I. Voix ACTIVE
421. De la voix active. — La voix active -est celle dans laquelle l'action est considérée comme exercée par le sujet : le sujet agit, il est actif.
422. Verbes transitifs. — Le verbe transitif exprime une action dont l'objet (quand elle en a un), marqué par un nom ou un pronom, est relié directement au verbe sans l'aide d'une préposition (exprimée ou sous-entendue). L'action .passe directement sans aucun intermédiaire sur l'objet : Pierre frappe Paul.
Les rapports du verbe avec le sujet et le régime sont variés.
L Le régime indirect marquant Tintrument de l'action peut devenir par personnification, par métaphore, le sujet du verbe : Pierre a frappé Paul d'un bâton. Le bâton qui a frappé Paul. Ainsi de charger., coiffer, émouvoir., encombrer, garnir.^ habiller, irriter, meubler, munir, remuer, toucher, et de bien d'autres. — De ces constructions métaphoriques, comme de la construction du verbe pronominal, que nous étudierons plus tard, résulte la conséquence que le participe passé peut avoir trois origines différentes : Coiffé d'un chapeau
peut être : 1** qui a été coiffé (j3ar quelqu'un) d'un chapeau; 2° qu'un chapeau coiffe; 3° qui se coiffe d'un chapeau.
II. — Les compléments direct et indirect peuvent s'intervertir entre eux, le direct devenant indirect et réciproquement; l'un des deux, dans cette nouvelle construction, peut même se supprimer. Mais ce changement n'a pas lieu sans atteindre plus ou moins profondément la signification du verbe. Charger un fardeau sur ses épaules devient charger ses épaules d'un fardeau. C'est ainsi que l'on dit :
assurer quelqu'un de son aide^ assurer son aide à quelqu'un ;
changer un livre de place., changer la place d'un livre ;
débarrasser la table des plats., débarrasser les plats de la table;
dépouiller quelqu'un de ses vétementSy dépouiller ses vêtements., dépouiller l'artifice;
dérober quelqu'un de quelque chose (arch.), dérober quelque chose à quelqu'un;
(ac]quitter quelqu'un d' une dette : Envoyez-moi cet habit et ces bijoux de Philémon ; je VOUS quitte de la personne (La Bruy. I, 160); quitter une dette à quelqu un : d'oii , par extension, le sens d' « abandonner » : quitter l'empire., quitter le monde.
III. Une autre modification consistée rendre le verbe factitif.
Accompagner signifie a aller, être de compagnie avec quelqu'un « : // les accompagne partout \ il signifie aussi « faire aller, faire être de compagnie avec quelqu'un » : Il accompagne cette ode d'une autre petite (Rac. VI, 43).
Accoutumer avait anciennement le sens de « rendre d'une pratique usuelle pour soi » : Nous avions accoutumé de nous assembler (D'Urfé, Astre'e, I, 6, éd. 1615). Saint-Paul cite ici selon les Septante comme il avoit accoutumé (Bossuet, Hist. un. II, 20j. Encore aujourd'hui au participe passé : à l'heure accoutumée. Il a pris le sens de « amener à la pratique » : Accoutumer les enfants à f obéissance.
Allaiter signifiait en vieux français ce téter » : Fist destruire les humes ^ les femmes^ les petiz, les alaitanz [Q.Liv. d. Rois, 88). Il est de bonne heure devenu factitif avec le sens de « faire teter ».
Apprendre est proprement oc saisir ». Il s'emploie avec ce sens primitif dans apprendre sa leçon. Le vieux français l'employait au sens factitif; Vaugelas écrivait encore ; Oiseaux quHls ont appris à chanter toutes sortes de ramages (Q. Qurce, VIII, 9), et nous disons personne mal apprise.
Approcher signifie a devenir proche » : Bien n approche en rigueur la loi. Il signifie aussi c faire devenir proche » : Approchez la chaise.
Égaler signifie « être égal » : Le total égale dix francs, et « rendre égal « : La mort égale tous les hommes.
Éloigner signifiait « devenir éloigné » : N'orent mie eslongiée la ville plus d'une lieue (Villeh. 406). Il signifiait en même temps, comme de nos jours, « rendre éloigné » : Eloignez cette chaise.
IV, Le verbe transitif peut exprimer l'action absolument, sans la faire passer sur un objet. C'était là une propriété du verbe latin que le français a développée : boire du vin, il aime à boire; — chanter un air, il chante bien ; — écrire une lettre, il ne sait pas écrire. Les exemples à citer seraient en nombre infini.
Un emploi plus ou moins fréquent de cette forme absolue peut transformer le transitif en intransitif : Décider une question; absolument : Je n ose décider; intransitif : Décider d'une affaire. Certains verbes ont ainsi passé totalement ou en partie du transitif à l'in-
VERBb 95
transitif : Ignorer une chose. Pour que nul n'en ignore. — Penser quelque chose. Penser à quelque chose.
Telles sont les observations les plus importantes à faire sur la nature du verbe transitif. L'observation et l'analyse en feront trouver d'autres.
