DU DROIT DE LA PERSONNALITE
cepîion des faits sensibles^: les autres, en voyant dans riiomme un pur mode du développement de la substance divine, en méconnaissant en lui le principe individuel, le confondent avec la Divinité et doivent par conséquent nier la liberté de Tesprit, sa responsabilité morale et son immortalité personnelle-.
^ Si nous revenons encore une fois à la question du matérialisme (V. t. I. p. 112^ si démoralisant pour toute la vie humaine, c'est pour constater ici que le matérialisme, tel qu'il est professé aujourd'hui en Allemagne par quelques intelligences égarées, loin de marquer un progrès scientiiique sur le matérialisme du dix-huitième siècle en France, est tombé hien plus tas. parce qu'il a perdu complètement le sens et le besoin d'une argumentation méthodique. Les matérialistes français savaient que toute'solution dépend de la question de l'origine des connaissances, et ils s'appuyaient sur les démonstrations que Condillac leur paraissait avoir fournies pour la doctrine du sensualisme. ^lais les matérialistes allemands, bien que la physiologie elle-même ait mieux examiné le mode d'exercice de certains sens, et que par exemple la théorie de la vue, comme Ta démontré un ophthalmologae célèbre (notre ami Ruete, j ISGT, dans son écrit: Ueber die Existenz der SeeJe vom naturicissoischaftJichen Standpuncte, de l'existence de l'àme du point de vue de la science naturelle. Leipzig. 1863'. soit bien propre à leur opérer la cataracte intellectuelle, ils s'attribuent le privilège de ne tenir compte d'aucun fait qui renverse leur doctrine, et, tout en étant obligés de concéder que la conscience jrropre est inexplicable par la théorie des nerfs, et que même le sentiment, comme d'autres physiologistes Pont constaté, présuppose encore un agent distinct de Pirritation des nerfs, ils déclarent comme un dogme accepté d'une foule ignorante, que l'esprit n'est qu'un produit (une action de phosphore) du cerveau, et que l'homme n'est qu'une transformation de la bête, un descendant du singe, qui s'est perfectionné jusqu'à créer le langage articulé. Mais, sans mentionner ici \à fiction de l'existence primitive d'un être inUrmédiaire comme source commune du singe et de Phomme, fiction appuyé d'aucun fait et résolvant la question par la question, le caractère bien compris de la riiison et de son rapport intime avec le langage articulé fournissent déjà une preuve sufnsante que le singe, privé du principe <îivin de la raison, seule force de perfectionnement, n'a jamais pu créer le langage articulé. Aussi longtemps que ceux qui se présentent comme les descendants du singe ne démontrent pas. par un fait de l'expérience, que le singe, comme père ou frère des hommes, peut aussi apprendre le langage, toutes les théories que ces matérialistes bâtissent sur des états primitifs très-imparfaitement connus, ne sont que des fictions o/ai s'évanouissent devant les faits réels et incontestables de l'expérience. C'est chose regrettable que d'entendre parler de leçons faites en présence d'un public qui se pâme d'aise d'apprendre sa descendance du singe ou sa parenté avec lui; mais il est aussi du devoir de la science de se prononcer ouvertement contre cet abrutissement de l'homme, et de proclamer cette théorie ce qu'elle est, un dévergondtage déshonorant la raison et la science de l'homme.
- Xous entendons par panthéisme les doctrines qui ne reconnaissent qu'un seul être ou une seule substance dont le monde est le développement successif. D'après ces systèmes. Dieu et l'univers ne sont qu'une
Les uns et les autres aboutissent à des conséquences sociales qui violent les droits de la personnalité.
L'homme est, par sa personnalité, but en lui-même, et ne peut être traité comme chose, comme moyen. La personnalité est la raison de la capacité de droit. Cette vérité était comprise par le droit romain, qui faisait dériver le caput^ ou la capacité de droit, de la qualité de personne, mais sans identifier celle-ci avec la nature de Thomme; Tesclave était un homo et pas une persona^ celle-ci n'étant constituée que par la reconnaissance de l'État. C'est par le christianisme et la philosophie que ces deux notions ont été identifiées.
Le droit qui se rapporte à cette qualité de Thomme est le droit de personnalité^ qui renferme Vensemhïe des conditions d'où dépendent le respect^ la conservation et le développement de la personnalité sous toutes ses faces et dans toutes ses manifestations. Ces conditions doivent être remplies d'abord par la personne elle-même, ensuite par d'autres personnes qui ont au moins à s'abstenir de toute lésion de ce droit. Comme la personnalité et les qualités qu'elle renferme ne sont pas des acquisitions de notre volonté, mais des propriétés que nous tenons de l'Être suprême, qui en exige le respect et l'inviolabilité, personne ne peut, par aucun contrat, y renoncer en faveur d'un autre ou de la société;
seule chose; les êtres finis sont absorbés dans l'Être infini; loin de posséder un principe éternel d'individualité, ils ne sont que les modes d'évolution de la substance qui se développe dans l'univers d'après des lois nécessaires et fatales. Une doctrine, au contraire, qui, comme celle de Leibniz et de Krause, établit un principe éternel d'individualité, et reconnaît Dieu comme l'Être infiniment personnel, existant aussi audessus du monde, doit aboutir à des conséquences toutes différentes. Si cependant on entend par panthéisme toute doctrine qui admet que le monde existe en Dieu et que Dieu est aussi essentiellement présent dans le monde, il faut donner ce nom, pris dans un sens qui n'est justifié en aucune manière par l'histoire des systèmes philosophiques, aux plus grands philosophes comme aux plus profonds théologiens, à tous ceux qui ne se payent pas de mots et qui reconnaissent Dieu comme l'Être un, infini, absolu, cause et raison de toutes choses. — Voir sur la question du panthéisme, «l'Essai théorique et historique sur la génération des connaissances humaines, dans ses rapports avec la morale, la politique et la religion», p. 759, s., par M. G. Tiberghien.