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THÉORIE GÉNÉRALE DES SONS. — THÉORIE DES VOYELLES FRANÇAISES

20. Le son. — 21. Les voyelles. — 22. Les Tovelles françaises. Voyelles pures ou orales. — 23. Gamme yocalique du français. — 24. Durée des voyelles. — 25. Notation des voyelles pures. — 26. Voyelles nasales. — 27. Diphtongues pures et nasales. — 28. Résumé.

20. Le son. — Les mots, au point de vue physique, sont composés de sons vocaux que l'analyse décompose en voyelles et en consonnes.

Mais, avant de définir les voyelles et les consonnes, il faut définir le son.

Le son est la sensation éprouvée, quand le cerveau reçoit par le tympan de l'oreille l'impression des vibrations de l'air. Dans tout son, on distingue quatre éléments : la hauteur, l'intensité, la durée et le timbre.

La hauteur est déterminée par le nombre des vibrations ; l'intensité, par leur amplitude ; la durée, par le temps pendant lequel agit la cause productrice des vibrations. La nature du timbre, inconnue jusque dans ces dernières années, a été découverte par l'illustre physicien Helmholtz : le timbre est la résultante du son fondamental combiné avec les sons harmoniques qui l'accompagnent.

On sait qu'aucun son n'est produit sans être accompagné de sons secondaires, dits harmoniques, qui se fondent avec lui et modifient sa nature. Or, le nombre des harmoniques varie avec la forme et la matière de l'instrument qui vibre. Ce qui fait le timbre d'un piano, par rapport à un autre piano ou par rapport à un violon ou une flûte, c'est précisément le nombre différent des harmoniques qui accompagnent la production de chaque note.

Pour éclaircir ce qui précède par un exemple : soit, sur un piano, la note sol d'une octave quelconque. Si je la frappe avec une certaine force, il y aura production du son. Si je la frappe avec une force deux fois plus grande, Tiiitensite de la note sera doublée,- parce que l'amplitude des vibrations aura été doublée. Si je frappe le sol de l'octave supérieure avec la même intensité que le sol de la première, il y aura différence de hauteur : la note sera plus aiguô, plus haute, parce que les vibrations seront plus nombreuses. Si j'étouffe immédiatement la note, il y aura différence de durée. Enfin, si, dans les mêmes conditions d'intensité, de hauteur et de durée, je frappe la même note sur deux pianos différents, les harmoniques produites par la nature différente du bois ou du métal, et par la forme différente de la boîte dans les deux instruments, seront différentes elles-mêmes et donneront à cette note deux timhres différents.

Appliquons ces observations aux sons produits par l'appareil vocal.

21. Les voyelles. — La voyelle est le son produit par un courant d'air chassé des poumons, qui traverse le larynx en faisant vihrer les cordes vocales * , et, sortant sans obstacle de la bouche ouverte, pent se prolonger anssi longtemps que les poumons chassent l'air.

L'air chassé par les poumons produit un son, dit fondamental, en même temps qu'une série d'harmoniques dont le nombre varie avec les formes diverses que peut affecter le canal buccal. Il suit de là cette autre définition des voyelles : les voyelles sont les timhres différents dn son fondamental sorti de la houche. Une preuve a posteriori de cette définition, c'est que les différentes voyelles peuvent

1. Les cordes vocales sont deux ligaments qui sont attachés de chaque côté aux parois du larynx et qui • s'étendent horizontalement à travers ce conduit. Elles peuvent se rapprocher l'une de l'autre, de manière ù fermer l'espace vide qui les sépare, appelé glotte. Quand la glotte est fermée, l'air^ pour passer, écarte et ouvre les cordes vocales par une série de petites secousses qui les font vibrer.

i VOYELLES PHANÇAISES

être toutes chiinlées sur une même note avec la même force et la même durée. Identiques d'intensité, de hauteur et de durée, elles ne peuvent différer que par le timbre. 11 suit encore de là que, les variations ^e lu forme de la bouche étant infinies, les variations du timbre doivent être infinies et que le nombre des voyelles est îllimilé.

Dans les langues indo-européennes, les voyelles ont été groupées autour de cinq points dominants, a, e, i, o, n; mais, entre ces points, il y a place pour un nombre infini de sons intermédiaires, séparés les uns des autres par des nuances plus ou moins perceptibles. De là la variété infinie de voyelles que présentent les diverses langues ou les divers dialectes d'une langue. Venons au français.

22. Les voyelles phançaises. — Voyelles pures ou ORALES. — Constatons d'abord que, si les voyelles de In . langue commune sont constituées par des différences de timbre, elles peuvent également présenter des différences de hauteur, d'intensité et de durée. Nous reparlerons plus loin de la hauteur et de l'intensité ; nous n avons ici à considérer que la durée.