423. Verbes intransitifs. — Il est impossible de dire à priori quand l'action se présente sous la forme transitive ou sous la forme intransitive ; l'analyse de l'idée que renferme le verbe ne peut rien nous apprendre à cet égard. Ce sont seulement des habitudes de langue, et non des habitudes de pensée qui font que l'objet de l'action est relié au verbe à l'aide d'une préposition. Voilà pourquoi tel verbe est transitif en français quand son correspondant est intransitif en latin. Voilà aussi pourquoi tel verbe transitif peut devenir intransitif et réciproquement, suivant le point de vue auquel on considère l'action verbale.
Avant d'examiner ces changements, il est nécessaire de dire un mot d'un fait sur lequel on reviendra plus loin, à savoir de l'auxiliaire de ces verbes. Les intransitifs se construisent avec l'auxiliaire avoir ou avec l'auxiliaire être, selon qu'ils expriment l'action ou le résultat de l'action. Aujourd'hui, un petit nombre se construisent uniquement avec l'auxiliaire être ; un certain nombre, avec l'un ou l'autre des deux auxiliaires, suivant l'idée qu'on veut exprimer; un plus- grand nombre, uniquement avec l'auxiliaire avoir. L'usage, avant de se fixer de la sorte, a beaucoup varié ; l'ancienne langue était beaucoup plus libre : elle suivait avant tout le mouvement de la pensée.
424. Passage de l'intransitif au transitif. — Quels sont maintenant les changements que peut subir le verbe intransitif?
I. L'intransitif devient directement transitif par une façon nouvelle de concevoir l'action : aidera quelqu'un^ aider quelqu'un: approcher de ce bord, approcher le
bord : comencent la rive a aprocliier (Villeh., 172); — contredire^ croire quelqu'un et à quelqu'un; — courir vers, sur quelqu'un; courir le cerf] — fuir d'un lieu; fuir un lieu; — user de quelque chose; user quelque chose; — servir à quelqu'un, servir quelqu'un, etc. Quelquefois l'intransitif est absolu : bouder, gronder, siffler; il devient transitif : bouder, gronder, siffler quelqu'un.
Dans ce passage de l'intransitif au transitif, le verbe peut s'arrêter quelquefois à mi-chemin. Ainsi coûter et valoir sont des verbes intransitifs au sens propre , transitifs au sens figuré. Dans le livre coûte, vaut cinq francs, cinq francs est un régime adverbial et non un régime direct, tandis qu'au figuré, dans les peines que ses travaux lui ont coûtées, les dignités quils lui ont values, les deux verbes deviennent transitifs, signifiant Tun « imposer », l'autre a rapporter », et, par suite, le participe s'accorde avec le régime préposé.
Nous verrons plus loin (§ 435) des intransitifs s'employer au passif comme s'ils étaient transitifs.
II. La langue peut transformer les intransitifs en transitifs en leur donnant un sens factitif. C'est ainsi que mourir en ancien français a le sens de « faire mourir )i, surtout au participe passé : // aimeroit miex que li Sarrazin les eussent tous mors et pris (Joinv. 302) ; périr le sens de « faire périr » : ne périssons la grant honor (Villeh. 198); tomber celui de « faire tomber » : et les tombe entor de sa roe [Rom. de la Rose, v. 5616). La langue populaire a conservé ce sens factitif de tomber. C'est ainsi encore g^\i arrêter, intransitif en ancien français, employé aujourd'hui comme tel, mais uniquement à l'impératif, arrêtez! est devenu transitif factitif dans arrêter quelqu'un, c'est-à-dire « faire qu'il arrête ». On dit de même : le travail cesse et cesser le tra^ vail. Les verbes descendre, désespérer, monter, passer, sonner, sortir, et une foule d'autres, essentiellement intransitifs, sont devenus, au sens factitif, des-
cendre^ désespérer^ etc., quelqu'un, quelque chose, c'està-dire « faire qu'il descende, déseipère », etc.
III. L'intransitif peut prendre l'apparence d'un transitif en s'accompagnant d'un substantif de même radical ou d'idée analogue employé comme régime direct. C'était là un procédé assez fréquent en latin •. vitam tutiorem vivere (vivre une vie plus sûre), justam servitutem servira (subir un esclavage légitime), insanire similem errorem (être fou de la même erreur). Il était excessivement fréquent dans notre ancienne poésie, qui aimait à donner à tout verbe, soit transitif, soit intransitif, un régime de radical identique et à dire donner grans dons, armer d'une armure, mourir de mort, haïr de haine y etc. De là dans Chrestien de Troyes :
Qut que il son conte contait.
(^Ch. au lion, v. 61)
Jorz i se/orna, ne sai quanz.
(id., V. 4700)
Teus cuide auoir Le jeu joé , qui puis le pert.
{Erec, V. 5924)
Dans la langue moderne, ce procédé n'appartient plus qu'au style élevé : combattre le bon combat, il a vécu sa vie; Dormez votre sommeil, riches de la ?erre(Boss., Or. fun. de Le Tellier). On le rencontre aussi dans quelques locutions familières : Jouer un jeu d' enfer, dormir un somme, etc.
