‹ Cours de culture et de naturalisation des végétauxChapitre 60 sur 135 · AD OS · texte numérisé non relu

AD OS

On nomme ados, en jardinage, une partie de terrain adossée à des abris naturels ou artificiels, et inclinée de manière à présenter convenablement les cultures aux rayons solaires.

$ I Apos D’Hiver.

Les ados se dirigent ordinairement de l’ouest

à l’est; leur largeur est d’un à deux metres. Ils sont défendus des vents du nord, le plus ordinairement par des murs, des palissades, des bois ou des brise-vents. On les exhausse, sur le derrière , de 0®,219, 0,325 à 0",487 ( huit, douze et dix-huit pouces ), et on les abaisse sur le devant, dans la même proportion , au - dessous du niveau du sol.

Le soleil n’échauffant jamais plus un terrain que lorsque ses rayons tombent perpendiculairement sur sa surface, il faudrait donner aux ados d'hiver la position qui les rendrait susceptibles d’en être frappés de cette manière; mais comme dans cette saison le soleil est très-bas, et qu’au solstice il faudrait que inclinaison füt de soixante-douze degrés, ce qui donnerait au terrain une pente trop rapide pour être cultivé, on se contentera d'approcher de cette inclinaison autant que les cultures le permettront.

Pour faciliter encore davantage l'introduction des rayons du soleil dans la masse des ados, on en colore les surfaces avec des matieres noires, telles que des terres tourbeuses et des terreaux de couche ou de feuilles, qui ,n’étant pas susceptibles de refléter les rayons, les laissent échauffer le sol, qui s’en pénètre à une grande profondeur et devient un magasin de chaleur.

Les ados se font à la bêche, à jauge ouverte,

TRAVAUX DE TERRASSE, ETC. 127 comme un labour ordinaire, avec cette seule différence qu’au lieu de disposer horizontalement les terres remuées on leur donne une pente plus ou moins inclinée du nord au sud, suivant le pays, l'usage auquel on les destine, et les saisons dans lesquelles on les emploie. On profite le plus ordinairement d’un mur situé à l’exposition du midi pour les établir. Si le mur soutient ur espalier, il convient de laisser entre l’ados et celui -ci un sentier de 0",406 à 0,487 ( quinze à dix-huit pouces) de large, tant pour faciliter la taille que pour empêcher les racines des plantes qu'on cultive sur lados de nuire aux arbres.

Les ados contribuent beaucoup à favoriser le développement des plantes, et procurent ainsi des Jouissances plus promptes que les semis à plat eten pleine terre. On les destine ordinairement, dans les jardins légumiers, à la culture des pois, des petites fèves, des laitues et des fraisiers dont on désire obtenir des fruits de primeur.

Ceux qu'on veut cultiver en fraisiers, en petites fèves et en pois doivent être établis dans le courant d'octobre; on y sème et on y plante seulement en novembre, afin que la terre ait le temps de se raffermir un peu et de se plomber

suffisamment pour se maintenir dans son inclinaison.

Lorsque tout est disposé pour les semis, on trace, non pas dans la longueur de l’ados:, maïs dans sa largeur, des sillons espacés entre eux d'environ 0,054 (deux pouces), et profonds de 0M,081 à 0",108 ( trois à quatre pouces ), dans lesquels on sème les graines, que l’on recouvre de plus ou moins de terreau de couche suivant leur grosseur. Pour certaines cultures on sème avec plus d'avantage en augets ou en pochets. ( Foy. l'article Sermnis.) Les fraisiers doivent être plantés en mottesetenéchiquiersur lesados, dont il faut avoir soin d’unir la terre de bas en haut.

Toute la culture de ces ados se réduit ensuite à donner de légers arrosemens avec l’arrosoir à pomme très-fine, pendant le temps doux ; à couvrir avec des paillassons et des litières, lors des neiges et des gelées; à découvrir enfin quand le soleil se montre , lorsque la température est douce, et à sarcler soigneusement.

$ II. Apos DE PRINTEMPS.

Ils ne se distinguent de ceux d'hiver qu’en ce qu'ils sont plus inclinés à l'horizon. Le soleil commençant à s'élever dans cette saison , il faut, pour que ses rayons tombent à angle droit sur les ados, que ceux-ci lui présentent une surface plus approchée de la position horizontale : l'angle d'inclinaison le plus favorable est facile à calcu-

TRAVAUX DE TERRASSE, ETC. 129 ler pour chaque pays dans lequel on se livre à des cultures de primeur.

