bas pour que la résistance soit bien appliquée à la hauteur où agit la force qui tend à produire le déversement. Enfin lorsque les travées sont trop grandes ou que la rivière est trop profonde pour qu'on puisse employer des radiers, il faut éloigner autant que possible les remblais de la rive, en allongeant beaucoup les culées, ou même en les remplaçant sur une certaine longueur par de petits viaducs.

Au sujet des affouillements à redouter, il y a lieu d'employer les mêmes procédés que pour les autres genres de fondations, et parmi ces procédés, les plus efficaces sont les blocs descendus au pied des massifs, les crèches basses et enfin les plates-formes en fascines recouvertes d'enrochements.

On voit que, si les fondations sur pilotis présentent beaucoup de chances d*accidents, on dispose de moyens nombreux pour les combattre. Par conséquent, tout en étant porté à préférer en général d'autres moyens, il convient de ne pas renoncer à l'emploi des pilotis non seulement dans les circonstances où cet emploi est indispensable, mais encore dans celles où il peut, ainsi que cela arrive souvent, donner lieu à de notables économies.

hcui méiaiuques. L^ pîoux à vîs OU mêlai ont d'abord été employés principalement pour

rétablissement de signaux, de phares et d'estacades à la mer, dans des fonds sablonneux, mais plus tard on s'en est servi aussi pour fonder des viaducs métalliques, et ce mode d'application se répand beaucoup actuellement dans certains pays. Les pieux sont creux ou pleins et le métal employé consiste en fonte, en fer ou en acier, suivant les circonstances.

fO,30-^

'<- 0.90 -ï» k— Qf«--»)

Les croquis (28) indiquent les dimensions des pieux creux en fonte ordinairement employés. Les diamètres de ces pieux varient de 0".20 à O^.SO et ceux des vis qui les terminent sont de 0".60 à 0".90. Les hélices qui forment ces vis ,sont plus ou moins larges et plus ou moins allongées suivant la résistance du terrain. Lorsque l'enfoncement est facile, il est avantageux d'employer des hélices très larges, qui donnent plus d'assiette; lorsque au contraire l'enfoncement ne s'opère qu'avec difficulté, il faut diminuer la largeur de la vis et en allonger le pas, afin qu'elle pénètre mieux dans le terrain.

Les Anglais ont fait usage dans l'Inde, pour la fondation d'un viaduc, de pieux creux en fonte de très grandes dimensions (29). Les tiges étaient de véritables colonnes ayant 0".76 de diamètre; celui des vis était de 1".40 environ. Ces pieux s'enfoncent assez facilement dans le sable pur; mais quand le terrain est argileux ou mêlé de pierres, il faut beaucoup de force pour les faire pénétrer et ils se cassent fréquemment.

On a aussi employé en Angleterre des pieux creux en fonte, terminés non plus par des vis, mais par de simples patins. Les diamètres des tiges variaient de 0".25 à 0".50 et celui des patins de O^.Tô à 1 mètre (50). Pour les enfoncer, on introduisait dans l'intérieur du pieu un tuyau de 0".05 de diamètre qui dépassait d'environ 0".60 le dessous du patin ; puis on injectait dans ce

Pieux en fonte.

KgaSm^.^ ftm ^sj.

Pieux en fer

tuyau, à Taide d'une pompe foulante, un courant d'eau qui désagrégeait et refoulait le sable, de sorte que les pieux descendaient graduellement. Deux viaducs ont été fondés de cette manière à Level et à Kent.

On a également essayé d'enfoncer des pieux analogues en faisant le vide à l'intérieur; mais le résultat est douteux, parce que l'enfoncement peut se trouver trop promptement arrêté si le terrain devient compact.

Les pieux en fer sont beaucoup moins sujets à casser que

ceux en fonte, et par suite ils conviennent beaucoup mieux

pour les terrains formés d'argiles dures ou de gros graviers.

MM. Gouin et C'* en ont fait exécuter pour le service de la

marine dans Tlndoustan (si). La tige était pleine, avec un

diamètre de O^.IS et la largeur de la vis était de 0'".60,

On emploie actuellement en Cochinchine ce mode de

fondation pour un grand nombre d'ouvrages, car les pieux en bois n'auraient

qu'une très courte durée dans ce climat.

