BOUTURES AU MOYEN DES PARTIES DESCEND ANTES
Elles s'effectuent avec les parties des végétaux qui se trouvent erdinairement cachées sous terre.
Le but de l'opération est de faire pousser des bourgeons à ces parties qui en sont dépourvues, à l'effet d’en obtenir des êtres complets.
Ce moyen est pratiqué en grand dans les campagnes pour multiplier des plantes qui servent à la nourriture des hommes, ou qui sont employées dans les arts. On s’en sert dans les pépinieres pour la propagation d’un grand nombre d'arbres exotiques, et dans les jardins pour celle de beaucoup d'arbustes et de plantes étrangères.
ExemPLe [%.-— Boutures par racines.
On emploie pour faire des boutures des racines de la grosseur d’une plume à celle du pouce, et souvent davantage, qu’elles soient ou non garnies de chevelu.
On les lève dans toute leur longueur au premier printemps , et on les coupe près de la souche des individus qui les ont produites.
On les sépare en tronçons de huit à vingt-cinq centimètres {trois à neuf pouces) de long; enfin on les plante en terre douce, d’une nature convenable à chaque espèce, les unes en pleine terre, si elles appartiennent à des végétaux de plein air, les autres en pots, si ce sont des plantes de serre. Dans l’un et l’autre cas, il faut que le gros bout de la racine soit élevé d'environ deux millimetres (une ligne) au-dessus du sol.
Les pots doivent être placés sur une couche tiède, pour activer la végétation des racines qu'ils contiennent.
Les boutures faites en pleine terre n’exigent d'autres soins que la culture d'usage pour toutes Jes plantes rustiques ; c’est-à-dire , des labours, des sarclages, des binages et des arrosemens au besoin.
Parfois ces racines poussent, dès la première année, des bourgeons qui s'élèvent à plusieurs
DES BOUTURES. 493 décimètres ; d’autres fois , au contraire, elles res= tent dans l’inaction pendant un an ou deux.
Cette espèce de bouture est employée en grand dans les campagnes pour multiplier la garance, la réglisse et autres plantes vivaces à tige herbacée. Dans les pépinières d'arbres étrangers, on la pratique pour la propagation des aylantes du Japon, des bonducs du Canada, des zanthoxylum à feuilles de frêne , des sumacs et de beaucoup d’autres arbres de pleineterre, de la famille des térébinthes et des figuiers. Dans les jardins, on multiplie de cette manière les pelargonium, des mimosa et d’autres arbustes dont les rameaux se refusent à reprendre par les autres modes de boutures.
ExemPLe Il. — Boutures par drageons.
À défaut d’autres moyens, ou pour multiplier certaines espèces de végétaux, on se sert des drageons sans racines qui poussent en terre de la souche de plusieurs espèces d’arbrisseaux, sousarbrisseaux et arbustes , pour faire des boutures. On les coupe tout près des racines des individus qui les produisent , et on les plante verticalement dans une terre meuble et substantielle. Si l’on a la précaution , en coupant ces drageons, d’enlever un peu de la racine principale, de manière à former un talon, ils poussent bientôt des bour-
geons , S'enracinent très-promptement, et forment de nouveaux pieds. |
Des philadelphus, des jasmins, des lilas, des viornes, des vitex et autres végétaux se multiplient facilement par ce procédé dans les pépinieres et les jardins fleuristes de Paris.
Lorsque les drageons ont pris racine avant d’être séparés de leur mere, ce sont des marcottes et non des boutures.
Exempre IIl.— Aoutures par œilletons.
Plusieurs plantes vivaces poussent sous terre des bourgeons qu'on nomme vulgairement oœæilletons, et dont on se sert souvent pour multiplier ces végétaux, dont la plupart ne donnent point de bonnes semences. Il suffit de les couper avec une petite portion de la grosse racine qui leur a donné naissance, de les laisser à l'air libre pendant quelques heures pour que les plaies se cicatrisent , et de les planter dans une terre plus sèche aw’humide. Si l’on active leur végétation par une douce chaleur souterrraine, leur reprise en sera plus assurée et plus rapide.
