ÉPILEPSIE
lilé pouvant nuire à autrui ; la responsabilité est encore complète ; les inagislrals doivent se tenir en garde contre ces récits mensongers (cf. p. 203, 2()4, 215, 216,218) ; 3° degré : hyslériegrave ; la volonté est plus opprimée el quoique le discernement demeure intact, la malade obéit souvent à des impulsions qu'elle ne peut réprimer; la responsabilité peut quelquefois être atténuée (cf. p. 486 à 490) : 4* degré: folie hijstérique, manifestée par des signes physiologique» el [)alhologicjiies aujourd'hui connus : anesthésie générale ou partielle, zones d'hyperesthésie, douleurs ovariennes, spasmes des voies aériennes et digestives, contraction des membres, paraly^ies, léthargie el somnaiui)ulisme, convulsions et attaques. \^s attaques d'hyslt^rie comprennent généralement 4 périodes : 1° Période épi leptoïde avec raideur tétanique et convulsions ; 2° Période des grands mouvements, dans laquelle le corps agité violemment est soumis à des salutations successives et irrésistibles ou se plie en arc de cercle et en arche de pont; 3° Périodes des attitudes passionnelles ou po?es plastiques, avec hallucinations gaies ou tristes et gestes, mouvements de physionomie correspondant à l'hallucination ; 4° Délire. Ces attaques el leurs diverses phases rappellent les phénomènes de démonomanie d'autrefois dont nous avons parlé plus haut (n° 15 p. 14). L'hystérie, poussée jusqu'à ce degré, doit être assimilée à La folie et supprime toute responsabilité (Legrand du Saule, /. c, p. 292 à 19i, 30t à 303, 490 el 491) '. L'hystérie n'est pas spéciale aux femmes ; mais elle est plus fréquente chez elles que chez les hommes.
L'hystérie présente quelquefois un phénomène particulièrement étudié sous le non: de dédoublement de la personnalité, en vertu duquel la méaae personne présente successivement deux personnalités entièrement distinctes el indépendantes l'une de l'autre, ayant chacune sa vie propre, se succédant l'une à l'autre sans aucun lien entre elles, ni de mémoire, ni de conscience, que l'on a désignées sous le nom à'étai prime et à'élat second et dont le cas céUîbre de Félida a été étudié par le D"^ Azani depuis 1838 -. Celte dualité d'existence est lelleiueal tranchée, que la condition seconde anormale est entièrement distincte de la condition première el normale ; qi»e les évèn*»menls de la première ne se conservent pas dans la mémoire penddut la seconde, mais revivent souvent dans la mémoire lorsque la condition première se rétablit; de telle sorle qu'on peut dire d'une
1. Ad'le, Krafït-Ebing, op. cil , o, 306 à 329 ; traduct. franc., p. 335 ; I>»Ph>magne, op. cit., p. 179 et ss. ; Gilles de la Tourelle, Traité de Vhtfstèrit: (Paris, Pion. 1891).
2. Gilles de la Tourelle, U hypnotisme au point de vue niédico-léçal (Par\s. Pion, 1887 , 2» partie, cb. vni, p. 245 et es , dans lequel sont cilés plusieurs cas remarquables ; Legrand du Saule ; les Hystériques, p. i66 et as.
personne dans celte situation qu'elle comprend et résume en elle deux personnes distinctes, dont l'une connaît l'autre sans en être connue ou qui demeurent entièrement inconnue l'une à l'autre. Parfois le dédoublement ou la dualité de personnalité, au lieu d'être successif, est simultané ^. Il est certain que, dans ces divers cas, le malade ne peut être déclaré responsable, dans un de ses états, des délits qu'il a pu commettre dans l'autre état, puisqu'il n'y a aucun lien de mémoire et de conscience entre eux. Il paraît également bien difficile de lui demander compte, dans ce qu'on appelle sa vie normale, ainsi entrecoupée de crises plus ou moins prolongées qui, même à la longue, finissent par devenir l'état ordinaire, des actes qu'il a pu commettre dans les phases successives de cette vie : car ce dédoublement de la personnalité, cas particulier de somnambulisme implique une mémoire perturbée, une conscience anormale et un automatisme psychique inconciliables avec l'idée de responsabilité ^. L'internement dans des asiles spéciaux de préservation s'impose, lorsque le malade est porté à des actes délictueux.
Enfin l'hystérie peut donner lieu à un autre phénomène étudié récemment et désigné sous le nom à' auto-suggestion, que nous allons exposer à propos des suggestions hypnotiques.
169. — c) Somnambulisme naturel et artificiel. — Hypnotisme. — Suggestions et> auto -su g g estions criminelles.
