‹ Cours de grammaire historique de la langue française (volume 3)Chapitre 16 sur 50 · I. PRONOMS PERSONNELS · texte numérisé non relu

I. PRONOMS PERSONNELS

390. Pronom personnel sujet. — I. La vieille langue, suivant la tradition latine, supprimait souvent le pronom personnel sujet. Elle ne l'exprimait guère que lorsque le verbe ou un pronom personnel régime auraient été en tête de la phrase :

Dist OUuiers : Jo ai paiens i>eduz.

[Roi., V. 1039)

Jo i'ai laissiet en une marche estran^e.

{RoL, V. 839)

Quand, au contraire, et ces cas étaient très fréquents, la proposition commençait par un complément direct ou indirect, par un participe ou un adjectif prédicat, par un mot invariable, ou quand elle était précédée d'une autre proposition, l'ellipse du pronom sujet était générale : Par son cors les peust délivrer de prison (Joinv. 9). En grant avanture de mort fumes lors (11). Envieus estes et vilains [Ch. Lyon^ v. 90); Comander vos vuel et prier (id. 549) Or vous vueil faire une demande (Joinv. 48).

Nous avons vu (§193) que l'affaiblissement graduel des flexions verbales imposa de plus en plus la présence du pronom personnel sujet pour marquer la personne grammaticale. On trouve toutefois des exemples nombreux, au XVI® siècle, de l'ancien usage : Et le feray imprimer^ a ce que chascun y apreigne, comme je ay faist (Rab. I, 320]. J\""^ ne veux gaster ses meurs généreuses (Mont., I, 25). // te gardera sous son aisle, et seras a seureté sous SCS plumes (Calvin, 264). L'autre se plaint que jaloux mary a (Marot, 10). Au xvii® siècle, en particulier chez La Fontaine, on rencontre encore des exemples d'omission du pronom sujet; mais ce sont des archaïsmes. L'emploi du pronom sujet est devenu une règle presque absolue.

Il faut toutefois noter deux exceptions.

1° Dans certaines tournures impersonnelles, le pronom il, sujet grammatical ou logique, est encore supprimé : Tant y a que. N'importe. Si bon vous semble. D'oii vient que...? A Dieu ne plaise. Cinq et trois font huit; otez deux^ reste six. C'est là un reste de la construction primitive. L'analogie qui, à partir du milieu du xii^ siècle (§ 198), avait étendu graduellement à tous les verbes impersonnels le pronom il des verbes personnels, a laissé ces expressions hors de son atteinte. Au XVI® siècle, les cas d'omission de ce pronom sont encore très nombreux. Hors des archaïsmes actuels, ils sont rares au xvii« siècle : De cette confusion arrive (Pascal, Pensées, I, ^'è).Mais à quoi sert, mes pères, d'opposer...} {Prov. XVI). Et quels avantages, Madame, puisque Madame y a ? (Molière, VI, 519). La Fontaine, seul, a

une prédilection pour cette ellipse : N'a pas longtemps (IV, 85). Comment vous va (VIÏ, 128). Non sera sur mon âme (IV, 346). Toujours falloit forger de nouveaux tours |IV, 302), etc.

2° Dans les propositions composées, formées de deux verbes consécutifs ayant le même sujet, le sujet peut n'être exprimé qu'une fois : f admets et prétends. Il désire et demande. C'est là un archaïsme que la langue a pu conserver sans inconvénient, la construction étant suffisamment claire. Mais cetteellipsen'est guère tolérée que quand les verbes sont au même temps et lorsqu'ils sont peu séparés l'un de l'autre; nous n'écririons plus comme Racine : Je le recueillis ici et l'ai nourri avec grand soin (VI, 100), ni comme M""^ de Sévigné : « Hi, /u', /u', hi, hi^ lui fit- elle., en lui riant au nez; voilà comment on répond aux folles « et passe son chemin (III, 3).

II. Si l'ancienne langue supprimait souvent le pronom sujet, par contre elle employait fréquemment les pronoms de la troisième personne pour rappeler un sujet déjà exprimé, mais en général éloigné de son verbe : Li roys de France qui sot que il estaient la., il sadreca (Joinv., 19). Les sciences qui règlent les mœurs des hommes... elles se meslent de tout. (Mont., I, 29). Encore au xvii® siècle et au xviii® : Un noble, s'il vit chez lui., dans sa province., il vit libre (La Bruy., I, 326). Les Romains se destinant à la guerre et la regar~ dant comme le seul art, ils mirent tout leur esprit et toutes leurs pensées à le perfectionner (Montesquieu, Grand, et Dec, 2).

