‹ Cours de droit criminel et de science pénitentiaireChapitre 106 sur 550 · Dallemagne, op. cit., p. 85 et · texte numérisé non relu

Dallemagne, op. cit., p. 85 et

brutale méchanceté, suivant l'expression du Code pénal italien (art. 366, n» 3) '.

165. — Déments et maniaques. — Les déments proprement dits comprennent ceux qui sont atteints de maladies mentales connues jadis sous le nom de folies généralisées. La forme la plus intéressante de ce genre de maladies mentales, parce qu'elle est la source assez fréquente do crimes et délits et qu'elle se présente avec des symptômes souvent difficiles à caractériser, est la pai^alysie générale ou ranioUissemeyit cérébral chronique.

On divise généralement la paralysie générale en trois périodes^ : période prodomù/ue et initiale, période d^état, période terminale. La première seule intéresse les magistrats et les médecins légistes, parce que, d&ns les deux dernièrps, le malade est dans un éVat physique tel qu'il ne peut commettre des crimes ou délits. Dans la première période qui peut durer des mois et des années, la mémoire et l'attention sont atteintes, le tempérament, le caractère, la personnalité subissent des altérations : les troubles mnémoniques sont les premiers indices de l'atreclion et se manifestent sous les formes les plus diverses, notamment dans l'écriture, par l'oubli de certaines lettres, de syllabes, de mots, des fautes d'orthographe inusitées; l'inaptitude à ràllention, à la réflexion, faussant le jugement, entraîne des modifications dans la conduite, dans le caractère ; enfin l'impuissance de la volonté à gouverner les instincts et les impulsions, pousse le paralytique à des actes délictueux contraires à sa conduite antérieure et qu'il ne songe pas à dissimuler, vols à l'étalage, en plein jour, filouteries, escroqueries, abus de confiance, faux en écriture, vagabondage, rixes, outrages et rébellion envers les agents, incendies, actes de violence, actes contraires à la pudeur : le paralytique rappelle, dans une large mesure, le fou moral. L'importance et la difficulté du diagnostic de cette affection sont attestées par le nombre de cas ignorés et de condamnations frappant les paralytiques à l'occasion d'actes qui relèvent de leur maladie : « Il n'est pas d'affection mentale, disent MM. Magnan et Sérieux, dont la connaissance soit plus nécessaire au médecin expert' et même au magistrat ; la fi-équence des erreurs judiciaires dont sont victimes les

1. Manduca, 21 nuovo codice pénale italiano e i suoi criterii organici (Traltato di Cogliolo, J, parte I». p. 526 à 531) ; Selti, Dell' imputabilità (même traité, 1, parte 2", p. 654 et 8S.).

2. Cf. Legrand du Saule, Traité de médecine légale, p. 804 et s9. ; Bail, Levons sur les maladies mentales, p. 808 et ss. ; Magnan et Sérieux. Le délire chronique et ta paralysie générale (Parin, Masson et Gauthier-Villara) ; D*Ilemagne, loc. cit., p. 93 et ss. ; Kraflt-Ebing, op. cit., p. 267 et ss.

paralytiques vient le démontrer. De i885 à 1890, 76 de ces sujets ont été transférés de la prison à Sainte-Anne peu de temps, parfois quelques jours après leur comparution devant les tribunaux et leur condamnation. La terminaison mortelle de l'affection, l'autopsie, ont démontré que ces condamnations avaient frappé des malades. » « Le plus grand nombre des condamnations abusives, ajoute M. Dallemagne, résultent de l'ignorance forcée, autant qu'inévitable, des magistrats qui, en présence de ces équivoques, négligent de recourir au médecin. »

Les persécutés délirants (paranoïa persecutoria) * sont, comme les paralytiques, particulièrement intéressants pour le droit pénal à cause des délits qu'ils peuvent commettre et de la difficulté du diagnostic de la maladie à son début : « les facultés mentales restées presque intactes, fonctionnent souvent très normalement en dehors du thème qui caractérise le délire et cette intégrité des facultés des délirants qui raisonnent même très logiquement leur propre conception délirante est une cause fréquente d'erreur. Les malades se croient persécutés et, dans leurs idées de persécution, se trouve déjà en germe toute une série de tentatives délictueuses et criminelles iaspirées par la vengeance, la crainte, etc. ^ » Ces malades, que l'on désigne sous le nom de persécutés persécuteurs, offrent des variétés nombreuses : persécuteurs processifs particulièrement étudiés par Krafft-Ebing, professeur de psychiatrie et de neuropathologie à l'Université de Vienne % persécuteurs politiques "" , persécuteurs hypocondriaques^, persécuteurs erotiques^ el sexuels"^, persécuteurs atteints du délire de V infidélité conjugale ^, persécuteurs religieux^. L'irresponsabilité des persécuteurs persécutés est incontestable pour tous les actes qui se produisent à l'occasion de leur délire. Elle est contestée pour les actes commis en dehors du domaine de la maladie sur lesquels le délire paraît n'avoir pas exercé d'influence. Pendant longtemps les jurisconsultes ont enseigné qu'à une folie partielle et localisée devait correspondre une irresponsa-

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