‹ Cours de langue française (volume 3)Chapitre 107 sur 427 · NOMS PROPRES · texte numérisé non relu

NOMS PROPRES

a) Quand ils désignent, par antonomase, des personnes ayant les mêmes ciualités (jiie celles dont on emprunte le nom : Les Corneilles et /es Racines soid rares, c'est-à-dire les poètes semblables à Corneille et à Racine; de même les Homères, les Cicérons, les Virgiles, les Ju venais , etc.

b) (^uand ils sont employés, i)ar métonymie, conmie noms communs pour désigner des ouvrages célèbres, des œuvres d'art par le nom de ceux qui en sont les auteurs, etc. : J\ii ru deux Raphaëls au musée.

Souvent, dans Tun comme dans l'autre cas, les noms propres de personnes devleiinent de véritables noms communs et cessent de prendre la majuscule initiale : des barèmes, des caJejv'ns, des dédales, des guillofines, des lutrpayons, des macadams, des menfors, des phaéions, des qui)iquefs, des tartufes, etc. On dit de même i/es cantals, des yrnyères, des roqueforts, pour des fromages du Cantal, de la Gruyère, de Roquefort, des cachemires, des sédans, des grèves, des elzévirs, etc.

Cette double règle ne s'applique qu'à un petit nombre d'exer.^ples pour ainsi dire classiques, et elle soulfre une foule d'exceptions auxquelles les grammairiens n'ont pas même pensé; par ex. lorsque le nom proi)re n'est pas un mot simple, ou qu'il est trop moderne, ou (lu'il ne s'emploie pas souvent comme nom commun, ou qu'il appartient à une langue étrangère, etc. On écrit donc sans se soucier de la règle : de^ Don Quichotte, des La Fontaine, des Micliel-Ange, des Mirabeau, des Béranyer, des Hamlet, des Bi/ron, des llolbein, des Gœthe, des Washington, etc. Res "Washington sont rares. J'ai acheté plusieurs Diday,

Tel est I'iisul;*' actut'l, coinino on peut le constater chez nos meilleurs éci'ivains : Je n'ai jamais goûlé les ApoUons sur le reloua (V. Chcibiilier., Le Fiancé de M"<' Saint-Maur, p. .">). Il y avait en lui, le dirai-je? ^in peu de cette étoffe dont sont l'aits\es Hamlet (Prosper Handoce, p. 2). Ainsi les Apollons avec s et les Hamlet sans s Pounjuoi cette ditléienceV Mais ce n'est pas tout : rAcadémie écrit des Don Quichottes, et Ion trouve même dans le dictionnaire de Littn- dt;*' Dons Qiiicliottes; d'où l'on peut conclure qu'il faut écrire, d'après lAcadéniie, des La Fontaines, des Le Bruns, ou même, d'après Littré, ou plut<it d'après son collaliorateur, M. 1!. .lullien, des Las Fontaines, des Les Brunsl Si ri},'noiance ou la fantaisie n'avaient pas tenu jusqu'ici une si granile place dans les élucubrationsde la plupart des grannnaiiieiis l'i-ançais, il y a longtemps qu(> l'on aurait adopté cette règle: Les noms propres, tant qu'ils restent noms ]>iopres, doivent consciver leui' ortliographe originelle et s'écrire avec une majuscule initiale, et il n'est pas permis, quel (jue soit leur emploi, de les défigurer en y ajoutant ou en y modifiant une lettre quelconfjue; il faut donc écrire ; Les Corneille sont rares, comme on éciit : Les Corneille sont nés à Rouen. Les Boileau et les Gilbert fuirent les Juvénal (et non les ■fuvénals pas plus que les .tuvénaux) de leur siècle. Mais quand les noms propres sont devenus de vrais noms communs, ils ne s'écrivent plus avec la majuscide initiale et il faut les tiaiter comme les autres noms communs en leur

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donnant la marque du pluriel : des harpagons, des mentors, des tartufes. Avec cette règle si simple et en même temps si loi^iqiie on débarrasserait la grammaire de subtilités qui en rendent l'élude stéiile.

c) Les noms propres de pays et de villes prennent aussi la marque du pluriel, quand il y a i)luralité dans l'idée : Les Enrojx'eiis ont colonisé les (/eux Amériques. On écrit de même : les Indes, les deux Rom.es, raïuienne et la moderne, etc.. Mais on écrira sans s : les deux Fribourg, il y a plusieurs Berlin en Amérique.

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