III. Le pronom pluriel ils, au xvi® siècle et au xvii®, était souvent synonyme de on : Ils demeurèrent plus tard qu ils navoient coustume (Noël du Fail, II, 311). T allègue ausni volontiers ce que fay veu, que ce quiXs ont escrit. (Mûnt., III, 13). Pour le regard de ce qu ils disent... (Ma h., II, 106).

De nos imcs communs, je veux quon soil instruit... Madame, ils ne vous croiront pas,

Ils sauront récuser l'injuste stratagème D'un témoin irrité qui s'accuse lui-même.

(Rac. II, 295)

C'est là un véritable latinisme. De même qu'on disait en latin, en mettant le verbe à la 3^ personne du pluriel, dicunt (ils disent, on dit), de même, en ancien français, la 3^ personne du pluriel sans pronom sujet exprima l'idée indéterminée marquée aujourd'hui par o« ; Etmolt en orent (= on eut) grant joie par' Vost (Villeh., 299). L'habitude d'exprimer le pronom sujet s'étant imposée, on employa naturellement dans ce cas le pronom Us.

IV. Le pronom neutre // était encore au xvii® siècle d'un emploi plus étendu que dans la langue moderne. Celle-ci le remplace volontiers par le démonstratif re : Quand cela paraîtra^ je ne doute point qa\\ ne donne matière aux critiques. (Corn., X, 486).

A-t-on jamais plaidé d'une telle méthode?

Mais qu'en dit rassemblée .^ — Il est fort à la mode.

(Rac, II. 211)

Peut-être cela étoit-il vrai., mais il nétoit pas vraisemblable'. fSév., VII, 199). Goûtez bien cela; il est de Léandre et il Tie me coûte qu'un grand merci (La Bruy., I, 194). L'usage actuel ne conserve guère // que lorsque la proposition impersonnelle est déterminée par quelque complément. Comparez : il est vrai que j'ai eu tort et cest vrai., — il en est ai.isi et c'est ainsi.

391. Origine de la tournure interrogative. — Quand l'interrogation repose sur le verbe, on place indifféremment le pronom personnel sujet après le verbe : Vient- il? ou devant le verbe : Il vient? Dans ce dernier cas, le ton de la voix suffit pour marquer la question. Mais lorsque l'interrogation ne retombe pas sur le verbe, le pronom personnel sujet se place toujours après : Quand arriverez-VOUS} D'oit viennentils? Que faisons-nonsl Le français, n'ayant pas, en effet, conservé les particules interrogatives lalines, a eu

recours à l'inversion du sujet : Viendra Pierre ? Les pronoms furent traités comme les substantifs et se placèrent après le verbe :

Ço dist Rollanz : Compainz, que faites VOS ?

{Roi., V. 1360)

Geniilz qiiens, sire, u aillant hom., ou ies txi?

La postposition pour le substantif sujet ne s'est point maintenue dans le cas où l'interrogation repose sur le verbe. Si l'on dit encore : Quand viendra Pierre? on ne dit plus : Viendra Pierre? Cette dernière tournure n'était plus qu'un archaïsme au xvi^ siècle :

Las ! pourra bien ceste blanche vieillesse; Parier le fais d'une telle tristesse ?

(Th. de Bèze, Abraham)

Nous disons Pierre viendra-t-il ? Et de même la tournure encore usitée: Quand viendra Pierre? peut être remplacée par : Quand Pierre viendra-t-il?

D'oii vient cet emploi du pronom personnel, comme sujet logique, après le verbe des propositions interrogatives? De bonne heure, dans l'ancien français, l'habitude se prit de mettre dans les interrogations le sujet en tête de la phrase :

Damoiseles que fai veues En cest chastel dont sont venues?

[Chev. Lyon, v. 5219)

Et vous, qui estes ? [Th. fr. au m. âge, 146). Tu que quiers ? [Cour. Loois, v. 512). Cette nouvelle tournure, amenée par la tendance de plus en plus caractérisée du français à donner à la phrase une construction uniforme, où le sujet occupe la première place, était, d'autre part, en contradiction avec le besoin logique de commencer par le verbe lorsqu'il y a interrogation. De

là, de bonne heure, l'addition, après le verbe, d'un pro- Dom rappelant le sujet déjà exprimé :

L aveir Charlon est il apareilliez?

(RoL, V. 6'i3)

Cette construction devint de plus en plus fréquente à partir du xiii® siècle; mais peu à peu on perdit conscience du véritable rôle du substantif préposé qui était de mettre en quelque sorte le sujet en relief. On regarda le substantif comme le sujet réel du verbe, el le pronom postposé, de sujet réel qu'il était d'abord, passa au rôle de sujet logique.