Dans les jardins de botanique, on multiplie de cette manière les pitcairnia, les bromelia, les ombellifères vivaces , quelques légumineuses de
la même nature , et autres plantes à racines boiseuses.
ExembLe IV.-— Boutures par éclats.
Des éclats de racines sans chevelu , maïs offrant un ou deux yeux, séparés de leur souche, fendus en plusieurs parties, un peu avant l’ascension de la sève, et plantés dans une terre douce presque sèche, poussent très-souvent des racines, des bourgeons, et produisent de nouveaux individus.
C’est ainsi que, dans la plupart des jardins de botanique de l'Europe, on multiplie plusieurs rhubarbes, des rumex, des cachrys, des laserpitium, et autres grosses plantes vivaces à racines boiseuses.
ExempPLe V.— FSoutures de tubercules.
On donne le nom de tubercules à des corps charnus qui croissent sous terre, et qui donnent naissance à des racines et à du chevelu annuel, comme les tiges des plantes auxquelles ils appartiennent. :
Nous ne parlerons dans cet article que des espèces vivaces de cette série, qui sont employées dans l’économie rurale et domestique.
Ce sont les pommes de terre (solanum tuberosurn ), le topinambour (helianthus tuberosus), la gesse tubéreuse (lathyrus tuberosus), la terrenoix (bunium bulbocastanum) pour la partie septentrionale de l'Europe.
LE
Pour la partie méridionale, les batates ( convolvulus batatas), les ignames (dioscorea sativa), le souchet tubéreux (cyperus æsculentus) , la colocase ( arum colocasia ).
Dans la zone torride et sous les tropiques , on cultive le manioc (Jatropha manihot), le choucaraïbe (caladium sagittæfolium, VentrnaT), le chou-caraïbe violet (caladium violaceum, VENT .).
On pourrait ajouter à cette liste un assez grand nombre de plantes dont les racines tubéreuses font partie de la nourriture de plusieurs peuples étrangers , et qui pourraient croître dans diverses parties du territoire français.
De toutes les récoltes, celles des racines tubé- ‘ reuses sont les plus abondantes en substance nourrissante pour les animaux et pour les hommes ; les plus sûres, parce que venant sous terre, elles sont à l'abri des vents, des pluies, des orages et des gréles; le moins susceptibles d'acaparemens, puisqu'on ne peut les emmagasiner pour plus d’une année.
Je vais donner des notions succinctes sur la manière de multiplier ces plantes de bouture.
La pomme de terre aime un terrain meuble, profond, amendé et fumé ; elle craint l'humidité trop abondante , l'extrême sécheresse et les froids rigoureux.
Sous les zones tempérées, on la plante au
DES BOUTURES. | 497 printemps, quand les petites gelées ne sont plus à craindre. Dans le midi de la France et de l’Europe, lorsque les terres, un peu humides, sont arrosées fréquemment par les pluies d’été et d’automne, on choisit lemois de juillet, après l’époque de la récolte des céréales,
On emploie la charrue , la houe, la binette et la bêche pour ia plantation de ces tubercules, selon les localités et l’étendue des cultures.
Elles se plantent par rayons ou par touffes, qu’on espace de 0,108 à 0”,650 (quatre pouces à deux pieds) , et qu’on butte à plusieurs reprises.
J'ai donné, PL 49, fig. 7, la figure d’une espèce de cuiller inventée par sir John Sain- Clair pour œilletonner ces tubercules et économiser la plus grande partie de leur substance nutritive. Avec cet instrument, on enleve une à une toutes les parties de la pomme de terre qui sont munies d'un œil (voy. même pl, fig. 7,A etB), et par conséquent en état de se reproduire. Ce moyen produit, à la vérité, des tubercules ordinairement moins volumineux; mais il peut être employé avec de tres-grands avantages dans les temps de disette.
Le topinambour est une plante vivace, originaire du Brésil, acclimatée en Europe depuis trois siècles. Elle supporte en pleine terre des gelées de quinze degrés et plus.