IV. Les intransitifs peuvent devenir transitifs avec un régime direct qui exprime la cause de l'action. En latin on disait déjà lacrimare, plorare aliquid (pleurer quelque chose). De même, en français, on est passé de pleurer sur la mort de quelqu'un à pleurer la mort de quelqu'un. Par suite, des verbes essentiellement intransitifs, comme lamenter, plaindre, soupirer, etc., se construisent avec un régime direct. On dit de même sonner la charge, sonner la victoire. L'expression crier merci
ainsi que crier une marchandise^ crier un bulletin^ nous reporte au temps où, pour la même raison, crier était employé transitivement.
Ce fait se présente encore avec les verbes qui désignent une sensation. Le latin disait olere vinum (sentir le vin), sapere herbam (avoir un goût d herbe); le français dit de même : embaumer la rose^ sentir le tabac, etc.
Il se présente enfin avec les verbes de mouvement^ pour indiquer le lieu oii se passe le mouvement : courir les rues, un danger, monter V escalier, passer la rivière; — ou le mode de mouvement : aller le galop, le trot, le pas en vieux français; ce cheval va V amble encore en français moderne. Remarquons que, comme certains verbes intransitifs se construisent avec l'auxiliaire être, on arrive, par suite, à cette construction : // est allé son chemin fr. mod., il est passé la mer v. fr.
V. L'intransitif peut devenir transitif par composition : courir par les champs, parcourir les champs : — monter sur quelque chose, surmonter quelque chose; — passer sur quelqu'un, surpasser quelqu'un, etc. Ici le français continue une tradition latine; mais il y a une tendance, non une loi. Car beaucoup de composés de verbes intransitifs restent intransitifs, comme contrevenir à la loi, et, si l'ancien et le moyen français disent survivre quelqu'un^ le français moderne dit survivre à quelqu'un.
En résumé, la langue recourt à divers procédés pour transformer, en réalité ou en apparence, l'intransitif en transitif. Quelques verbes réunissent la plupart de ces procédés. Ainsi monter dans monter un objet (transitif factitif], monter la mo/zfao-ne (transitif par répétition du radical), monter V escalier (transitif par indication du lieu). — Le sens primitif de sonner est donné par la cloche sonne ; les sens transitifs dérivés se trouvent dans : sonner la cloche, la cloche sonne V heure, la cloche sonne un son fêlé, la trompette sonne la charge, sonner quelqu'un. Ces divers changements ne se font point
mécaniquement; il faut y reconnaître l'action toujours vivante de la pensée, qui manie librement le langage.
425. Des verbes pronominaux. — Les grammairiens divisent ces verbes en essentiellement pronominaux et en accidentellement pronominaux.
Cette division, utile dans la pratique, est artificielle, et ne nous apprend rien sur la nature intime du verbe pronominal. Ce sont de purs hasards qui font un verbe tantôt accidentellement pronominal, tantôt essentiellement pronominal ; il peut passer, dans le cours de la langue, d'une classe à une autre. Ainsi, l'on disait anciennement absenter quelqu'un : Quoique le roi de France r absentast du lit de mort... (Froiss. II, 70), et encore au commencement du xvii^ siècle : De toi il m auroit absentée [Hardy, The'agène et Cariclée, l""® journée, IV, 1); — donner quelqu'un â quelque chose : A raison de quoy il le fault tousjours adoner à ce qui est le meilleur (Amyot, Pérïc/ès, 88); Montaigne écrivait : Nous repentons, moc^ quons, escrions, enquerons... (II, 12), etc. C'est donc ailleurs qu'il faut chercher le principe de la division.
Les verbes pronominaux se divisent en deux classes : les pronominaux propres ou subjectifs et les pronominaux impropres ou réfiécliis.
426. Pronominaux propres ou subjectifs. — Ce sont ceux dans lesquels le pronom réfléchi aune simple valeur subjective.
1° C'est un trait propre aux langues romanes, et qui remonte sans doute au latin populaire, de pouvoir conjuguer les intransitifs exprimant par eux-mêmes une action complète, avec un pronom réfléchi qui a pour unique objet de mieux mettre en lumière le caractère intime et spontané de Taction.
Ainsi l'ancien français dit : il crie, il se crie; il écrie, il s'écrie; il apparaît^ il s' apparaît ; il disparaît, il se disparaît; il deut, il se deut; il dort, il se dort; il éva~ nouity il s'évanouit; il hdte, il se hâte; il craint, il se craint; il doute, il se doute; il tait, il se tait; il vit, il se
vit; il meurt^ il se meurt; il pense, il se pense; il va, il se va; il fuit, il s enfuit ; etc.
On pouvait conjuguer sous cette double forme tous les verbes intransitifs. Ainsi ïrtiSiV (taire) : Tais, Oliviers [Roi., V. 1026); Fi^anceis se taisent (Id., v.217); — pasmer : quant vit pasmer Rollant (Id., v. 2222); sor son cheval se pasmet (Id., v. 1988); — périr : senz vus ne puis périr [Chrestom. de Bartsch, p. 218); la crestientés se périt entre vos mains (Joinv., 61); — dormir : // abes de Clieminon dormoit (Id., 121); toutes les fois quelle se dormoit en son lit (Id., 397); — entrer : Si s'en entra en une chambre (Villeh. 186) ; — penser : // se pensèrent que (Joinv. 219), etc. C'est ainsi que nous trouvons encore au XVII® siècle [s'apparaître, se disparaître , s éclater, s'éclore, à côté de apparaître^ disparaître, éclater, éclore.
