‹ Cours de grammaire historique de la langue française (volume 3)Chapitre 25 sur 50 · II. Voix PAssnrE · texte numérisé non relu

II. Voix PAssnrE

433. De la voix passive. — I. La voix passive exprime l'action en la présentant comme subie par le sujet et causée par l'objet. Nous avons vu (§ 213 ^ ) comment le double système de la conjugaison passive en latin, trop comjjliqué pour les peuples romans, s'était réduit et avait été remplacé par une conjugaison périphrastique formée du participe passé et de l'auxiliaire éire. Nous verrons tout à l'heure quelles furent les conséquences de cette substitution.

IL Le passif, à l'infinitif, est quelquefois rendu par l'actif, en sorte que l'objet d'oîi procède laction peut être, comme avec un véritable passif, accompagné de la préposition de. Cela a lieu :

1° Avec l'infinitif pur, après les verbes faire, laisser y entendre^ voir, etc. : Je le ferai voir. Je V ai laissé prendre. Nous verrons à la syntaxe de l'infinitif (§ 449, 11) par quel procédé délicat la langue arrive à distinguer dans cet infinitif le sens actif et le sens passif : Je l'ai vu prendre (=^ je l'ai vu être pris) et Je lui ai vu prendre ce livre.

2° Avec l'infinitif prépositionnel, en général pour^ exprimer le but : Je suis à plaindre. Il est à désirer que. . . // est fait à peindre.

3° i.\près les adjectifs : facile à faire, agréable à lire, vin prêta boire. Le moyen français disait de même : un spectacle digne de voir ; on dit maintenant : un spectacle digne d'être vu.

434. Passif des verbes transitifs. — C'est dans la forme transitive que la voix passive se développe le plus complètement, comme le fait aussi la voix active. C'est bien là que le sujet subit l'action de l'objet qui la cause : Paul<est frappé par Pierre. Les autres formes ne présenteront que des emplois spéciaux.

A la voix passive, les transitifs se divisent en deux classes, suivant qu'ils expriment une action momentanée, comme battre^ frapper^ manger^ tuer^ etc., ou une action plus ou moins durable , comms aimer ^ haïr^ louer, etc.

De la transformation du passif latin dans le roman, c'est-à-dire de sa conjugaison périphrastique à tous ses temps et à tous ses modes avec l'auxiliaire être et un participe passé exprimant un fait accompli, il est résulté cette conséquence curieuse que les verbes de la première classe, quand le sujet de l'action n'est pas exprimé, ne peuvent exprimer ni au présent ni à l'imparfait ni au futur l'action s'accomplissarit, mais seulement l'action accomplie. Le latin dit à l'actif : Petrus caedit Paiilum (Pierre frappe Paul), et au passif : Paulus caeditur a Petro (Paul est frappé par Pierre). Cette dernière tournure est intraduisible en français, on doit recourir à la tournure active transitive : On frappe Pierre, au lieu de Pierre est frappé. Il n'en est point de même pour Ips verbes exprimant une action plus ou moins durable : Il est aimé, il est estimé sont à la fois les synonymes exacts de on faime, on Vestime et des passifs latins amatur, sestimatur. Le commencement déjà passé de l'action se confond avec l'action continuant.

Il suit de là que certains verbes de la première classe peuvent passer dans la seconde, lorsque l'on considère l'action comme habituelle : La Revue des Deux-Mondes est lue par toute l'Europe. Ici, est lue répond exactement à on la lit, parce qu'il marque une action habituelle. Dans la phrase : // veut surprendre V ennemi, mais il est vaincu, est vaincu, au sens propre, exprime l'action accomplie; mais dans ce vers de Corneille :

Qui ueiit mourir ou vaincre est vaincu rarement.

est vaincu est le synonyme exact de on le vainc ^ parce qu'ici il a le sens de vaincre habituellement.

Une autre conséquence importante qui découle de l'analyse précédente est que le participe passé des verbes de la première classe peut renoncer à Fidée de l'action, exprimer au contraire le résultat de l'action, et ainsi devenir un simple adjectif, tandis que les participes passés de la seconde classe, exprimant l'action continue, emportent toujours avec eux cette notion de l'action continuée, et ne peuvent devenir adjectifs. Dans le vers suivant :

Du temple orné partout de festons magnifiques,

orné signifie a qui a été une fois orné » : c'est un adjectif; de même, composé dans : L'homme est composé d'un corps et d'une cime. Au contraire, aimée^ estimée. exprimant toujours l'action, ne peuvent être adjectifs dans : Celte personne est aimée, estimée de tous.

435. Passif des verbes ixtransitifs. — Le passif ne se rencontre dans les intransitifs que pour un certain nombre de verbes qui sont à mi-chemin du transitif : Obéir à quelqu'un', vous serez obéi; vivre : Cette œuvre a été vécue; boire à la santé: Votre santé fut bue (Sév., III, 402,; répondre à une lettre: lettre répondue (terme de chancellerie).

436. Passif des verbes réfléchis. — Le réfléchi s'emploie à la place du passif avec les verbes qui ne comportent point le présent de cette voix : Ces mar^ chandises ne se vendent pas est l'équivalent, non point de « ces marchandises ne sont point vendues », mais de « on ne vend point ces marchandises ». Cette tournure ne date guère dans la langue que du moyen français; mais elle est plus restreinte aujourd'hui qu'à Toriofine; entre le xiv^ siècle et le xviii^, au contraire, le pronominal pouvait être suivi d'un complément exprimant la cause de l'action : Par laquelle

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œuvre se pourra congnoistre la grandeur du prince (Comm., 3).

Avant que son destin s'explique /^ar ma foix.

(Rac, III, 616.)

Tout se fit par les prêtres (Id., V, 207). Ses desseins s'affermiroient joar V éloignement de la cour (La Rochef.. II, 309).

437. Passif des verbes impersonnels. — L'impersonnel passif est surtout employé avec des verbes transitifs ou intransitifs dans les constructions qui, à la voix active, auraient pour sujet on : Il b. été mal parlé de vous. Il a été rapporté certaines choses sur son compte. Cette construction, d'un usage général au xvi® siècle et au XVII® (§ 429), tend à vieillir.

Nous venons de voir (§ 436) que le réfléchi s'emploie avec la signification d'un passif; il s'emploie de même comme passif impersonnel : // se trouve qu'il a raison. Il se raconte des choses étranges sur son compte.

438. Passif des verbes périphrastiques. — Il paraît dans ces verbes quand le participe qui se joint à l'auxiliaire est le passé, non le présent. Ce cas est rare d'ailleurs dans la langue actuelle; il était plus fréquent dans l'ancien français, par exemple avec le verbe aller : La chose s'en va faite.

Mais aujourd'hui que mes années

Vers leur fin s'en vont terminées.

(Malh. I, 286.)

OU avec le verbe tourner : La chose tourne finie. La langue populaire a encore recours à la première construction : La messe s'en va dite.

Section II. — Des modes.

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