‹ Cours de grammaire historique de la langue françaiseChapitre 30 sur 54 · Voir plus haut, g · texte numérisé non relu

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2. L'f bref reste i soas l'influence d'un i long final atone : illi : i7; viginti : vint (vingt).

porta môrtem

ôrdinem forma tûrrem diumnm

fûstem nûUiim Me-ûsque

porte mort

orne forme tdr [tour) jérn {Jour)*

fust, fut nul

jusque

51. Voyelles accentuées, libres. — 1° L'î et Tû du latin classique, i et û du gallo-roman, n'ont pas changé.

fîlia fille

dîoere dire

ridére (pour rîdëre) rire

virtûtem

tû

pûmm

vertut, vertu

tu

pur

2° L'ô et rô (ë, ae, ô du latin classique) sont les premières voyelles qui s'altèrent; dès avant le vu® siècle, elles étaient devenues iô et u6 2.

mèl

miel

bène

bien

yènit

vient

quaerit

quiert

nôvum

nuof (neuf)

nôvem

nuof (neuf)

bôvem

huof bœuf)

sôror

suor sœur)

ôvnm (pour ôvnm]

uof [œuf)

1. Quelques mots changent exceptionnellement leur u ou 6 en o ; muttum : mdtj ulmum ; brme,

2. Exceptions : rosa, rosa : rose^ scHhf scbla: escohf et quelques autres faits non encore expliqués.

Suivi d'une nasale, 6 reste ô, pour devenir un peu plus tard ô, puis ô : bônum, bon; hômo, om *,

3^ Entre le vu® et le ix® siècle , l'ô et l'ô [ë ou œ et ï, ô et ù) se modifient à leur tour et deviennent diphtongues : ô devient éi et 6 devient 6u. Plus tard, éi aboutit à ôi (§ 93), et ou à la voyelle eu, en passant par 6 (§ 94).

mê, të, se mei, teiy sei; moiy toi, soi,

stéla (pour Stella) esteile, estoile, étoile,

crëdére creidre^ creire, croire,

poena peine

fïdem feit, foi

pïlum peil, poil

pïsum peis, pois

frég-dum (pour frïgïdum) freit, froid flOrem fldury fleur

gûla goule, gueule

Suffixe -Osum -dus (par ex. corroçous, dans le

fragment de Valenciennes , X® siècle)

Suffixe -Orem -dur (par ex. bellezour, dans la Can-

tilène de S*® Eulalie, x® siècle)

4° Vers la même époque, peut-être un peu plus tard, à libre devient e.

spàtha spede ( Eulalie), espee

praesentâta presentede (ib.), présentée

mare mer

pàtrem pedre, père

sâtis [as)sez

fâba fève

altâre altel, autel

1. Remarquez les mots focum,jocum, l^cum, aujourd'hui /<fM,yctf, lieu : au x* siècle (Eulalie) fou. Voici comment il faut expliquer ces formes. Le c est tombé de très bonne heure; et, par la diphtongaison de Vhf on a eu : fuou, juau^ luou. Ces triphtongues se sont réduites, d'un c6té en fu,ju, lu (formes usitées également au mojen âge), et de l'autre, par la chute ou le changement de la prem.ière voyelle, en fou (ici les deux labiales fétu se suivaient), yiotf, /ion; d'où, au XI* siècle, feu, jieu (plus tara, jeu, voir g 95) et lieu.

C'est alors que la terminaison de l'infinitif en -are est devenue -er, que celles des participes en -âtum, -àta, -âtos, -âtâs, sont devenues -et, -edcy -ez, -edes (plus tard -é, -écy "es, "ées).