Il faut signaler, en particulier, les verbes de mouvement, qui se font précéder, dans ce cas, de l'adverbe de lieu en : aller, s'aller, s'en aller ; fuir, se fuir, s'enfuir; courir, se courir, s'en courir, etc.
Notons enfin que ces verbes intransitifs pronominaux pouvaient être accompagnés, comme les simples intransitifs, d'un régime indirect : jouer avec quelqu'un, se jouer avec quelqu'un, se jouer de quelqu'un.
2° Sur le modèle de ces dernières constructions, des verbes transitifs se sont transformés en pronominaux intransitifs avec un régime indirect qui, dans la construction transitive, aurait été le régime direct :
apercevoir quelque chose — s' apercevoir de quelque chose aviser » — s'aviser »
^ailler, moquer quel- — se railler, se moquer de quelqu'un (v. fr.) * — qu'un.
Ces tournures, en apparence bizarres, s'expliquent par l'analogie de verbes intransitifs employés avec le pronom subjectif.
1. Moquer était^^igT^,,^r^y *'WWA^'^^^^^ ^^^ encore : il est moqué de tous.
VEKBE
Jouer était intransilif à l'origine, et l'on dit encore jouer avec quelqu'un; comme pronominal subjectif, il donne se jouer avec quelqu'un^ se jouer de quelqu un. On a modelé cette construction du verbe transitif sur celle du verbe intransitif. Ce serait, par suite, une grave erreur d'expliquer les tournures comme s' apercevoir dC une chose en faisant du pronom se le régime direct logique du verbe. S'apercevoir d'une chose n'est pas apercevoir soi d'une chose, cela n'a pas de sens. Quand Malherbe dit se dédaigner de quelque chose, il construit cette tournure d'après la tournure 5<?yoMer de quelqu un pour faire rendre au verbe dédaigner une idée subjective en plus. Or ici, le pronom se ayant l'apparence mais non la réalité du régime direct, le vr li régime direct doit se changer en indirect.
Telle est la véritable histoire de ces verbes pronominaux; leur introduction dans l'usage n'est due qu'à l'application à la forme transitive du type imaginé par la langue pour les intransitifs.
Gomme les intransitifs purs peuvent se construire avec l'auxiliaire être, ^lors^raéme qu'ils expriment le. résultat de l'action, il n'est pas étonnant que les intransitifs pronominaux, qui expriment avant tout le résultat de l'action, se construisent, eux aussi, avec être. On disait : il est évanoui; on dit de même : il s'évanouit, il s'est évanoui. Naturellement cette construction s'appliqua aux transitifs pronominaux construits sur le modèle des intransitifs pronominaux : il s'est aperçu de la chose.
Il va sans dire que, dans cette construction, le participe s'accDrde avec le sujet. Puisqu'il n'y a point de différence entre il est évanoui et // s'est évanoui, que dans la première construction le participe s'accorde avec le sujet, il devait en être de même dans la seconde. En effet, l'ancien français écrivait :
sg. il est évanoïs pi. il sont évanoï
il s'est évanoïs il se sont évanoï
Cette règle ne comportait aucune exception. Dans les
transitifs pronominaux créés sur ce modèle, la construction est identique et le participe s'accorde avec le sujet.
427. Pronominaux impropres ou réfléchis. — Les pronominaux impropres ou réfléchis sont des verbes transitifs ou intransitifs dont l'action se porte, directement (sans préposition) ou indirectement (avec préposition), sur un objet qui, dans ce cas particulier, se trouve être identique au sujet :
Pierre frapve Paul. — Pierre se frappe. Pierre nuit à Paul. — Pierre se nuit.
Dans certains cas, le sujet est double et l'action est réciproque ; le verbe porte alors le nom de réciproque :
Pierre loue Paul et Paul loue Pierre. — Pierre et Paul
se louent.
Pierre nuit à Paul et Paul nuit à Pierre. — Pierre et
Paul se nuisent.
La conjugaison des verbes réciproques se confondant avec celle des pronominaux réfléchis, il n'y a pas lieu de les en distinguer.
Les pronominaux réfléchis n'offrent rien de particulier, sauf aux temps composés.
L'emploi de l'auxiliaire aux temps composés a de quoi nous surprendre. Nous disons : J'ai loué Pierre et je me suis loué. S ai nui à Pierre et je me suis nui. Pourquoi ce changement d'auxiliaire? L'emploi de l'auxiliaire être n'est point primitif, à en juger par le très grand nombre d'exemples de l'emploi d'avoir que nous fournissent les anciens textes : s'ad a Deu comandet {Alejri.^ ., bS); il se oui desafubled [Quatre Livres Rois, 76, n. 1;; .9 a vestu et chaucié [Amis et Amiles^ v. 2321), etc. Mais de bonne heure la langue a confondu avec la conjugaison des pronominaux subjectifs celle des pronominaux réfléchis.
VERBb 103
Sempres morrai, mais chier me sui venduz.
{Roi., V. 2053)
Vengiez m.'en SUÎ, mais n'i ad traïson.
