‹ Cours de culture et de naturalisation des végétauxChapitre 42 sur 135 · IV. TRANCHÉES D'ISOLEMENT · texte numérisé non relu

IV. TRANCHÉES D'ISOLEMENT

Les tranchées sont parfois destinées à intercepter le passage aux racines traçantes d'arbres voraces, qui s'emparent, dans leur voisinage , de la terre végétale destinée à d’autres cultures; dans ce cas, on ne leur donne que 0,325 à 0®%,406 (un pied à quinze pouces) de large sur 1,137 (trois pieds et demi) de profondeur; on les remplit de gravier ou d’autres matières stériles, ou plutôt on les laisse ouvertes, ce qui conduit plus sûrement au but qu’on se propose.

Ces tranchées peuvent être employées pour défendre un arbre nouvellement planté au milieu d’un massif, des racines de tous les arbres environnans , afin de lui faire sa part de nourri-

(1) Les beaux arbres qui bordent ies grandes allées du Jardin du Roï peuvent servir d'exemple de cette vérité. aussi incontestable, du reste, en théorie qu'en pratique.

ture et d'empêcher ses voisins de s’en emparer. Dans ce cas, on peut ne leur donner qu'un fer de bêche de largeur et un mètre de profondeur. Les tranchées servent aussi à recevoir les fondations de toutes sortes de fabriques en maçonnerie. Les outils le plus ordinairement employés pour former ces sortes d’excavations sont, la bêche, la pioche, la tournée et la pelle. Il est ordinairement plus avantageux de les marchander à prix fait que de les faire exécuter à la journée. Je parlerais ici des fossés s’il n’en avait été déjà question à l’article Clôtures : jy renvoie mon lecteur.

TROISIÈME SECTION

DÉFRICHAGES.

Défricher un terrain, c’est le purger de tous les végétaux adventices qui couvrent sa surface, pour le mettre en état d’être défoncé et ensuite employé à des cultures utiles ou agréables.

Ce travail s'effectue en différentes saisons, par divers moyeus, et avec plusieurs sortes d'outils, selon la nature des végétaux qu’on veut détruire, le prix de la main-d'œuvre, les localités et la destination du terrain. Les défrichages peuvent se faire de quatre manières différentes.

Premier mode. Le champ à défricher n’a-t-il

TRAVAUX DE TERRASSE, ETC. 85 que quelques arpens détendue? S'il ne contient que des plantes annuelles ou vivaces et des arbustes, on se sert de la bêche, du hoyau et de diverses houes, pour couper entre deux terres les racines de ces végétaux au-dessous de leur collet. On laisse sécher éparses sur le sol les fanes et les tiges ainsi coupées , et ensuite on les lie par bottes, pour les employer au chauffage du four et à la cuisson des alimens. Lorsque le pays abonde en bois, on brüle ces broussailles sur place pour fertiliser le terrain, si l’on juge que cette opération puisse devenir profitable. (Foy. la trente-troisieme section de ce chapitre. )

Second mode. Quand le sol est couvert de bruyères, de genèts et de jeunes ajoncs, on emploie l'étrapa de Bretagne (707. PL », fig. 24); on coupe ces arbustes à quelques pouces en terre, et on les laisse sécher à la surface du champ, soit pour être brülés ensuite sur place ou dans le foyer de la cuisine, soit pour être enterrés au fond de la jauge du défoncçage. Si le terrain est de nature argileuse, humide et froide, c'est le meilleur emploi qu’on puisse faire de ces matières dans les pays où le bois n’a pas de valeur et où la main-d'œuvre n’est pas chère.

Troisième mode. Si lon doit débarrasser le sol de vieilles souches ligneuses, on se sert de la pioche ou de la tournée pour découvrir les grosses

racines, et du pic à deux taillans opposés, ou de la cognée, pour les couper autour de la culasse; puis on arrache les arbres, que l’on débite sur place, selon l’usage auquel on veut les employer. Les racines qui restent en terre en sont ensuite extraites; elles deviennent le plus souvent le profit des ouvriers employés à effectuer le défonçage.