Quelle était la prononciation de cete au ix® et au x" siècle, et même dans les siècles suivants ? Il est di£Qcile de le dire. Il paraît avoir été ouvert, mais il se distingue de l'ô ouvert sorti de ë, ae entravés. On ne trouve jamais au moyen âge un mot comme ostel (de l'adjectif hospitalem) rimant avec un mot comme chastôl (de castèllum). Et cependant, sous l'action de la palatale, a libre aboutit à la diphtongue ié (§ 54), comme ô libre. Les formes classiques Dèum, Hebraeum, èrat, èrit, qui sont en latin populaire Déu, Ebréu, ôrat, ôrit, peuvent ou non diphtonguer leur e; et cet e non diphtongue, qui est évidemment un ô ouvert, assonne ou rime avec l'e issu de l'a : chantez et Déu, ôrt forment des assonances parfaites. Les deux diphtongues iô peuvent également assoner de la façon la plus correcte et la plus régulière.

52. Diphtongue AU. — Dans quelques mots latins, au était devenu o fermé : ainsi, les noms propres Glaudius, Plautius, devenus Glôdius, PlOtius, déjà sous la République. Ainsi encore le mot cauda : coda, devenu avant le x® siècle coude j plus tard coe, puis keue ou queue. Mais , dans la plupart des mots, au s'était maintenu ; c'est vers le vu® ou le viii" siècle que le gallo-roman du Nord l'a changé en Ô ouvert ^ .

aurum or

taurum v. fr. tor

laurum v. fr. lor

pauperem, pauperum pdvre (auj. pauvre)

1. Au, pour devenir d, a dû passer par un son intermédiaire ao : c'est ce qui explique la transformation du latin populaire ad horam {k l'heure, maintenant) en adora, aora^ are. Le pluriel ad horas fait ores (aujourd'hui or), également avec h ouvert. Hôra est devenu 6re, cure, eure (heure)^

53. Consonnes troublantes. — Ces modifications des voyelles libres accentuées sont, comme on le voit, d'une remarquable régularité. Reportons-nous au triangle vocalique du § 23 et, d'après ce modèle, disposons les voyelles latines :

Nous voyons d'abord ô et 6 aboutir à des diphtongues ié, uô, qui sont constituées en préposant à la voyelle primitive les deux voyelles terminales de la série (i et u), é devenant ié, 6 devenant uô ; puis é et 6 aboutir également à deux diphtongues, formées de ces voyelles et des voyelles i et u postposées, é devenant éi, 6 devenant ou. Dans la seconde période nous verrons éi passer à ôi et inversement 6u partager les destinées de la diphtongue eu (§ 94).

Mais cette régularité du vocalisme gallo-roman a été troublée, dès la première période, par le voisinage de certaines consonnes, la palatale, la nasale et la liquide 1. La palatale et la nasale agissent dès les premiers temps de la période, la liquide 1 commence à agir vers la fin.

54. Action troublante de la palatale. — La palatale peut se présenter sous la forme :

d'un c (q) : facère fac-re, èqua éqva ;

d'un g : légère lég-re ;

d'un yod, venu soit d'un i consonne, soit d'un ï ou d'un è atones en hiatus : su£Qxe -arium, corium, historia, palèa, vinea (voir § 60) ;

d'un X : laxare ==: lacsare.

Dans tous ces çs^s, la palatale prend la yaleur d'un jod,

OU i consonne, qui se fond avec la voyelle accentuée pour former avec elle une nouvelle diphtongue.

1° Action de la palatale sur A. — L'a peut être, ou précédé, ou suivi, ou précédé et suivi de la palatale.

non pas e (et. 3 bl, ^

r), mais

; 16, et cela des i origine ae

ses transformations.

capum (pour

caput)

chief [chef)

mercatum

rnarchiet (marché]

coUocare

colchier, couchier

*vervecarium

bergier

manducare

mangier

calcèare

chalcier, chaucier [chausser)

plïcare

pleiier (auj . plier)

nègare

neiier (auj. nier)

christianum

chrestiien (Eulalie)

pretiare

preisier (auj. priser)

consïlïare

conseillier

"^balneare

baignier

"^araneata

araigniee

laxare

laissier

cogitare

cuidier

adjutare

aidier

"^impejorare

empirier

Dans ces conditions le suffixe -are aboutit à -ièr :

cochleare

cuillier

familiarem

familier

De là, par extension, le sufQxe -arium, -aria, au lieu de devenir -air, -aire (d'après b), devient -ièr, -ière : primarium primaria, premier première.

