‹ Cours de grammaire historique de la langue française (volume 2)Chapitre 6 sur 57 · A peu près (îomme oi dans le grec · texte numérisé non relu

A peu près (îomme oi dans le grec

2. Ce que l'on considère comme exception n'est que le résultat d'un conflit entre des lois de changements opposées. Cf. A. Darmesteter, Vie des mots , p. 9 sqrf.

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le français, s'est successivement enrichi. La langue ne s'est pas en effet contentée de ce premier fonds. Pour exprimer les nouvelles idées que lui apportait le développement de la civilisation, elle a emprunté largement aux langues voisines et aux langues classiques de l'antiquité. Des mots qu'elle avait en propre, elle a aussi tiré des mots nouveaux à l'aide de suffixes et de préfixes, ou par combinaison de plusieurs mots entre eux. Elle possède en elle-même diverses ressources qui lui permettent ainsi d'étendre son vocabulaire. Ce sont ces ressources qu'il s'agit de passer en revue.

Enfin, les mots étant des signes d'idées, il y a lieu de rechercher les changements de signification dont ils sont susceptibles; les lois que Tesprit suit quand il en modifie, étend, restreint les valeurs; les causes déterminantes du développement ou de la disparition des mots.

Formes grammaticales. — La plupart des mots, dans toute langue, se soumettent à certains accidents variant suivant les langues. L'ensemble de ces accidents forme, pour les mots dits noms et pronoms^ ce qu'on appelle la déclinaison (genres, nombres, cas), et pour les mots dits verbes^ ce qu'on appelle la conjugaison (voix, modes, temps, personnes). Ce système de déclinaisons et de conjugaisons constitue les formes grammaticales^ ce que beaucoup de grammairiens appellent la grammaire à proprement parler, parce qu'elles sont comme le moule de la langue. Le lexique et la prononciation peuvent varier ; si ce moule ne change point, la langue n'a pas changé ; et s'il était possible, avec une prononciation et un lexique immobiles, que le moule changeât, la langue deviendrait autre. L'arabe (langue sémitique) a si fortement pénétré le persan, et le persan (langue indo-européenne) a si fortement pénétré le turc, que le vocabulaire de chacun de ces idiomes est comme noyé dans un vocabulaire exotique; et cependant, comme la grammaire persane n'a jamais changé, celte langue est restée indo-européenne malgré l'importation sémitique; et, comme le turc a conservé ses formes

grammaticales, il a gardé du même coup son individualité de langue ouralienne ^.

L'anglais a reçu depuis le xi^ siècle une telle quantité de mots français, que notre langue peut revendiquer la moitié de son lexique, et certains philologues vont jusqu'à faire entrer l'étude de l'anglais dans Tétude des langues romanes. Mais la grammaire anglaise est restée germanique; et l'anglais doit compter parmi les langues germaniques.

Les mots s'empruntent, se perdent, se renouvellent. Les formes grammaticales par lesquelles passe ce matériel mobile et fuyant demeurent comme demeure la forme extérieure des corps organisés dont les molécules composantes se renouvellent incessamment sous l'action des forces d'assimilation et de dissimilation -.

Syntaxe. — L'homme ne pense pas des mots isolés : il échange avec ses semblables des jugements, c'est-à-dire des groupes d'idées. Ces jugements s'exprimentdonc par des groupes de mots. Or, les mots dans les diverses langues ne se combinent pas au hasard, mais suivant des habitudes de construction établies par l'usage. La constatation de ces habitudes est désignée sous le nom de syntaxe. Ici encore, l'historien d'une langue doit suivre les transformations que l'usage a imposées à l'ensemble des faits syntaxiques.

Ainsi, pour ne considérer que le français, on peut étudier la prononciation, le lexique, les formes grammaticales et la synlaxe dans leur évolution historique. De même que les générations se sont succédé sur notre sol sans interruption de l'époque romaine à nos jours, de même le langage s'est transmis oralement par chacune d'elles aux générations suivantes, dans une continuité de tradition ininterrompue. Mais, dans cette succession à travers les âges, les usages de la langue se sont

1. Le turc, le finnois et le hongrois sont trois langues sœurs, issues du rameau ouralien.

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