392. Substitution des formes du régime aux FORMES DU SUJET. — Les pronoms sont accentués ou atones (§ i93i. Dans lancien français, tous les pronoms sujets étaient accentués. Les écrivains de la première moitié du xvi^ siècle nous présentent encore d'assez nombreux exemples de cet usage, bien qu'il eût à peu près disparu au xv^ siècle : Pour ce que je Mercure ay cogneu que (Le Maire de Belges, 1). Tvl. princesse pacifique (Id. 2). Je auserois jurer qu i\z autres foys avaient Andouilles combattu Rabel. II, 406 . De cette tournure, la langue n'a gardé que la formule Je soussigné. Dès le xii^ siècle, nous l'avons vu, on commença d'employer ces pronoms sujets comme atones en les transformant en simples substituts des flexions verbales trop effacées, qui étaient chargées d'ex|)riraer les personnes grammaticales. Ils deviennent ainsi des flexions préposées qui prennent la place des flexions postposées.

Mais, dans beaucoup de cas, il est nécessaire d'exprimer plus fortement l'idée inhérente au pronom, pour appuyer sur l'idée de la personne qui est le sujet de l'action. Aussi, à partir de ce même xii^ siècle, c'est-àdire de l'époque où le pronom j^ersonnel commença à devenir atone, la langue recourut, pour exprimer cet état emphatique, à la forme accentuée du pronom régime. Comparez le vers 2501 du Chevalier au lyon :

S' irons iornoiev moi et l'os

aux deux vers suivants du même poème :

Tu, fei la dame, qui iani sez.

Que il et tuit si chei^alier Ycnissent

i^ti langue est alors hésitante entre l'emploi de la forme accentuée du sujet et celui de la forme accentuée du pronom régime, pour marquer l'emphase. Cette hésitation cessera de plus en plus, et, depuis la seconde moitié du xvi^ siècle, on dit définitivement : moi, je dis) toi, tu dis; lui, // dit, etc.

L'exemple cité de Chrestien de Troyes, S'irons tor^ noier moi et vous, nous montre que l'ancienne langue, alors qu'elle employait ])ar emphase la forme accentuée du régime, n'exprimait pas deux fois le pronom. C'est en vertu de cette construction qu'on trouve au xvii^ siècle :

Et nous de qui les cœurs sont enclins aux forfaits Laissons languir sa gloire.

(La Font., Vf, 289)

Peut-être que moi qui existe n existe ainsi que par la force d'une nature universelle (La Bruy.,II, 253).

Il en était de même lorsqu'un pronom était coordonné à un ou plusieurs substantils comme sujet : Li roys et nous qui estions avec li demeuré.. . feismes voile (Joinv. 148). Le duc de Luynes, Noirmoustier et moi, fûmes lieutenants généraux (La Rochef., Il, 121).

Vous et les miens avez mérité pis.

(La Font., IV, 350)

La répétition du pronom sujet ne pénétra dans l'usage qu'au xiv® siècle, et, comme on le voit, elle ne s'est imposée que graduellement; elle n'est même pas

encore obligatoire dans le second cas; on dit encore fort bien : Mes frères et moi arriverons demain ^ .

393. Pronom personnel régime. — La langue raoderne n'emploie guère les formes toniques moi, toi, que comme régimes directs ou indirects d'un impératif positif : pousse-moi, écris-moi, ou comme régimes prépositionnels : Jepense à toi. Lui et soi sontaussi employés comme régimes prépositionnels de certains verbes : Nous avons songé à lui. // ne faut pas penser à soi. Encore l'emploi de ces formes toniques comme régimes prépositionnels est-il restreint a certains cas.

Jusqu'au xi\^ siècle, au contraire, les formes toniques furent employées pour marquer l'accusatif et le datif, facultativement avec un verbe à un mode personnel, nécessairement avec un infinitif et un gérondif : conseille'rent soi .Tilîeh., 24). Il moi s amble (Joinv., Credo, 854, édit. 1874}. Ce n'est qu'au xvi^ siècle que la règle moderne est instituée; on ne rencontre presque point d'exemples de l'ancien usage dans les écrivains de celte époque. Ils ont gardé toutefois la faculté d'employer le pronom soi suivant lancienne règle, mais plus souvent avec un infîntif et un gérondif, qu'avec un verbe à un mode personnel : Pantagruel soy complaingnoit de ceste guerre (Rab., II, 416). Soy embarquant pour faire vaille [l, 183). On retrouve cet usage chez La Fontaine :

Tant ne songeaient au service divin Qu'à soi montrer.