1° Somnambulisme naturel. — Le somnambulisme naturel est un état particulier de rêve pendant lequel celui qui en est affecté peut agir et commettre certaines actions délictueuses, sans en avoir conscience ni souvenir au réveil : c'est un rêve en action avec oubli au réveil. L'irresponsabilité, autrefois contestée, est aujourd'hui certaine '.
2° Somnamhulisms artificiel et provoqué. — Hypnotisme. —
Depuis quelques années, des études nombreuses ont été écrites sur l'hypnotisme, des expériences fréquentes ont été pratiquées par les médecins et même par les profanes; il s'est produit pour l'hypnotisme ce qui se produisit autrefois pour le magnétisme, il est devenu une sorte de jouet et d'amusement, un objet de curiosité, dans les
1. Voir les cas cités par M, Ribot, Les maladies de la personnalité, p. 37 et ss , 138 et 53 (Paris, Alcan).
2. Voir pour la question de responsabilité, Gilles de la Tourette, L'hypnotisme, p 256 et ss.
3. Legrand du Saule, Traité de médecine légale, p. 755 et ss., 2® partie, ch. V et VI, p. 160 à 215 ; Gilles de la Tourette, L'hypnotisme et ses états analogues (Paris, Pion, 1887).
salons et dans les salles de speclacle. La science du droit criminel lui doit son attention ;i deux points de vue : — 1° Au point de vue de l'influence des suggestions criminelles; — 2° Au point de vue de la libre pratique des expériences et de l'exercice illégal de la médecine.
Avant de nous livrer à l'examen de ces questions, nous rappellerons les divers états hypnotiques successifs. — L'hypnose est généralement déterminée par la fixation d'un objet brillant, par la pression de certaines parties du corps désignées sous le nom de zones hypnogènes, puis, à la longue et par l'habitude, au moyen de la seule volonté et du regard de l'expérimentateur. — Le premier état hypnotique est la catalepsie ou immobilité du corps avec insensibilité et automatisme dans lequel le sujet peut conserver sans fatigue apparente, ni l'agitation de la respiration, la position que l'expérimentateur donne à son corps et à ses membres. — A cet état, succède généralement par l'occlusion des paupières, la léthargie ou sommeil avec insensibilité et privation de l'intelligence. — EnGn une pression exercée sur le vertex fait entrer le sujet en somnamiîf^îsme, sorte d'automatisme conscient et volontaire, dans lequel l'intelligence et la mémoire agissent, les forces physiques et les sens sont généralement exaltés. Ce qui caractérise cet état, c'est l'oubli complet au réveil de ce qui s'est passé pendant le somnambulisme et le souvenir revenant au contraire dans une nouvelle période de somnambulisme : en sorte que le sujet semble animé de deux vies complètement indépendantes, l'existence à l'état de veille, l'existence à l'état de somnambulisme, chacune d'elles suivant son cours distinct sans conscience de ce qui se passe dans l'autre. C'est pendant cet état de somnambulisme que le sujet peut recevoir des suggestions auxquelles il obéira inconsciemment soit à l'état de somnambulisme, soit à l'état de veille. La fatalité de l'obéissance à ces suggestions a été l'objet des préoccupations de l'Ecole de Nancy, au point de vue du danger qu'elles présentent pour l'inspiration d'actes criminels et ces préoccupations ont été développées en 1884 par M. Liégeois, dans un mémoire adressé à l'Académie des sciences morales et politiques {Bulletins des séances de cette Académie 1884, t. CXXll, p. 173 et ss.) et dans un exposé de sa doctrine devant la Cour d'assises de la Seine à propos d'un procès célèbre (Eyraud et Bompard '.)
Ces préoccupations n'ont pas été accueillies avec la même confiance
1. Voir sur ce procès, D"" Lacassagne, l'affaire Gouffé (Paris, Masjon ; Lyon, Slork, 1.S91) ; Albert Bataille, Causes criminelles et mondaines de 1890, p. i et s».