(Id., V. 3778)
En effet, dans tous les temps simples, il y avait identité : je me dors, je me dormais, je me dormirai, d'une part; je me mors, je me mordais, je me mordrai, d'autre part. L'identité s'établit pour les temps composés, et l'on dit : je me suis, je m' étais, je me serai mordu, comme l'on disait je me suis, je m'étais, je me serai dormi. La contusion fut si forte, que la langue en arriva à construire avec l'auxiliaire être tout verbe, du momenv. que, par un hasard de la construction syntactique, il se trouvait être précédé d'un pronom réfléchi, sans être pour cela pronominal subjectif ou pronominal réfléchi. Ainsi, on disait au xvii® siècle: il veut partir, il peut partir; il se veut, il se peut promener. Ici le pronom se se rapporte à l'infinitif. Or, aux temps composés, tandis que nous disons il a voulu, il a pu partir ; il a voulu, il a pu se promener, le xvii^ siècle disait il a pu, il a voulu partir et il s est pu, il s est voulu promener : // semble que Dieu se soit voulu jouer dans la construction de V univers (Rac, VI, 283).
Et Mignot aujourd'hui s'est voulu surpasser.
(Boil. Sut. III, V. 124)
Cette action analogique s'étend encore plus loin.
Puisque dans les pronominaux subjectifs, comme nous l'avons vu, le participe s'accorde avec le sujet, il en sera de même dans les pronominaux réfléchis. Ainsi, l'ancienne langue disait : // s est loez, il se sont loé, faisant accorder le participe avec le sujet. Même l'accord avec le sujet avait lieu quand le second pronom était un régime indirect et que le verbe pronominal était accompagné d'un régime direct : // s'est donnez un colp ; il se sont donné des cols.
Ainsi, quelle que (ùt la valeur du verbe, que ce fût un pronominal subjectif ou un pronominal réfléchi, et»
dans ce dernier cas, qu'il n'y eût qu'un régime direct, le pronom réfléchi, ou qu'il y eût deux régimes, l'un direct et l'autre indirect, le participe s'accordait avec le sujet. L'auxiliaire étant être, c'était la forme et non le sens qui déterminait l'accord. La langue moderne, comme nous le verrons à la théorie du participe, a changé tous ces rapports.
428. De l'assimilation des deux classes de pronominaux. — La deuxième classe de pronominaux ayant été assimilée à la première, il en est résulté une î série de conséquences qu'il faut mettre en lumière.
L La plupart des intransitifs proprement dits avaient la faculté de se construire avec ou sans le pronom réfléchi : il tait, il se tait; il court, il se court ou s'en court. De même, certains verbes pronominaux réfléchis peuvent se passer du pronom réfléchi et se changent de transitifs en intransitifs. On dit ou on a dit :
La lune se lève
à côté de la lune lève
le malade s' affaiblit
V heure s'approche
le pays s' arme
les revenus s augmentent
la glace se fond
le cœur se gonfle
separtir d'un lieu
le malade affaiblit.
l'heure approche.
le pays arme.
les revenus aus[menîent.
la glace fond.
le cœur gonfle.
partir d'un lieu.
IL Après certains verbes tels que faire, laisser, croire, entendre, voir, etc., on emploie souvent à l'infinitif le verbe intransitif sans raccompagner du pronom réfléchi : faire taire quelqu'un. C'est 1 emploi primitif de taire oii le subjectif n'a pas encore paru. Par assimilation, les pronominaux réfléchis après les mêmes verbes ont perdu le pronom réfléchi :
Le temps qui s^acance M'a fait n^écipiter en cette extravagance.
(Corn., IV, 29K)
D'une part donc l'on disait, conformément à la construction première :
Ceux que V opinion fail plaire aux vanités.
(Malh. I, 296)
Je vois évanouir ces infâmes portraits.
(Corn. II, 503)
On en a vu qui ont sapé de grands empires et qui les ont fait évanouir de dessus la terre (La Bruy., I, 366). Ce palais... vous font récrier d'une première vue sur une maison délicieuse (Id., I, 271). D'autre part, l'on disait, avec ellipse du pronom par assimilation : Cela m'a fait ébahir (Malh., III, 115);
C'est peu de laisser assoupir La ferveur du plus saint désir ^ Par noue lâcheté nous la laissons éteindre.
(Corn., VIII, 107)
Je la laisse expliquer en tout ce qui me touche.
(Rac, II, 306)
Ce n'est pas à dire que çà et là on ne trouve des exemples où l'infinitif est précédé du pronom; mais ordinairement le pronom est mis pour éviter l'amphibologie ou est amené par les exigences du vers. La langue contemporaine, obéissant ici à un scrupule exagéré d'analyse, cherche à dégager plus nettement la forme pronominale de la forme intransitive. Dans certains cas, elle a bien consacré l'emploi d'infinitifs sans pronom réfléchi : faire taire, faire souvenir, faire repentir^ etc. ; mais en général, là où la tradition n'est pas fixée, les écrivains préfèrent sacrifier la vivacité d'expression à la netteté des nuances : on écrit plutôt voir se lever, se coucher le soleil que voir lever, coucher le soleil.
