CHAPITRE IX
La bouture est une partie de végétal, qui, séparée de l’individu complet auquel elle doit l'existence, manque d’un des organes essentiels au maintien de la vie, de racines ou de bourgeons.
Elle diffère de la marcotte en ce que celle-ci tient à son pied, et n’en est séparée que lorsqu’elle est pourvue de tous les organes nécessaires pour vivre de ses propres moyens.
La voie de multiplication par boutures doit avoir été employée très-peu de temps apres celle des semences. En effet, des branches vertes coupées et mises en terre pour servir de pieux, de barrières, de haies, etc., ayant repris racine et poussé des bourgeons, ont dü faire connaître de très-bonne heure la faculté qu'ont les arbres de se propager de boutures.
Quoi qu'il en soit, ce moyen de propagation est fondé sur la physiologie végétale. L’observation que l’on a faite de ses lois a constaté que les écorces des végétaux renfermaient des glandes destinées par la nature à former, les unes des racines , les autres des bourgeons, et que ces parties se développaient lorsqu'elles étaient placées
dans les circonstances les plus favorables pour cela.
La voie de multiplication par boutures est la plus facile et la plus expéditive, en général, pour tous les végétaux dont les glandes corticales sont très-apparentes ; mais elle est moins sûre pour les autres que celle du marcottage.
On l’emploie avec avantage pour multiplier des séries de végétaux de familles , de genres, d’espèces et de variétés qui ne se propagent ni aussi aisément, n1 aussi promptement par le moyen des marcottes et des greffes. Elle partage avec ces deux derniers moyens la faculté de conserver et de multiplier des variétés, sous-variétés etraces qui ne pourraient se propager de semis, soit parce qu’elles ne donnent pas de graines, comme la plupart de celles qui ont les fleurs plemes, soit parce que leurs graines donnent des individus qui , rentrant dans leurs espèces originelles, sont dépourvus, par rapport à nous, des qualités qu'ils avaient acquises par la culture, dans l'état de domesticité.
Les boutures n’ont pas plus que les marcottes et les greffes, la propriété qui n'appartient qu'aux semis de faire naître des végétaux, ou de produire des variétés nouvelles; celles qu'elles propagent vivent en général moins long-temps, sont moins élevées, et ont un port moins caractérisé
DES BOUTURES. 491 que les individus régénérés par les semences. Il arrive souvent que la multiplication par boutures, continuée pendant une longue suite de générations sur la même espèce, diminue enfin les facultés génératrices des individus; que beaucoup de leurs graines avortent , et que plusieurs de ces individus finissent par n’en plus produire de fertiles.
Nous diviserons les boutures en deux sections, en raison de ce qu'on les opère avec les parties descendantes ou souterraines, ascendantes ou aériennes des végétaux. |
PREMIÈRE SECTION