IV. EAUX MINÉRALES
Sous cette dénomination sont comprises toutes les eaux qui, traversant des gites de différens métaux, s'imprègnent de leurs parties métalliques oxidées et les charrient avec elles. Toutes ces eaux sont nuisibles à la végétation ; mais il en est de moins dangereuses les unes que les autres.
Les eaux ferrugineuses ne sont malfaisantes qu'autant qu’elles sont surchargées d’oxide de fer ; lorsqu'elles n’en contiennent qu'une petite quantité , au lieu d’être nuisibles elles sont favorables à la végétation.
Mais les eaux qui contiennent les oxides des autres métaux, et particulièrement ceux de plomb et de cuivre, sont dangereuses et même mortelles pour presque tous les végétaux.
DES ARROSEMENS. 209 S V. Eaux BOURBEUSES.
Quant aux eaux qui tiennent en suspension des parties terreuses ou animales, comme des limons et des sucs de fumiers, elles sont très-favorables à la végétation; mais il convient de les administrer avecintelligence.Ceseaux bourbeuses, répandues sur les feuilles et les tiges des végétaux, bouchent leurs pores absorbans ou sécrétoires , les empéchent de pomper dans l'atmosphère les gaz et les fluides qui leur sont nécessaires, en même temps qu'ils les privent de la faculté de se débarrasser des sucs surabondans que les végétaux renferment.
Les feuilles des plantes couvertes par des sédimens de cette nature sont bientôt affectées d'une maladie que les agriculteurs ont nommée la rouille. Elle se fait reconnaître aux taches de couleur d’ocre qui sont dispersées sur les feuilles et sur les tiges des plantes annuelles. Son effet est de faire périr ces mêmes feuilles, et de priver, par ce moyen, les plantes d’un organe qui est tres-utile à leur existence.
Le remède à cette maladie, qui n’affecte guère que les prairies inondées intempestivement, c’est de faucher les plantes le plus près de terre possible. Les racines des herbages , imbibées par les eaux de l’inondation, qui est le plus ordinairement suivie de chaleurs (puisque c'est par des
orages que sont occasionnées ces crues d’eau ), ne tardent pas à repousser : leur végétation est d'autant plus active que le sol a été couvert d’une plus grande quantité d’humus. Si on laisse sur pied les fanages oblitérés et mourans , ils ne profitent plus, ils cessent de renvoyer à leurs racines les alimens qu'ils tirent de l'atmosphère; ils dépérissent et la prairie se détériore; de plus, le foin qui provient du fauchage de ces plantes viciées est malsain pour les bestiaux, auxquels il donne des maladies qui deviennent souvent contagieuses
Mais lorsqu'on répand sur la surface de la terre les eaux imprégnées d’une grande quantité de limon, et qu’elles y séjournent assez de temps pour l'y laisser déposer, il en résulte un grand avantage pour la fécondité du sol. C'est à des débordemens périodiques de cette nature qu'est due la grande fertilité de l'Égypte et de tous les terrains inondés par de grands fleuves; ils apportent avec eux, des contrées les plus éloignées, des sédimens terreux pleins de matières végétales et animales, propres à exciter les végétations les plus vigoureuses, les plus rapides et les plus productive ;.
$ VI. Eaux coMPosÉss.
Dans les jardins, on compose des bouillons
DES ARROSEMENS. 2097 poür les arbres malades et pour ceux dont on veut hâter la floraison. Ces bouillons ne sont autre chose que des eaux bourbeuses imprégnées de différentes substances végétales et animales. Ceux qu'on destine aux arbres qui ont la jaunisse , qui croissent faiblement et dont les Jeunes pousses périssent, sont faits avec du jus de fumier d'animaux de basse-cour. Dans un tonneau défoncé et rempli d’eau aux deux tiers, on met un sixieme de bouse de vache fraiche, un douzième de fumier de mouton et un douzième d’urine de bestiaux. Ces substances doivent être bien mélangées, et séjourner dans le tonneau , en plein soleil, pendant huit ou dix jours.
Lorsqu'on veut administrer le remède, on déchausse la surface des racines de l'arbre malade; on les arrose d’un seau ou deux, suivant la grosseur de l'individu, avec l’eau tirée du tonneau après qu'elle a été bien agitée. Cet arrosesement, qui doit avoir lieu vers le milieu du jour , à l'heure la plus chaude, sera répété trois ou quatre fois de deux en deux jours: à la dernière fois on étend sur les racines le résidu qui se trouve au fond du tonneau, et on les rechausse avec la terre qui les couvrait précédemment.
Le bouillon qu'on emploi : pour hâter la floraison des orangers ne diffère de celui-ci qu’en ce qu’à la place d'un douzième d'urine de bes-
üaux on met une égale quantité de poudrette bien consommée.
Il ne faut pas faire usage de ce remède pour des arbres qui sont en bonne santé; car en activant encore leur végétation on les épuiserait, et on leur occasionnerait une maladie dangereuse.