VII. Reste à expliquer l'accord contradictoire dans
les constructions c'est moi , c'est nous ^ ce sont eux. En ancien français, la personne et le nombre du verbe se réglaient sur le sujet logique plutôt que sur le sujet grammatical ce. On disait donc, considérant ce comme prédicat : ce suis Je , c'es tu , c'est il , ce sommes nous , c'estes vous, ce sont ils :
Si demanda : « Qui estes uous ? »
Et il respont : a Ce SOmes nouS. »
{R. de Renard, hv. III. v. 227.)
Se c'estes ('ous, sel dites
Mais ce ne SVLl je mie.
[Berte, v. 2502.)
Cette construction était ercore usitée au xvi® siècle. Mais il en existait une autre où ce était considéré comme sujet, et le substantif ou pronom comme prédicat : c'est moi, c'est toi, c'est nous, c'est vous, c'est
eux. Elle a triomphé au xvi® siècle. Toutefois , par une inconséquence inexplicable, les grammairiens du xvii^ siècle qui admettaient c'est nous, c'est vous, ont remplacé c'est eux par ce sont eux. C'est eux a été gardé par le langage populaire. Dans la langue écrite, c'cs^a subsisté quand il est suivi de deux sujets dont le second seul est au pluriel : C'est la gloire et les plaisirs qu'il a en vue, et quand il s'agit de la désignation des heures : C'est dix heures qui sonnent. L'usage, sur ce point, a été lent à s'établir. En dépit des grammairiens, les auteurs du XVII® siècle et du xviii® employaient régulièrement c'est : Puisque c'est eux qui demeurent d'accord (Sév.,VIII, 1). Ce «'est pas seulement les hommes à combattre, c'est des montagnes inaccessibles , c'est des ravins et des précipices d'un côté, c'est partout des forts élevés (Bossuet , Or. fun. de Condé).
Ce n étoit plus ces jeux, ces festins et ces fêtes.
(Volt., Heur., X.)
Depuis 1900, on peut dire indifféremment : c'est ou ce sont des montagnes et des précipices.
460. Des personnes. — Dans la langue actuelle, il est de règle que le verbe des propositions relatives se mette à la même personne que l'antécédent du relatif ; C'est moi qui ai fait cela. C est toi qui /as i>oulu, etc. Pourtant, lorsque l'antécédent est suivi d'un déterminatif ou d'un prédicat , la personne du verbe peut se régler aussi bien d'après ce déterminatif ou ce prédicat que d'après l'antécédent : Vous êtes les seuls qui se plaignent ou qui vous plaigniez. Dans 1 ancienne langue, et jusquau xviii^ siècle, la liberté d'accord en personne existait même pour le cas oii l'antécédent était seul :
Je ne cois plus que vous qui la puisse défendre.
(Rac, III, 1%.)
. , . Vous conjurant cTôter de votre esprit que ce soit moi qui sAltort fSév., I, 511). Lorsque même il y avait plusieurs sujets de différentes personnes , parmi lesquels se trouvait un pronom de la l'* ou de la 2* personne, le verbe se mettait à la 3® : Vous aimerez mieux que moi., ma paroisse et ma terre vous rendent hommage (Sév., VII, 209). Un procès que ni moi ni mes juges n'ont jamais bien entendu (Rac, II, 142).