XI 1 NOTICE BIOGRAPHIQUE
uoncé à la séance de rentrée de la Faculté, le 1 9 novembre 1 839. La première de ces deux productions n'aurait cependant aujourd'hui rien d'extraordinaire, les idées qui y sont émises étant à peu près tombées dans le domaine public. C'était cependant quelque chose à cette époque que de signaler, avec ce relief et cette netteté saisissante^ la différence profonde qui sépare le droit commercial de la législation civile, et bien que M. Cresp, avec une modestie qui l'honore, ait renvoyé le mérite de ses observations à Pothier, à Emérigon, à Yalin, et parmi les modernes, à Pardessus, à Locré, à Estrangin, à Boulay-Paty, on peut dire que nulle part un pareil tableau d'ensemble n'avait été présenté, nulle part surtout il l'avait été avec ce fini dans les détails et cette précision dans les points de comparaison.
L'Eloge d* Emérigon est de tous points remarquable, et on ne pouvait faire revivre avec plus de sagacité et de bonheur dans l'expression cette grande et modeste figure, comparable certainement à celle de Pothier. Toutefois ce qui me frappe le plus dans cette vie d'Emérigon, ce n'est pas Emérigon lui-même (quelque intérêt qui s'attache d'ailleurs à une pareille existence), c'est M. Cresp lui-même, c'est la façon inconsciente en quelque sorte dont notre auteur a parlé de lui, et dévoilé ses goûts ou ses sentiments les plus intimes. C'est ainsi qu'à la page 39 je lis ce qui suit : « Ses maximes (les maximes d'Emérigon) se trouvent tracées dans son livre, où il examine s'il convient aux docteurs de faire le commerce.» Suit un passage, plein de charme du reste, d'Emérigon sur la médiocrité dorée. Et M. Cresp d'ajouter : «N'est-ce pas là son portrait peint par lui-même ? On en eut bien la preuve à sa mort, qui suivit de près le moment où il traçait ces lignes : une fortune très-médiocre fut tout l'héritage d'un homme qui avait prodigieusement travaillé pour le public, et qui d'ailleurs avait vécu avec tant de simplicité et d'économie. » N'y a-t-il pas là, dirons-nous à notre tour, de la part de l'au-
SUR M. CRESP Xni
teor un retour inYoloutaire sur lui-même, une allusion à h modicité de sa fortune et une sorte de regret demi-étouffé, regret échappé à son âme philosophique à l^ncontre d'autres plus heureux que lui 7
Ailleurs c'est l'écrivain qui se trahit : « Tous ces matériaux, dit-il page 49, furent employés (par Emérigon), mis à leur place, coordonnés et liés entre eux par une rédaction généralement pure, contamment claire, naturelle, facile, appropriée à la matière, car jamais auteur n'eût à plus haut degré le style de la <iho86 ; quelquefois même il arrive qu'excité par le sujet, ce style devient pittoresque, élevé, brillant. » Qu'on relise après cela certains passages de ce volume et notamment les considérations présentées au sujet des armements à la course^ et que l'on dise si l'application de ce passage ne se fait pas en quelque sorte d'elle-même à l'auteur qui l'a écnt.
Cette notice eut un grand retentissement ; des demandes de traduction afluèrent de l'étranger, et parmi les lettres de félicitations que reçut M. Cresp, il en est une que je me fais un devoir de rapporter, dont je regrette même de ne pouvoir reproduire le fac-similé^ car l'écriture tremblée du vieillard la rend encore plus touchante ^ :
« Monsieur,
« Je vous dois beaucoup de remerciemens du présent que )> vous avez bien voulu me faire de votre Notice sur la vie et les » travaux d'Emérigon. Vous en avez tracé le tableau avec le
> talent qui prouve que le peintre a les qualités de son mo-
> dèle. Vous avez fait à la fois l'éloge des deux hommes qui » ont complété ce qu'avait commencé l'Ordonnance de i 68< ,
l' Le signataire avait alors qaatre-viûgt-dix ans.