S2 TRENTE ET DMÈWE LEÇON
-valion nous eu assure, dans certaines limites qiii laissent bien du jeu à la liberté, mais pas assez pour troubler les desseins immuables de Dieu.
Messieurs, quand on étudie l'homme, qui est le type des êtres intelligents et libres pour nous, on remarque quelles prodigieuses précautions ont été prises par le Créateur pour empêcher l'être libre de trop quitter le chemin de sa destinée. En effet, il n'y a pas un mobile en lui qui ne le pousse à celle lin. Le penchant ou l'inslincl l'y pousse; l'égoïsme l'y conduit; le motif moral lui prescrit d'y aller. Il est fort diflicile qu'étant soumis à des mobiles qui le poussent tous vers cette fin , il n'y aille pas, ou s'en écarte beaucoup. Ce que peut faire déplus important la liberté humaine dans la poursuite de la lin, c'est d'y aller en tant quelle est la fin , ou bien d'y aller pour les autres motifs ; mais soit qu'elle y aille parce que c'est la fin, le bien, soit qu'elle y aille par instinct , par calcul personnel , elle y va toujours ; il n'est pas donné à la créature humaine de ne pas aller plus ou moins à la fin, pour laquelle la créature humaine a été créée. L'homme est enchaîné à la poursuite de sa fin par tous les liens de passion , d'égoïsme et de moralité. On He découvre pas en nous un mobile qui tende à l'écarter de cette fin ; et, d'un autre côté, quand nous nous égarons par la voie de notre liberté, dans la poursuite de notre véritable fin , nous y sommes incessamment ramenés par toutes les punitions que l'ordre éternel des choses, au sein duquel nous
sommes appelés à nous développer , inflige à celui qui quitte sa voie pour entrer dans une voie qui n'est pas la sienne. La vraie manière de souffrir c'est de quitter le chemin de sa destinée; des punitions immédiates , et qui sortent elles-mêmes de l'ordre des choses, atteignent tout homme qui s'écarte de cette voie ^ et proportionnellement au degré dont il s'en écarte. C'est ce qui fait, Messieurs , qu'il est difficile à l'homme de s'écarter beaucoup de sa fin et que j'ai toujours soutenu , et que je soutiendrai toujours, que l'homme qui ^ le plus mal rempli sa fin, l'a pourtant remplie aux trois quarts ; que le plus grand criminel, l'homme le plus immoral , a pourtant exercé, à un certain degré, à un degré assez élevé, la personnalité humaine ; et qu'en sortant de cette vie, si mal qu'il l'ait passée, il est tout autre que quand il y est entré , il est une créature semblable à Dieu , même sous les crimes qu'il a commis. 11 a délibéré, il a choisi, il s'est trompé, mais il a exercé ses nobles facultés; il était chose, il est devenu personne ; il s'est créé. La vie n'est inutile à personne , elle est utile à toute créature humaine. C'est avec une immense indulgence qu'il faut juger les hommes, comme le &it Dieu lui-même qui voit les faiblesses humaines; il voit en même temps le but vers lequel tout s'a^ vance.
Voilà donc deux classes que nous distinguons : les êtres qui ne sont pas libres et qui vont fatalement à leur fin, et les êtres à qui il est dooR^
d'y arriver avec intelligence et liberté. Les uns devieiinentdespersonnesjlesautres restent deschoses.
On appelle bien moral l'accomplissement de leur fin par les créatures libres el inlelligentes, et mal moral le non-aceom plissement de leurfm, tandis que les mots d'ordre et de désordre sont réservés pour désigner l'accomplissement de leur fin par les êtres (lui n'ont ni liberté ni intelligence. Vous devez comprendre tout de suite que le désordre dans des êtres qui vont fatalement à leur fin n'est pas possible. Aussi , quand il est créé dans ce monde, il l'est toujours par une cause élrangêre à la nature de cet ôire.
J'ai dû remarquer, comme je crois l'avoir fait dans ces leçons, que l' homme causait beaucoup de désordre dans ce monde , mais j'établirai un peu plus tard, qu'il en a le droit. D'un autre côté, il faut remarquer que l'ordre de ce monde , qu'il ne faut pas prendre pour l'ordre absolu, mais comme un anneau de cette chaîne immense des existences qui remplissent l'espace, et qui rempliront l'avenir; que l'ordre de ce monde est tel qu'aucune destinées ne s'y accomplit complètement , que toutes se limitent l'une par l'autre. Le mal en ce monde n'est que l'imperfection du bien. Or c'est un ordre de choses qui est spécial à ce monde, et qui, entre mille autres indications, témoigne que le monde n'est qu'un point dans la création, n'est qu'un monde provisoire, ne contient pas du tout l'idéal de Tordre absolu et parfait.
Messieurs , il y a une foule de mystères pour nous dans les conceptions morates. Le bien absolu ou la fin définitive de toute chose , ou la pensée de Dieu dans la création, nous échappent complètement. Et en effet , l'espace est infini ; la création remplit l'espace ; nous ne sommes qu'un faible point des choses créées ; par conséquent nous ne pouvons avoir aucune idée de l'ensemble, et il faudrait avoir une idée de Tensemble pour s'élever à la fin. D'un autre côté , l'espace est infini , et dans le sein de l'espace infini , doivent s'écouler indéfiniment une succession de mondes et de créations. Or, nous ne sommes dans la durée qu'un point, qu'un faible point ; nous ne pouvons donc pas comprendre la création sous le rapport de la durée , pas plus que sous le rapport de l'espace. C'est ce qui fait que la fin absolue des- choses , ou le bien absolu nous échappe ; mais nous avons l'idée qu'il y a une fin, et la certitude que c'est le bien , quoique nous ne sachions pas en quoi consiste cette fin , et par conséquent le bien. Cette fin existe , c'est le bien , voilà ce dont nous sommes certains ; et comme nous sommes certains , en second lieu, que rien ici-bas ne peut être étranger à cette fin; que toute fin particulière, quelle qu'elle soit, est un élément de cette fin absolue, nous sommes appelés à respecter , comme élément du bien absolu , toute fin particulière que nous connaissons ; et notre devoir se borne à cela : il se borne^ comme je vous l'ai dit , à respecter du bien les éléments que nous en connaissons , si peu nombreux