Voir G. Paris, dans Romaiiia, I, 12 et suiv
2. L'élément grec, que la colonisation hellénique avait fortement établi dans la Sicile et le sud de la péninsule (Grande-Grèce), disparut sans doute au commencement du moyen âge. Les dialectes grecs qu'on rencontre encore aujourd'hui çà et là dans l'Italie méridionale et en Corse sontd'établissement relativement moderne.
HISTOIRE EXTEENE DU FKANÇAIS 15
. En Espagne, il fit disparaître la langue indigène des Ibères, dont un débris seulement survécut dans le basŒue ou euskara.
En Gaule, le latin se substitua aux dialectes celtiques, de l'Atlantique aux Alpes et de la Méditerranée aux Bouches du Rhin : mais les invasions allaient modifier
cet état de choses. ,
En Grande-Bretagne, le latin n'eut pas le temps de pénétrer profondément dans les masses popu a.res ; loutefois, il a laissé nombre de mots dans le gallois et l'anglo-saxon.
En Germanie, dans la Rhétie, leNorique, laPannonie, il disparut devant les idiomes des barbares germains et slaves II ne se maintint que dans la Suisse orientale (les Grisons) et dans le Tyrol occidental, où il est connu sous le nom de la,din, romanche ou réto-roman.
En Illyrie, les idiomes indigènes, tout en subissant l'influence du latin, doivent s'être maintenus, s il est vrai que l'albanais moderne nous les ait conserves.
Des langues slaves s'étendirent sur une bonne partie de la péninsule des Balkans. .
La Dacie, conquise et romanisée par Trajan, en lUO, fut abandonnée en 274 par Aurélien, qui en transporte les habitants dans la Mésie et la Macédoine. Ce n est qua neuf siècles plus tard que les descendants de ces Latins, pâtres à demi-nomades, reprirent peu à peu le chemin du nord, refranchirent le Danube et repeuplèrent ce vaste désert delà Dacie, qui, pendant huit siècles, avait ete le champ de bataille des barbares, oii s'étaient mêles et exterminés successivement, du iv* au xii= siècle, les Goths, les Huns et les Gépides, les Lombards, les Avares . et'les Bulgares, les Madgyares, les Gumans et les Petchénèques. Ils firent refleurir dans ces régions désolées la langue de Rome, et elle s'y parle encore : c est le roumain, à présent divisé en deux dialectes principaux, le daco-roumain en Dacie, et le macédo-roumam en Mace-
.doine. g. .,
Ainsi, le latin régna complètement en Italie, «n .-sicue, en Corse, en Sardaigne; en Espagne, moins les régions
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basques, et dans les Baléares ; en Gaule et dans les île? anglo-normandes ; dans la Suisse occidentale et méridionale, et dans une faible partie de la Suisse orientale, et çà et là sur le littoral nord et sud de la Méditerranée et dan3 le bassin du Danube. Il est même à peu près sûr qu'il se parla sur tous les bords de la Méditerranée, du nord de l'Adriatique à la Macédoine, sans solution de continuité '' .
G'^st cette langue romaine ou romane, lingua romana^ comme disait le j)euple, qui, parlée dans les provinces deVimperium romaniun on de\3.Roinania, devint au sud ritalien et l'hispano-roman qui aboutit à l'espagnol et au portugais; vers l'est, le ladin, le roumain; au nord, le gallo-roman, d'où sortirent le provençal, le catalan et le français.
4. hxLiNGUA ROMANA. — La langue parlée sur ce vaste territoire était-elle partout uniforme ? Dans l'état actuel de la science, il est difficile de répondre à cette question. Toutes les vraisemblances cependant sont en faveur d'une unité à peu près complète. C'était certainement la même grammaire et la même syntaxe, et aussi sans doute le même lexique, qui régnaient de la mer Noire à l'Atlantique et des bords du Rhin à l'Atlas. Quant à la prononciation, elle devait offrir des différences selon les lieux. Gette langue était parlée par des peuples de race différente, qui, en oubliant leur langue primitive, avaient pourtant conservé malgré eux leur système de prononciation.
