PROPRIÉTÉS DES EAUX
$ L Eaux DE RIVIÈRE.
L'eau est plus indispensable à la végétation que la terre même (1), puisqu'on fait croître dans ce fluide sans mélange des végétaux de toutes les espèces. Aucun d'eux ne peut se passer d’eau, soit à l'état liquide, soit sous forme de vapeurs répandues dans l’atmosphère.
Plusieurs plantes végètent sous les eaux; entierement submergées, elles ne tiennent à la terre que par des racines, qui semblent leur être don-
nées plutôt pour les fixer à une place que pour les nourrir.
(1) Foyez le \ IT du chapitre 1°. de la II°. part. du Cours.
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D’autres végètent à la surface des eaux, y poussent leurs racines, voyagent ou séjournent avec elles. Enfin il en est dont les racines croissent sous les eaux, et dont les tiges s’élévent jusqu'à la surface de ce liquide pour y développer leur feuillage et effectuer leur fructification.
L’eau douce n’est pas la seule qui soit habitée par des plantes; il s'en trouve aussi dans les eaux salées de la mer, et enfin on en rencontre dans les eaux froides et dans les eaux chaudes. Cependant toutes les modifications de leau ne sont pas également propres aux cultures des végétaux terrestres ; 1l en est de plus salubres les unes que les autres, et c'est ce que je chercheraï à développer dans les divers paragraphes de cette section.
Les eaux de rivières qui ont circulé pendant long-temps à lair libre, qui cuisent bien les légumes et dissolvent facilement le savon, sont réputées les meilleures pour toutes les espèces d'arrosemens. Toutes les eaux de sources, de fontaines, de puits, de mares, etc., qui partagent ces propriétés, sont également bonnes, à quelques faibles différences près.
S IT. Eaux SÉLÉNITEUSES.
Les eaux qui tiennent des sulfates calcaires (de la sélénite) en dissolution sont nuisibles aux à 19
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végétaux et particulièrement aux végétaux vivaces d’une longue existence.
Ces eaux, en passant à travers la couche de terre qu'elles arrosent habituellement, déposent sur les racines des végétaux une partie de la sélénite qu’elles contiennent. Cette substance pierreuse, tenue dans une extrême division , bouche insensiblement les pores et les suçoirs des racines, et en obstrue enfin totalement les canaux séveux.
Les plantes arrosées avec cette eau malfaisante poussent d’abord faiblement ; leurs feuilles diminuent d’étendue, elles jaunissent ; les jeunes rameaux se dessèchent , et les tiges entières meurent insensiblement.
Pour arrêter le mal avant le dernier période de la maladie il n’est qu’un moyen. Il faut déplanter les végétaux qui en sont affectés, les dépouiller de la terre qui entoure leurs racines, et mettre tremper ces racines Jusqu'à leur co let dans un bain disposé pour les recevoir. Ce bain doit ètre composé d'environ trois hectolitres (un muid) d’eau de rivière, de deux seaux de bouse de vache fraiche, d’un séau dé fumier de volaille et d’un quatrième de terre franche limoneuse : toutes ces substances doivent être délayées ensemble et remuées souvent.
On peut laisser tremper les racines des arbres,
Léa.
DES ARROSEMENS. 291 malades dans ce mélange pendant deux et trois jours sans inconvénient, après quoi on taille jusqu’au vif les branches mortes ou mourantes; on rafraichit les racines, en supprimant tout ce qui est mort ou languissant ; enfin on les plante dans une terre substantielle propre à leur nature, et si ce sont des plantes de climats chauds, on les place sur une couche au degré de chaleur qui leur est convenable. Dans tous les cas, il est bon de les ombrager pendant leur reprise. Quant aux plantes annuelles, comme elles n’ont qu’une existence de courte durée, et que d’ailleurs elles tirent par leurs feuilles la plus grande partie de leur nourriture, les arrosemens qu'on leur donne avec des eaux séléniteuses n'ont pas un grand inconvénient. Presque tous les puits de Paris qui se trouvent sur la rive gauche de la Seine contiennent beaucoup de sulfate de chaux, et les nombreux jardins légumiers qui sont situés dans cette partie de la ville ne sont pas arrosés par d'autres eaux. Les légumes ne paraissent pas en souffrir beaucoup. Il est vrai que la grande quantité de fumier et de terreau dont le sol de ces jardins est presque formé peut corriger la mauvaise qualité des eaux.
Lorsqu'on est réduit à ne pouvoir employer, pour les arrosemens d’arbrisseaux étrangers délicats, d'autres eaux que celles-ci, on en corrige
un peu la malfaisance en les laissant exposées à l’air libre dans un bassin, au fond duquel on a jeté quelques brouettées de fumier de vache nouveau. En renouvelant ce fumier tous les mois, et en laissant déposer les eaux pendant vingtquatre heures à l'exposition du soleil, avant de s’en servir, on parvient à leur enlever, du moins en partie, leur qualité nuisible. Les jardiniers appellent assez généralement l’eau séléniteuse eau crue, attribuant sa propriété malfaisante à sa fraicheur, plus grande en effet que celle de l'eau de rivière. Mais si elle n'avait que ce défaut il serait aisé de le corriger, puisqu'l ne s'agirait que de la soumettre quelque temps aux influences de l’atmosphere, pour qu’elle en prit à-peu-près la température.
S III, Eaux sALINES.
Les eaux qui contiennent du sel en dissolution sont en général plus ou moins nuisibles à la végétation de la plupart des plantes répandues sur la surface de la terre. Les plantes marines et celles qui croissent sur les bords de la mer sont à - peu- près les seules qui puissent vivre dans les eaux salées ou en être habituellement arrosées.
Les plantations d'arbres d'espèces vigoureuses et rustiques qui avoisinent les rives de la Médi-
DES ARROSEMENS. 295 terranée, paraissent taillées comme avec un croissant par les eaux salines enlevées par les vents. Si quelques circonstances particulières font qu'un végétal terrestre soit baigné par de l’eau de mer, ses feuilles sont corrodées et tombent en peu de temps; ses tiges même sont oblitérées, et après avoir langui pendant quelques mois il finit par mourir. Dans les voyages sur mer, non-seulement il faut arroser les plantes avec de l’eau douce; mais il faut encore , comme j'ai eu occasion de le dire ailleurs, prendre beaucoup de précautions pour que l’eau salée ne tombe sur aucune de leurs parties.
Cependant, lorsque l’eau ne contient qu’une petite quantité de sel marin, elle peut être employée avec succès à quelques genres de culture: des expériences paraissent démontrer que dans ce cas elle est propre aux prairies; qu’elle accélère la végétation des plantes dont elles sont composées ; que le fourrage qu’elles produisent est de meilleure qualité, et que les animaux qui en vivent ont ja chair plus délicate et plus savoureuse. On n'est pas d'accord sur la quantité de sel que doit contenir l’eau pour convenir parfaitement à l’arrosement des prairies : les uns pensent que cinq kilogrammes de sel par trois hectolitres (dix livres par muid ) sont suffisans ; tandis que d’autres croient qu'on peut porter
cette quantité jusqu’à douze kilogrammes (vingt quatre livres).
On n'est pas plus d'accord sur la nature de terrain auquel ces arrosemens doivent être plus particulièrement affectés ; ils peuvent cependant agir fort différemment, en raison de la qualité du sol, et cette donnée nous manque : heureusement elle n’est pas essentielle aux progrès de l’agriculture.