On en fait aussi un grand usage en Italie pour les fondations des ponts à établir sur des torrents dont le lit est formé de sable et de gravier plus ou moins mêlé de blocs. Les crues de ces torrents sont peu élevées, mais extrêmement fréquentes, et les courants sont tràs violents; de sorte qu'il est nécessaire de donner de larges débouchés et qu'il convient d'employer dans ce but des travées métalliques placées à de faibles hauteurs et reposant sur des supports offrant à l'action des eaux le moins d'obstacles possible. Un des premiers ponts établis dans

cet ordre d'idées paraît être celui con-

struit en 1873 sur la Stura près Turin, et qui se compose de 6 travées de irr.50 d'ouverture.

Sur le chemin de fer de Tarente à Reggio, en Calabre, on a terminé en 1874 un pont biais de 7 travées de 24 mètres d'axe en axe sur le Néto :

chaque palée est supportée par 8 pieux à vis, dont la tige a 0" .15 de diamètre

et la vis 0™.80 de largeur (52). L'hélice est plus allongée que dans l'exemple précédent.

Enfin on va construire sur la ligne de Rieti à Terni plusieurs ponts qui seront également fondés sur pieux à vis. Les vis pour lesquelles on utilisera les derniers perfeclionnements sanctionnés par l'expérience, seront du système Mitchell (33). L'hélice aura 0".80 de diamètre et ses ailes seront en acier.

Pour établir des fondations profondes dans des terrains vaseux peu perméables, présentant une certaine consistance et dans lesquels cependant il serait très difficile de pratiquer de grandes fouilles par épuisement, on se borne quelquefois à fonder des massifs d'une superficie restreinte que Ton réunit à la partie supérieure par de petites voûtes disposées de manière a former une plate-forme complète pour chaque pile ou chaque culée.

Les massifs partiels peuvent être établis, soit au moyen de puits blindés dans lesquels on ne construit les maçonneries qu'après Fachèvement des fouilles, soit à l'aide de blocs en maçonnerie commencés à la surface du sol et que l'on fait descendre ensuite graduellement en enlevant les déblais à travers un vide intérieur.

Le premier mode a été employé à Redon pour la fondation de la culée rive gauche du pont sur la Vilaine. Il fallait pour cette culée aller chercher le rocher jusqu'à 15 et 16 mètres de profondeur : la proximité de la rivière rendait impraticable la compression du sol à l'aide de remblais, et il était bien évident a prion qu'une fondation sur pilotis, faite sans cette précaution, aurait été poussée vers la rivière quand on serait venu appuyer des terrassements derrière la culée. 11 fallait donc employer un autre procédé et, comme le terrain était bien étanche, nous nous sommes décidés à pratiquer dans la vase six puits blindés

Fondations pai* puits blindés.

Pont sur la Vilaine, i Redon.

comme ceux qu'on emploie pour les souterrains, à établir dans ces puits de solides massifs en maçonnerie reposant sur le rocher et à relier ces massifs entre eux à leurs sommets par des voûtes, de manière à compléter ainsi la base nécessaire pour la culée et les murs en retour. Les croquis ci-après indiquent la disposition de ces puits pour une culée droite : ccUp de Redon présentait un biais sensible qui donnait lieu à une certaine complication. Pour exécuter les

puits et après avoir pratiqué d'abord une fouille de 3 mètres de profondeur pour l'ensemble de la culée, afin de diminuer d'autant la pression qui s'exercerait contre les parois des fondations proprement dites, on commençait par battre autour de chaque puits des pieux directeurs, espacés d'environ 1"'.20 d'axe en axe, et contre lesquels on appuyait un premier cadre horizontal de blindage solidement étrésiUonné (*) ; on opérait ensuite graduellement la fouille en maintenant les parois par des madriers glissés derrière le cadre et fortement coincés contre lui, puis à 4'".20 environ plus bas on plaçait un deuxième cadre et on arrivait ainsi sans difficulté jusqu'à 5 mètres en conlre-bas du fond de la fouille générale (8 mètres au-dessous du sol naturel). A partir de cette profondeur, la vase commençait à remonter sous l'action de la pression extérieure et, pour pouvoir continuer l'approfondissement, il devenait nécessaire de battre , à l'intérieur des cadres, une enceinte continue en palplanches. Lorsque ce battage était terminé, on continuait la fouille en ayant soin de maintenir l'écartement des parois en palplanches par des cadres horizontaux plus petits que les premiers et on arrivait ainsi jusqu'au rocher. Le bas des puits était ensuite rempli en béton très hydraulique et le reste en bonne maçonnerie. Ce procédé, dont les détails d'exécution ont été très bien combinés par M. l'Ingénieur Malibran, permettait de faire en 20 jours environ le travail