Quatrième mode. Enfin , dans les pays où les bois sont en excès, et où les terres labourables ne suffisent pas aux besoins de la population, on emploie, pour opérer le défrichage , un procédé beaucoup plus expéditif que les précédens. Il consiste à couper à un mètre ou 1”,299 (trois ou quatre pieds } du sol, avec la serpe , la hache, la cognée ou même la scie, tous les arbres qui couvrent le terrain. On a l'attention de faire tomber les troncs d’un même côté, et à opposé de celui d’où soufflent les vents les plus forts et les plus constans. Lorsque les chaleurs de l’été sont passées , que les feuilles , les ramilles et les bran- ‘ches des arbres abattus sont à-peu-près sèches, on allume des feux dans toute la ligne de la pièce qui se trouve sous le vent , et en quelques jours l’abatis est réduit en cendres. Les souches qui couvrent encore le terrain, ayant été charbonnéés en grande partie, ne poussent plus aucun scion. Elles pourrissent dans l’espace de

TRAVAUX DE TERRASSE, ETC. 07 quatre ou Cinq ans, et Sarrachent alors sans beaucoup de peine (1).

Ce défrichage convient aux pays dans lesquels la main-d'œuvre est très-chere, la terre de peu de prix et le bois de nulle valeur; mais, dans ces pays même , une administration éclairée doit poser des limites à la destruction des forêts , afin de conserver, aux situations les plus favorables , les masses d'arbres nécessaires pour que le sol recoive de l'atmosphère la quantité d’eau indispensable à l'entretien de la fertilité dela contrée.

QUATRIÈME SECTION

DÉFONCACES.

Défoncer un terrain, c’est le fouiller, le retourner, le mêler, l’ameublir, lerendreperméable enfin à l'air, à l’eau , aux gaz, aux racines des végétaux qu’on veut y faire croitre, et à plus forte raison aux outils qui doivent le cultiver par la suite.

On pratique les défonçages de cinq manières, selon la nature des végétaux qui couvrent le sol, la qualité du terrain et les outils qu'on emploie.

$ I. DÉFONCAGE A LA CHARRUF A COUTRES.

En donnant d’abord un trait de cette espèce MU à OR DE PAR PCR

(1) Foyez ce qui a été dit de ces défrichages en parlant de l'Amérique, page 66 du premier volume de ce Cours.

de charrue sans soc (PL. 25, jig. 5) sur toute

la surface de la piece, en suivant sa longueur, on la divise en bandes de o",100 (près de quatre pouces) de lirge ; on donne ensuite un pareil trait de la même charrue dans le sens de la largeur du terrain, qui se trouve ainsi, sur toute sa surface, partagé en petits carrés d’un décimêtre cube. Une charrue à soc et à versoir laboure ensuite à la manière ordinaire ; une herse à dents de fer, ou, mieux encore, l’extirpateur de M. Morton (PL. 27, fig. 1) vient ensuite, et l’opération est terminée. Au lieu de la charrue à coutres, on peut employer à ces sortes de défonçages ou l’extirpateur , espèce de houe à cheval, formée de neuf socs disposés en échiquier sur trois rangs, ou le sarcloir à cheval. (P£. 28, fig. 4.) Cette dernière machine est fort simple; elle exige une grande force de tirage, mais elle prépare très-bien le sol à un dernier labour.

Un pareil défonçage convient aux terrains en friche depuis plusieurs années , sur lesquels il se trouvait des genèêts, des bruyeres, des ronces et d’autres arbustes, qui ont été coupés lors du défrichement, et dont les racines ligneuses et coriaces ne permettaient pas aux plus fortes charrues de labourer.

On l'emploie encore pour retourner de vieilles prairies remplies de carex, de jones, de typhas et

autres plantes inutiles ou nuisibles aux fourrages. Les terrains ainsi défoncés, après avoir été ensuite amendés, conviennent, lorsqu'ils sont de bonne nature, aux cultures des céréales. Situés en lieux frais, on en fait de bonnes prairies naturelles.

Dans des terroirs sableux et arides ,on pratique des semis de pins, et d’autres bois , lorsqu'il y a de la profondeur.

Page 1