‹ Cours de droit maritime (volume 2)Chapitre 7 sur 135 · SIMÉON · texte numérisé non relu

SIMÉON

Tout poussait donc M. Cresp à tenter une publication générale de ses manuscrits. Une pareille œuvre, sortie exclusivement de ses mains, à une époque oii il était certainement en avance sur les idées de son temps, une pareille œuvre était assurée de succès, et aurait, je crois, fait événement dans la science. Sans vouloir ici déprécier les travaux estimables de Pardessus, Dageville, Boulay-Paty, et autres antérieurs à lui, elle aurait marqué sur eux un pas décisif. M. Cresp avait en effet d'Emérigon deux qualités maîtresses ; il avait sa grande connaissance des affsdres, il avait aussi son vernis littéraire et sa hauteur phdosophique. Avec ces deux qualités là, on est plus qu'un spécialiite^ on est un penseur et un écrivain.

Nous avons déjà fait allusion aux causes qui, en assombrissant cette belle vie, ont empêché la réalisation de ces espéran-

SUR M. CRESP XY

ces. M. Gresp avait perdu saccessivement sa femme et ses trois fils ; il se tronvait seul, isolé, maladif, à un âge ou le besoin des affections domestiques se fait le plus sentir, et où Tàme n'ayant plus en ce monde la perspecti/e de Tayenir, réclame toutes les consolations du présent. Sous l'action de ces £adts douloureux, cette grande intelligence fléchit, l'homme se replia en quelque sorte sur lui-même ; tous les bruits , toutes les préoccupations du dehors vinrent expirer au seuil de ce modeste logis, dans lequel quelques amis seulement avaient accès. C'est dans ces dispositions d'esprit, plus tristes encore pour tous ceux qui le vénéraient et l'aimaient que pour lui-même, que H. Cresp descendit peu à peu tous les degrés de la vie, et s'éteignit enfin le 22 septembre 1 869, jour anniversaire de sa naissance, à l'âge de 81 ans révolus.

Nous n'avons pas en terminant à donner une appréciation générale du jurisconsulte et de l'écrivain ; ces quelques détails auront suffi, nous l'espérons, à le faire connsutre ; son œuvre d'ailleurs le louera mieux que nous ne pourrions le faire dans une étude d'ensemble, qui ne serait de notre part qu'une prétentieuse inutilité. La seule chose que nous tenions à constater ici, parce que c'est l'expression de la vérité, c'est que quelle que soit la valeur de cette œuvre, l'homme était incontestablement supérieur ; et rien ne ressuscitera pour tous ceux qui l'ont connue et approchée, cette intelligence merveilleuse, aussi bien douée que beaucoup d'autres qui ont jeté plus d'éclat, et joué un plus grand rôle dans le monde.

A. UàlJBIN.

Âix, ce 49 mai 4876.

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