de battage et de fouille; puis le remplissage exigeait près de 13 jours, de sorte qu'en un mois de temps environ la fondation d'un massif était terminée.

La disposition qui consistait à diviser l'exécution de la fouille en deux parties où l'enceinte était formée de manières différentes, présentait un grand avantage, car si l'on avait voulu battre les palplanches à partir du terrain naturel, ces madriers de 12 à 15 mètres de longueur auraient évidemment flambé et éprouvé dans le battage de grandes déviations, tandis qu'en réduisant cette longueur à 6 ou 7 mètres, le battage était opéré très régulièrement.

Les vides entre les massifs étaient très faibles et les petites voûtes qui les reliaient n'avaient pas plus de 2". 50 de diamètre; mais malgré toute la résistance que présentaient à une poussée longitudinale, des murs en retour dont les maçonneries avaient dans ce sens une dimension de 15 mètres, des mouvements se sont produits sous l'action des remblais et les massifs se sont rapprochés de la rivière à leurs parties supérieures en pivotant autour des arêtes des fondations. Ces mouvements n'ont pas eu de suites graves, parce qu'ils ont eu

seulement pour conséquence de faire perdre à la culée le fruit qui lui avait été donné sur la face attenante à la rivière, mais ils ont prouvé que l'ensemble de la culée et des murs en retour n'avait pas assez de poids pour contre-balancer l'effet de la poussée des remblais. Il aurait donc fallu, après la construction des premiers massifs, creuser d'autres puits intermédiaires, dont l'exécution aurait été très facile, puisque les autres auraient servi de points d'appui : on aurait pu ainsi réunir entre eux les massifs sur toute leur hauteur et les pivotements, qui ont eu lieu autour des arêtes à la base, n'auraient plus été possibles.

Le procédé ainsi complété donnerait une sécurité complète et doit par suite être surtout considéré comme fournissant le moyen de pratiquer des fouilles blindées à des profondeurs beaucoup plus grandes que celles auxquelles s'appliquent les dispositions décrites au § l*' pour les fondations par épuisement dans les terrains vaseux.

Il peut être également très utile pour fonder, à de grandes profondeurs, des piles de viaduc pour lesquelles on n'aurait à craindre ni de trop fortes poussées de la part du terrain, ni des sources trop abondantes à la base.

Tiaducd'orraainefui. PouF fonder dans la travcrsée des Pyrénées une pile de viaduc sur le penchant incliné d'une montagne, à travei-s un sol très argileux dont l'épaisseur audessus du rocher atteignait 19 mètres, M. E. Gouin a eu recours à un puits blindé qui a été descendu jusqu'au rocher, ainsi que l'indiquent les croquis (s)

et (o). La plus grande dimension de ce puits correspondait à la largeur de la pile, et pour lui donner la longueur nécessaire, on a creusé à droite et à gauche une première galerie de 2".30 de hauteur aa, puis, après l'avoir remplie de maçonnerie, on a creusé et rempli successivement en maçonnerie d'autres galeries bb, ce, etc. , de manière à compléter graduellement le massif de fondation. Si, au lieu de procéder ainsi, on avait cherché à pratiquer la fouille à partir du sommet , on aurait déterminé sur le flanc de la montagne des glissements dont les conséquences auraient pu être très graves. La disposition adoptée a très bien réussi : quand le terrain est assez compact, elle doit être plus économique que celle employée à Redon, mais dans la vase proprement dite les galeries seraient d'une exécution plus difficile et remploi de plusieurs puits pour une même fondation parait préférable. En résumé, il existe là deux applications différentes d'un même principe entre lesquelles il faut choisir suivant les cas.

FondalioDs

par massifs descendant

praduellement.

