‹ Cours de grammaire historique de la langue française (volume 2)Chapitre 43 sur 57 · I. Voyelles orales et nasales · texte numérisé non relu

I. Voyelles orales et nasales

89. Voyelles orales. — Les voyelles pures a, é, i, ô, u, e féminin se conservent sans modification durant presque toute celte période.

L'é fermé entravé, sorti de l'é (é, ï) entravé latin, devient é ouvert dans le courant du xii® siècle : messe, mçt(mïuit), séc, sèche, evésque deviennent messe, met, sèc, sèche, evèsque. En revanche, l'e sorti de i"a libre, celui de mer (mare), celui de tel (lalem), paraît j)rendre alors la place laissée libre par l'ancien e fermé, et devenir fermé, qu'il soit ou non suivi d'une consonne qui se prononce. L'é se ferme également dans la diphtongue ié, issue de l'a libre suivant une palatale ou de l'é libre.

L'histoire de l'o fermé sera traitée plus commodément en même temps que celle de la diphtongue 6u (§ 94).

Les voyelles subissent des altérations devant certaines consonnes, comme s, r etl (§ 102, 103 et 107).

90. VoYi ' • NASALES. — Au XI® sièclc, deux voyelles nasales sont u.nnées : â, ë ; une troisième est en voie de formation : ô.

La voyelle nasale n'absorbe pas encore, comme elle le fera plus tard, tout le son de l'm ou de l'n qui la suit. La consonne conserve toujours sa valeur pleine et entière, en rendant nasale la voyelle précédente : par exemple, chanter ne se prononce pas châ-té, comme aujourd'hui, mais chân-tér , De là, à une certaine époque, pour l'm et l'n médiale, l'orthographe mm, nn oii la j)remière consonne indique la nasalisation de la voyelle : pomme, Romme, couronne, honneur, antienne, chienne.

91. A ET E NASALISÉS. — A uasal se forme de a entravé suivi de m ou n : annum, an'n, an ; campum, champ,

chàm' p.

E nasal vient de é ou é, suivis de m ou n devant une consonne : il se prononçait comme nous prononçons aujourd'hui in, ain, ein. Mais vers la fin du xi® siècle, il commençait à se fondre avec à et à en prendre le son : fïndit, féndet devenait successivement fènt, fènt, puis fàn't. Le changement était opéré au xii® siècle, si bien qu'il n'existait plus alors de son nasal ë, sauf dans la diphtongue ien (zr^ië).

La transformation fut assez radicale, |)our que ])arfois

rortliographe la suivît. Dans le courant du xiii® et du XIV® siècle, on prit Thabirtude d'écrire an, au lieu de en étymologique, dans certains mots : dedans^ leans, ceqns (intus) ; langue (lingua) ; sangle pour çangle^ cengle (cingula) ; et cette orthographe s'est maintenue jusqu'à nos jours.

L'è nasal se produit encore dans le monosyllabe atone ïn, en, même quand la préposition est suivie d'une voyelle et que l'é fermé est libre : en Espagne.

92. 0 NASALISÉ. — Au xi^ siècle, la syllabe on assone dans hi Chanson de Roland avec o pur, mais plus souvent encore avec elle-même, ce qui indique un commencement de nasalisation. Au xii^ siècle, le son nouveau 5 est entièrement formé. Il provient .

1) de rô et de Vo entravés devant m ou n :

fôntana fontaine

ri^mpit rônt

fùndare fonder

comitem conte

longum lônc

bônitatem bùnté

2) de rô et de i'o libres, devant m ou n devenu final :

bonum bon

non non

nômen, nome nnm'

11 faut remarquer que l'm et l'n agissent directement sur l'a et l'e entravés, et non sur l'a ou Te libres ^ , tandis qu'ils agissent également sur I'o libre et I'o entravé poulies changer en 5. On remarquera en même temps que rè entravé se change en é pour aboutir à ë, et que Tô, non seulement n'est pas régulièrement diphtongue, mais

l. L'è b'bre devient régulièrement iè devant m, n : bene : bien ; l'a devient ai .' panem : pain.

DU Xl^ A LA FIN DU XV^ SIECLE 147

encore devient 6 : bon assone avec dolôr^ ou sône (Roland sune) avec bàclie^ bouche,

Ces faits sont d'autant plus bizarres et contradictoires qu'aujourd'hui Ô est la nasale de l'ô et non celle de l'ô, è celle de l'é et non celle de l'é.

Page 1