II. Diphtongues et triphtongues
93. Diphtongues AI, El, 01, UI. — Ai tend, dès la fin du XI® siècle, à passer à é ouvert. De descendante, la diphtongue devient sans doute ascendante : ce qu'autrefois l'on prononçait Ai se prononce al, puis aE, et finalement é. Au xii® siècle, le changement est achevé : faite assonne avec perte. La langue néanmoins garde l'usage de l'orthographe ancienne ai. Il n'y a qu'un petit nombre de mots dans lesquels la diphtongue ait fait place à une voyelle : frêle pour fraisle, grêle pour graisle.
Éi. Dans le fragment de Valenciennes , neiiez (necatos) se trouve écrit noieds. On en a conclu avec raison que, dans le français du Nord , la diphtongue éi s'est changée en ôi, d'abord en syllabe atone. Puis éi est devenu ôi dans les syllabes accentuées, mais deux siècles plus tard seulement. Du Nord, la prononciation nouvelle atteignit l'Est (Bourgogne, Champagne), puis le Centre (Ile de France, Orléanais, etc.). Là éi fut changé en ôi dans tous les mots, excepté devant n et } mouillées. Mai, tei, sei devinrent moi, toi, soi; rei, lei devinrent roi, loi; mais sein (sinum) resta sein, plein (plénum) resta plein, fein (foenum) resta fein. On continua de dire aveine (avena),
1. L'é libre devient régulièrement iè devant m, n : bcne : bien ; Va devient ai : panem : pain.
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moins [minus) ^ et de même pareil (^parîculum), conseil (consilium), oveillo (ovicula]^, etc. Le son ancien s*est mieux conservé devant 11 mouillée que devant la nasale. Gomme on le verra (§ 96), celle-ci modifia la terminaison ein.
Oi et 6i. Il existait originairement deux diphtongues ci, Tune (ôi) venue de au+y (nansea, «owej, Fautre (ôi) venue de 6 -[- y (vOcem, vois). A ces deux diphtongues oi s'en ajoute une troisième (ôi), sortie à la fin du xii® siècle, comme nous venons de le voir, de éi. Au xiii® siècle, les trois diphtongues se fondent dans la prononciation ôi, qui, à la fin du moyen âge, s'est changée en oô, puis en wô.
Ui, qui se prononçait , dans la première période de la langue, en appuyant sur Tù et en donnant à Ti la valeur d'un yod, tend à renverser le rapport des deux éléments. A la fin de la seconde période, Vi est devenu voyelle. Tu est devenu consonne ; on prononce wi. Jadis lui assonait en û ; il assone désormais en i.
94. Diphtongues EU) OU, UO; triphtongue IEU. — En doit avoir abouti, vers le xiii® ou le xiv® siècle, au son que nous lui donnons actuellement ; mais ce son nouveau est aussi l'aboutissement de 6u, de ou et de no.
Ou est la diphtongue de 6 libre accentué : bellezour (Eulalie) est un comparatif en -ôrem. De bonne heure, l'ancien 6, libre ou entravé, n'est plus noté que par la lettre o (comme l'ô ouvert) dans la plupart des textes con-
semble avoir perdu sa valeur de diphtongue. Puis une distinction nouvelle se produit : 6 accentué , libre, passe
1.^ On n'a pas encore fourni d'explication certaine des formes avoine, foin, moine, qui ont fini par triompher dans le français propre.
2. Dans pareil, conseil, etc., Vi sert à la fois à noter 17 mouillée et Ja diphtongue ei. On prononçait^ non paré-t, mais parei-i'.
à la voyelle euj entravé, à la voyelle u (ou) ^ Cette voyelle est notée par la combinaison de To et de Tu, et non point, comme dans d'autres langues romanes, par Tu latin, qui était devenu chez nous û. Exemples : dolôrem, dolor, douleur; tûrrem, tôr, tour.
Ou, dans pou (paucum), fôuy Hou, jiou (focnm, locnm, Jocum], devient, vers le même temps, eu, qui se réduit à la voyelle eu comme les diphtongues précédentes. Cf. p. 89, note 1.
Uo (c'est-à-dire ûo) vient de 6 accentué, libre, et se change au xi® siècle en ue, au xii® ou au xiii® en ce, pour aboutir au xiv® à la voyelle eu ^,
Ainsi nôvem, nôve est devenu successivement : nûof, tiflel, noef, neuf. Le moyen âge, du xii® au xiv® siècle, hésite perpétuellement entre les deux notations ttô et oe. L'usage moderne a conservé des traces des anciennes notations^ à côté de Torthographe eu, qui est devenue courante. Ue se trouve encore dans cueillir, oii la nécessité d'indiquer par l'écriture le son guttural du c a maintenu l'u avant Te. Oe s'est conservé dans œ-il et, d'une façon bizarre, dans œuf, sœur, bœuf, qui combinent ainsi les deux groupes œ et eu.
Au XIV® siècle, le groupe eu représente donc un uo
Î)rimitif (o = ô libre accentué) ; un ou primitif (6 = ô, ù ibres accentués) ; un ou primitif (= au et 6 suivis deu). La triphtongue iéu se réduit de la même façon à la diphtongue ieu (i-}- ou voyelle). La triphtongue uôu a disparu.
95. Diphtongue IË. — lé, qui était à l'origine une diphtongue descendante (lé), devient graduellement, dans la deuxième période, une diphtongue ascendante (lÉ), dont le premier élément est i consonne ou yod.
Cette diphtongue se maintient jusqu'au xiv® siècle.
1. Atone, 6 libre ou entravé se partage, sans qu'on puisse en formuler de règle certaine, entre ueXh.