par l'Académie des sciences morales et politiques (voir les observaiions de M. Franck, p. 222 et ss., de M. Arthur Desjardins, p. 231 et ss., de M. Janet, p. 233), ni par l'Ecole de Paris, ces diverses expériences de suggestions criminelles n'ayant eu jusqu'ici pour objet que des actes inoiïensifs, à l'occasion desquels la résistance même du sujet s'est affirmée. Un acte criminel, fût-il réalisé sous l'empire de la suggestion, le sujet serait certainement irresponsable ; mais l'auteur de la suggestion, l'hypnotiseur vraiment coupable serait facile à découvrir ; car on ne parvient pas en un jour à se rendre maître par l'hypnotisme d'une personne, au point de lui faire commettre malgré elle des actes immoraux ou criminels. Telle est l'idée développée par un des maîtres de l'Ecole de Paris, le docteur Gilles de la Tourelte, élève du docteur Charcot, dans son ouvrage sur l'hypnotisme (Paris, Pion, 1888 et 2« édition 1891): « L'hypnotisme, dit-il à la fin du chapitre XI, peut rendre de grands services ; il peut être la cause ou le prétexte de grands dangers ; ce n'est pas dans la suggestion que résident ces derniers. »
Suggestions intra-hypnotiques. — Les suggestions criminelles ou délictueuses ' et la responsabilité pénale de l'hypnotiseur et de l'hypnotisé ont été particulièrement étudiées dans les congrès d'anthropologie criminelle de Bruxelles et de Genève -. Tous les auteurs et expérimentateurs reconnaissent la réalité des phénomènes de suggestion relativement à la détermination de l'amnésie partielle et a la provocation des hallucinations psychiques ; mais l'accord cesse sur la question des actes impulsifs par suggestion. On peut diviser, à ce point de vue, les opinions dominantes en trois catégories : 1° l'opinion la plus absolue, formulée par l'école de Nancy, repré-
1. Voir sur la suggestion le bel ouvrage de M. Ottolenghi, professeur de médecine légale à l'Université de Sienne : La suggestione e le facolta psichiche occulte in rapporta alla pratica légale medi co forense (Torino, Bocca, 1900). Pour les suggestions criinin>3lles spécialement, voir la 2« partie, p. 221 à 509. La 3« partie est consacrée aux investigations judiciaires, aux procès, à la thérapeutique et à la prophylaxie sociale destinée à combattre les abus de la suggestion (p. 509 à 70). — Voir également : l'ouvrage du D"- Grasset, professeur de clinique médicale k l'Université de Montpellier, L'hypnotisme et la suggestion (Paris, Doin, 1903. — Biblioth. internat, de psychologie expérimentale) ; pour les suggestions criminelles et les dangers de l'hypnotisme extra-médical voir le chap. viii, p. 420 et ss.
2. Troisième Congrès d'anthr. crim. de Bruxelles en 1892 : rapports du D' Voisin et du D-- Bérillon {Ades, p. 3 à 4, H4 à 120, 169, 170, 310 à 324, 325 à 329, 338, 434, 472) ; 4^ Congrès d'anthr. crim. de Genève en 1896 : rapport du Dr Bérillan sur les suggestions criminelles au point de vue des faux témoignages suggérés {Actes, p. 167 à 173, 316 et 317).
senlée par MM. Liébault ', Liégeois -, Mesnel ^ Beaunis % d'après laquelle les hypnolisés, même quand ils résistent à l'impulsion suggérée, unissent par accomplir l'acte commandé à condition que la suggestion soit répétée à plusieurs reprises avec insistance : l'automalisme du suggestionné peut être aussi absolu que le désire l'hypnotiseur. 2° Dans une opinion opposée et également absolue, formulée à Paris par M. Brouardel, en Belgique par M. Delboeuf, au congrès de Bru.xelles de 1892 par le D"" Bénédikt, les impulsions suggérées ne sont exécutées qu'autant qu'elles sont voulues par l'hypnotisé lui-même, l'abolition de la liberté morale n'est que fictive, Ihypnotisé examine en lui-même la valeur et la gravité de l'acte suggéré, il reste maître de résister ou de l'accomplir à son gré, et, par conséquent, sa responsabilité reste entière.
« Le somnambule, aftirme M. Brouardel, ne réalise que les suggestions agréables ou indifférentes que lui fait un individu agréable ^. » M. Delbœuf dit, à son tour, que l'hypnotisé sait qu'on lui ^lemande de jouer une comédie et qu'il a la persuasion qu'il ne s'agit <jue d'un crime de laboratoire ^. M. Bénédikt considère les crimes par suggestion comme les produits d'une fantaisie scientifique '.
Une opinion intermédiaire admet que, dans certains cas, les hypnotisés présentent une résistance réelle aux impulsions suggérées, mais que, dans d'autres et sous certaines conditions, l'impulsion est irrésistible et s'accomplit automatiquement sans résistance possible ; c'est ce qui a. lieu chez les dégénérés et les prédisposés au crime *. L'irresponsabilité du suggestionné, lorsqu'il obéit à une impulsion ■irrésistible, est certaine et basée sur la force irrésistible de Tarticle 64 du Code pénal ; mais les auteurs de suggestions criminelles seront punissables comme complices par provocation au moyen de machinations et artifices coupables (art. 60, C. pén.) '•*.
1 Liébault, Suggestions criminelles hypnotiques (Revue de l'hypnotisme, 1895, p. 289 et 330).
2. Liégeois, Méinoir« précité à l'Académie des sciences morales et politiques. Les suggestions hypnotiques criminelles {Revue de l'hypnotisme, 1898, p. 245).
3. Mesnet, Le somnanibulistne provoqué et le fascination, 1896.