Le français possède des voyelles longues, des voyelles ■ de durée moyenne et des voyelles brèves. La notion de la durée est, il est vrai, souvent obscurcie par les changements que la place des mots dans la phrase apporte à la qiiailtité. Ainsi l'ou de douze est long dans ils sont douze ; i! est moyen dans j'ai TU douze hommes. L'on est également moyen dans c'est un homme doux ; il est bref dans c'est une douce chose. Mais nous ne considérerons ici la quantité que dans les mots prononcés isolément ou à la fin de la phrase. La distinction entre la durée moyenne et la durée longue ou la durée brève est parfois trop fugitive pour qu'on puisse la faire d'une façon sûre et qui s'impose à toutes les oreilles, et nous ne distinguerons dans la suite que les durées longue et brève.

L'imperfection de notre alphabet et de notre système orthographique force à attribuer des valeurs différentes

à un même signe et à exprimer une même valeur par des signes différents. Dans l'analyse qui va suivre, nous nous attachons uniquement au son.

23. Gamme vocalique du français. — On distingue d!abord un à ouvert qui conduit insensiblement à un ô ouvert : cet ô ouvert passe lui-même à un é fermé, lequel aboutit à son tour à un i ^ .

D*un autre côté, il existe un à fermé qui mène à un ô vert, lequel, passant par 1*6 fermé, conduit finalement à

ouvert Tu 2.

Entre Té ouvert et l'ô ouvert se place le son intermédiaire eu ouvert ; entre Té fermé et Va fermé se place le son intermédiaire eu fermé. Entre Fi et Vu se place le son intermédiaire û.

Le tableau précédent se modifie donc comme il suit :

1. Il est bien compris par ce qui précède que les expressions de

voyelles que

ouvert diffère de Yeà fermé, tout comme Vi diffère de Vu ou de Vu. Nous représentons le son ouvert par le signe ^ et le son fermé par le signe ^ placés sur la voyelle.

2. La lettre u représente dans la plupart des langues indo-européennes le son simple que l'on note en français par les deux lettres

24. Durée des voyelles. — Comme on Ta vu, ces onze voyelles du français peuvent être longues ou brèves. Ex. :

a ouvert (à) a fermé (à)

long (à) bref (a) long (a) bref (a)

la vague, prononc. vàg*

acteur — âk'teur

pâtre — pâtr'

pas (négation) — pâ

La prononciation distingue au moins trois sortes d'e, un é ouvert (perte), un e demi-ouvert (maison) et un é fermé (bonté) . Mais la distinction de ces trois e est trop délicate pour qu'on puisse toujours la faire sûrement, et il vaut mieux s'en tenir à Tusage général, qui reconnaît un ô ouvert et un é fermé.

e ouvert (ô) long (ê)

e fermé (é)

G ouvert (ô) fermé '(6)

bref (ê)

long (î)

bref (ï)

long (Ô)

bref (ô)

long (à)

bref (ô)

long (ù)

bref (ù)

long (û)

bref (ù)

eu ouvert (eu) long (eu)

bref (eu)

tête, prononc. têt' aime, peine — ëm', pën'

bref (ê) secte, laisse —

long (é) est inconnu au français

sêct', les'

bonté

dire, lyre —

dite —

mort —

objet — hôte, pauvre

nos livres —

douze —

douce —

dur —

duc —

neuve —

neuf —

bonté

dîr, lîr

dit'

môr

objet

hÔt',pôvr*

nô livres

dûz'

dûs'

dur

duc

neûv

neuf

très bref (e muet) me, te, se, le, de

ou. Par exception, dans quelaues langues, comme le français, a représente un autre son, semblable à celui de Vu allemand. Dans ce chapitre et les suivants, le son français ou (dans nous, roux) est noté par la lettre u, et le son français u (dans tu, salut) est noté par la lettre û. Cette notation par u eiii est la seule exacte, au point de yue de la phonétique et de la tradition historique.

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enfermé (enj long (eu) creuse, prononc. creûz'

bref (eu) creux — créa

Le français possède donc au moins onze voyelles, que les différences de quantité peuvent diversifier et étendre jusqu'à vingt-trois.

25. Notation des voyelles pures. : — La notation de ces sons dans l'écriture est loin d'être rigoureuse et précise : on le voit déjà par quelques-uns des exemples cités. En fait,

a ouvert (bref ou long) peut être noté par a, à, em, en : ma, à, femme, solennel.

a fermé (bref ou long) par a, â : pas, crâne.

e ouvert (bref ou long), par e, é, ai, ei : perte, mer, succès, collège, pair, peine.

e fermé (bref ou long), par e, é, ai, ei, ey, ay, œ : passer, bonté, chantai, peiner, dey, Fontenay, Œdipe.

i (bref ou long), par i, î, y : dire, lisse. Ile, îlot, Ijrre.

ouvert (bref ou long), par o, ô, eau, au, u : mort, hôpital, tableautin, taureau, pensum.

fermé (bref ou long), par o, ô, eau, au : pot, côte, beaux, chevaux.

u fbref ou long), par ou, aoû : doux, août.

