V. — Pronoms interroga.tifs
416. Qui. — En latin, la distinction entre le relatif et l'interrogatif était si faible qu'elle disparut en roman (§ 210i . Le pronom interrogatif désignant les personnes est exactement le même que le pronom relatif employé absolument. Tout ce que nous avons dit de qui sans antécédent s'applique à l'interrogatif. Le passage de l'un à l'autre est visible dans les phrases citées plus haut, comme : Vienne qui voudra, et dans la suivante : Hs disputent à qui l'emportera. Certains grammairiens considèrent même ces constructions comme relevant de la syntaxe de l'interrogatif. C est ce qui explique qu'à l'interrogatif on n'a, pour désigner les personnes, que la forme qui : Qui étes-vous? De qui me parlez-vous ? Pour qui me prenez-vous? Qui cherchez-vous?
Jusqu'au xvii^ siècle, la langue employa la forme qui pour désigner les choses aussi bien que les personnes : Qui rend les tyrans si sanguinaires? C est le soin de leur seureté iMont., Il, 27). Qui bailla le consulat au fils de Cicéron que la mémoire de son père? (Malh., II, 121).
Après ce coup, Narcisse, à qnidois-j'e m' attendre ?
(Rac. II, 2S8)
Qui fait r oiseau ? c'est le plumage.
(La Font. I, 143)
Qui fait cela en eux et en nous? Ne serait-ce point la force de la vérité? (La Bruy. II, 248).
Cet emploi n'a pas disparu tout à fait; mais qui ne désigne plus les choses qu'au moyen d'une périphrase. Le besoin de distinguer les antécédents de personnes des antécédents de choses a. en effet, amené les circonlocutions qui est-ce qui, qa' est-ce qui : Qui est-ce qui frappe à la porte? ^\x est-ce qui m' arrive?
417. Que, quoi. — Les formes que, quoi représentent le latin quid (§ 211). Quoi est la forme accentuée et que la forme atone. Ils désignent les choses sans distinction de genre.
I. Que atone ne peut être précédé d'une préposition. Il est usité à l'accusatif, soit comme complément direct : Que dites-vous? — soit comme prédicat avec être, devenir^ pour marquer la qualité : Ç^Xi^êtes-vous? Que devient-il? — soit comme sujet logique d'un verbe impersonnel : Que vous faut-il? Que vous en semble ? — soit enfin, par une extension curieuse, comme substitut de à quoi, pour quoi^ combien : Que sert la science sans la vertu? ^M'avez-vous à gémir? Que n obéissez- vous? Que je suis malheureux! Nous avons ici un emploi absolu de l'accusatif.
La périphrase qu est-ce qui, dont nous venons de parler (§ 416), a amené, par analogie, la Xocntïonqu estce que ^ : Qu'est-ce que vous cherchez? L'usage populaire l'allonge en qu est-ce que c'est que, qui, si on l'analyse, équivaut à : « Quelle chose est la chose laquelle est cela que »
II. Quoi, étant la forme accentuée, se rencontre après les prépositions : Cest à quoiye pense. De quoi s'agit-il?
L'ancien français l'employait quelquefois comme régime direct : Ç^xxoi ferai-je? On ne l'emploie plus guère ainsi que devant les infinitifs monosyllabiques : Quoi faire? Quoi dire? à côté de que faire? que dire? Devant un infinitif disyllabique et un mode {personnel, quoi est remplacé par l'atone : Que penser? Que ferai-je?
Aujourd'hui, toutefois, l'emploi le plus ordinaire de quoi, outre celui dont il vient d'être parlé, est l'emploi absolu : Quy a-t-il? Quoi? — ^wioiideplus beau!
418. Quel, lequel. — La langue moderne distingue un adjectif interrogatif quel employé comme attribut :
1. On trouve trace de cette périphrase dans l'ancien français : Que est iço que est avenud a Saul? [Quatre L. Rois. 34). Quel est iço, firent lialtrc, que faire det^um ? (îd. 20).
88 SYNl AXB
Quel dge avez-vous? ou comme prédicat : (^vl^X est-il? d'un pronom interrogatif /e^«e/ : Lequel ^es deux préférez-vous?
Cette distinction ne date que du xviii® siècle. L'ancienne langue employait , en effet , quel aussi bien comme pronom que comme adjectif r Quant il veneit devant le rei, si H soleit H reis demander : Sur quels as ui curud? [Quatre L. Rois, 107). Retournons à nostre propos — Quel ? dist Gargantua (Rabel. I, 54).
Quels de vos diamants me faut- il lui porter?
(Corn. IV, 319)
La question fut de sacoir Quelle des deux dessus i emporte.
(La Font. IV, 115)
Notons toutefois dans Lamartine :
Quelle de mes tristes pensées Avec tes flots n'a pas coulé?
[Harmon. II, 5)
L'emploi de quel comme adjectif n'était même pas, dans l'ancienne langue, tout à fait identique à celui qu'il a dans la langue actuelle. Aujourd'hui il désigne la nature de la personne ou de la chose et n'est qu'un équivalent du pronom qui : Quels sont-ils? signifie actuellement la même chose que : Qui sont-ils? Aussi rencontre-t-on fréquemment jusqu'au xvii° siècle qui comme prédicat au lieu de quel :
Entre tant d'animaux, qui sont ceux qu'on estime?
{Boi\.,Sat.Y,30)
De même, et très fréquemment dans des interrogations indirectes : Pour juger qui est le bien d'une chose (Malh. II, 587). Que le lecteur apprenne qui sont les principaux des Grecs (Rac. VI, 198). Si vous observez qui sont les gens qui ne peuvent louer (La Bruy. I, 235).
Quel désigne aussi, dans la langue actuelle, l'ordre, le rang : Quel âge avez-vous? Quelle heure est-il? L'ancien et le moyen français employaient volontiers dans ce
cas l'adjectif quant : Et a quanz ans enfant sont en aage por tere tenir? (Beaumanoir, XV, 1).
Par contre, jusqu'au xvii® siècle, quel désignait eu outre la qualité et, par suite, correspondait exactement au latin qualis :
Quelle fut sa réponse! Et quel dei'ins-je, Arcas !
(Rac. III, 153).
h faut regarder quel est un prince et non quels ont été ses pères (Id. VI, 296). Vous savez quels ils sont (La Rochef, III, 120). // s'insinua dans un cercle de per^ sonnes respectables et qui ne savent quel il est. (La Bruy, I, 165). La langue actuelle remplace ordinairement dans ce cas quel par qne pour les interrogations directes et par ce que dans les interrogations indirectes.
II. Lequel interrogatif , comme lequel relatif, n'a pénétré dans l'usage que vers le xiii' siècle. L'ancienne langue l'employait aussi bien comme adjectif que comme pronom; c'est ainsi que La Fontaine dit encore : L'auteur a voulu éprouver lequel caractère est le plus propre pour rimer des contes (IV, 4). Aujourd'hui lequel n'est plus que pronom et désigne spécialement des personnes ou des choses déterminées par ce qui précède ou ce qui suit : Voici deux livres : lequel désirezvous ? Lequel des trois avez- vous vu ?
L'ancienne langue employait volontiers Ze^we/ comme neutre, dans le sens de « quelle chose » : Or vous demant-je., fist-il, lequel vous ameries miex, ou que vous fussies mesiaus (lépreux) ou que vous eussies fait un
pechie mortel (Joinv. 27). Or regarde doncques
lequel des deux tu esliras (A. Chartier, le Curial, 395, 28]. Cet emploi, qui n'est ])as inconnu aux xvii^ et xvm^ siècles, semble avoir vieilli
SYNTAXB