On pratique les ados de printemps dès le mois de février, de la même maniere et aux mêmes situations que ceux d'hiver. On les emploie aux semis des diverses sortes de salades, de légumes, de fleurs et de quelques plantes d'usage dans l'économie rurale, dont on veut obtenir de bonne heure du jeune plant, propre à être repiqué en pleine terre dès que les gelées sont passées. On couvre ordinairement ces semis avec des cloches à la maraichere ou avec des châssis, et on les garantit des fortes gelées au moyen de fanes de fougère, de litière et de paillassons.

Dans le centre de l'Europe, on élève, sur les ados de cette sorte, les plants de tabac destinés à former de grandes cultures en rase campagne: par ce moyen, on avance leur végétation de dix à quinze jours; ce qui est un grand avantage pour le succès des cultures et le produit des récoltes.

En général, la culture en ados est une excellente pratique, parfois préférable à celle des couches de primeur : elle est beaucoup moins dispendieuse, et procure des légumes d’une saveur plus agréable.

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QUATORZIÈME SECTION

COSTIÈRES.

$ L. UOoSTIÈRES AGRESTES.

On donne ce nom, à la campagne, à des bandes de terram presque horizontales, plus ou moins larges, établies sur des coteaux d’une pente rapide aux dépens de leur inclinaison naturelle. ( Voyez PI. 46, fig. 2 ,3 et 4.)

Pour les former, on commence par établir, sur la partie la plus élevée, une première banquette, en coupant à pied-droit une bande de terrain d'autant plus épaisse que la pente est plus rapide, à l'effet d'obtenir une surface unie d’une largeur d'un mètre au moins, et de deux et plus s’il est possible. Les terres ou les pierres qui proviennent de cette coupe sont jetées sur la pente inférieure du coteau, pour servir, avec celles du sol, à former la seconde banquette, qu'on établit de la même maniere ainsi que toutes les suivantes. û

Lorsque le terrain contient beaucoup de pierres plates, on les réserve pour construire de petites murailles sèches, destinées à soutenir les terres. Autant qu'il est possible, on doit chercher à établir ces banquettes sur des lignes droites, et à

TRAVAUX DE TERRASSE, ETC. 131 donner à leur surface une inclinaison de quelques lignes par pied du côté de l'épaisseur du coteau, afin que les eaux puissent entretenir dans la masse du sol assez d'humidité pour fournir plus long -temps aux besoins de la végétation. |

Les outils qu'on emploie à ce travail sont les pioches, le hoyau, les tournées, et souvent les pics à taillans et à marteaux, suivant que le terrain offre plus ou moins de résistance. C’est particulièrement sur les coteaux exposés au sud et au sud-sud-est qu’on pratique les costières; dans le centre et dans le midi de l'Europe, elles forment des terrasses en gradins, qui, lorsqu'elles sont plantées d'arbres fruitiers et de vignes, produisent des points de vue très-agréables, qui contribuent autant à l’'embellissement du pays qu'au bien-être des cultivateurs.

Dans la partie méridionale de la France, on destine particulièrement les costières agrestes à la culture des oliviers, des figuiers, des arbres fruitiers à noyau, et surtout à celle de la vigne. (Voyez FI. 46, fig. 3 et 4.) Cependant à Conflans- Sainte-Honorine , département de Seine-et-Oise, on en pratique depuis plusieurs siècles pour la culture des pois de primeur.

Celles-ci (’oyez PL 46, fig. 2) établies sur le coteau de Lolis, dont la pente est presque

verticale du côté du sud quart-sud-est, n’ont pas plus de 0",487 à 0",677 ( dix-huit à vingt-cinq pouces ) de large; elles sont creusées dans la pierre en augets de 0",525 (un pied) de profondeur, remplis de terres rapportées. On y sème, dès le mois d'octobre, des pois Michaux ( pisum sativum nanumn ), qu'on garantit du froid par des paillassons à lattes placés sur l'ouverture des augets, souvent au moyen d'une échelle, pour en interdire l’accès au froid. D’autres habitans, plus aisés et plus industrieux, posent des paneaux de vitres, qui produisent l'effet des chàssis. Au moyen d'une extrême vigilance à couvrir, à découvrir, à arroser dans le besoin, et d’une culture intelligente, qui consiste à pincer la tête des plantes pour arrêter les fruits inférieurs et les, faire mürir plus tôt, les habitans de ce lieu parviennent à se procurer des petits-pois excellens dès le mois de mars, époque à laquelle on les sème en plain champ dans le même pays.

Leur ambition était autrefois d’en faire la première récoke au Vendredi-Saint chaque année, parce qu'alors le litron se vendait jusqu'à cent cinquante livres à la Cour et aux gens riches de Paris. L'industrie avec laquelle ils rendaient ainsi productif un fonds qui, en d’autres mains, fût resté de nulle valeur, était cependant mal récompensée; car 1ls étaient accablés d'impôts.

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