Diphtongues AI, ÉI, 01. ÔI, ÙI. — Ai, dès le
XI® siècle, passe à aê, pour aboutir plus tard à un simple è, d'abord devant certains groupes de consonnes, puis devant une simple consonne, sauf dans les terminaisons verbides où il avait plutôt le son d'é (§ 111). La langue néanmoins garde l'usage de l'orthographe ancienne ai. Il n'y a qu'un petit nombre de mots dans lesquels la diphtongue ait fait place à une voyelle : allègre pour alaigre, frêle pour fraisle, grêle pour graisle, guéret ^onr guarait, serment pour sairement, etc.
Éi. Dans le fragment de Valenciennes, neiiez fnecatos) se trouve écrit noieds^ tandis que éi accentué ne change pas dans aveir (habere), penteiet (poenitebat), etc. On en a conclu avec raison que, dans le français du Nord, la diphtongue éi s'est changée en ôi, d'abord en syllabe atone. Puis éi est devenu ôi dans les syllabes accentuées, mais deux siècles plus tard seulement. Du Nord, la prononciation nouvelle atteignit l'Est (Bourgogne, Champagne), puis le Centre (Ile-de-France, Orléanais, etc.). Lcà éi fut changé en ôi dans tous les mots, excepté devant n et 1 mouillées. Mei, tei, sei devinrent moi, toi, soi; rei, lei devinrent roi, loi; mais sein (sinum) resta sein, plein (plénum) resta plein, fein foenum) resta fein. On continua de dire aveine (avena;, meins (minus) ^ et de même pareil (*pariculum), conseil (consilium),
1. On n'a pas encore fourni cl'expli(^alion cnrtaine des formes ntJoine, foin, rnoina . moindre, qui apparaissent à la fin du xv* siècle rt ont fini par triompher dans le français propre.
oeille (ovicula) ^, etc. Plus tard éi, dans les mots où cettiî diphtongue a été préservée, a passé à è.
Oi et 6i. Il existait originairement deux di])htongues oi, Tune (ôi) venu de au -|- y (naus^a, noise) (§ 54, III), l'autre (6i) venue de 6 -f- y (vôcem, vois) (§ 54, VI). Ces deux diphtongues étaient notées oi. La diphtongue ôi fut enrichie à la fin du xii^ siècle de tous les mois où, comme nous venons de le voir, éi est passé à ôi. Au XIII® siècle, les deux diphtongues se fondent dans la prononciation ôi, qui, à la fin du moyen âge, s'est changée en 6é, puis en oè, enfin en wé.
Ui, qui se prononçait, dans la première période de la langue, en appuyant sur l'û et en donnant à Fi la valeur d'un yod, tend à renverser le rapport des deux éléments. A la fin de la seconde période, l'i est devenu voyelle, l'u est devenu consonne ; on prononce wi. Jadis /mz assonait en ù ; il assone désormais en i.
94. Diphtongues EU, OU, OU, UO; triphtongues lÈU ET UOU. — Eu (prononcé éou) que nous avons vu dans Deu, cbreu (p-95, n.jdoit avoir abouti, vers lexiii® ou le xiv« siècle, au son que nous lui donnons actuellement; mais ce son nouveau est aussi l'aboutissement de ou, de ou et de UO.
Ou ([)rononcé 6-ou) est la diphtongue de 6 libre accentué (§ 51, 3°) ou provient de 6 libre suivi de u dans Zow, jou, clous (p. 95, n.). Du xi^ au xiii^ siècle, il est souvent noté par o et assone avec l'ô entravé et Va devant la nasale, et semble avoir perdu sa valeur de diphtongue. Puis une distinction nouvelle se produit : 6 accentué, libre, passe à la voyelle eu; entravé, à la voyelle u (ou ^). Cette voyelle est notée par la combinaison de l'o et de Tu, et non j)oint, comme dans d'autres langues
1. Dans pareil, conseil, etc., l'i sert à la fois à noter l'I mouillée et la diphtongue ei. On prononçait, non paré-i, mais parei-l.
2. Atone, 6 libre ou entravé se partage, sans qu'on puisse en formuler de règle certaine, entre u et b.
romanes, par lu latin, qui était devenu chez nous ù Ainsi : dolorem, dolôr, douleur-, tùrrem, lor, tmir.
Ou, àdLii'è pou (p. 95, n.), fou^ liou^jiou (p. 99, n. 2), devient, vers le même temps, eu, qui se réduit à la voyelle eu comme les diphtongues précédentes.
Uo (c'est-à-dire ùo) vient de 6 accentué, libre (§ 51,- 2^), et se change au xi^ siècle en ue, accentué sans doute uè ', qui, vers la fin du xii^ siècle, aboutit à un son simple noté par eu, oeu, oe, oue.
L'usage moderne a conservé des traces des anciennes notations, à coté de l'orthographe eu, qui est devenue courante. Ue se trouve encore dans cueillir, où la nécessité d'indiquer par l'écriture le son guttural du c a njaintenu Tu avant Te. Oe s'est conservé dans œ-il et œu, dans œuf, sœur, bœuf.
Ainsi au xiv® siècle, le groupe eu représente un uo prim.itif (6 =ô libre accentué) ; un 6u primitif (6 = ô, ù libres accentués) ; un ou j^rimitif (= au et 6 suivis de u).
lèu : la triphtongue iéu se réduit de la même façon à la diphtongue ieu (1 -f- 6U voyelle).
Uou : la triphtongue u6u avait disparu (p. 99, n.).
95. Diphtongue IÉ. — lé, qui était à l'origine une diphtongue descendante (lé), devient graduellement, dans la deuxième période, une diphtongue ascendante (it), dont le premier élément est i consonne ou yod.
Cette diphtongue se maintient jusqu'au xiv^ siècle. Du xiv^ au XVI®, elle subit une réduction dans deux cas spéciaux.
1. Tous les mots (substantifs, adjectifs, verbes ou mots invariables) en chié et en gié ramènent les groupes chié et gié à chê et ^é : vachier, bergier, legier deviennent vacher^ berger, léger \ giel, degiel, jiet deviennent gel, dégel, jet. C'est une réduction d'ordre phonétique, qui n'a laissé intactes que quelques formes de noms propres, comme Bergier (à côté de Berger], Fléchier,