CLÔTURES
on ne doit pas faire usage en rase campagne, parce que le gibier mange son écorce pendant l'hiver; le prunier de Virginie ( prunus cerasifera), également remarquable par sa belle verdure , ses jolies fleurs, et ses fruits d’un beau rouge; le sorbier des oiseleurs (sorbus aucuparia ), etc., etc.
$ V. Haïes FRUITIÈRES.
Sous ce nom sont rénnies les clôtures formées d'arbres et d’'arbustes dont les fruits sont bons à manger ou utiles dans les arts.
On peut employer à cet usage le cornouiller ( cornus mascula), dont les fleurs printamiéres sont recherchées des abeilles, et dont les fruits, d’un beau rouge, sont mangeables. Son bois, dur et flexible, est d’ailleurs employé dans les arts, et il se maintient facilement garni dans toute sa hauteur; le groscillier à grappes (ribes rubrum ), peu propre à servir de défense, mais qui se couvre abondamment de fruits si lon a la précaution de le tailler à la serpette; le mürier blanc (morus alba), dont les feuilles, les fruits et le bois peuvent être utilisés ; le néflier, le coignassier, le noisetier , l’'amandier, le prunier de mirabelle, et enfin beaucoup d’autres arbres ou arbustes susceptibles de supporter la tonture. On doit, en général, préférer ceux dont les
feuilles sont petites, parce qu'elles sont moins lacérées par les ciseaux.
$ VI. HaïEs À FOURRAGES.
Quoique presque toutes les tontures d'arbres et d’arbustes divers, privés d’épines ou d’aiguillons , puissent être mangées par les bestiaux comme fourrages verts, certaines espèces sont, : sous ce rapport, préférables aux autres : tels sont l’orme champêtre à petites feuilles ( w/mus campestris tenuifolia ), le genêt d’Espagne ( spartium junceum , le baguenaudier ordinaire ( colutea arborescens), le robinier de Sibérie ( robinia caragana ), la luzerne en arbre ( medicago arborea ). Tous ces végétaux peuvent, sans inconvénient, être tondus dans le plein de leur sève au moins deux fois par an, pour servir de
nourriture au bétail.
$ VII. Haies DÉFENSIVES.
Ce nom indique assez qu’elles sont destinées à défendre les propriétés rurales ; on doit choisir, pour les former, les arbres ou arbustes indigenes les plus communs, qui croissent vite et n'ont besoin d’être tondus qu’une fois chaque hiver ; ils doivent croître serrés , de maniére à ne laisser aucun vide, ou bien étre garnis d’épines assez
CLÔTURES. 53 fortes et assez nombreuses pour repousser les animaux ou les maraudeurs.
Parmi les haies simples, nous avons déjà vu précédemment plusieurs éxemples de celles-ci. Je regarde comme inutile de les rappeler. Chacun pourra, selon les circonstances, choisir les espèces les plus propres à croître vigoureusement dans les terrains à enclore.
$ VIIL. HAïES - MURAILLES.
Ces clôtures, peu connues en Europe (1), offrent cependant divers buts d'utilité et d’agrément; mais elles ne s’établissent pas en un an, ainsi qu’on va le voir par le court exposé que je vais donner de leur construction.
Elle consiste, 1°. à faire une rigole ou petit fossé, coupé à pic des deux côtés dans toute la largeur qu'on veut donner à la haie : cette rigole, dont la /£g. 1, PI. 41, fait voir la coupe a, le plan dans la longueur à, et le plan dans la largeur c, doit avoir trois décimètres. (à-peuprès onze pouces) de largeur sur quatre (un pied deux pouces quelques lignes) de profondeur environ ; 2°. à border les parois de la tranchée avec
(x) Des haïes semblables ont été élevées par Fusée Aublet, à l’Ile-de-France, pour clore, vers la fin du siècle dernier, le jardin de la Compagnie des Indes, dont il était directeur.
de jeunes plants enracinés d’arbrisseaux et arbustes qui reprennent aisément de marcottes , et soient rapprochés les uns des autres d'environ sept centimètres (deux pouces sept lignes); 30. à remplir le fossé avec de la terre meuble, riche en humus , à la tasser également dans toute l’étendue de la plantation ; 4°. à rabattre enfin le jeune plant à deux yeux au-dessus du niveau de la terre. Voilà pour la première année de plantation.
La deuxième année, au printemps, on choisit des plaques de gazon d’une largeur déterminée par l'intervalle qui se trouve entre les deux lignes de plants. Ces plaques, d’une terre argileuse, forte, sans pierres, et bien garnies d’herbes, avec partie de leurs racines , doivent être de l’épaisseur d'environ cinq centimètres (un pouce dix lignes). On en place deux rangées lune sur l’autre entre les jeunes plants et dans toute la longueur de la haie. Silesramilles qu'ont poussées lés arbustes l'année précédente sont assez longues , on les couche sur le gazon, qui a été tondu et couvert d’un doigt de terre meuble et forte, de manière que les rameaux de la ligne gauche passent sur Îa ligne droite, et ceux de la ligne droite sur la ligne gauche. On les dispose à des distances à-peu-près égales, et on les assujettit en place au moyen de deux nouvelles plaques
CLÔTURES. 55 de gazon posées comme celles des rangs inférieurs, et parfaitement d’aplomb des deux côtés; on coupe ensuite à un ou deux yeux les ramilles qui sortent de chaque côté de la haie.
Au mois d'août suivant, si les bourgeons de la première pousse sont assez longs pour traverser de nouveau la haie, on les croise comme les premiers; ou les couvre d’une ou deux nouvelles rangées de plaques de gazon disposées comme les précédentes , et l’on taille à un ou deux yeux les ramilles qui sortent des deux côtés. On continue les mêmes opérations deux fois chacune des années suivantes, Jusqu'à ce que la haie-muraille soit parvenue à la hauteur qu’on veut lui donner , c'est-à-dire à un mètre et demi ou deux metres.
Toutes les branches, ainsi croisées en différens sens, maintiennent d’abord les plaques de gazon , et poussant ensuite un grand nombre de racines et une multitude de chevelus dans toute l'épaisseur des gazons, elles en fixent solidement la masse. Les rameaux qui bordent la haie, pourvus d’une sève abondante, produisent beaucoup de fleurs et de fruits.
Les végétaux que l’on a choisis pour donner des exemples de haies -murailles au Jardin du Roi sont divers rosiers, des groseilliers et le prunier de mirabelle. Ces sortes de clôtures, qui rempli-
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raient sans doute fort bien le but qu’on se propose, en les établissant en des localités constammént humides et chaudes, n’ont que trèsmédiocrement réussi dans le terrain trop sec de l'École d'agriculture du Jardin du Roi.
TROISIÈME SECTION