VI PRÉFACE
anxiété de bien des côtés, pouvait, suwant le succès de la première épreuve, soit ruiner pour longtemps la cause de F instruction des femmes, soit la faire triompher définitivement, Arsène fut chargé d^orga^ niser V enseignement de la langue française,
« Sans s arrêter aux avis timides de quelques-uns qui pensaient que V à-peu-près suffit aux femmes, il initia cet auditoire si neuf aux méthodes et aux résul-^ tats de la science, non en abaissant la science à un niveau inférieur, mais en élevant ses élèves jusqu'à elle. Le succès dépassa toute attente. Cet enseignement, qui devait effrayer et dépayser un auditoire si peu préparé, — le latin n étant pas dans le programme, même facultatif — prit bientôt pour les élèves un intérêt passionnant. On suivait les autres cours par devoir et comme une chose toute naturelle, celui-là par plaisir, intelligence et passion. Pour ces intelli^ gences neuves, plus ouvertes aux goûts désintéressés que r étudiant candidat de la Sorbonne, c était une révélation continue; elles sentaient un enivrement à ce voyage de découvertes à travers une langue qu elles croyaient connaître et s'étonnaient de rapprendre ; à travers les formes familières qui, en remontant dans le passé, en revenaient avec une physionomie nouvelle; à travers toute cette vie latente du langage, qui, une fois reconnue, lui donne un accent nouveau et une inflexion où vibre la pensée des siècles passés, O était r esprit historique qui se révélait à elles pour la première fois, et beaucoup â! entre elles en ont gardé Véblouissement. Aussi ce cours était^il le cours favori
PRÉFACB VII
de mon frère : nulle part Une se sentait mieux compris y ce qui est le but suprême et la suprême récompense du maître. Il les associait à son travail^ leur demandant des tâches quil n' aurait jamais songé à demander à ses élèves de la Sorbonne, a Nous avions une telle admiration pour lui — m'écrivait une de ses élèves — nous étions si fier es de lui et de son œuvre y que le plus petit travail de copiste et de manœuvre était chéri comme un honneur. Nous n^ étions à l'école que de petites filles bien ignorantes^ mais je suis bien sure que nul n a senti plus que nous le vide quHl laissait ».
La véritable vulgarisation ne peut être faite que par des maîtres de la science^ et ces leçons^ successivement retouchées par mon frère au cours de ces sept années d^ enseignement et élargies en vue du public de la Faculté des Lettres auquel il destinait ce livre, retrouveront dans le public des étudiants le succès qu elles ont eu jadis parmi les élèves de Sèvres, U ouvrage complet doit comprendre quatre livres : 1® Phonétique, ou étude historique des sons, 2® Morphologie ou histoire des formes grammaticales {déclinaison et conjugaison),
3® Formation des mots [dérivation et composition), 4® Syntaxe historique*.
1. J'ajoute ici l'indication de celles des œuvres de mon frère ^ dont l'étude accompagnera utilement l'étude de cette grammaire, qui sur beaucoup de points en est le résumé.
Pour la phonétique et la morphologie : les divers mémoires réimprimés dans les Reliques scientifiques (2 vol. m-8*, Paris, 1890, Léopold Cerf.)
Pour la formation des mots : Traité de la formation des mots composés dans la langue française, Paris, Vieweg, i vol. in-S'', iSlk ;
VIII PRÉFACÉ
Un ancien élés^e de mon frère ^ M, Ernest Muret ^ a bien voulu, sur la demande de Madame Arsène Darmesteter et sur la mienne, accepter la tâche délicate de réviser le manuscrit et de remplir les lacunes que Fauteur avait laissées, sur quelques points réservés, et que la mort ne lui a pas laissé le temps de combler lui-même. Je le prie de recevoir nos remerciements et lui laisse à présent le soin d^ exposer la façon dont il a entendu sa tâche.
James DARMESTETER.
une nouvelle édition, revue et augmentée, laissée en préoaration par mon frère, doit paraître par les soins de M. Gaston Pans.
De la création actuelle de mots nouveaux dan^ la langue française et des lois qui la régissent, i vol, in-8*, Vieweg, 1877.
Pour la langue du XVI* siècle en particulier : le seizième siècle en France, tableau de la littérature et de la langue {en collaboration avec M. A . Hatzfeld^ ; i uol. in-lQ, Delagrave, 1878.
Pour la philosophie du langage : la Vie des mots, 1 vol. in-12*, 1886, Delagrave.
Pour toutes les questions relatives à la langue : le Dictionnaire général de la langue française, en collaboration avec M. A. Hatzfeld et avec le concours de M. A. Thomas {en cours de publication à la libra irie Delagrave^ .