[b) Suivi de la palatale, libre ou entravé, a devient ai : lacère, faire; tacet, taist; plaçât, plaist; factum, fait; macrum, maigre; acrem, acrum, aigre; acpiila, aigle,

[c) Précédé et suivi de la palatale , il devrait donner la tripntongue iai ou iôi ; mais celle-ci se réduit immédiatement par la chute de la voyelle médiale , et les deux i se

DtJ V* AtJ X* SIECLE

ôâ

fondent en un seul : jacet, (jieist) gist; jactat, [jieite) gite; cacat, [chieiet) chie. Le suffixe de noms de lieux -iacum aboutit à -ieiy -f (orthographié y) : Latiniacum, [Latniey) Lagny, Victoriacnm, [Victriey) Vitry.

2^ Sur È et Ô. — Suivis de la palatale, libres ou entravés, ils aboutissent, par la diphtongaison de la voyelle (traitée comme libre) et l'altération de la palatale en yod, aux triphtongues iéi et uôi, lesquelles, par la chute de la voyelle médiale, se réduisent immédiatement, l'une à la diphtongue ii, d'où la voyelle simple i, l'autre à la diphtongue td.

légère lèctum décem èqua

podium môdium ôcto nôctem

llieiré) \lieit) (dieis) (ieiçe)

(puoy) imuoy) luoit) [nuoit]

lire

lit

dis

v. fr. ive

pui (puy) mui (muid) uit (huit) nuit

3° Sur AU. — La palatale le transforme en ôi.

audio nausea

Ol

noise

4*^ Sur E. — Précédé d'une palatale, il aboutit à i (et

non à éi), sans doute par l'intermédiaire d'une triphtongue

lei.

^pagênsem, pagésem paiis (pays)

mercëdem merci

racêmum raisin

placére plaisir

Suivi de la palatale, il aboutit comme ô libre à ôi, mais sans doute plus tôt.

têctum

dirèctum, d-réctum

téity toit dréit, droit

5° Sur I. — Suivi de la palatale, il reste i : dîcere, dire, amica, amie ; peut-être y a-t-il eu un court moment où Ton prononçait diyre, amiye ?

6° Sur Ô et Û. — Ils devaient donner, le premier oui, et par suite 6i, le second td ; c'est ce qui s'est produit.

vOcem vois (voix)

crûoem crois (croix)

frûctum fruit ^

55. Action troublante de la nasale. — La nasale, m ou n, commence à agir dès la première période sur rô, pour en empêcher la diphtongaison en uo \% 51, 2°) et le changer en 6 fermé. Elle agit aussi sur l'a libre, qui, au lieu de devenir e, suivant la règle générale, aboutit à ae, ai.

manet famem

AA/a&/tf (Ëula faim

lie), maint

examen

essaim

manum

main

romanum

romain

romana

romaine

La nasale n'agit pas, quand l'a est précédé de la pala* taie.

christianum chrestiien (Eulalie)

paganiim paiien , pagiien (ib . )

canem chien

66. Action troublante de la liquide L. — Dès les premiers temps, la langue hésite à changer l'a libre devant 1 en e. D'une part, on dit :

mortalem mortel

talem tel

1. L'u, suivi en latin immédiatement d'ttn i\ aboutit à m on à ûi : euif Y. fp. eui\ fui, fuiêtiy fuit, etc»: ▼. fr. /w, /«*, /ù', ou fui, fuis, fuit, etc.

bu V** AU X* SIECLE 95

et de l'autre :

malum mal

Calet chalt, chaut

valet valt, vaut

La Gantilène présente les deux formes opposées mais, c'est-à-dire malos, et regiels, c'est-à-dire regales.

De cette hésitation est sorti le double suffixe al et el : accident-el, phénomén''aL

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