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CHAPITRE V

88. Caractères généraux. — 89. Voyelles orales. ^ 90. Voyelles nasales. — 91. Aete nasalisés. — 92. O nasalisé. -^93. Diphtongues aif ei, oi^ ui. — 94. Diphtongues eu^ ou, uo ; triphtongue ieu, — 95. Diphtongue ie. — 96. Diphtongues nasales. — 97. Nouveaux hiatus. — 98. Réduction des niatus. — 99. Consonnes médiales.

— 100. Consonnes finales. — 101. Ch, i et ts ovi z. — 102. S. — 103. R, — 104. Nasalisation de voyelles par n mouillée. — 105. Changement de / en «. — 106. Al. — 107. El et él. — 108. Autres voyelles ou diphtongues précédant /. — 109. L mouillée,

— 110. Etat de la prononciation à la fin du xv« siècle.

88. Caractères généraux. — Les voyelles subissent des modifications sous Faction de certaines consonnes voisines. Parmi les diphtongues, quelques-unes disparaissent, en se transformant en voyelles. De nouvelles diphtongues naissent par suite de la vocalisation de consonnes. De nouveaux hiatus sont produits par la chute de consonnes médiales. Des voyelles nouvelles, les voyelles nasales, qui commençaient à naître dans la première période, reçoivent un développement considérable. Voilà dans ses grands traits le caractère de la prononciation française dans cette seconde période. Nous suivons les sons français, voyelles pures et nasales, diphtongues et consonnes, tels que nous venons de les reconnaître au X® siècle.

SECTION L -^ Histoire des voyelles, I. Voyelles orales et nasales.

89. Voyelles orales. — Les voyelles pures a, è, i, ô, û, e féminin se conservent sans modification durant presque toute cette période.

L'ô fermé, sorti de Té (ô, ï, œ) entravé latin, devient ô ouvert dans le courant du xu^ siècle : messe, met (mïttit), séc, sèche, evésqne deviennent messe, met, sèc, sèche y evèsque. En revanche, l'e sorti de Ta libre , celui de mer (mare), celui de tel (talem), paraît prendre alors la place laissée libre par Tancien e fermé , et devenir fermé , qu'il soit ou non suivi d'une consonne qui se prononce. L'ô se ferme également dans la diphtongue ie, issue de Ta libre suivant une palatale ou de Fô libre.

L'histoire de To fermé sera traitée plus commodément en même temps que celle de la diphtongue ou (§ 94).

Les voyelles subissent des altérations devant certaines consonnes, comme s, r et 1 (§ 102, 103 et 107).

90. Voyelles nasales. — Au xi" siècle, deux voyelles nasales sont formées : à, ë ; une troisième est en voie de formation : ô.

La voyelle nasale n'absorbe pas encore, comme elle le fera plus tard, tout le son de l'm ou de l'n qui la suit. La consonne conserve toujours sa valeur pleine et entière, en rendant nasale la voyelle précédente : par exemple, chanter ne se prononce pas chanté, comme aujourd'hui, mais chân!'tér\ La prononciation est donc intermédiaire entre la prononciation primitive càn'-tare et la moderne chanté.

91. A ET E nasalises. — A nasal se forme de a entravé suivi de m ou n : annnm, an'n, an' ; campnm, cham'p, chârrCp,

E nasal vient de ô ou é , suivis de m ou n devant une consonne : il se prononçait comme nous prononçons aujourd'hui in, ain, ein. Mais vers la fin du xi® siècle,

il commençait à se fondre avec â et à en prendre le son : fïndit, féndet devenait successivement fén't, fèn't^ puis fârCt, Le changement était opéré au xii® siècle, si bien qu'il n'existait plus alors de son nasal ë, sauf dans la diphtongue ien (= iê).

La transformation fut assez radicale pour que parfois l'orthographe la suivît. Dans le courant du xiii® et du XIV® siècle, on prit l'habitude d'écrire an, au lieu de en étymologique, dans certains mots : dedans ^ leans, céans (intus) ; langue (lingua) ; sangle pour çangle, cengle (cingula) ; et cette orthographe s'est maintenue jusqu'à nos jours.

L'ë nasal se produit encore dans le monosyllabe atone In, en, même quand la prépositipn est suivie d'une voyelle et que l'ô fermé est libre. La consonne se fait entendre jusqu'à nos jours devant une voyelle suivante : ïn-ôdio, ennui ^ c'est-à-dire ânui, plus anciennement ènui.

92. NASALISÉ. — Au XI® siècle, la syllabe on assone dans la Chanson de Roland avec 6 pur, mais plus souvent encore avec elle-même, ce qui indique un commencement de nasalisation. Au xii® siècle, le son nouveau ô est entièrement formé. Il provient :

1) de l'ô et de To entravés devant m ou n :

rûmpit rôn't

cômitem côn'te

lôngum lôn^c

bônitatem bôn'té

2) de l'ô et de l'o libres, devant m ou n devenu final :

bônum bon'

non non

nômen, nome nom'

La nasale agissait-elle quand elle était médiale ? Roma a été prononcé Rô-me ; poma a été prononcé /?ô-/we; mais, à ce qu'il semble, seulement dans le moyen français.

Il faut remarquer que Vm et Vn agissent directement sur Fa et Te entravés, et non sur Ta ou l'e libres ^ tandis qu'ils agissent également sur l'o libre et l'o entravé pour les changer en ô. On remarquera en même temps que l'ô entravé se change en é pour aboutir à e, et que Fo, non seulement n'est pas régulièrement diphtongue, mais encore devient 6 : bon assone avec doldr, ou sone^ (Roland sune) avec boche, bouche.

Ces faits sont d'autant plus bizarres et contradictoires qu'aujourd'hui Ô est la nasale de l'ô, et non celle de Tô, ë celle de l'ô, et non celle de l'ô.

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