Ce n'est que graduellement et sous l'action de causes multiples, influence des milieux, invasions, développement indépendant, etc., que les variétés linguistiques se dessinèrent. On pourrait déjà placer au vii^ siècle, tout au moins au viii®, les modifications plus rapides et plus caractéristiques qui donneront à chaque pays sa
1. Les patois latins du Tyrol, du Trentin, de l'Istrie présentent déjà dest^its linguistiques dont on trouve le plein développement dans les dialectes roumains. Les établissements germains et slaves ont brisé cette ligne continue.
langue propre. Certains raots seront usités dans telle région plus que dans telle autre, en pleine vie ici, là totalement inconnus ou oubliés; la prononciation prendra avec le temps et les lieux des caractères plus décisifs, la syntaxe adoptera des constructions légèrement différentes. On ne peut encore émettre sur ces points que des présomptions générales.
Mais si, en négligeant ces divergences spécifiques, on considère les traits que, sous leurs plus anciennes formes, elles ont en commun ; si l'on se rappelle qu'elles ont, à peu de^ chose près, le même lexique, la même déclinaison, la même conjugaison, les mêmes procédés de composition et de dérivation, la même syntaxe : alors les langues romanes nous apparaissent comme les aspects divers d'une seule et même langue, comme les diverses floraisons d'une même plantation dans des terroirs différents.
Chacune des langues romanes a conservé comme sa propriété, et à l'insu l'une de l'autre, le nom de roman, c'est-à-dire de romain, que le peuple de Rome donnait à sa langue. Encore aujourd'hui, ce nom est porté par le roumain (romanum), par le ladin ou ro/72a/2c//e (d'un adv. *rnmanice) ^ ; le provençal s'appelle langue romane^ et les Provençaux se croient même les plus en droit de donner ce nom à leur langue.
Au moyen âge, l'italien, l'espagnol, le portugais et lo français se sont souvent désignés par ce nom. Dans notre vieille langue, traduire du latin en roman signifie traduire du latin en langue française. Le mot « roman » veut dire « composition littéraire en langue vulgaire » : le Roman de la Rose est le «. poème français de la Rose » , et le Roman de Renard est « le poème français de Renard ». Les vieux romanciers dont parle Roileau sont les vieux poètes français. Ainsi ce mot roman, retenu de tous les côtés comme leur nom par les divers idiomes sortis du latin, est un témoin irrécusable de l'unité première de ces langues qui se fondaient dans la lingua romana.
1 . La Suisse de langue française est connue sous le nom de Suisse romande (v. p. 27).
On entend donc par langues romanes les diverses langues sorties du latin. Chacune d'elles est une langue romane, mais non pas la langue romane. On entend par langue romane ou roman le latin populaire tel qu'il se parlait dans l'Empire, du m® au vii^ ou au viii® siècle. Ce roman ou latin populaire reçoit des noms particuliers d'après les régions où il est parlé : on dit le galloroman, rhispano-roman, ritalo-roman, c'est-à-dire le roman des Gaules, de l'Espagne, de l'Italie, pour désigner le latin populaire de cette époque parlé en Gaule, en Espagne, en Italie. Ce latin populaire est une langue parlée : il ne faut pas la confondre avec la langue écrite du temps, qui est le bas latin.
5. Le bas latin. — Le bas latin est le latin littéraire, écrit par des gens plus ou moins ignorants, qui laissent échapper des ûtutes venant de leur langue parlée, analogues aux barbarismes et aux solécismes de nos écoliers, quand ils écrivent en latin. A l'époque mérovingienne, le bas latin, presque entièrement calqué sur la langue parlée, excepté chez les Pères de l'Eglise, offre le tableau de la barbarie la plus complète, et, par suite, fournit à l'étude linguistique du roman une riche matière, puisque, derrière ces formes barbares, l'induction découvre la langue parlée dont il ne reste aucun monument^. A l'époque carolingienne, s^oiisCharlemagne, il se
1. Voici quelques exemples de cette latinité barbare : Qualis^ cunque a quemcunquc epistolas de nomine nostro, manus nostras Hî'matas, ostensas fuerint... ^acuas permaneani (Roziëre, Formules, '.xxix). Lisez : Qualescumque a quocumque epistolae de nomine nosiro, manihus nostris firmatae^ ostensae fuerint... vacuae permaneant. Les féminins epistolas, firmatas, ostensas, i^acuas, manus nostras sont ici à l'accusatif et non au nominatif ou à l'ablatif, parce que la langue populaire n'employait plus alors les substantifs féminins qu'à l'accusatif. — Vindedi ad illo campello fer ente modius tantiis (Rozière, Formules, cCLXXx). Lisez : Vendidi ad illum (ou mieux illi) campellum ferentem modios tantos. Le latin populaire disait en effet vendedi, vendedit, avec Ve pénultième bref et accentué, d'où le plus ancien français vendié, uendiet\ le datif illi était remplacé par la périphrase de ad et l'accusatif; Vm finale avait disparu depuis long-temps dans la prononciation, et \u et l'o atones s'étaient confondus : de là ilh , ampello':, ferente et modiu* ^antus.