Le second mode de fondation par massifs isolés est imité de ce qui se pratique souvent pour la construction des puits ordinaires, quand ils doivent être établis dans des terrains où une fouille ne pourrait pas être creusée sans danger : ainsi par exemple pour construire un puits dans le sable, ou dans tout autre terrain facile à déblayer et pour lequel les éboulements sont à craindre, on place sur la surface du sol un rouet en bois destiné à servir de base aux maçonneries de revêtement et on fait descendre ce rouet peu à peu en fouillant à l'intérieur pendant que l'on exhausse graduellement les maçonneries; il en résulte que quand le rouet arrive à la couche de terrain convenable pour la

destination du puits, le revêtement se trouve être terminé en même temps que la fouille.

Pour appliquer ce procédé aux fondations d'un bassin de radoub à Rochefort, on plaçait sur le sol un rouet en charpente de 2°. 90 de diamètre, reposant sur une armature en fonte dont le cercle extérieur formait tranchant et avec laquelle il était relié par des boulons; on y adaptait, tant à l'extérieur qu'à l'intérieur, 4 lignes de tirants verticaux, disposés à angles droits les uns par rapport aux autres, puis on construisait un premier anneau de maçonnerie sur 1 mètre de hauteur; on le recouvrait d'un rouet provisoire fortement serré à l'aide des tirants verticaux et l'on draguait intérieurement jusque sous le rouet à la base, de manière à faire descendre tout le système.

Lorsque le dessus des maçonneries était descendu au niveau du sol, on soulevait le rouet supérieur, on construisait un nouvel anneau de maçonnerie, on le reliait de même que précédemment avec la partie basse, puis on faisait descendre à son tour ce nouvel anneau jusqu'au niveau du sol et on continuait ainsi jusqu'à ce que le rouet inférieur fût arrivé sur le rocher. Le croquis (7) donne le détail de la partie basse d'un de ces puits. Après l'achèvement de la fouille, on enlevait les tirants verticaux et on les réemployait à d'autres puits.

Le terrain ainsi traversé à Rochefort consistait en une couche de sable vert très étanche et de consistance ferme ; les tirants servaient à empêcher la dislocation des maçonneries pendant la descente des puits; la marche des travaux a été très régulière et peu coûteuse.

Le même mode a été employé également à Roche- '"'

fort par M. Guillemain, alors Ingénieur ordinaire, pour les fondations de l'écluse du bassin à flot; seulement comme on avait, dans ce cas, à traverser des vases assez molles, on a formé le rouet inférieur d'une

caisse en tôle conformément au croquis (a). Les maçonneries étaient toujours soutenues par des tirants verticaux, seulement on n'employait pas de rouets

supérieurs et on se bornait à relier les tirants de distance en distance par des boulons transversaux.

Comme les vases étaient très molles, il a été nécessaire de se servir de pieux d'échafaudages pour guider les maçonneries pendant leur descente et souvent avoir recours à des chargements pour régulariser renfoncement et maintenir vertical l'axe du puits. Quelquefois le rocher à la base s'est trouvé très incliné et on a alors été obligé de faire reposer le rouet en tôle sur des cales en bois et de reprendre les maçonneries en sous-œuvre. Les maçonneries étaient construites avec mortier hydraulique et l'intérieur des puits a été rempli de béton à la partie basse et de maçonneries au-dessus.

L'expérience a inonlré que les puits de 4 mètres de diamètre devaient être préférés à ceux de 3 mètres, parce que la facilité et la rapidité de l'exécution étaient beaucoup plus grandes.

jciées ù si-siMire. Lbs jetées à l'entrée du bassin à flot de Saint-Nazaire ont été fondées en 1 857 par le même procédé, seulement les puits étaient de forme carrée, avaient jgj à la base 6 mètres de côté, étaient espacés

de T.50 d'axe en axe et les maçonneries, beaucoup plus épaisses qu'à Rochefort, se rapprochaient à l'intérieur de manière à lais^ ser seulement une cheminée verticale de 0-.80 de laideur fs). Les vases étaient étanches, mais très molles, et de grandes précautions ont été nécessaires pour empêcher les puits de se déverser et pour les reprises en sous-œuvre sur le rocher incliné. L'intérieur des puits a été rempli en maçonnerie et on les a réunis entre eux par de petites voûtes supportant des maçonneries construites à l'abri de vannages appuyés sur les massifs principaux, ainsi que le montre le croquis.

