‹ Cours de droit naturel;Chapitre 13 sur 13 · TBKME ET UNIÈME LEI^ON · texte numérisé non relu

TBKME ET UNIÈME LEI^ON

qu'ils soient ; alors même que nous ne comprenons rien au bien absolu, nous sommes sûrs que ce bien, absolu existe ; que ces biens parliculiers , que doi connaissons, sonl les éléments de ce bien absolu, en sorte qu'ils porteraient pour noua tous lescai-aclères du bien absolu, si nous le connaissions,

Voilà la véritable position où nous sommes. La ! création nous éclia[^ , par conséquent sa fin. Lorsqu'une pensée de la création nous apparatl, et par conséquent une partie des lins de la création, ces fms-là sont sacrées pour nous, nous devons les respecter.

Messieurs, voilà tout ce qu'il y a de mystériem dans les conceptions morales, ou dans les conceptions qui vont à la conception morale. En descendant de la création universelle, qui embrasse la création tout entière, et Dieu lui-même, à l'ordre de ce monde, à l'ordre de Tbomme, nous trouvons souvent des choses qui sont plus claires que la lumière du jour. L'bomme conçoit qu'il a une fin. Il se sait libre et intelligent, il sent qu'il est chargé de remplir cette fin dont il se rend responsable , il sent qu'il y a mérite si cet accomplissement a lieu par nous ; ou démérite s'il n'a pas lieu. Mais il découvre bien vite qu'il lui «st impossible d'aller complètement à sa fin, que tout a été arrangé en ce monde pour qu'il ne puisse arriver ni à toute la vérité que son intelligence conçoit, pour laquelle il a été créé, ni i cette union universelle avec tout ce qui existe» tout ce qui est analogue en nous» qui est un des buts

de notre nature , ni à aucun des autres buts pour lesquels notre nature a été faite. D'où il lui est évident que le dessein de Dieu, dans cette création, n'est pas que l'homme aille à sa fin absolue telle quelle résulte de sa nature. Mais il y a un bieb en ce monde, qui est complètement au pouvoir de l'homme, de tout homme paisible, de quelque manière qu'il ait été élevé, dans quelque situation qu'il soit placé. Ce bien, c'est le bien moral qui consiste , dans chaque circonstance , à aller à sa destinée autant qu'il est possible, et autant qu'on la comprend. De plus il est évident à l'homme, qu'en cherchant ce bien moral, il devient méritant, digne d'une meilleure destinée; qu'il devient une meilleure personne, tandis qu'il développe en lui tous les éléments de la personne. H lui est évident, en troisième lieu, que Tordre de choses dans lequel il aurait pu accomplir toute sa destinée sai» efforts^ n'aurait pas développé en lui cette merveille qu'on appelle la personne , qui le rend semblable à Dieu. Alors Dieu est justifié dans^ Tordre passager de ce monde. Le pourquoi de cet ordre passager nous est donné. Il nous est prouvé jusqu'à la démonstration, que le bien moral est notre véritable fin en cette vie. Dès lors les devoirs de l'homme envers lui-même sont fixés, et toutes les traditions de droit naturel sont établies, en voilà le principe. Ce principe est plus clair que la lumière du jour. Je ne connais rien de mieux démontré, de plus évident , et je me charge de porter cette branche de la morale , la morale per^

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sonnelle, au plus haui degré d'évidence scientifique possible.

Assucément la fin des êtres libres est un élément du bien en soi; mais d'une part, s'il n'y avait pas d'autres êtres , l'homme serait tenu d'adorer et de respecter le développement libre de toutes les choses qui l'entourent, des arbres, des plantes, des animaux, absolument comme il est tenu de respecter le développement libre de ses semblables. Mais deux circonstancfis nous frappent dans le spectacle des choses : la première, c'est que ces choses n'étant ni libres ni intelligentes , ne sont pas du tout chargées, ni responsables de l'accomplissement de leur destinée ; ce ne sont que des instruments dans la main de Dieu. Donc il n'y a pas d'abord injustice à violer l'ordre de ces choses. En second lieu (et c'est ce qui est capital), il y a conflit pour l'organisation et l'arrangement de ce monde, conflit perpétuel entre l'ordre des choses et l'ordre de l'homme. Or, obligé et tenu comme je le suis par ma constitution, d'accomplir mon ordre, je me trouve en présence d'êtres qui ne sont pas chargés, qui ne sont pas tenus d'accomplir leur ordre ou leur fin, qui ne sont qu'un instrument entre les mains de Dieu. Eh bien! s'il y a conflit entre ces deux ordres, que l'un ne puisse se réaliser qu'à la condition que l'autre soit détruit, modiCé, altéré, j'ai tous les droits du monde, moi chargé de l'accomplissement de mon ordre, qui me trouve en face de créatures non responsables, purs instruments dans