(IV, 'i88).

Nous employons bien encore la formetoniquelorsqu'un verbe a deux compléments dont l'un est un pronom ; mais, dans ce cas, ce pronom est exprimé une première fois sous sa forme atone devant le verbe : nous t'aimons toi et ton frère. Cette répétition du pronom est

1. Il n'est pas rare de rencontrer au xvii* siècle la forme atone seule au lieu de la forme tunique dans ces sortes de phrases, mais alors le pronom est nécessairement en tête, et le verbe s'accorde avec le pronom seulement : Je me porte bien, Dieu merci et tout* la famille (Rac. VII, 245).

ancienne dans l'usage, puisqu'on la constate déjà chez Villehardouin : Dieus les nos taira conquerre ensemble nos et els (63). Vos \'ai>ez tant servi et moi et lui (189). Mais elle ne s'est introduite que peu à peu '.

De même pour l'emploi des formes toniques avec la préposition, il est à observer :

1° Que les pronoms adverbiaux en et y ont remplacé en français moderne et avaient déjà remplacé en ancien français certaines périphrases formées par des pronoms personnels précédés des prépositions de et en (§ 399).

2° Que les cas d'emploi du datif analytique sont moins nombreux dans la langue moderne que dans l'ancienne langue. Au xvii® siècle, on disait encore volontiers parler à moi, à toi, attacher à soi, être semblable a toi, à lui, etc.

394. Pronom réfléchi soi. — I. Le pronom réfléchi soi marque un rapport d'identité avec le sujet. Dans l'usage actuel, il ne s'emploie que sous la forme atone se dans les verbes pronominaux, et sous la forme accentuée après une préposition, après ne...que^ comme^que^ ou en qualité de prédicat ; Nul n est prophète chez soi. N'aimer cj^ue soi. Aimer son prochain comme soi-même.

On a souvent besoin dun plus petit que soi.

(La Font,, I, 162) .

// faut toujours être soi. L'emploi de soi est de même restreint à un sujet indéterminé ou inanimé. Jusqu'à la fin du xv!!*" siècle, il n'en était pas ainsi :

Quels démons, quels serpents traîne-t-elle après soi .''

(Rac, II, 124)

// porte de l'argent sur soi (La Bruy., I, 69). Si nous

ne trouvons pas incorrect le vers de Corneille (III, 529)

Quil fasse autant pour soi comme je fais pour lui,

\. Comme pour le sujet, on rencontre fréquemment au strii" siècle, la forme atone seule :

Te confondent les dieux et toute ta séquelle î

(La Font., VII, 42)

c'est que l'emploi de Un à la [)lace de soi eût été irapos sible. Avec un nom de chose, soi est de règle : L'aimant attire le fer à soi, ù moins que ce nom, sujet féminin, ne prête à une personnification : Les maux que la guerre traîne après elle.

Ainsi la tendance de la langue a été, en général, de restreindre rem|)loi de soi au profit de lui. L'usage moderne se constate déjà au xii^ siècle.

II. Se^ soi ne sont pas exclusivement du singulier, comme le prouvent les phrases : Ces personnes se plaisent. Ces soi-disant personnages. Il serait donc correct encore aujourd hui de dire comme Molière :

Ce sont choses de soi <7"i sont belles et bonnes.

(TX, 166)

ou comme Massillon : Tant de profanations que les armes traînent toujours après soi [Petit carême, Bénéd. des drapeaux). Cependant on ne peut nier la tendance actuelle de la langue à remplacer soi par lui., elle, e«.r, elles quand le sujet est un nom de chose pluriel : Les regrets que les fautes traînent après elles. Certains grammairiens de nos jours déclarent, par suite, que soi est toujours du singulier.

395. Pronoms le, la, les, lui, leur. — I. 1° Ze, /a, les, lui., leur régimes rappellent un substantif voisin : Voyez-vous cet homme, cette femme? Je le vois., je la vois., je les vois. Mon père m'ayant écrit., je lui ai répondu. Vos parents sont absents; leur avez-vous écrit ?

Ces pronoms régimes étaient souvent, en ancien français et encore au xviii^ siècle, employés d'une façon explétive pour conner plus de clarté à des phrases longues : Presque toutes les clioses que nous estimons icy tant., et les tenons iious avoir esté premièrement révélées et envoyées du ciel estaient en créance (Charron, Sagesse., II, 2, p. 316]. Ce qu'il faut entendre un peu plus généralement que les termes ne semblent porter et Vétendre à la récon-

ciliation de toute sorte de mauvaise intelligence (Corn. I, 27) Défaut naturel au sexe qu on doit combattre de bonne Jieure et non l'entretenir et V augmenter en s^y livrant \^o\\\n^ Traité des Et., I, ch. II, 2).