Toduit une renaissance des lettres latines, et les doculents écrits par des clercs plus instruits se rapprochent avantage du latin classique. Tout le moyen âge lettré crit en bas latin. Ce bas latin, continuation au moyen ge du latin classique, présente, par rapport à celui-ci, les différences marquées ; son lexique est modifié, puis- [u'il a à exprimer des idées inconnues à Tancienne Rome ; l est l'expression, chez une minorité intelligente, d'une civilisation nouvelle très complexe. Sa grammaire, et )articulièrement sa syntaxe, subissent l'influence de la angue populaire ; il a néanmoins des traditions gramnaticales régulières. Il disparut au xvi® siècle devant les îfforts des humanistes, des cicéroniens, qui remirent en lonneur la langue des grands classiques de Rome.
6. Le groupe gallo-roman. — Écartons maintenant es autres langues romanes pour ne considérer que le troupe gallo-roman.
Le latin populaire des Gaules commença par faire lisparaître le celtique. Cette disparition ne laisse pas de surprendre. Comment un grand peuple, d'une civilisation lussi avancée que les Gaulois, put-il oublier sa langue Bt sa nationalité pour se fondre dans l'unité romaine ? Nombre de lettrés, ne pouvant admettre un fait aussi étrange, ont considéré le français et le provençal comme sortis d'un mélange du gaulois avec le latin ; on y ajoute lussi le germanique apporté par les invasions, et c'est de ce mélange informe que viendrait notre langue. Cette vue est fausse : comme nous l'avons déjà dit, le français u'est autre chose que le latin populaire dans ses développements séculaires, etle celtique a disparu devant lui.
Aj)rès la conquête de César, ia nationalité gauloise disparut. Nous disons nationalité à tort ; l'idée d'une nation gauloise, unie d'intérêts et de langue, ne répond là aucune réalité. Il y avait autant de nationalités que de itribus; presque toutes étaient en guerre les unes contre les autres. Le soulèvement de l'an 53 ne fut le fait que d'un tiers de la population, qui défendait moins une patrie que des intérêts aristocratiques. César trouva des alliés
jusque dans les tribus les plus puissantes ; Belges, Aquitains, Rémois, Lingons, Trévires, Bellovaques refusèrent d'envoyer des contingents à Alésia, et une bonne partie de la Gaule resta spectatrice indifférente de la lutte suprême. Vercingétorix est peut-être le seul qui, dans la résistance à l'envahisseur, ait eu le sentiment d'une patrie commune. Après l'épouvantable répression qui suivit la conquête, décima l'aristocratie et supprima toute résistance, Rome, avec son habileté ordinaire, maintint les rivalités locales, favorisa la démocratie des communes et des cités aux dépens des nobles; et les cités gauloises, après la conquête, se trouvèrent plus libres, plus indépendantes sous une * domination étrangère qui leur laissait leurs franchises municipales, ne changeait rien à leur gouvernement local et leur accordait, en outre, honneurs et dignités. Les Gaulois étaient assez intelligents et assez avancés en civilisation pour reconnaître la supériorité intellectuelle et morale de Rome, et en faire leur profit. Ils se précipitèrent avec ardeur dans la romanisatlon.
La Gaule une fois soumise, des villes nouvelles furent fondées à côté des anciennes. Rome mesura et étendit habilement les privilèges et les droits de cité, jusqu'au jour où Caracalla déclara Romains tous les sujets de l'empire.