les mains deDieu. S'il avait tenu à ce que les fins de ces choses s'accomplissent rigoureusement , il aurait bien su arranger la création de manière à ce que cet ordre me fût sacré comme celui de mes semblables, ou inaccessible comme celui des planètes. Dieu y aurait pourvu, s'il n'avait pas voulu que l'on violât leur ordre au profit du nôtre. Il m'est donc démontré que je puis user des choses, les détourner de leur destinée pour l'accomplissement de la mienne. C'est à ce titre que je tue des animaux, que j'interromps une foule de destinées qui s'accomplissent; que je trouble au profit de mon ordre, l'ordre de la création matérielle qui m'entoure , de la création aveugle qui m'entoure, tandis que, en face de mea semblables , chargés comme moi de l'accomplissement de leur destinée , cet ordre est sacré pour moi , je ne puis pas au profit du mien le troubler. Yoilà les fondements de toute la raison de notre conduite envers les autres. Ainsi , à la lumière de ce principe, la notion du bien , je vois se poser d'avance tous les principes d'où doivent dériver les règles de la conduite humaine, dans toutes les différentes branches du droit naturel et de la morale. Il est trop tard pour que je les rappelle, je les supprime entièrement; mais j'avais besoin de résumer tout cet ensemble de doctrines, afin de vous laisser l'impression de ce qui servira de fondement aux différentes branches de droit naturel que j'aborderai plus tard.

Messieurs ,

Nous voici arrivés à Id partie la plus difficile de notre tâche. Le but vers lequel nous n*avons cessé de marcher depuis le commencement de ce cours^ et dont chaque leçon nous a rapprochés , nous le touchons enfin; il s'agissait de déterminer F idée du bien, et nous avions à choi^r entre deux routeit l'une plus directe, qui était de chercher immédiatement la solution du problème; l'autre plus sûre j qui était de demander d'abord cette solution aux systèmes philosophiques, sauf à la chercher par nous-mêmes s'ils ne nous la donnaient paa. L» seconde nous a paru préférable; nous l'avons suivie. Nous avons donc évoqué toutes les doe-r trines philosophiques sur la question , et nous leê avons successivement interrogées. Du pranierCDifp nous les avons vues se partager eH deux claases s celles qui , explicitement ou implicitement umM l'idée du bien, et celles qui la reconnaissant^^ Il fallait vérifier, avant tout, si les premières avaient raison, car alors notre recherche eût été vaine t

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puisqu'on aurait poursuivi la détermination d'une idée chimérique. Nous nous sommes donc livrés à un examen, et il nous a convaincus que ces doctrines étaient insoutenables et que la négation de l'idée du bien n'était en elles que la conséquence de l'erreur. Soulagés de ce doute, nous avons donc continué notre revue, et passant aux doctrines qui admettent l'idée du bien et s'efforceut de la déterminer, nous leur avons demandé la solution du problème. Au lieu d'une, elles nous en ont présenté trois, et il en devait être ainsi, puisque notre nature pouvait céder à trois mobiles et aspirer à trois buts distincts d'action : il était inévitable que cliacun de ces buis fut considéré par quelque philosophe comme contenant en soi et représentant la véritable idée du bien. Restait à savoir lequel la contient et la représente véritablement. Pour le découvrir nous avons examiné les trois solutions et les systèmes qui les ont proposées et défendues. Cet examen nous a conduits à rejeter deux de ces solutions , celle des systèmes égoïstes et celle des systèmes instinctifs, et à reconnaître que ridée du bien ne peut se résoudre ni dans la plus grande satisfaction de nos personnes comme le veulent les premiers, ni dans l'objet particulier du bien de ces penchants comme le soutiennent les seoonds. Il suivait de là que cette idée ne pouvait plus se rencontrer que dans le troisième but en vue duquel nous pouvons agir, But avoué par la raison, qu'elle appelle le bien, et vers lequel nous sommes portés non par la prudence ni le dé-

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sir, mais par Fc^ligalion. Cest ce que reconnaissent d*un common accord tous les sjslèmes rationnels, et nous Façons reconnu a^ec eux. Mais ce n'est pas assez d^a^oir constaté que le bien conçu par la raison étant le seul qui le soit absolument et qui oblige , est, par cela même, le seul qui satis&sse aux conditions du problème ; il faut aller plus loin et déterminer en quoi ce bien consiste.

Les systèmes rationnels Font compris, et nous les avons yus, d'accord sur le but, se partager sur Fidée qu'on doit s'en former. Les uns soutiennent que Fidée du bien est irréductible et ne saurait être définie ; les autres , qu'on peut la résoudre dans une idée plus claire^ et cherchant cette idée, il fallait suivre les doctrines rationnelles dans ce débat suprême, et nous l'avons fait. Essayant avec Price et ses Écossais Fidée que le bien est indéterminable, nous avons vu qu'elle est inadmissible, s'il est vrai que le bien soit un but distinct des actions, et par rapport auquel nous les jugeons mauvaises; car alors nous ne pourrions porter ce jugement; qu'ainsi elle entraîne nécessairement la négation du bien comme but extérieur, et Faffirmation qu'il n'est qu'une qualité simple des actions perçue immédiatement en elles, comme la couleur et la forme dans les corps ; doctrine que tous ceux qui ont soutenu que le bien était indéfinissable , ont eflfectivement professée , mais qu'il est impossible d'admettre , car elle confond deux choses distinctes > le bien moral et le bien en soi ,