11 faut, dans des vases molles comme celles de Saint-Nazaire, éviter d'attaquer les massifs consécutivement, parce que le travail de la fouille attire le massif

déjà construit vers celui qui est eh construction ; il faut donc les attaquer à une certaine dislance les uns des autres et ensuite remplir graduellement les intervalles.

ca7/ •

Pour construire, également en 1857, la grande forme de radoub du port de Lorient, on a été obligé de se défendre contre les marées par un batardeau en maçonnerie qui a été formé d'une série de massifs indépendants, reliés plus tard ensemble par des murs.

Les puits employés pour la fondation des massifs avaient 4'".80 de côté ; l'épaisseur des maçonneries était de r'.20, de sorte que le vide intérieur avait 2".40 de côté. Les maçonneries étaient construites sur une plate-forme en charpente, formée de deux rangs croisés de madriers ayant ensemble 0'".20 d'épaisseur. La hauteur des puits a varié de 6".09 à 8".25.

Les vases étaient très imperméables, mais les puits étaient remplis à chaque marée et, pom* les vider rapidement, il fallait employer des pompes puissantes.

Le batardeau ainsi construit présentait une longueur d'environ 100 mètres, dont 72 étaient formés par les massifs des puits : les intervalles étaient remplis par des murs de l^'.SS fondés dans des enceintes en madriers qui s'appuyaient sur les maçonneries des massifs. Ce travail a été construit sous la direction de M. Chatoney, actuellement Inspecteur général et président du Conseil des ponts et chaussées.

Fonne de radoub à Lorient.

La passerelle du port militaire à Lorient a été également fondée, ainsi que les quais aux abords, par le moyen de massifs isolés, reposant sur le rocher schisteux à 15 ou 18 mètres au-dessous des hautes mers. Ainsi le quai de la rive gauche a été formé de massifs de 6 mètres de longueur sur 3 mètres de largeur, distants de 9 mètres d'axe en axe et supportant des voûtes de 6 mètres d'ouverture sur lesquelles repose le mur du quai. Le cadre en charpente sur lequel on construisait les maçonneries, avait une surface supérieure horizontale, mais la partie infériem^e en était formée par des plans inclinés à 45% comme l'indique le

Passerelle & Lorient.

croquis (ii). Les piles de la passerelle reposent chacune sur un seul massif dont le plan est donné pour une d'elles par le croquis (la). Les vases étaient très molles, de sorte que 4'on était obligé de prendre de grandes précautions pour combattre la tendance au déversement. On y parvenait soit en surchargeant l'un des côtés des maçonneries, soit en activant dans la même j direction le travail des déblais, soit en in-

I (") troduisant des madriers horizontaux sous l'arête du

; cadre du côté oîi il fallait modérer le tassement.

[ Pour relier les maçonneries au rocher, qui avait en

[ général une pente notable vers la rivière, on arrêtait

la descente, lorsque le tranchant du cadre était environ à 1 mètre au-dessus du rocher, et comme alors on arrivait à une couche caillouteuse par laquelle l'eau sourçait en abondance, on a été obligé de battre autour du puits une enceinte en pieux jointifs à l'intérieur de laquelle on a pu, à l'aide d'épuisements, enlever les plans inclinés des cadres et reprendre en sous-œuvre les maçonneries jusqu'au rocher. La grande fluidité des vases et l'inclinaison du sol inférieur ont rendu très difficile l'exécution du travail.

Basein à flot MM. Ics lugénicurs Joly et Regnault ont fait à Bordeaux, il y a quelques années,

de Bordetui.

pour les écluses et les murs de quai du bassin à flot, une très grande application du mode de fondation sur massifs isolés descendant graduellement. Us ont employé dans ces travaux des blocs en maçonnerie de grandes dimensions, et comme ils opéraient dans un terrain de vase argileuse compacte recouvrant un banc de sable et gravier aquifères, la descente des blocs était moins difficile à régler que dans des terrains manquant de consistance ; mais d'un autre côté les épuisements ont été considérables.

Pour les écluses on a employé des massifs dont les longueurs variaient de 6 à 55 mètres, tandis que la largeur était uniformément de 6 mètres et la hauteur

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