‹ Cours de grammaire historique de la langue française (volume 3)Chapitre 22 sur 50 · Du VERBE. — Les grammairiens de Port- Royal · texte numérisé non relu

Du VERBE. — Les grammairiens de Port- Royal

ont défini le verbe un mot qui exprime l'affirmation. Ils ont ramené tous les verbes à une proposition formée du verbe e7r<2, dit verbe substantif, et d'un participe présent. Ils ne reconnaissaient ainsi qu'un seul verbe, le verbe substantif, qui, par son essence, affirme l'existence du rapport entre le sujet et l'attribut.

Cette théorie a dominé tout l'enseignement grammatical à peu près jusqu'à nos jours ; elle fait encore le fond de cette analyse qu'on appelle analyse logique. Cette théorie est fausse. EUeest, en effet, contredite par le développement historique des langues et par l'analyse des faits.

On n'a vu nulle part, dans aucune des langues que nous connaissons, le verbe commencer par une combinaison du verbe être et d'un attribut. Le verbe être^ au contraire, semble avoir été un des derniers produits de l'abstraction du langage : telles langues le connaissent à peine ou l'ignorent. Pour nous en tenir au latin et aux langues romanes, on n'y voit nulle trace d'une périphrase de ce genre ayant précédé les formes simples.

D'un autre côté, voyons la valeur de cette analyse. Est-il exact de dire que Le soleil brille est l'égal de le soleil est brillant'? Ou brillant est adjectif qualificatif, ou il est participe présent. Si brillant est adjectif, il exprime une qualité et non un acte ; le soleil est brillant dit donc tout autre chose que le soleil brille. Si brillant est participe présent et marque l'action, le soleil est brillant — en ce moment — , d'oïJ vient cette propriété

du participe présent de marquer l'action, sinon de ce que ce participe sort lui même d'un verbe? C'est donc faire un cercle vicieux que d'analyser brille en un verbe d'affirmation est et un participe d'action qui n'a de valeur que parce qu'il sort du verbe.

Comme nous l'avons déjà vu, le verbe a pour fonction d'exprimer l'activité, et il l'exprime à l'aide de modifications diverses dont l'ensemble constitue ce qu'on appelle la conjugaison. Nous définirons le verbe : un mot qui exprime par des flexions diverses quel mode d^ activité présentent les personnes ou les choses dont on parle.

L'activité, en effet, se présente sous des aspects multiples. Tantôt le sujet est considéré comme agissant, tantôt comme subissant l'action : de là les voix. Les conditions de cette action peuvent varier de diverses manières qu'on appelle modes. L'action sous ces divers modes peut se présenter dans les divers moments de la durée : de là un ensemble de flexions qui constituent les temps. Enfin cette activité, variant en modes et en temps, est exprimée par rapport à des personnes grammaticales déterminées : c'est ce qu'on appelle les personnes du discours^ et ces j^ersonnes varient en nombre. Nous aurons donc à considérer, dans l'étude syntactique du verbe, les voix, les modes, les temps, les personnes et le nombre.

Section L — Des voix.

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