AU thente-dedxième leços.

et ne saurait se concilier avec les détibéru Lions de la conscience, lu discussion que la murale soulève el la marche ps'ogressive qu'elle a suivie dans ses développements. L'opinion qui nie que lebien puisse être défini ainsi condamnée aveu celte classe de systèmes rationnels qui la soutiennent , H ne nous restait plus qu'à en demander la définitioa à ceux qui ont cru qu'elle pouvait être trouvée, el qui l'ont cherchce. ISous avons donc interrogé plusieurs de ces systèmes, el examiné les idées par lesquelles ils ont essayé de traduire celle du bîea. Aucun ne nous a contentés, parce qu'aucun o0 nous a i^aru satisfaire à fa double condition qu'une telle idée doit remplir, <rétre reconnue par la conscience commune, celle-là même qu'elle entrevoit confusément sous le mot bien, et de coïncider tellement avec celle que ce mot représente , qu'elle ne comprenne ni plus ni moins, et qu'on puisse iaseosiblement substituer l'une à l'autre dans toutes les applications possibles. La théorie de Kant, qui substitue à la distinction du bien un signe au moyen duquel on peut le reconnaître, ne nous a paru qu'un moyen ingénieux d'échapper à la difficulté sans la résoudre. Tel est, HesBÏeure, le chemin que nous avons fait, et tels sont les résultats que l'histoire de la philosophie, sévèrement interrogée , nous a donnés. Ces résultats sont considérables, quoiqu'ils ne contiennent pas la définition que nous cherchions. Une foule de vérités que nous ignorions, nous sont parfaitement connues et délaoatréee. Nous savons qu'uicun des systèœea phi-

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losophiqoes qui impliquent la négation de l'idée du bien n'est fondé , et par conséquent nous sommes rassurés sur la réalité de cette idée obscurcie et mise en doute par ces systèmes. Et quant à la détermination même de cette idée, la revue que nous avons &ite des systèmes qui Font essayée, nous a révélé toutes les méprises , toutes les confusions dans lesquelles l'esprit humain pouvait tomber en la poursuivant. Le vrai bien pouvait ôtre confondu, soit avec le but particulier de quelque instinct, soit avec le but plus général, mais tout personnel , de l'instinct bien entendu. Nous avons rencontré les grands systèmes qui sont tombés dans cette double méprise, nous les avons examinés à fond, et nous savons que ni le bien de l'instinct, ni le bien de l'égoîsme ne sont le bien en soi. Ce vrai bien pouvait encore 6tre confondu avec le bien moral , ou le bien dans les actes qui n'en est que la réalisation ; nous avons aussi trouvé sur notre chemin les doctrines qui ont érigé cette conftision en système , et nous en avons constaté l'insuffisance et l'erreur. Grâce à cette confusion , on pouvait supposer et soutenir que le bien est indéfinissable. Des philosophes se sont trouvés pour r^résent^ cette erreur, et nous les avons réfutés. Sans nier que le bien fût définissable , on pouvait nier qu'il fût utile de le définir , et se contenter, pour le reconnaître , du signe de l'obligation qui y est inséparablement attaché ; nous avons combattu dans K^nt cette désignation qui peut être produite, mai» ^ui ne satis&it point l'esprit hu^i

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main. Enfin, Messieurs, au delà des opinions qui nient le bieo , au delà de celles qui le cherchent où it ne peut pas être, au delà de celles qui, ne le cherchant pas où il estj soutiennentou qu'il ne peut être défini, ou qu'il estsupertlu de l'essayer, on pourrait en le recherchant où il est , ou en essayant de le définir, le résoudre dans des idées qui ont avec lui une identité apparente, mais qui cependant ne sont pas les \éritables. Ces idées, l'histoire nous les a aussi livrées dans son teste des systèmes dont nous avons constaté les diverses méprises, et nous savons qu'elles ne contiennent point la définition que nous cherchions. Nous sommes donc arrivés, par la voie de l'histoire, aussi près que possible delà solution du grand problème que nous avions posé en débutant. Toutes les erreurs possibles sont écartées; la vraie difficulté est posée, définie, circonscrite; nous savons an juste à quelles conditions nous en aurions trouvé la solution , et à quels signes nous pourrons la reconnaître. Il ne nous reste plus qu'à l'aborder et à la vaincre, s'il est possible. Voilà, Messieurs, ce que nous avons Élit , et à quoi nous a conduits et servi ce que nous avons t^it. 11 fallait, avant de quitter l'histoire et d'entamer la partie dogmatique , vous rappeler encore une ibis le chemin parcouru. Vous nous pardonnerez ces retours fréquents sur le passé, à chaque pas nouveau que nous faisons; insupportables dans un livre , ils sont indispensables dans un cours qui agit p!|r la parole, à de longs intervalles, et laisse dans les esprits

des traces fugitives». Celui-ci sera le dernier. Nous voici en présence du problèÉë , nous allons le résoudre. L'historien disparaît, le philosophe lui succède. Veuillez accorder à ce dernier l'indulgence et l'attention que vous n'avez pas refusées au premier.

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