‹ Cours de droit maritime (volume 2)Chapitre 4 sur 135 · X NOTICE BIOGRAPHIQUE · texte numérisé non relu

X NOTICE BIOGRAPHIQUE

Ce n'est jamais sans péril qa'nn avocat, même éminent, passe ainsi d*un camp dans un autre ; les habitudes intellectuelles sont si différentes M Ce qui était ailleurs une qualité et un qualité essentielle, savoir la souplesse de l'esprit, la fécondité des ressources , la facilité un peu exubérante de rélocution, tout cela peut devenir un danger dans cette région sereine des principes, où il faut avant tout de la précision, de la sobriété, de la méthode, l'intuition permanente des grandes règles qui dominent tout le droit ; où l'on doit enfin se proposer beaucoup moins d'apprendre aux élèves tout ce qu'ils sont sus-ceptibles de savoir, que de leur tracer avec netteté des lignes de conduite pour l'avenir. C'est là une question qui se pose aux débuts de tout maître, et plusieurs même parmi les plus habiles, ont pu ne pas la résoudre à leur avantage.

n n'en fut pas ainsi de M. Cresp, qui se révéla d'un coup professeur hors ligne. Il avait en effet, en plus des merveilleuses qualités de science et de goût que nous avons signalées, un don bien précieux, qui servait en quelque sorte de cadre à tous les autres , il catisait , et quelle causerie I Aucun de nous n'a oublié cette physionomie rayonnante d'intelligence, pétillante de finesse et de malice, physionomie si correcte et si expressive, qu'on eût dit qu'elle était faite pour la statuaire. U commençait ; sa voix calme et posée, qui ne sortait pas du ton ordinaire de la conversation, son air de bonhomie fine et railleuse, sa parole nette et correcte, aussi éloignée de l'emphase que de la sécheresse, vous captivaient tout d'abord. On suivait sans peine le professeur dans ses pérégrinations à travers l'ancienne jurisprudence : le Consulat de la mer, les Rôles d'Oleron, Y Ordonnance de la marine, Valin, Emérigon, Pothier,

I Nous devons ajouter pour être juste et pour compléter notre pensée , qne la réciproque est également vraie.

SUR H. CRESP XI

(qa'on citait anssi, non sans on certain sourire narquois), tout cela défilait sous les yeux de Tauditoire conquis, et le sens du droit maritime, de cette législation spécide, qu'on ne peut comprendre, ce semble, qu'en mettant de coté toutes les notions de droit commun, vous était révélé. On la possédait alors cette législation, on l'aimait dans son caractère un peu étrange, car on entrevoyait au-delà l'horizon immense des mers, les navires de tontes les nations se croisant sur cette route commune et confondant les intérêts du monde entier. Tout à coup la tête du professeur se dressait, l'œil s'illuminait, l'intonation devenait vibrante et la gesticulation animée il s'agissait d'une controverse sur un point délicat, controverse dans laquelle le professeur prodiguait, avec une force de dialectique incomparable, les arguments les plus variés et les plus décisifs. Puis, la question finie, le ton baissait de nouveau, et le cours reprenait son allure première, un peu paresseuse et abandonnée.

On nous pardonnera d'avoir évoqué ces souvenirs, dont le charme est pour nous aussi puissant et aussi doux qu'au premier jour. Les le^ns de M. Gresp n'avaient qu'un défaut, elles étaient trop courtes, vingt-cinq minutes, demi-heure au plus, sans compter les jours d'indisposition. Aussi le professeur avaitil considérablement allégé la tâche et simplifié la besogne : une année le droit maritimej c'est-à-dire le prêt à la grosse et l'asswance, une autre la lettre de change, et ainsi de suite,

Amant alterna Camenœ

Quoi qu'il en soit M. Gresp aurait pu profiter de la grande situation qu'un pareil enseignement lui avait acquise, pour se faire un nom dans la doctrine contemporaine. Deux opuscules écrits et publiés par occasion, indiquaient sous ce rapport ce dont il aurait été capable : ce sont Ylntrodwtion au cows de droit commercial et maritime^ et V Eloge d'Emérigon, pro-

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