2° Le neutre logique le rappelle, soit un pronom neutre : Ce que vous dites, je le comprends ; soit un infinitif sous-entendu : Travaillez, puisque vous le pou~ vez; soit une proposition : L'affaire est autre que je ne le pensais. Cette dernière construction a été utilisée pour modifier le sens d'un certain nombre de verbes en les accompagnant du neutre le : Vemporter.

3° Dans l'ancienne langue on supprimait fréquemment le, la, les et le neutre logique le, régimes directs, lorsque la proposition renfermait lui ou leur (et aussi vous) régime indirect : Et lor fu a toz cesXe parole retraite si con Temperere lor ot requise [Yilleh., 196). Cette ellipse était encore très fréquente au svii® siècle : Le pape envoya le Formulaire tel qu'on lui demandoit (Rac, iV, 567). Comme les hommes ne se dégoûtent point du vice, il ne faut pas aussi se lasser de leur reprocher (La^ Bruv., I, 105). Ils ont plus d'esprit que ne porte leur condition (I, 349). Encore au xviii® siècle :

Je ne suis point ingrat, et je lui rendrai bien.

(Gresset, leMéch., act. I)

Cette ellipse était condamnée par Vaugelas, qui n'autorisait la suppression du pronom régime qu'avec un infinitif précédé d'une préposition, suppression qui est encore quelquefois tolérée par la langue actuelle dans des phrases telles que celle-ci : // ne fut pas difficile de trouver un homme pour mettre à sa place.

4° La langue moderne exige que, lorsque le substantif représenté par le pronom régime est pris dans un sens indéterminé, on emploie le neutre le, et non la. C'est Vaugelas qui a posé cette règle. « Le pronom, dit-il, est comme une chose fixe et adhérente, et le nom sans article ou avec un article indéfini est com-rae une chose

vague et en l'air où rien ne se peut attacher (I, p. 87). b Cette règle était loin d'être encore observée au xvii* siècle :

Permettez qu'il achève, et je /'eroi justice : J'aime à la rendre à tous, à toute heure, en tout lieu.

(Corn., HI, 347)

Je nai pas encore choisi de lecture, je vous la mande~ rai (Sév., VI, 434). Tout est tentation à qui la craint^ (I, ISOj.

5° Notons enfin un emploi plus fréquent dans l'ancienne langue que dans la langue moderne, lequel consiste à faire annoncer par le neutre le une proposition suivante : Henris le sot que niult granz ost venoit a lui (Villeh., 322). Et Diex le dist de sa bouche que il ont povoir de li donner a nous (Joinv., 450).

Je Yavois bien prévu que pour un tel ouvrage, Cinna saurait choisir des hommes de courage.

Qui Veut dit, quun rivage, à mes yeux si funeste, Présenterait d'abord Pylade aux yeux d'Oreste.

(Rac, II, 41)

II. 1° Le, la, les, employés comme prédicats, s'accordent en genre, mais non en cas, avec le substantif qu'ils représentent : Etes-vous la reine? Je la suis. Etesvous les frères de mon ami? Nous les sommes. Et non : Je suis elle; Nous sommes eux. Cet emploi curieux tient à ce fait que le verbe être met son prédicat à l'accusatif quand c'est un i)ronom. Comparez les j)hrases : Malheureux que nous sommes] et non Malheureux qui nous sommes !

2° Quand le pronom rej)résente un adjectif, un nom pris dans un sens indéterminé, ou une proposition, on

1. Cet autre exemple de Lu Bruyère . S'il a de la laideur, ell© ne fait pas son impression (11,94), où nous remplacerions elle pnr cela, montre que cet usage de la lang-ue s'appliquait aussi au cas où le pronom représentant un substantif indéterminé était sujet.

emploie comme attribut le neutre logique le : Etes-voiis habile? Je le suis. Etes-vous reine? Je le suis. Serezvous satisfaite? Je le serai. Cette règle n'est de rigueur que depuis le xviii® siècle, bien que Vaugelas l'eût posée au siècle précédent. Les exemples de /e, /«, les employés où nous emploierions le neutre le fourmillent au XVII® siècle. Le grammairien Restant (1774) nous dit que de son temps les femmes s'obstinaient à dire : J'ai été malade^ je la suis encore. Etes-uous malades? Nous les sommes; et Piron, dans la première édition de sa Métromanie, écrivait encore :

J'etois indifférenie et je ne la suis plus, Et je sais que sans vous je la, serais encore.

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