Rome, d'ailleurs, ne se contenta pas d'agir par la cession des droits politiques : Agrippa, le gendre d'Auguste, couvrit la Gaule de grandes voies qui relièrent la Manche à la Méditerranée, les Pyrénées au Rhin, les Alpes à l'Atlantique. Dès le règne d'Auguste, partout sur le sol gaulois s'élevèrent des temples, des cirques, des théâtres, des thermes, jusque dans les coins les plus reculés, dans les vallées les plus éloignées. La Gaule '= est, après l'Italie^ le pays le plus riche en monuments ' romains, en inscriptions latines, et la plupart datent du i®"" siècle. L'Espagne, devenue romaine plus de cent ans auparavant, ne vient qu'après. Sous Auguste, 1.200 hommes suffisaient à garder la Gaule, tandis qu'il en fallait 15.000 en Angleterre, 45.000 en Germanie. La
vilisation gauloise disparut donc comme par enclianment devant la civilisation romaine. Il faut renoncer ix brillantes fantaisies historiques des Araédée Thierry t des Henri Martin sur cette nationalité et cette patrie auloise qu'ils identifiaient avec le druidisme. Nous pouvons regretter ce complet oubli d'un peuple ui ne songe même pas un instant à faire ce qu'ont fait ;s indigènes de l'Amérique, écrasés i)ar les Espagnols, lais conservant le souvenir de leur héroïsme dans des lants nationaux; c'est en effet au conquérant même, César, que nous devons de connaître l'histoire de la lu lie aprême. Mais les regrets ne peuvent rien contre les faits, vec la civilisation disparut la langue, qui, du reste, était es voisine du latin. Quand. on examine avec une critique îvère l'élément celtique dans le français, on n'y trouve ue peu de mots d'origine gauloise, et encore ont-ils dû asser par le latin populaire; ils sont donc comme ces lOls anglais ou allemands quenous voyons importer sous os yeux et qui deviennent français. La prononciation ■luloise a laissé, sans doute, des traces dans la prononalion gallo-romane ; mais la grammaire, qui est Téléent fondamental de toute langue, a été sans influence, omme c'est la même grammaire qu'on trouve à l'oriine en français, en italien, en espagnol, etc., et que ïtte grammaire remonte au latin populaire, si l'on )utient que le gallo-roman a subi 1 influence du celque, il faudra dire que le latin populaire a connu le iltique : conclusion qui se juge par son absurdité. On trouve des témoignages attestant l'existence du iulois jusqu'au iv® siècle. Le latin conquit d'abord les lies, puis graduellement les campagnes, laissant k la ngue indigène de vastes îlots de territoire qui allèrent 1 se réduisant jusqu'à disparition complète. Au moment îs invasions barbares, le gaulois n'était plus entendu ir aucun point de la Gaule.
Le latin populaire avait trouvé à Marseille et aux ivirons le grec apporté par les Phocéens et qui y vécut squ'au i^^ siècle. Avec la décadence politique de arscille, le grec tomba et disparut comme langue
vivante. Sur les 6 ou 7.000 inscriptions de la Gaule
romaine, on n'en a qu'une s??^^"f ïf/^/^^^i^erranée Ainsi le latin populaire s'étendait de la Mediteiranee auK bouches du Rhin, de Port-Vendres à Anvers de rAtlanSque aux Alpes, quand les ^-^^^^^^^^^ v< siècle, troubler sur quatre points un état de choses quatre fois séculaire.
10 Les Wisigoths en Aquitaine, les Burgondes en Bourgogne les^Francs SaUens au nord-est, les Francs AustSens à l'est, apportèrent leurs idiomes germaniques Ces idiomes disparurent eux-mêmes au bout K c;rtain temps ; mais les front.ères du nord ^^ l'est furent abandonnées par les Gallo-Romams, qui
dans r Alsace-Lorraine.
2o D'un autre côté, les invasions anglo-saxonnes en An^leter^e au V= siècle, chassèrent de la Grande-Breta- ^^e desTopulations bretonnes, qui s'étabbrent dans la Lse Armorique, alors dépeuplée, et firent refleurir un Ïalecte c7tiq' e dans un c^.n du pays que le latin avait, enlevé au gaulois '.
qo Au sud-ouest, les invasions des Vascons, qui Iranchfrent les Pvrénées au vi» siècle, importèrent sur un chirent es l'ancienne langue des
Cs que le lad^ avait détruite dans la Gaule et re ou-
îée en Espagne dans les provinces basques et la Navarre.
40 Enfin, au vm' siècle, les invasions arabes avaient