III. Une dernière conséquence de l'assimilation des deux classes de pronominaux est l'emploi du participe passé avec signification active. Le participe passé des verbes intransitifs peut s'employer absolument au sens actif : le héros est expiré, un héros expiré, aux xvii® et
xviii® siècles, aujourd'hui un bail expiré^ six mois expi" rés ; il est évanoui^ une personne évanouie. Cette propriété se retrouve naturellement dans les pronominaux subjectifs qui ne sont que des intransitifs : elle s'est repentie., les filles repenties. L'analogie l'a étendue aux pronominaux réfléchis : une personne appliquée^ fâchée « qui s'applique, qui se fâche »; une femme décidée., résolue; une fiancée, etc.
Il y a toutefois une légère différence de sens entre les participes des pronominaux réfléchis et ceux des pronominaux subjectifs. Ces derniers expriment tout naturellement le résultat de l'action, les autres un état habituel. La langue, en présence des deux tournures une personne qui s'est empressée et une personne empressée, a dû modifier dans la première la signification étymologique du verbe pour exprimer un état durable comme dans la deuxième.
429. Verbes impersonnels^. — L Les verbes impersonnels constatent les faits sans les rapporter à des sujets déterminés. Tandis que les verbes personnels présentent l'action en relation avec la personne ou la chose qui la produit, les verbes impersonnels l'expriment sans relation avec cette cause : // pleut, il neige, il grêle.
Le français a hérité cette construction du latin, qui employait ainsi notamment certains verbes exprimant des phénomènes de la nature : pluit lil pleut), grandinat (il grêle), lucescit {'û se fait jour), etc. Comme lui aussi, il a étendu cette construction à des verbes personnels. Et même l'ancienne langue était beaucoup plus riche que la langue moderne tant en verbes proprement impersonnels qu'en verbes accidentellement imperson-
1. On dit quelquefois verbes unipersonnels parce que le verbe de celte nature ne s'emploie qu'à la troisième personne du singulier. On ne considère alor? que la forme extérieure du mot, tandis que le terme impersonnel exprime l'essence même de ces sortes de verbes qui désignent des faits sans les rapporter à une personne, à un sujet.
VElUîE
nels. Nous avons perdu : il anuite (il fait nuit), il ase~ rit, avesprit (il fait soir), il abelit, siet (il plaît), il loist (il est permis), il afiert (il convient), il membre (il souvient), il duet (il fait de la peine), il haite (il fait plaisir), etc. Au xvii^ siècle, on disait encore : il me chaut (il m'importe), il conste (il est établi), il mévient (il tourne mal), il m'ennuie, il rn apparaît, il me déplaît, il me souvient à côté de je me souviens.
Le latin employait aussi le passif à l'impersonnel : dicitur (il est dit, on dit). L'ancienne langue a connu cette construction, encore en usage au xvii® siècle : (//) pense être guéri pource qu'il lui est bien amendé (Maîh., II, 560).
Il fut dansé, sauté, balle.
(La Font. IV, 61)
La langue moderne dit : On dansa, sauta.
Enfin ce ne sont pas seulement les verbes transitifs, intransitifs et passifs qui s'emploient impersonnellement; les verbes pronominaux, eux aussi, reçoivent celte forme. Comparez :
Plusieurs conséquences s'ensuivent et II s'ensuit />/«-
sieurs conséquences ; Un homme s'est montré et II s'est montré un homme; Des gens se trouvent et II se trouve des gens.
IL Parmi les impersonnels, ceux qui expriment des phénomènes naturels sont complets par eux-mêmes et n'ont pas besoin de déterminant pour achever la pensée : Il pleut. Les autres, qui sont le plus souvent des verbes personnels employés impersonnellement, ont, en général, besoin d'un déterminant, qui est ou un substantif régime direct, ou un infinitif, ou une proposition : Il faut quelqu'un ici. Il me plaît d^agir ainsi. Il me semble que vous vous trompez. Les premiers euxmêmes peuvent être suivis d'un régime quand ils sont pris au figuré : Il pleut des balles.
En latin, ce régime des verbes impersonnels se mettait à l'accusatif ou à l'ablatif : Pluit sanguinem ou san-
guine. De même, l'ancienne langue le mettait ordinairement au cas régime. Par suite, il faut voir un accusatif dans : Il pleut des balles. Il est (= il y a] un Dieu. La forme établie ne permettait |)as d'autre construction pour les sujets logiques <ie5 balles^ un Dieu^ que celle d'un régime direct grammatical.
Quant au régime désignant la personne, il est régulièrement au datif : // me plaît. Il lui convient, etc. Il n'est pas rare toutefois de rencontrer l'accusatif dans l'ancienne langue : Convint l'empereor Henri et sa gent que il laissast la voie (Villeli., 480).
Qui plus fera de maus, plus le faura boulir.
{Bastars de Bouillon, v. 509)
III. De même que le régime, le sujet du verbe impersonnel est purement grammatical. Nous avons vu déjà (§ 198; que ce pronom impersonnel // était entré assez tard dans l'usage et que le vieux français dit longtemps . pleut, i a gens. On le trouve aujourd'hui partout, sauf dans quelques tournures : Que vous en semble? Quim^ porte? Plaise à Dieu...! De cinq .ôtez trois, reste deux. Un cas particulier de cette construction est donné par le verbe avoir. Le latin populaire disait déjà habet hominem. L'ancien français dit de même, avec le sujet logique à l'accusatif, a home. Peu à peu se prit l'habitude d'introduire l'adverbe i :
D'Afrique i ad un Ajrican venut.
