BRISE - VENTS
Les brise-vents sont des lisières de plantations destinées particulièrement à rompre l'effort des vents pour les empêcher de nuire aux cultures intérieures, ou pour en défendre l'accès aux hommes et aux animaux. On les forme ordinairement avec des arbres et des arbrisseaux qui se garnissent de branches depuis le pied jusqu’au sommet ; quelquefois ils sont composés d'une seule, d’autres fois, de plusieurs espèces. Tantôt on les place sur une ligne, ils ne se distinguent alors en rien des palissades , tantôt sur plusieurs. Dans quelques circonstances, ils ne présentent, dans leur élévation, que deux lignes droites, entre lesquelles se trouve l'épaisseur du brise-vent; dans d’autres, ils offrent une ligne droite et un talus, soit en dedans, soit en dehors des possessions ; d’autres fois enfin, ils forment deux talus, qui, par le haut, se terminent au milieu de Pépaisseur du massif.
On peut voir au Muséum plusieurs exemples de ces variétés de brise-vents. Je vais indiquer les arbres qui les composent. !
Brise-vent sur trois rangs à un seul talus. I est formé de trois espèces différentes : le fusain or-
CLÔTURES. 65 dinaire (evonyrnus europæus tenuifolius), le cornouiller mâle (cornus mascula), et le rosier-églantier. Les individus sont placés à 0",325 (un pied) les uns des autres, sur trois rangs écartés entre eux de 0,650 ( deux pieds ). Ces arbrisseaux ont été rabattus lors de la plantation; savoir , les églantiers à0®,160 (environ six pouces)au-dessus du niveau de la terre; les cornouillers à o",271 (dix pouces), et les fusains à 0",490 (un pied six pouces). La seconde année, les bourgeons, produits de la derniere sève, ont été taillés à o",108 (quatre pouces) au-dessus de la coupe précédente, et les bourgeons latéraux ont été arrêtés à o",0)4 (deux pouces) de la tige. En continuant cette sorte de tonture chaque année, et en lâächant à chaque fois dé o",108 à 0",162 (quatre à six pouces), jusqu'à ce que la lisière soit parvenue à sa hauteur, on a obtenu un massif également touffu depuis sa base jusqu’à son sommet.
Brise-vent sur trois lignes et à deux talus. La ligne du milieu est formée de mahaleb ( prunus mahaleb); les deux latérales, lune de cognassier sauvage (pyrus cydonia), et l'autre d’argousier (kyppophaë rhamnoides).
Ces arbres ont été plantés à la même distance et taillés de la même manière que ceux de l’exemple précédent.
Brise-vent sur cing rangs à un seul talus. Ce-
lui-ci est formé; savoir, sur le derriere, de poirier sauvage épineux (py7us communs pyraster, M. P.); en seconde ligne, de cornouiller mâle ; en troisième, de sureau commun (sambucus nigra); en quatrième, de nerprun cathartique ou épine-noire (rhamnus catharticus ); et en cinquième enfin, sur le devant , de rosieréglantier.
Ces trois variétés de brise-vents sont particulièrement propres à la clôture et à la défense des propriétés territoriales, dans les campagnes du centre et du nord de la France, jusqu’à son extrême frontière de ce dernier côté.
Brise-vent sur cing rangs et à deux talus. I] est composé, 1°. au milieu, d’une ligne de merisiers à grappes (prunus padus); 2°. d'une ligne de lilas blancetdelilas violet(syringa vulgaris), dechaque côté de celle-ci; 3°. et enfin, de deux autres lignes de rosiers à cent feuilles sur les bords du massif.
Brise-vent sur sept rangs à un seul talus. Les sept lignes de cette sorte de brise-vent d’agrément sont composées d'autant d'espèces d’arbrisseaux et arbustes à fleurs apparentes et de couleurs variées.
Is sont disposés par ordre de taille; les plus hauts, le sorbier des oiseleurs (sorbus aucuparia ), occupent la septième ligne; la sixième est
CLÔTURES. 67 formée de spiræa à feuilles d’obier (spiræa opulifolia) ; la cinquième , du chamerisier de Tartarie ( lonicera tatarica); la quatrième, de l’obierboule-de-neige (viburnum opulus sterilis, M. P.); la troisième , du rosier glauque (rosa rubifolia, Willd.); la deuxième, du genèt de Sibérie (genista siberica); et la premiere, de la coronille emerus (coronilla emerus).
Brise-vent sur sept rangs et à deux talus. Celui-ci n’est composé que de quatre espèces d’ar- ‘bres et arbrisseaux ; savoir, 1°. le ptéléa à trois feuilles ( ptelea trifoliata), placé au milieu de la lisière; 2°. deux lignes de merisiers des bois (cerasus avium sylvestris, M. P.), qui accompagnent la ligne du milieu des deux côtés; 3°. deux autres lignes formées avec l’amelanchier de Canada (cratægus racemosa, Lamarck), planté des deux côtés des secondes lignes ; 4°. et enfin, de deux autres et dernières lignes de rosiers à cent feuilles (rosa centifolia), qui bordent le brise-vent à l’extérieur. Cette lisière est agréable, au printemps, par ses fleurs de diverses couleurs ; en été. par ses fruits, et pendant toute la belle saison, par la verdure agréable du feuillage des végétaux qui la composent.
Massif pyramidal à quatre faces. Cette plantation est composée d’arbustes, de sous-arbrisseaux, d’arbrisseaux , de petits, de moyens et de
grands arbres; ils sont disposés par rang de taille, les plus bas sur les bords et par gradation, les plus hauts dans le milieu.
Ces sortes de massifs sont très-propres à terminer agréablement des points de vue dans les jardins symétriques et paysagistes.
On peut s'en servir aussi pour couvrir des monticules, afin de leur donner plus d’'importance en les faisant paraitre plus élevés.
Beaucoup d’autres arbres et arbustes, tant indigènes qu’étrangers, sont propres à former des brise-vents de défense et des lisières de plantations d'agrément : on les trouvera en partie au nombre de ceux que j'ai indiqués pour les palissades. Je citerai particulièrement ici, parmi les arbres qui se dépouillent de leurs feuilles pendant l'hiver, le peuplier d'Italie, pour les terrains frais; le charme, pour les sols sableux et secs; le frêne, pour les situations humides; le hêtre, pour les endroits montueux, etc.
Placés sur trois lignes et en échiquier, tous ces arbres résistent à des vents impétueux, et défendent de leurs dégâts les cultures voisines. Les espèces d'arbres toujours verts que l’on emploie à cet usage dans le midi de la Francesont, le laur:=* des poètes (/aurus nobilis), le cyprès pyramidal (cupressus sempervirens), le laurier-cerise (prunus lauro-cerasus ), Varbousier { arbutus unedo ),
CLÔTURES. 69 le myrte commun (r2yrtus comimunis), le lentisque ( pistachia lentiscus), etc. Dans les départe- __ mens du nord, l’ajonc (ulex europæus), le houx (lex aquifolium), Vif (taxus baccata), le pin sau vage ( pinus sylvestris) ; l'épicéa (abies picea, M. P.), etc. On pourrait employer encore avec autant et même avec plus de succès le thuya de la Chine (thuya orientalis ). Les brise-vents établis depuis long-temps au Jardin du Roi avec cet arbre se conservent garnis de branches depuis le niveau du sol jusqu'à la sommité des tiges , et remplissent parfaitement leur destination.
- SIXIÈME SECTION