û (bref ou long), par u, eu : duc, j'eus.

eu ouvert (bref ou lonç), par eu, œ, œu, ue, e : neuf, œil, bœuf, cueillir, le, se.

eu fermé (bref ou long), par eu, œu : peut, œufs.

Les voyelles que nous venons d'analyser sont dites voyelles pures ou orales ^ par opposition à d'autres voyelles dites nasales.

26. Voyelles nasales. — Les voyelles nasales, voyelles propres au français, sont dues à la division dans le larynx du courant d'air qui produit les sons. Une partie passe

1. C'est-ù-dire prononcées seulement par la bouche; du lat. oa, orU, bouche.

dans la bouche et produit la voyelle pure, en même temps que l'autre passe par derrière le voile du palais dans les fosses nasales, où elle vibre avec une résonnance particulière. La combinaison de ces deux résonnances simultanées constitue les voyelles nasales du français.

Ces voyelles sont identiques à elles-mêmes du commencement à la fin de l'émission, comme les voyelles ])ures, parce que les deux courants d'air agissent ensemble.

Les voyelles nasales actuelles du français sont au nombre de quatre :

1** La nasale de l'a ouvert, c'est-à-dire le son an, que nous noterons phonétiquement par à. Lorsque la résonnance nasale disparaît, la voyelle à ouvert reparaît : paysan, paysanne = pays-â, pays-àn'» L'orthographe note ce son par an, am, em, en, aen (Gaen), quelquefois par aon (paon).

2** La nasale de l'é ouvert (ô). C'est la nasale que l'on entend à la fin des mots moyen, bien, mien. Quand la résonnance nasale disparaît, la voyelle é ouvert reparaît : mien, mienne = myë, myén'. Cette voyelle nasale est notée par en (mien, pensum), par in et im (injuste, impur), par ain (p^), aim (faim), ein (rein) et eim (Reims).

3** La troisième voyelle nasale est celle que produit rô ouvert : soit on, noté phonétiquement ô. Comparez le masculin bon, c'est-à-dire bô, au féminin bonne, c'està-dire bô-n'. Cette nasale est marquée dans l'orthographe par on, om, et quelquefois par un, um : punch, umble.

4** La dernière voyelle nasale est celle que produit la voyelle eu ouvert. Elle donne le son ëù, que l'orthographe écrit un (commun), eun (jeun). Le français actuel n'a pas les nasales des voyelles fermées ; il n'a pas non plus les nasales de l'u, de l'û et de l'i. Ainsi, dans le triangle vocalique, toute la seconde partie échappe à la nasalisation, de même que le son à fermé.

Les voyelles nasales du français sont longues, quand elles sont suivies d'une consonne qui se prononce sans voyelle suivante ; elles sont moyennes dans le cas contraire.

Nasales longues : enfance (an-fàs'), feinte (fèf), monde (mpd'), junte (jeuf).

Nasales moyennes : enfant (â-fà), pain (p§), bon (bô), commun (co-méu).

27. Diphtongues pures et nasales. — I. Diphtongues pures. — On appelle diphtongue l'émission rapide de deux voyelles combinées d'intensité différente. Tantôt c'est la ])remière qui est plus intense, tantôt la seconde. Les deux voyelles sont prononcées dans une seule émission de voix, en articulant le plus vite possible celle qui est le moins intense. Soit les deux voyelles a, 0, prononcées avec la même intensité; si vite qu'on les prononce,- on aura deux voyelles séparées a, o. Si l'on prononce ao en appuyant soit sur l'a, soit sur l'o, on aura une diphtongue. L'ancien français possédait un nombre considérable de diphtongues : les unes descendantes, c'est-à-dire faisant porter l'intensité sur la première des deux voyelles (âo) ; les autres ascendantes, c'est-à-dire faisant porter l'intensité sur la seconde (ao).

Les diphtongues descendantes se changèrent toutes en voyelles pures ; ou, quand la première voyelle était i, ù ou u, en diphtongues ascendantes. Par suite, toutes les diphtongues qui restaient furent ascendSites, c'està-dire formées d'une première voyelle prononcée très vite et très faiblement et d'une seconde voyelle prononcée fortement. Puis, la prononciation devenant encore plus rapide, la première voyelle (i, û, u) se changea en consonne ; de sorte qu'aujourd'hui il n'existe plus de diphtongues. Les prétendues diphtongues des grammairiens (ia, ie, io, ieu, iou, ua, ne, ni, uo, oua, oui} se réduisent à des combinaisons de consonnes nouvelles (le i consonne, le û consonne et le u consonne) et de voyelles.

n. Diphtongues nasales. — Ce que nous disons des diphtongues pures doit se dire des diphtongues nasales. Ces groupes de sons n'ont que l'apparence de diphtongues nasales. Le second élément est bien une voyelle nasale, à, ë, ô ; mais le premier est une consonne (issue d'une voyelle), i consonne, û consonne, u consonne. Exemples : viande, bien, loin, coin, suin, nation.

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