{Roi. V. 1550)
E tante hanste i ad fraite e sanglente.
C'est au xii^ siècle que i a est devenu il i a. Durant tout le moyen âge vivent côte à côte les trois constructions a, i a, il i a. Depuis la fin du xvi® siècle, la dernière a triomphé; mais la prcriière a subsisté dans l'adverbe pieça [=z pièce a, il y a un peu de temps), encore usité au XVI® siècle, et dans naguère (= il n'i a guère); la deuxième s'est maintenue dans tant y a que.
IV. L'impersonnel se transforme en personnel de deux façons :
1° Ou bien le sujet logique devient le sujet grammatical : Les canons tonnent. Les halles pleuvant de tous côtés.
2° Ou bien l'impersonnel devient un personnel factitif à sens transitif ou intransitif :
Dieu pour s'y faire ouïr tonneroit (vainement.
(Boil., Sat. VI, V. 62)
Noire homme Tranche du roi des airs, pleut, vente et fait en somme Un climat pour lui seul.
(La Font., II, 13) La neige neigeait sa lumière (Chateaubriand, Méni, XI).
V. Certains verbes impersonnels demandent des observations particulières :
Être ne s'est d'abord employé impersonnellement qu'avec un adjectif ou un participe passé : Il est beau. Il est admis. Encore le nombre de ces prédicats était-il assez restreint. C'est à partir du xii^ siècle seulement qu'il a été employé avec un substantif, soit pour marquer l'existence : Il est un Dieu, soit pour marquer des rapports de temps : // est midi. Il est temps. Il est r heure de partir, etc.
Falloir (anc. fr. faillir) fut employé jusqu'au xiu^ siècle comme verbe personnel avec le sens de « manquer )) ; il a encore ce sens et cet emploi dans le proverbe : Au bout de faune faut le drap. L'ancienne langue l'employait impersonnellement, dès le xii^ siècle, avec cette signification :
Qu'il n'i failloit ne fers ne clos.
{Chev. au lion, v. 753).
De l'idée de « manquer » on est passé à celle de a faire besoin ». L'argent lui faut signifia non plus « l'argent lui manque », mais « l'argent lui est nécessaire ». En même temps que se produisait ce change-
ment, la langue perdait son verbe impersonnel esto^oir, il estuet (faire besoin, il fait besoin); falloir, il faut le remplaça. Toutefois il ne fut tout d'abord employé qu'avec <les substantifs; c'est seulement à partir du Xiv® siècle que l'on put dire : Il faut que je fasse. Il me faut partir.
Le sens primitif de « manquer » est encore vivant dans les locutions : il s^en faut de beaucoup que, il s'en faut peu que.
Faire, de bonne heure, a été employé impersonnellement suivi d'un adjectif :
// le feroit bon aler querre.
{Chev. au lion, v. 6605)
Cet emploi s'est continué dans la langue :
Qu'il fera dangereux rencontrer sa colère !
(Corn. IV, 336)
Qu'il ne fait pas bien sûr, à uous le trancher net, D'épouser une fille en dépit qu'elle en ait,
(Mol. IX, 186)
// nous feroit beau voir, attachés face à face A pousser les beaux sentiments
(Mol. VI, 393) On dit de même : // fait cher vivre à Paris.
4.30. Des verbes périphrastiques. — Le périphrastique est une forme verbale qui substitue à un verbe dans toute sa conjugaison une périphrase formée d'un auxiliaire et d'un temps de ce verbe.
Il y a deux sortes de périphrases, suivant que le verbe est au participe (gérondif) ou à l'infinitif.
431. Périphrase formée d'uk auxiliaire et d'un PARTICIPE ou GÉRONDIF. — 1° ÊtTO. Cette périphrase était d'un usage courant en ancien et moyen français :
Par Dieu vos pri que ne seiez fuiant.
(RoL, V. 1473.)
Vos avez juré que, se uns en voloit estre encontre, que vos li seriez aidant (Villeh., 260). Hz sont assaillans, vous estes deffendeurs (Al. Chartier, Quadr. 415). Elle devient d'un emploi moins fréquent à partir du xvi^ siècle, bien qu'H. Estienne y trouve bonne grâce, et, au xvii^ siècle, on ne la rencontre guère que chez Voiture : Dans Vinnocence où ils estaient, ils furent quelques mois jouissans tranquillement de ce plaisir (II, 65). Aujourd'hui, cette tournure n'est admise que lorsque le participe a la valeur d'un adjectif : Il est vivant, ou lorsque l'on veut exprimer une continuité d'action fv. aller).
2° Aller. L'emploi de aller suivi d'un gérondif avec le sens d'un verbe simple a persisté jusqu'au xvii® siècle :
Les plaisirs nous vont décevant.
(Malh., I, 286.)
Mais à la fin, ma douleur s' augmentant^
Je vis le mal qui m'allolt tourmentant.
(Voit., T, 513.)
Quel malheur me va poursuivant ?
(Corn., X, 40.)
Vous voyez comme en tous lieux la mort va prenant ceux quil plaît à Dieu (Sév., VIII, 225). Vaugelas (I, 313) admettait cette tournure, mais seulement dans le cas où il y a un mouvement visible auquel le mot aller peut proprement convenir : La rivière va serpentant. C'est cette théorie qui a prévalu dans la langue moderne.
3*^ Venir. De même qu aller, venir servait à former dans l'ancienne langue un périphrastique, mais spécialement avec le gérondif d'un verbe marquant le mouvement :
E Bramimonde vient COrant contre lui.
{RoL, V. 2822.)
S'en vindrent moût honteusement fuiant parmi le poncel ^ (Joinv., 246). Cette construction se retrouve encore de K nos jours dans les façons de parler quelque peu vieillies • B // vient, il s^en vient, il s'en retourne chantant. ^L 4° Rendre Rendre suivi du participe passé rempla-
çait assez souvent un verbe simple en moyen français et encore au xvii^ siècle :
Elle TeUÔ. pour jamais fos desseins avortés.
(Rac, 1,411.)
C'est que l'amie est d'un orgueil qui la rend révoltée contre les ordres de l'autre (Sév., IV, 23). Après rendre y on n'emploie plus guère, avec le sens d'un verbe simple, qu'un adjectif : rendre heureux, content, net, etc.
5° Rappelons enfm les diverses périphrases, sorties aujourd'hui de l'usage, des synonymes de être avec un participe passé : La chose devient faite, vaut faite, s'en va faite, etc.
Maïs aujouriT hui que mes années
Vers leur fin S en vont terminées.
(Malh., I, 210.)
La conjuration s'en alloit dissipée,
Vos desseins avortés, l'otre haine trompée.
(Corn., III, 426.)
432. Périphrase formée d'un auxiliaire et d'un INFINITIF. — Les périphrases dans lesquelles le verbe est à l'intinilif n'ont pas le même caractère que les précédentes; elles sont rarement les équivalents de verbes simples, parce que l'auxiliaire y exprime une idée de modalité. Les principaux auxiliaires employés ainsi sont : aller, venir, faire, devoir.
1° Aller. Ce verbe suivi d'un infinitif exprime au propre le mouvement physique pour faire ailleurs une action prochaine : Allez lui porter ce message. Ce n'est qu'au ligure qu'il exprime, abstraction faite de tout mouvement, le prochain accomplissement d'une action :
Nous n'allons /'om^ de fleurs parfumer son chemin.
(Rac, I, 549.)
De même s'en aller ; Un de ses fils s'en va mourir encore (Sév., III, 462).
...Ce triomphe heureux qui s'en va devenir
Véternel entretien des siècles à venir.
(Rac, III, 171.)
Toutefois aller et un infînif a quelquefois, au xvii*' siècle, la valeur d'un verbe simple : On me croyait trop raisonnable pour m'aller souvenir (La Rochef. , II, 448). De même, et encore dans la langue actuelle, cette périphrase, accompagnée d'une négation, marque l'abstention : N'allez pas /'irriter />ar votre obstination.
2° Venir. Ce verbe suivi d'un infinitif pur marque proprement le but de l'action : Je suis venu vous voir. Suivi d'un infinitif prépositionnel, il marque le but de l'action dans venir pour, un passé très prochain dans venir de : Je suis venu pour vous voir. // vient de sortir. S'en venir de est employé dans le même sens.
3° Faire suivi d'un infinitif avait très fréquemment en ancien français la valeur d'un verbe simple : il fait tendre son arc était l'équivalent de il tend son arc. De même :
Merci, père, dist-il^ or me faites entendre.
[Ren. de Mont., 355.)
Et me proient que je lor face moustrer le saint roi (Joinv., 566). Dans ces deux exemples, faites etnendre et face moustrer ne disent pas plus que entendez-moi et montre.
Cette construction a disparu de la langue à partir du moyen français ; la langue ne s'est plus servie de faire avec un infinitif que pour former les verbes factitifs : faire acheter., faire croire., faire venir., etc.
4° Devoir suivi d'un infinitif indique plus ou moins nettement un futur obligatoire avec des nuances variées : nécessité absolue dans : Les hommes doivent mourir; obligation morale dans : Les enfants doivent respecter leurs parents; ordre atténué dans : On devrait planter des arbres le long de la route; intention dans : Je dois aller demain à la campagne ; futur indéterminé dans : // doit partir demain; supposition dans : Cest lui qui doit avoir fait cela; simple croyance dans : Il doit être incapable d'une mauvaise action; vraisemblance dans : Ces choseslà ne doivent pas être rares.
5° Signalons enfin différentes périphrases, comme celles de vouloir marquant la volonté, le désir dune
action future, dans : Neveux partir: celle de yDOMt^o^r marquant une affirmation adoucie, dans : //peut être midi-, celle de e/re/>0Mr marquant, en moyen français et encore au xvii*^ siècle, un futur possible ou probable :
Monsieur, je ne snis pas pour vous désavouer,
(Rac, n, 178.)